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« Bon vent ! »

Malek Boutih et son double

par Collectif Les mots sont importants
20 septembre 2005

Le 6 juin 2003, dans les colonnes du Figaro [1], un observateur avisé dénonçait l’instrumentalisation par le Parti socialiste de quelques « figures » de « Français issus de l’immigration », promues dans un rôle de figuration et de légitimation dans les instances nationales du Parti :

« A Dijon, lors de son Congrès, le Parti socialiste a démontré sa volonté d’intégration en désignant dans son conseil national entre 15 et 20% de personnes d’origine étrangère, parmi lesquelles le troisième président de SOS-Racisme (...) A forte connotation opportuniste, ce panachage bricolé des origines dans la composition du conseil national du Parti socialiste ne répond à aucune vision à long terme de la société française. »

Notre observateur poursuivait en reprochant amèrement à un certain Malek Boutih d’accepter ce rôle méprisable de « bougnoule de service », et en lui opposant les galériens et autres militants anonymes, qui préfèrent lutter auprès des leurs plutôt que « se caser » :

« De gros soupçons de carriérisme pesaient sur Malek Boutih. Un discours poli, récurrent, reposant sur des principes fondateurs de la citoyenneté française, bien servi, bien relayé médiatiquement, aura finalement atteint un dessein : être troisième président de SOS-Racisme intégré. On pourrait même dire casé. Quand on instrumentalise la misère des jeunes des cités - celle des filles comme celle des garçons -, quand on joue des discriminations qu’ils subissent dans la ville, des
thèmes aussi sensibles que l’exclusion, quand on n’a aucune légitimité dans les banlieues sinon celle construite à la télévision... pour viser le conseil national du Parti socialiste et/ou le Parlement européen, il y a de quoi indigner les cités qui jouaient la carte de la confiance et de la solidarité. Comme semble vous l’avoir souhaité Jacques Chirac - que vous avez
accompagné dans son voyage officiel en Algérie (gloups !), bon vent, M. Malek Boutih ! Vous serez député européen l’année prochaine, à n’en pas douter. Mais il y a encore des volontaires pour rester sur la terre ferme, avec les jeunes des cités, dans leurs classes de collèges, leurs associations, leurs halls d’immeuble ( !)... et peut-être qu’un de ces prochains jours, si votre agenda vous le
permet, vous viendrez faire une conférence aux Minguettes de Vénissieux ou au Mas du Taureau de Vaulx-en-Velin sur le modèle français d’intégration républicaine. Ils seront nombreux à venir vous écouter, soyez-en assuré. »

Tout cela n’est guère nouveau, et les pages « Tribune libre » du Figaro ne sont pas les seules à en avoir fait état. Ce qui est en revanche intéressant, et qui justifie de relire aujourd’hui cet émouvant coup de gueule, c’est l’identité de son auteur : un certain... Azouz Begag !

Oui, Azouz Begag ! L’actuel « secrétaire d’État à l’égalité des chances », co-opté gracieusement par Dominique de Villepin dans l’un des gouvernements les plus réactionnaires et anti-immigrés que nous ayons connus. Un gouvernement qui aide les chômeurs en démantelant l’assurance-chômage, qui aide les mal-logés en les délogeant et les sans-papiers en les expulsant. Un
gouvernement qui se fixe comme priorité politique d’améliorer le rendement des « reconduites à la frontière ». Un gouvernement de droite qui s’inscrit dans la continuité d’un autre gouvernement de droite dont le bilan en matière de « politique d’intégration » ou de « promotion de l’égalité » se borne au vote de lois de circonstance et d’exception ciblant les populations issues de l’immigration post-coloniale :

- création du délit d’outrage à l’hymne et au drapeau français suite aux incidents du match France-Algérie ;

- loi du 15 mars 2004 fabriquée sur mesure pour exclure de l’école les élèves portant le foulard ;

- loi du 23 février 2005 instaurant une histoire officielle à la gloire de « l’œuvre positive » de la France en Algérie...

Sans oublier, bien entendu, la stigmatisation et la criminalisation des prostituées et des « gens du voyage »...

Manifestement, les charmes de « la terre ferme » et des halls d’immeubles ont fini par lasser l’incorruptible sociologue. À moins que ce ne soient les attraits du « carriérisme » : mieux que son frère ennemi Malek Boutih, à qui il prédisait un siège de député européen, le voici ministre ! Pour quelle « vision à long terme de la société française » ? C’est une autre question...

Notes

[1] « Le PS et les « beurs » L’intégration ? De qui ? », Le Figaro, 6 juin 2003