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Cher blanc, chère blanche

Lettre ouverte à quelques cligneurs d’yeux et autres frotteurs de coudes

par Foued Nezzar
15 septembre 2014

Il arrive que l’antisémite blanc caresse l’espoir de faire bénir son racisme par le premier Arabe qui lui tombe sous la main. Guidons l’ingénu vers le droit chemin afin qu’il comprenne, un jour peut-être, qu’Alfred Dreyfus n’a pas été persécuté par des Sarrasins.

Cher blanc, chère blanche,

Pourrais-tu, s’il te plait, cesser de croire que tu me fais plaisir avec tes blagues, aphorismes et autres éructations antisémites ?

Je sens que cela part d’une intention louable de ta part, vouloir flatter ma bougnoulitude – en m’enfermant dedans, certes, mais je passe sur ce point pour l’instant : une problématique à la fois, je m’en voudrais de te perdre en chemin.

Vois-tu, j’aimerais expliciter ce qui se joue au moment où tu entonnes tes fulgurances à base de « feujs » et autres noms d’oiseaux, parfois accompagnés d’un clin d’œil sous-titrant la complicité recherchée. Je comprends parfaitement le subtil syllogisme qui anime ta démarche : « bougnoule pas aimer juif. Si moi pas aimer juif aussi, bougnoule copain moi ».

Au risque de te surprendre, le point qui m’intéresse le plus ici n’est pas le postulat de départ affirmant la consubstantialité de l’antisémitisme et de la bougnoulitude. En effet, je serai cruel de te faire le procès du travail des éditocrates et autres dealers d’opinions qui matraquent inlassablement le même leitmotiv : une vieille tradition française, l’antisémitisme, serait le produit des descendants de colonisé-e-s. Au fond, et en étant un tantinet malicieux, la seule chose que je pourrais exiger de toi à ce niveau serait de te demander de remplacer ton « je pense » par un plus honnête « je colporte passivement ».

Toujours est-il que nous n’en sommes pas encore arrivés à ce qui motive ces quelques lignes. Car ce qui me hérisse le plus dans ta démarche, cher blanc/chère blanche, c’est qu’elle sous-entend une profonde naïveté de ma part. Et là, pardonne-moi si je change progressivement de ton, mais les couleuvres ne sont pas au menu de ma diète. Ce que j’aimerais que tu retiennes, cher blanc/chère blanche, c’est que la naïveté que tu perçois chez moi est davantage de la patience à ton égard.

Ce n’est pas toujours très sain, je l’accorde. Une réaction pleine de « bon sens », de ma part, serait sans doute de te sauter à la carotide à la moindre de tes allusions nauséabondes, lorsque je reviens d’une manif de soutien aux victimes d’un massacre en Palestine.

Ce que j’aimerais que tu comprennes, cher blanc/chère blanche, c’est que ma patience n’est pas vraiment une manifestation de « sagesse » ou de « pédagogie ».

Cette patience à ton égard est surtout due au fait que tu es mon/ma collègue, mon/ma colocataire, mon/ma client-e, mon/ma vendeur/vendeuse, mon beau-frère, ma belle-sœur, etc.

Bref, tu jouis d’une de ces positions t’octroyant une politesse imméritée. Si bien que lorsqu’il m’arrive de réagir sainement, je veux dire en refusant de céder à cette injuste injonction à la politesse, crois-moi, je suis le seul à en payer le prix, en passant pour un « extrémiste ». Même si au fond, le seul « extrémisme » funeste que je vois, cher blanc/chère blanche, c’est ton racisme.