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Burqa, quand tu nous tiens...

Quelques remarques sur la campagne « anti-burqa » (suite... et fin ?)

par Leila Belkacem
24 mai 2010

Si on se souvient bien, l’affaire de la burqa a débuté avec le refus d’une société HLM d’octroyer un logement à une famille dont la mère portait le voile intégral. Fait apparemment anodin puisqu’à ma connaissance, on n’a pas crié à la discrimination : cette famille étant « criminelle » car la mère porte un vêtement « suspect et controversé » qui va causer bien des remous dans la classe politique française, donnant ainsi la même idée à nos amis belges qui, eux, l’ont déjà interdit dans l’espace public [1]. Au passage, le refus de logement à une famille dans le besoin n’aura retenu l’attention de personne.

Donc ouverture d’une commission parlementaire après la demande faite par le maire communiste André Gérin, avec ceux qui pensent qu’il faut passer par le dialogue et ceux qui pensent qu’il ne faut pas tergiverser : seule une loi pourra « régler le problème » ! Dans cet imbroglio juridique, une loi pourrait être envisagée pour le printemps 2011. Ce n’est pas très loin, tout cela, mais auparavant on aura droit à des « incidents », c’est-à-dire des agressions [2]. Des « incidents » provoqués par des femmes plus zélées que la police, qui pourront à coup sûr donner un coup de main si la loi est votée : l’une en Avignon, subie par une jeune fille de 19 ans interpellée par un « C’est interdit, il y a une loi contre ça ! » qui a ensuite dégénéré pour finir au commissariat ; une autre dans une grande surface : « Vivement qu’il y ait une loi pour qu’on ne voie plus de Belphégor ! ». Insulte proférée par un « as » du barreau : une avocate sensée défendre nos droits – cherchez l’erreur.

C’est joli comme nom, Belphégor : cela signifie, dans la démonologie [3] chrétienne, un démon prenant le corps d’une femme qui séduit ses victimes en leur inspirant des découvertes et des inventions ingénieuses destinées à les enrichir. Dans la culture populaire, Belphégor a un visage effrayant et est capable de tous les crimes... Ce qui est moins joli, par contre, c’est : « Rentre dans ton pays ! », et le fait que l’avocate a tenté d’arracher le voile de « Belphégor »…

La sanction envisagée pour une porteuse de voile intégral serait une amende avec un « stage de citoyenneté » qui est d’après Wikipédia est « une notion juridique française introduite par la Loi n°2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité », promulguée par le gouvernement Raffarin. Celle-ci a en effet créé un article 131-5-1 du Code pénal ainsi rédigé :

« Lorsqu’un délit est puni d’une peine d’emprisonnement, la juridiction peut, à la place de l’emprisonnement, prescrire que le condamné devra accomplir un stage de citoyenneté, dont les modalités, la durée et le contenu sont fixés par décret en Conseil d’État, et qui a pour objet de lui rappeler les valeurs républicaines de tolérance et de respect de la dignité humaine sur lesquelles est fondée la société. La juridiction précise si ce stage, dont le coût ne peut excéder celui des amendes contraventionnelles de la troisième classe, doit être effectué aux frais du condamné. »

Donc à la place d’une peine d’emprisonnement (pour quel délit ?!), on va rappeler à ces dames pourtant si correctes les valeurs de la République, comme entre autres :

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

« La devise de la République est Liberté, Égalité, Fraternité. »

Les porteuses de burqa se demanderont alors si vraiment elles ont besoin de réviser les valeurs de la République, puisqu’elles n’ont pas failli dans leur respect, et que ce sont plutôt ceux qui demandent de telles lois qui ont besoin d’un stage !

Et pourquoi le respect de la dignité humaine ? Quelle dignité ? La leur, qui a été bafouée honteusement depuis des mois, ou celles des autres, de celles et ceux qui sont gênées par une croyance qui ne les concerne pas ??

Notes

[1] Fait d’ailleurs relaté par Laurent Ruquier lors d’une de ses émissions avec un grand sourire montrant combien les Belges sont forts, eux, puisqu’ils ont osé l’interdire…

[2] Même si ces dames ont depuis toujours essuyé des insultes, même avant leur stigmatisation médiatique

[3] Étude des démons.