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Attention mesdames et messieurs !

Chroniques d’une voilée désabusée (2)

par La Voilée
28 juillet 2009

Au cours de l’année 2008, un blog aussi éphémère que mémorable a présenté pendant quelques mois les « chroniques d’une voilée désabusée », mêlant avec bonheur, intelligence, drôlerie et colère des anecdotes, analyses et coups de gueule autour d’un même sujet : le quotidien éprouvant pour les nerfs d’une étudiante de vingt ans qui a eu la mauvaise idée, « au pays de Voltaire », d’être musulmane et de couvrir ses cheveux d’un foulard… Interrompu en septembre 2008 et rapidement fermé, ce blog intitulé « Va te faire voiler ! » méritait une nouvelle vie. C’est chose faite, avec l’amical accord de l’auteure qui, retournant le stigmate, a choisi de se nommer, tout simplement, « la voilée ». Nous publierons donc, quotidiennement jusqu’à la fin de l’été, une large sélection de ce que nous estimons être, dans la France de 2009, des mots importants.

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Qui y a-t-il en France de plus spectaculaire et de plus frappant

- qu’une femme à barbe,

- qu’un baladin sur la place publique,

- que Superman en slip rouge ?

Alors, une petite idée ? Non !? Pourtant c’est tout simple... Vous donnez votre langue au chat... Ok. Et bien il s’agit d’une voilée. Oui, Oui, une femme voilée, hijabisée, tchadorisée, une voilée quoi. C’est un véritable phénomène de foire, en tout cas en France, surtout dans les lieux publics. Rues, boutiques, métro, RER, bibliothèques, etc. sont de véritables espaces de divertissement où la voilée fait l’objet d’une centralité et d’une attention particulière.

Avant, la femme à barbe était sous un chapiteau, et on payait cher afin de pouvoir la scruter du regard et être stupéfié par son hirsutisme. Aujourd’hui, le temps est à la gratuité. La femme voilée ne profite même pas des effets qu’elle produit sur autrui, et l’hirsutime a laissé place au tissu qui couvre la chevelure de la nouvelle bête.

Ce qui n’a pas changé, ce sont les réactions que suscite le monstre, la femme à barbe faisant l’objet de moqueries et de railleries incessantes. On la montrait du doigt, on la dévisageait, et dans un degré d’agressivité élevé, on s’en prenait physiquement à elle. Aujourd’hui, la femme voilée est aussi observée avec insistance et mépris. Elle est pointée du doigt sans aucune gêne et peut être insultée gratuitement, sans raisons. De "on n’est pas en Iran ici", "fou de Dieu" en passant par "conasse enfoulardée", "soumise" ou encore par "on est plus chez nous", "quel accoutrement !", ... la voilée monopolise l’espace dans lequel elle pénètre et les attentions de ceux qui s’y trouvent (exemple : une voilée dans une ligne de métro "huppée" = regards et réflexions garantis ! Et pas des moindres... ).

Tout comme la femme à barbe, la voilée peut aussi faire l’objet de regards compatissants, surtout en période estivale, où la chaleur que certaines ne supportent pas, suscitent chez elles un émoi particulier à l’égard de ces femmes, couvertes de la tête au pied : sourire à peine hypocrite " Pas trop chaud ?", "vous êtes courageuse de porter ça" (à noter que la plupart des filles voilées achètent leurs vêtements dans les boutiques de prêt à porter lambda... à moins que Gap, Esprit, Le Comptoir des Cotonniers, Zara, Somewhere, H&M, etc. ne fassent dans le muslim wear ?).

Mais, à la différence de la femme à barbe, la voilée peut s’attirer les bonnes grâces de la gent masculine, car n’oublions pas, avant d’être voilée, la voilée est une femme, avec tout ce que cela implique. Si la gent féminine exècre plus facilement la voilée, il en est autrement chez certains hommes. La femme à barbe avait une barbe, ce qui la rendait repoussante, car les normes esthétiques communes banissaient (et banissent toujours d’ailleurs) la pilosité. Mais la voilée est quant à elle juste voilée. Son voile que l’on considère souvent comme symbole de la soumission, devient tout à coup un simple accessoire. La voilée intrigue, excite certains ( "vous êtes un peu comme le fruit défendu", m’a t-on dit une fois dans le RER). A cela s’ajoute l’exotisme que dégage la voilée, ce petit côté Zoubida, Macumba, Melissa métisse d’Ibiza - pas voilées, mais bon... elles viennent toutes de loin, du pareil au même !

En résumé, la femme à barbe et la voilée n’ont rien à s’envier. Le femme à barbe est malheureusement "cuite" dans la sphère publique autant que dans la sphère privée, sa barbe étant symbole de laideur. La voilée est à demi-cuite. Si elle reste dans son cocon, elle n’a rien à craindre. Mais si elle décide de le quitter... philantropie, amabilité et gentillesse garanties ! (ironie, quand tu nous tiens...).

Imaginez une femme à barbe voilée ?!?!

Aussi désavantagée qu’un tétraplégique aveugle et muet !

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P.-S.

Ce texte est paru pour la première fois sur le blog « Va te faire voiler ! » le 19 décembre 2007