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Arrogance, made in France !

Réflexions sur la solidarité masculine

par Yeun l-y
17 juin 2011

Les « affaires politico-sexuelles » sont devenues une banalité médiatique française. Les révélations s’enchaînent les unes après les autres. Qu’elles concernent DSK, Georges Tron ou « un ancien ministre », elles illustrent toutes ce que certains souhaitent dissimuler : le pouvoir des hommes et l’oppression sexuelle subie par les femmes. En France, chaque année plus de 12 000 femmes sont violées sur leur lieu de travail (soit 4,7% du nombre total de viols) [1].

On peut alors se réjouir que des politiciens agresseurs soient acculés à devoir rendre des comptes. C’est là une victoire indéniable contre la loi du silence de l’idéologie masculine. Celle-ci veut nous imposer l’idée que le charmeur français maîtrise le juste dosage entre la séduction et l’agression, entre la sexualité et le pouvoir, et qu’il n’a pas besoin du puritanisme pudibond venu d’outre-atlantique. Seulement voilà : l’idée craquèle. Le séducteur est rattrapé par la réalité : les comportements du gentleman, qui plus est « français de souche », ne conviennent pas aux violentées.

La défense de l’upper-caste comme horizon mental

On peut certes se réjouir. Cependant, ces agresseurs ont à leur disposition des moyens colossaux pour se protéger : capital culturel, juridique et financier, qui ont aussi a voir avec leur qualité de détenteur de prostate. Et, au-delà des divers capitaux, souvent totalement disproportionnés en comparaison avec ceux des plaignantes, nos accusés bénéficient en plus d’une protection rapprochée : la solidarité masculine, avec son cortège de chiens de garde. C’est cette solidarité masculine qu’on voit actuellement se déployer en un déferlement réactionnaire, aussi bien verbal que vestimentaire. Aveuglés par leur phallocentrisme, nombreux sont en effet ceux qui affichent une posture intellectuelle certes incohérente mais pourtant socialement puissante et dévastatrice : une dose d’empathie sélective (ignorant l’agressée) faite de sexisme (au profit de l’agresseur).

Les féministes y répondent énergiquement depuis des semaines. Les propos sont décryptés et dénoncés par les associations, les militantes et diverses personnalités : l’AVFT, les TumulTueuses, Mona Chollet, Clémentine Autain , etc. Manifestations, déclarations publiques et articles se succèdent [2].

Conséquences : les témoignages de violences non-portés devant la justice affluent sans discontinuité dans les commentaires laissés sur certains sites. Même constat auprès du Collectif Féministe Contre le Viol qui enregistre une hausse de 20% d’appels supplémentaires depuis le début de l’affaire DSK. Autant d’éléments qui viennent illustrer et combattre le caractère généralisé du mépris des hommes.

Une régularité du Pays-des-droits-de-l’homme

Rappelons nous le traitement d’anciennes affaires : le témoignage d’un Daniel Cohn-Bendit sexualisant les enfants dont il avait la garde par exemple. Rappelons nous le scandale d’un Frédéric Mitterand, et aussi celui de l’odieuse complicité autour de Roman Polanski.

Le langage de la solidarité masculine est connu : quand il ne discrédite pas les victimes, il minimise l’agression, quitte à la balayer tout simplement. Là où il y a eu contrainte, violence, oppression et exploitation, il y aurait eu un simple rapport sexuel, une malheureuse pulsion masculine, un consentement réciproque, un accord tacite entre égaux ou un troussage de domestique. Du recours à l’idée de nature jusqu’à la défense d’un libéralisme sexuel, tout est bon pour protéger l’agresseur, y compris l’invocation déplacée de ses créations artistiques et politiques.

Ces affaires amènent différents constats : les clivages politiques n’ont aucune pertinence quant aux violences commises. L’orientation sexuelle n’enlève pas les rapports de domination et d’exploitation. Les politiciens sont des agresseurs potentiels comme les autres. Et enfin, les agresseurs sont des hommes. S’évertuer à déjouer de supposées intrigues politiciennes faites de complot et de piège s’avère un détournement humiliant de la parole des plaignantes et un diagnostic pour le moins douteux des actes masculins exercés quotidiennement.

L’essayiste John Stoltenberg résume bien le nœud du problème :

« Quand les hommes sont appelés à rendre des comptes de ce qu’ils font aux femmes dans leur vie (un événement qui se produit assez rarement), leurs œillères, leur négligence des conséquences, leur égoïsme et leur obstination sont autant de facteurs qui ont tendance à excuser plutôt qu’à aggraver leurs plus horribles fautes interpersonnelles. Mais quand ce quelqu’un est une femme, elle est traitée de façon très différente. On attend d’elle de l’hésitation, des remords, de l’incertitude sur la rectitude de ce qu’elle fait, et ce même lorsqu’elle fait le bien.(...) Et lorsqu’on lui demande des comptes (ce qui arrive relativement souvent) non seulement n’a-t-elle jamais d’excuse, mais l’absence d’une pusillanimité féminine de convention peut servir à la blâmer encore plus. » [3]

C’est cette tache intellectuelle et pratique qu’il nous incombe de laver. Aussi, face à de telles affaires amenées à se renouveler, les hommes ont sans aucun doute mieux à faire que de hurler avec les loups misogynes et antiféministes. Pour l’heure – et depuis fort longtemps – les hommes devraient d’une part se questionner quant à leurs propres pratiques (sexuelle, langagière, etc) et d’autre part trahir leur classe de sexe. A savoir : écouter, apprendre et être solidaire des féministes, reconnaître ses propres responsabilités, ne pas reproduire d’actes oppressifs, et enfin, si elles le souhaitent, aider matériellement (financièrement, moralement...) les victimes et les associations qui les soutiennent.

P.-S.

Merci à Corinne, Martin et Isa pour leur relecture attentive.

Notes

[1] Chiffres tirés de la brochure de l’association Elu-es Contre les violences faites aux femmes : Faire reculer les violences sexistes et sexuelles. (2008)

[2] Sous la direction de Christine Delphy, une ré-édition de certaines réponses féministes devrait être publiée chez Syllepse fin 2011.

[3] Refuser d’être un homme. En cours de traduction.