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Caroline Fourest, l’incendiaire qui crie « au feu ! »

Islam , mensonges et vidéo / Épisode 713

par Pierre Tevanian, Saïd Bouamama
2 mai 2015

Sainte Caroline a encore frappé. Contre Aymeric Caron, cette fois-ci, dans l’émission On n’est pas couché, puis dans la presse les jours suivants. L’occasion de revenir sur un précédent épisode, parmi tant d’autres, de la vie de la serial-menteuse, qui pose bien sûr la question du vrai et du faux, mais aussi celle du racisme et de l’antiracisme. Plus fondamentalement, c’est la question du débat public qui est posée, et de ses conditions : qu’est-ce qui se discute, qu’est-ce qui ne se discute pas ? Avec qui peut-on discuter, avec qui doit-on le refuser ? C’est à ces questions que le texte qui suit propose une réponse. Saïd Bouamama, sociologue, et Pierre Tevanian, philosophe, tous deux pris à partie par Caroline Fourest après l’annulation d’un débat, le samedi 16 septembre 2012 à la Fête de l’Humanité, lui répondent : « Au-delà de nos deux personnes, dans la version des faits de Fourest et du Parti de Gauche, ce sont tou-te-s les participant-e-s à une action de protestation non-violente qui sont stigmatisé-e-s ». En préambule à ce texte, déjà paru sur Mediapart, nous invitons nos lectrices et lecteurs à visionner le film qui a été réalisé sur l’Opération Banane, et sur le chahut qui a suivi : c’est ici.

Nous pourrions, si nous en avions le temps et les moyens financiers, porter plainte pour diffamation : car nous voici tous les deux nommément désignés par Caroline Fourest (dans un article du Huffington Post, sur sa page Facebook, relayée par ses supporters sur Twitter et par des sites d’extrême droite comme Françoisdesouche ou Les Identitaires) comme les « meneurs » d’une action elle-même qualifiée de « violente », dont en vérité nous ne sommes pas les meneurs et qui n’a absolument rien eu de violent ! L’AFP titre prudemment sur un « chahut », mais un communiqué du Parti de Gauche d’une singulière violence reprend à son compte le récit apocalyptique que diffuse depuis samedi soir l’intéressée : Caroline Fourest a été « agressée », victime d’une opération organisée par des « groupes violents », cherchant à empêcher par la terreur toute « libre critique de la religion ».

La campagne calomnieuse que nous subissons aujourd’hui n’est pas une première. Caroline Fourest est coutumière de ce type de campagnes, obéissant toujours au même schéma narratif (violence, agression, menaces, intégristes, escorte policière), contre des gens qui n’ont eu le tort que de la critiquer ou, au pire, de la chahuter. Il faudrait un jour que des journalistes d’investigation reviennent sur l’hallucinante campagne qu’elle avait lancée en 2004 contre l’Institut du monde arabe, suite à un débat tout à fait calme et policé (dont il doit bien exister un enregistrement), et qui avait amené l’IMA à publier un démenti officiel. Un exemple plus récent est la manière dont, à l’Université Libre de Bruxelles, un chahut tout à fait bon enfant (dont un enregistrement filmé existe sur youtube) a été transformé, par les soins de Caroline Fourest, en agression islamiste.

Au-delà de nos deux personnes, dans la version des faits de Fourest et du Parti de Gauche, ce sont tou-te-s les participant-e-s à une action de protestation non-violente qui sont stigmatisé-e-s comme « violents », en cheville avec des « islamistes radicaux », acteurs de la « terreur », défenseurs d’un «  délit de blasphème » visant à empêcher toute « libre critique de la religion ». Amalgamer tous les participants d’une protestation contre un point de vue qu’ils jugent raciste, les construire comme groupe organisé et uni par une idéologie homogène, occulter le contexte qui a conduit au chahut et à l’annulation des débats : toutes ces manipulations argumentaires sont connues et participent de ce que justement les manifestants jugent dangereux dans les productions de Caroline Fourest, relayées en permanence dans les grands médias.

