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Avec « bienveillance »

Sur le traitement médiatique d’une circulaire gouvernementale

par Irène Zara
9 février 2008

M. Hortefeux, notre ministre de l’Immigration et gardien de l’Identité
Nationale, aura de quoi féliciter certains de ses plus fidèles
collaborateurs dans la chasse aux sans papiers : les journalistes qui
participent à la désinformation médiatique qui a lieu autour de la
circulaire du 7 janvier 2008.

Cette circulaire concerne une possible régularisation des sans-papiers
employés dans trente métiers manquant de main d’œuvre, et disposant d’une
promesse d’embauche de la part de leur patron. Parmi ces trente métiers, on
ne trouve que des métiers qualifiés, tels que « informaticien-expert »,
« cadre de l’audit et du contrôle financier », « inspecteur de mise en
conformité », etc. Cette liste, loin d’être secrète, figure en annexe de
la circulaire.

Tous ces métiers sont bien éloignés de la réalité du travail des
sans-papiers, en grande majorité ouvriers du bâtiment, employés de la
restauration, du nettoyage ou des services à la personne…

Le traitement médiatique de cette information, loin de mettre en avant le
décalage entre la circulaire et la réalité créé une grande ambiguïté :
plusieurs reportages présentent les conditions de régularisation de façon
juste, mais omettent de donner la liste des emplois, et donnent des exemples
mensongers de métiers ouverts à la régularisation.

TF1, dans son reportage du journal de 20h du 10 janvier 2008 dit
explicitement que la régularisation est ouverte aux métiers du nettoyage, de
la restauration et des services à la personne [1]

De même, Le Monde du 09 janvier 2008 traite l’information sous ces titres
« Le travail, un espoir pour les sans papiers » et « Régularisation,
les préfets examineront les dossiers avec « bienveillance » ». Et
l’auteure de ces articles d’ajouter, en parlant des patrons d’une entreprise
de gardiennage et nettoyage et d’une entreprise de couverture et charpente,
qu’ils entendent profiter de cette opportunité pour régulariser leurs
ouvriers sans papiers. Il semble pourtant hautement improbable que l’un des
sans papiers employés dans ces deux entreprises soit « cadre de l’audit
et du conseil financier » ou qu’il exerce l’un des 29 autres métiers
ouverts à une possibilité de régularisation…

Quel est le but d’une telle désinformation ?

Dans la logique actuelle de rationalisation des expulsions, le
gouvernement fait face à deux problèmes :

1/ Il est coûteux et visible de réaliser des contrôles d’identité dans le
métro, dans la rue ou à la sortie des écoles.

2/ Les personnes arrêtées par ces procédés n’ont en général pas leur
passeport sur elles, ce qui les rend non expulsables et entraîne leur remise
en liberté.

Le traitement médiatique de cette circulaire résout ces deux problèmes :
pleins d’espoir, les sans-papiers se présentent d’eux-mêmes, avec leur
passeport (nécessaire pour la demande de régularisation), à la préfecture.

Là, Ô surprise, les autorités se rendent compte que la plupart d’entre eux
n’exerce aucun des trente métiers désignés… le trajet est court, et direct,
du bureau de régularisation de la préfecture à celui des expulsions qui,
décidément, correspond bien mieux à leur situation. Direction le centre de
rétention et le charter, et peu importe qu’ils laissent en France maris,
femmes, enfants…

Notes

[1] « De
nombreuses entreprises dans le bâtiment, la restauration, les services à la
personne ou du nettoyage se retrouvent privées de sans papiers, et donc de
main d’œuvre. Pour ne pas pénaliser l’activité économique, dans une
circulaire le ministre de l’immigration demande aux préfets d’ « examiner
avec une particulière diligence les dossiers de régularisation signalés par
les employeurs eux-mêmes ». (Source : journal télévisé de 20h de TF1, le 10
janvier 2008).