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Charlie saute sur l’anti-France

L’anticolonialisme, nouvel ennemi public

par Le Plan B
6 août 2007

Charlie Hebdo vient d’ajouter une nouvelle pièce à sa panoplie d’épouvantails. Après les pacifistes (münichois), les musulmans (barbares), les prolos (gros cons), les pro-Palestiniens (antisémites), les altermondialistes (complices de Ben Laden), les critiques des médias (adeptes de Pol Pot), les opposants à la Constitution européenne (nostalgiques de Vichy) et tout ce qui est à gauche de François Hollande (partisans du goulag), c’est au tour des anticolonialistes d’enrichir la collection des barbus-pédophiles-rouge-brun chère aux « humoristes » de la rue de Turbigo...

Le numéro du 11 juillet est largement dédié à ce fléau d’une acuité brûlante [1]. Dans son éditorial, consacré à l’avocat Jacques Vergès, Philippe Val écrit :

« On pourrait penser que le parcours de Vergès, de la guerre d’Algérie à la défense de Saddam Hussein, est incohérent. C’est oublier une chose : du début à la fin, de la défense des extrémistes arabes, chez lesquels il disparaît pendant plusieurs années quand on le croit au Cambodge, jusqu’à la défense de Saddam Hussein, qui lui a échappé, en passant par celle de Barbie, qui est devenu son ami, il a été l’éternel défenseur des tueurs de Juifs et l’avocat des dictateurs. »

De Mon Beauf à Mon légionnaire

Si les mots ont un sens, les combattants de l’indépendance algérienne étaient donc des « tueurs de juifs ». En un mot : des nazis. Quelques pages plus loin, Daniel Leconte enfonce le clou. À la faveur d’un entretien avec Barbet Schrœder, réalisateur d’un documentaire sur Vergès, le producteur d’Arte et grand ami de Val lâche :

« On voit comment la filiation se fait de l’anticolonialisme au nazisme. »

Par symétrie, le colonialisme conforte la paix, la justice et la démocratie. Les auteurs du projet de loi UMP sur « l’œuvre civilisatrice » de la colonisation ne démentiraient pas ce point de vue, pas plus qu’Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner ou Michel Sardou, l’artiste engagé du Temps béni des colonies [2]. Galvanisés par Nicolas Sarkozy, qui déclara durant sa campagne que la repentance pour les crimes de l’occupation française en Algérie était « une mode exécrable » dont le « seul but [était] de mettre la France en accusation », les parfumés au sable chaud ont trouvé leur feuille de liaison : Charlie Hebdo, l’organe des Lumières décomplexées.

« Cela dit, s’interroge Leconte, qui va pouvoir faire le lien entre l’attentat du Milk Bar [revendiqué par le FLN en 1956] et celui du World Trade Center s’il ne connaît pas toutes les subtilités de cette histoire ? »

Le parallèle est grotesque : les combattants du FLN, quand ils posaient des bombes, le faisaient avec l’appui d’une partie appréciable, voire majoritaire, des Algériens, tandis que Ben Laden conduit des opérations terroristes sans réel soutien populaire. Les premiers luttaient pour leur indépendance, le second brandit une bannière religieuse. Au demeurant, attentat pour attentat, pourquoi ni Val ni Leconte n’évoquent-ils ceux de la résistance française sous l’occupation allemande, ou ceux du mouvement juif Haganah, telle la bombe posée contre les Britanniques en 1946 dans l’hôtel King David de Jérusalem (91 morts) ? Mais ce serait méconnaître les « subtilités de l’histoire ». Celles-ci imposent de défendre la « culture » des lettrés attablés à la brasserie Lipp du boulevard Saint-Germain contre les hordes arabes qui ne lisent pas Spinoza, indifféremment barbares – comme Val l’explique en page 3 :
« Nationalistes arabes extrémistes, radicaux religieux arabes, anciens et néo-nazis ont un point commun : ils haïssent la pensée occidentale, héritière des traditions judéo-gréco-latines qui produit des valeurs comme les “droits de l’homme”. »

Val se serait mordu la langue pour ne pas ajouter : et des grands intellectuels comme moi.

P.-S.

Ce texte est paru dans le dernier numéro du Plan B, paru en juillet 2007.

Notes

[1] La semaine précédente, Claude Lanzmann fustigeait dans Charlie Hebdo les anticolonialistes opposés à Israël.

[2] Titre d’une chanson de Michel Sardou