La réalité est bien entendu tout autre. S’il y a un point que les manifestants ont en commun, c’est qu’ils sont ulcérés par les analyses de Caroline Fourest qui, sous prétexte de critiquer “l’islamisme”, diffusent de l’islamophobie qui est une des formes les plus récentes, les plus dominantes et les plus dangereuses de l’idéologie raciste contemporaine. C’est qu’ils sont inquiets de la diffusion de ces analyses par de nombreux médias. C’est qu’ils constatent une chaîne de cohérence entre les thèmes développés par Caroline Fourest dans une version light et ceux repris par l’extrême droite dans une version hard – une chaîne de cohérence entre le “racisme respectable” et le “racisme décomplexé”. C’est enfin qu’ils mesurent les effets de ce racisme respectable version Fourest cumulé au racisme décomplexé de l’extrême droite sur l’augmentation des actes et propos racistes – notamment islamophobes.

Si les protestataires forment un “nous”, ce n’est pas un “nous” organisé, uni par un même projet idéologique ou politique, mais une communauté de sensibilité et de lutte entre des individus de tous horizons qui, sans forcément se concerter, convergent pour dire “stop” à Fourest et alerter sur le danger qu’elle représente, sur la violence “propre” et “polie” de son discours, sur les effets de violences verbales et physiques que ce discours produit à l’encontre des musulmans de notre pays. Qu’une telle protestation débouche sur l’annulation d’un débat est une autre affaire, qui ne peut être comprise qu’en prenant en compte la réaction des organisateurs dudit débat.

Retour sur les faits

Nous n’avons pas l’accès aux grands médias qui permettrait de rétablir, aussi largement que nécessaire, la véracité des faits sur les incidents qui ont abouti à l’annulation d’un “débat” sur la lutte contre le Front national à la Fête de l’Humanité, dont l’invitée d’honneur était, donc, la très médiatique Caroline Fourest. Mais les images capturées lors de l’incident, qui ne manqueront pas de sortir sur Youtube et autres sites internet, permettront à chacun-e de juger : y a-t-il eu violence ou simple chahut ? Qui ment ou délire, qui dit la vérité ? Qui ont été les agresseurs, qui ont été les agressés ? Qui ouvre le débat, qui le verrouille ou le refuse ? Qui, au final, fait le jeu du Front national ? Qui, enfin, « a sa place à la Fête de l’Humanité », qui ne l’a pas ? Car nous soutenons, pour notre part, que c’est en face de nous, chez Caroline Fourest, mais aussi chez ceux qui l’ont soutenue (à la Fête de l’Humanité ou ensuite dans leurs communiqués, tweets et autres statuts facebook), que s’est manifestée la violence, le refus de débattre, et enfin une certaine connivence avec l’idéologie du FN.

Nous n’avons pas non plus l’intention de justifier notre colère et notre indignation de voir Caroline Fourest invitée à la Fête de l’Humanité. Si interrogation il doit y avoir, ce n’est pas sur l’existence de cette colère légitime mais sur la disparition des vigilances antiracistes et antifascistes qui conduisent à l’invitation d’une Fourest à une telle fête – qui plus est pour un débat portant sur l’extrême droite. Sur le détail des faits, nous renvoyons au récit qu’en ont donné Bader Lejmi et Myrto S – rappelons simplement que, contrairement à ce que prétend Caroline Fourest, il n’y a eu de notre part aucune violence physique, qu’aucun « projectile » n’a été lancé en direction de quiconque (pas même la fameuse banane, qui fut simplement brandie devant la foule), et que c’est la réaction violente du service d’ordre à une action pacifique, puis les insultes entendues de la part de supporters de Fourest (et elles valent leur pesant de racisme, avec des phrases comme « c’est une action des immigrés », « c’est pas dans notre culture », « vous n’êtes pas chez vous », « retourne chez toi », « qu’elles aillent se faire exciser ») et enfin le refus d’accorder un temps de parole aux protestataires qui ont conduit à l’annulation du débat.

Nous sommes donc loin des propos de Fourest dans Le Parisien, décrivant un guet-apens prémédité qui se serait avéré « très, très violent » – et affirmant, dans un clip d’un ridicule achevé (dont les intertitres terrifiants sont constamment démentis par des images parfaitement anodines, et dont la bande-son, une chanson d’Alicia Keys, nous suggère que Caroline Fourest est “Superwoman” !) qu’elle a dû quitter la Fête de l’Humanité sous « haute escorte » – une « haute escorte » évidemment invisible à l’écran ! [1]

Dans un registre tout aussi outrancier, un communiqué vengeur du Parti de Gauche, intitulé « Le délit de blasphème n’a pas sa place dans la république », s’évertue à faire passer le chahut – aussi bon enfant que désorganisé – qui a eu lieu pour un « coup de force » prémédité, mené par des « groupuscules violents », et visant à « salir la Fête de l’Humanité » alors que « toutes les religions, dont l’Islam, doivent pouvoir être critiquées librement ». À quoi, enfin, Caroline Fourest ajoute, sur sa page Facebook et dans son article du Huffington Post, que les « meneurs » de l’opération se nomment Bouamama et Tevanian – désignés comme les « acteurs-clé du rapprochement entre gauchistes et islamistes au sein des Indigènes de la République » (sic).

Nous n’avons évidemment rien orchestré de tel, et quiconque s’intéressera de près à nos écrits et engagements politiques respectifs prendra vite la mesure du ridicule achevé de ces allégations. Nous avons en revanche effectivement pris part, au même titre qu’une cinquantaine d’autres personnes, à la contestation qui a abouti samedi dernier à l’annulation du débat.

Nous avions d’abord, en amont du débat, signé avec de nombreux intellectuels et militants associatifs issus de l’immigration et/ou de l’engagement antiraciste, une lettre ouverte aux organisateurs du débat [2], les appelant à reconsidérer leur choix du fait des accointances profondes et anciennes, établies dans maints écrits critiques [3] et consacrées dernièrement par le jury des Yabon Awards [4], entre l’islamophobie agressive du FN et l’islamophobie plus policée et sophistiquée, mais d’autant plus insidieuse, de Caroline Fourest. Cette lettre n’a reçu aucune réponse – pas plus qu’une autre lettre, adressée par l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix, présente à la Fête de l’Humanité), qui allait dans le même sens.

Nous avons ensuite choisi d’aller assister à la seule action préparée dont nous avions eu vent : la remise de son Yabon Award. Rien de très « violent » donc : simplement le rappel, par le biais de l’humour, des prises de positions qui ont valu ce trophée à Caroline Fourest – et, partant, du caractère problématique de sa présence à un débat sur la lutte contre l’extrême droite.

Qui sont les chahuteurs ?

Revenons maintenant sur la composition de cette cinquantaine de protestataires. Le communiqué du Parti de Gauche les dit « issus manifestement de petits groupes comme les Indigènes de la République ou des animateurs du site oumma.com ». Or, si ces deux « petits groupes » sont à nos yeux respectables, et si nous partageons avec eux de nombreux combats, il se trouve qu’ils n’étaient pas présents ! Mais là n’est pas le plus important. Ce qui suscite notre intérêt est surtout le fait que, sans disposer du moindre début d’information quant à l’identité politique des chahuteurs, des responsables de gauche parviennent à détecter des « manifestement » Indigènes de la République et des « manifestement » membres de la rédaction d’oumma.com – sans doute de la même manière que Nicolas Sarkozy détectait les « musulmans d’apparence ». Il est vrai que certains chahuteurs n’étaient pas des “Français de souche” – mais cela suffit-il pour les assigner à une identité politique ou religieuse unique ? Si ce n’est pas du racisme, comment qualifier ce type de raccourcis ?

De notre position, en revanche, il n’est pas difficile de savoir qui étaient en réalité ces fameux chahuteurs. Il n’est en effet pas nécessaire pour nous d’avoir commandité ou orchestré quoi que ce soit pour les connaître presque tous : nous avons retrouvé sur place, avec plaisir il faut l’avouer, des compagnons de route de longue date de nos multiples luttes, antisexistes, antiracistes, anticapitalistes, anti-impérialistes et antisionistes. Nous pouvons donc récuser avec certitude la version diffusée par Caroline Fourest et reprise par le Parti de Gauche : sur la cinquantaine de personnes qui a pris part au chahut, il y avait un seul membre des Indigènes de la république, quelques Indivisibles – et bien entendu (contrairement à ce qu’insinue Caroline Fourest) aucun membre du groupe d’extrême droite Egalité et réconciliation, que nous combattons tous depuis toujours. Etaient présents, en vérité, des militants et des militantes de toutes origines et de tous horizons, de la gauche anticapitaliste, libertaire, écologiste, des luttes de l’immigration et des quartiers populaires, des luttes féministes et dites LGBT, des “Indignés ”, des “inorganisés”, des militants qui ont fait la campagne contre Marine Le Pen à Hénin-Beaumont lors des dernières législatives... Un “peuple de gauche” en somme qui, de manière autrement plus claire et conséquente que Caroline Fourest, incarne la résistance face au Front National... et face à ses idées !

Quid de la liberté d’expression ?

Venons-en maintenant au reproche principal qui nous a été adressé : avoir porté atteinte à la liberté d’expression, avoir empêché un débat, avoir de ce fait paralysé la lutte contre l’extrême droite. Tout d’abord, il convient de congédier le procès d’intention qui a été adressé aux chahuteurs par le Parti de Gauche : la question du « délit de blasphème » a été totalement absente de tous les discours qui ont été tenus avant, pendant et après le chahut, que ce soit dans la pétition, dans le tract accompagnant la remise du Yabon Award, sur la banderole qui a été déployée, dans les slogans qui ont été scandés, ou dans les nombreux échanges verbaux qui ont eu lieu pendant et après le chahut. Pour nous comme pour tou-te-s les ami-e-s qui ont pris part au chahut, le droit à la critique des religions n’a pas à être remis en cause – mais le mot islamophobie désigne tout autre chose : le racisme, l’injure et la discrimination à l’encontre des adeptes réels ou supposés de la religion musulmane.

Nous sommes en vérité très attachés à la liberté d’expression, mais nous ne comprenons pas en quoi celle d’une Caroline Fourest, superstar de l’éditocratie multimédias, omniprésente dans la grande presse et dans les grandes chaînes de radio et de télévision, devrait importer plus que celle de dizaines de militant-e-s aguerri-e-s qui, chacun-e, aurait pu avantageusement occuper sa place à la tribune. Pourquoi surtout cette expression-là, celle d’une idéologue obsédée par l’islam et par l’exclusion des femmes voilées (de l’école aux terrains de sport), celle d’une opposante au droit de vote des étrangers, celle d’une partisane du libéralisme qui paupérise nos quartiers populaires, mériterait-elle davantage d’être entendue, a fortiori dans un débat sur la lutte contre l’extrême droite, que celle des victimes du racisme et des militants antiracistes ?

En d’autres termes, le chahut a confisqué une petite heure de parole à une célébrité qui a derrière elle des centaines d’heures dans les plus grands médias du pays, et qui en aura encore quelques centaines dans le futur : on aimerait que ceux qui s’émeuvent de cette minuscule privation se soucient avec le même zèle de la liberté effective qui est laissée aux chahuteurs pour faire entendre, dans les formes (c’est-à-dire autrement que par le chahut, dans des conditions plus sereines et plus propices à l’écoute et l’échange), leur vécu de la discrimination, leurs résistances face au racisme, leur critique de l’antiracisme officiel, leur expertise sur le Front national et les moyens de le combattre.

Ce n’est certainement pas un “débat” avec Caroline Fourest, qui plus est à armes inégales, qui aurait pu régler le problème : comment peut-on critiquer, déconstruire, démasquer en trois minutes, “de la salle”, un discours pernicieux, lorsque ce discours a pu se déployer en toute tranquillité à la tribune pendant plus de trente minutes, avec tous les effets d’autorité que confère une invitation en tant qu’expert, et lorsque ledit expert dispose pour finir d’un long “temps de conclusion” pour avoir le dernier mot ? Comment est-ce possible, notamment, face à des sophistes comme Caroline Fourest, dont le discours, saturé de mensonges et de procédés de manipulation, nécessite une analyse longue et minutieuse ?

Comment, enfin, peut-on imposer à des gens qui subissent le racisme, et pour qui la question de la lutte antiraciste a quelque chose de vital et d’urgent, cette vertueuse patience : « prenez le temps de discuter avec une raciste – et faites-le poliment » ?

L’urgence antiraciste

Tout, au fond, n’est qu’une question d’espace-temps : ce n’est pas en soi et dans l’absolu que nous sommes contre le fait d’entendre une Caroline Fourest, ou contre le fait de la critiquer de manière argumentée – ce que nous refusons est l’obligation d’avoir encore à le faire ici et maintenant, à la Fête de l’Humanité en septembre 2012, alors que nous l’avons déjà écoutée, que nous l’écoutons depuis des années, qu’on nous force à l’écouter à peu près partout, que nous n’avons cessé, au fil de ces années, de critiquer et contre-argumenter sans accéder pour notre part aux grands médias, que nous avons patiemment analysé, expliqué, largement assez pour qu’il soit désormais acquis que Caroline Fourest est une ennemie, pour la simple raison qu’elle contribue, de manière particulièrement efficace, à attiser le racisme.

Au bout de dix années d’écoute, d’analyse, de débats, nous le savons : demander à Caroline Fourest comment lutter contre le racisme est aussi déraisonnable et odieux que demander à Christine Boutin comment lutter contre l’homophobie – moyennant quoi le chahut qui a fait taire l’éditocrate samedi dernier est aussi légitime, aussi salutaire que les “zaps” d’Act-Up et quelques autres qui ont pu, dans le passé, faire taire Boutin ou ses semblables. Nous sommes en droit, aujourd’hui, de refuser la perte de temps et l’affront, l’humiliation, l’injure que constitue, a fortiori pour des antiracistes, a fortiori lorsqu’ils sont noirs, arabes ou musulmans, un n-ième sermon de Caroline Fourest.

Que cette dernière continue, si elle le souhaite et si ses employeurs sont contents d’elle, de parler de presque tout presque partout, qu’elle continue sur Radio France, sur France Télévisions, sur Canal Plus et dans les colonnes du Huffington Post, d’expliquer aux Grecs qu’ils doivent se serrer la ceinture, d’expliquer aux footballeurs qu’ils doivent vibrer en écoutant la Marseillaise, d’expliquer à Eva Joly qu’elle doit respecter les cérémonies militaires du 14-Juillet, d’expliquer aux socialistes qu’il ne faut pas accorder le droit de vote aux étrangers, d’expliquer aux Tunisiens qu’ils ne sont pas assez sécularisés pour vraiment mériter la démocratie, d’expliquer aux musulmans qu’ils doivent être fourestiens, d’expliquer à la terre entière enfin que les « prières de rue » sont un grave problème et qu’une fille voilée ne doit ni aller à l’école, ni représenter un parti de gauche aux élections, ni participer à des compétitions de foot et pas davantage de basket ball. Qu’elle continue tant qu’elle veut, mais nous n’avons pas besoin d’elle, à la Fête de l’Humanité, pour nous expliquer comment lutter contre l’extrême droite. « Je suis prêt à expérimenter tous les plats qu’on voudra », disait Jean-Pierre Vernant, le grand historien, résistant, militant communiste et anticolonialiste, « mais on ne discute pas recettes de cuisine avec des anthropophages. »

P.-S.

A lire aussi (et à signer !) : l’Appel Nous votons Fourest !. Initié par une quinzaine d’écrivains, artistes, universitaires, notamment le rappeur Akhenaton, la cinéaste Claire Denis, la sociologue Christine Delphy, l’historienne Joan Scott et le philosophe Achille Mbembe, et déjà signé par une trentaine de chercheurs et d’activistes antiracistes, cet appel a été publié initialement sur Nouvelobs.com. Il constitue une réponse tout à fait bienvenue à la campagne de diffamation et de menaces judiciaires qu’a lancée l’étoile montante de l’éditocratie française, Caroline Fourest, suite à son triomphe aux Yabon Awards 2012. La journaliste trouvera donc, en bas de ce texte, la signature de 45 nouvelles victimes potentielles : 45 personnalités qui lui décernent un Yabon Award, et concluent : si c’est un délit, il faudra nous poursuivre aussi. Ce texte est ouvert à toutes les signatures, ici.

Notes

[1] La forme grotesque de ce clip parvient presque à nous faire oublier son fond ignoble – notamment ses récurrentes insinuations, dans les intertitres qui ponctuent le film, quant à une collusion entre les chahuteurs et l’extrême droite, et les allégations diffamatoires qui ouvrent et concluent le clip : les chahuteurs seraient des pro-intégristes, sexistes, homophobes, antisémites.

[2] En dépit de sa longueur, nous citons la liste des signataires de cette lettre ouverte qui illustre leur diversité : Mogniss H. Abdallah, journaliste ; Gamal Abina, Association pour la Mémoire Algérienne (AMAL) ; Nadjib Achour, historien ; Nadine Acoury, juriste ; Khalid Amajah, entrepreneur ; Zahra Ali, sociologue ; Mustapha Bahmane, traducteur ; Zora Benali, militante associative ; Farida Benmerabet, Collectif Pour le Droit et le Respect des Parents d’Élèves ; Nadia Ben Othmane, juriste ; Saïd Bouamama, sociologue ; Redouane Bouchane, entrepreneur ; Mourad Boudabbouz, entrepreneur et militant associatif ; Naïma Bouteldja, journaliste ; Abdelaziz Chaambi, président de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie (CRI) ; Souhail Chichah, chercheur Université Libre de Bruxelles (ULB) ; Françoise Duthu, ancienne députée au Parlement Européen (groupe Verts/ALE) ; Jamel El Hamri, enseignant ; Youssef El Hassani, consultant en management ; Nabil Ennasri, président du Collectif des Musulmans de France (CMF) ; Driss Ettazaoui, porte-parole Modem Eure (27) ; Nawel Gafsia, avocate ; Youssef Girard, historien ; Abdellatif Hedda, militant associatif ; Horia Iboudraren, étudiante en droit ; Rachid Id Yassine, sociologue anthropologue ; Souad Khaldi, traductrice ; Johara Lahssini, étudiante ; Bader Lejmi, membre du PIR et des Indivisibles ; Foued Medjabri, militant associatif ; Mireille Rumeau, militante politique ; El Yamine Settoul, sociologue ; El Yamine Soum, auteur de « La France que nous voulons » ; Farid Taalba, militant politique ; Pierre Tevanian, professeur de philosophie ; Leila Touati, ingénieur ; Abderrazzak Yacine, enseignant ; Aida Youcef, chercheuse en économie sociale et solidaire ; Sihem Zakia, consultante ressources humaines ; Faudil Ziani, président de Bouge qui Bouge, association Baraka, ISM-France, Marwan Muhammad, porte parole du CCIF ; Georges Gumpel, l’Union Juive Française pour la Paix ; François Burgat, politologue ; Zineb Guedionni, fondatrice de l’association Actions TERRE DU MONDE ; Jean-Claude Amara, porte parole de Droits devant !

[3] Pour ne citer que quelques exemples : Pascal Boniface, Les intellectuels faussaires, Editions Jean-Claude Gawsewitch, Paris, 2011 ; Sadri Khiari, Sainte Caroline, contre Tariq Ramadan, Editions LaRevanche, Paris, 2011 ; et la rubrique Etude de cas, sous-rubrique "Soeur Caroline et ses amis, sur le site Les Mots Sont Important (lmsi.net).

[4] Les Yabon Awards annuels “ récompensent ” les dérapages ponctuels ou récurrents à caractère xénophobe, raciste ou colonialiste. Le jury 2012 de ce prix était présidé par Gilles Sokoudjou (Les Indivisibles), et était composé de : Florence Aubenas (journaliste), Jean Baubérot (sociologue), Abdelkrim Branine (journaliste), Sébastien Fontenelle (journaliste), Faiza Guene (romancière/réalisatrice), Nacira Guenif (sociologue), Olivier Le Cour Grandmaison (historien), Jalil Lespert (comédien/réalisateur), Alain Mabanckou (romancier), Aïssa Maïga (comédienne), Frédéric Martel (journaliste), Mokobé (rappeur), Maboula Soumahoro (civilisationniste), Youssoupha (rappeur).