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Chronique du racisme républicain (Cinquième partie)

Les années Sarkozy : 2006

par Collectif Les mots sont importants
30 avril 2007

Notre contribution à la campagne présidentielle de 2007 est un simple rappel historique de ce qui s’est passé, sur le terrain du racisme et des politiques d’immigration, entre 2002 et 2007, au cours du second mandat de Jacques Chirac, dominé par la figure et l’activité législative de Nicolas Sarkozy. Si un fait important a été oublié, n’hésitez pas à nous le signaler...

Janvier-Décembre 2002

Janvier-Décembre 2003

Janvier-Décembre 2004

Janvier-Décembre 2005

Janvier 2006. Suspension de l’État d’urgence et débats sur la loi « pour l’égalité des chances ». Le bilan judiciaire es émeutes est publié : 4800 personnes ont été interpellées, et 785 écrouées, et le gouvernement présente un ensemble de lois intitulées « sur l’égalité des chances » , censées constituer le volet social de la réponse aux émeutes, mais la plupart des mesures relèvent du contrôle social et de la répression.

- La loi prévoit notamment, à l’initiative du Président du Conseil général, la possibilité de suspendre les allocations familiales pendant au maximum un an pour les familles qui ne respectent pas le « contrat de responsabilité parentale » (mis en place en cas d’absentéisme scolaire, de trouble porté à l’établissement ou de toute autre difficulté liée a une « carence de l’autorité parentale », sur signalement du maire, du chef d’établissement, du conseil général ou de la CAF)... Ce qui revient à donner une base légale à la suppression administrative des allocations familiales ; et à imposer le « secret professionnel partagé » sans le dire, puisque la « famille-cible » fait l’objet d’une attention coordonnée des services de surveillance de l’Etat.

- La loi prévoit aussi une augmentation des pouvoirs de la police municipale et du maire, et notamment celui de prononcer des peines (de travail d’Intérêt Général non rémunéré de 30 h)...

- La loi instaure également un « service civil volontaire » pour former les jeunes de 16/25 ans aux « valeurs civiques »…

- Quant au volet sur « la lutte contre les discriminations », il prévoit une extension de la compétence de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations, qui peut désormais, lorsque des discriminations ont lieu dans l’entreprise, prévoir une transaction avec le chef d’entreprise – ce qui met fin à l’action publique. En d’autres termes, les constitutions de parties civiles devant les tribunaux de salariés étant victimes de ces délits deviennent impossibles.

- Enfin, un nouveau sous-statut, totalement précaire, est créé pour promouvoir l’accès à l’emploi des jeunes : le « contrat première embauche », qui peut être résilié à tout moment sans contestation possible.

Cf. Gilles Sainati, « La “nouvelle société” est en marche », et Alain Bihr et Roland Pfefferkorn, « L’égalité des chances contre l’égalité ».

Janvier-Février 2006. « Affaire des caricatures de Mahomet ». Des manifestations, plus ou moins pacifiques et plus ou moins spontanées ou instrumentalisées, ont lieu dans de nombreux pays du monde arabe et d’Europe pour protester contre la publication (le 30 septembre 2005) dans un journal danois (le Jyllands Posten) de dessins qui, sous prétexte de caricature, représentent le prophète Mahomet comme un terroriste, un égorgeur ou un oppresseur de femmes. Des ambassades sont attaquées et dégradées, et des mouvements de boycott sont organisés contre le Danemark. Les médias soulignent et dénoncent la violence de ces réactions, et privilégient la thèse du « complot islamiste » (notamment dans un film de Mohamed Sifaoui diffusé dans « Envoyé Spécial » sur France 2).

Les autres éléments d’explication de « l’embrasement » sont rarement rappelés : le racisme anti-musulman d’au moins trois des douze « caricatures », la nature du quotidien qui les a publiés (un journal populiste, coutumier des dérives xénophobes ou islamophobes), le contexte politique danois (une poussée de l’extrême droite, une législation xénophobe et une banalisation du racisme anti-arabe et de l’islamophobie) et enfin l’attitude intransigeante voire méprisante du journal et des autorités danoises face aux premières protestations (une manifestation au Danemark, et une demande d’audience d’ambassadeurs de pays arabes, dès octobre 2005 : le journal refuse de présenter ses excuses, le gouvernement refuse de recevoir les ambassadeurs). Ces omissions font apparaître une réaction de colère face à une provocation raciste, partagée par la plupart des musulmans, comme une nouvelle manifestation de l’intolérance « islamiste ». La plupart des éditorialistes et des signataires de « tribunes libres » esquivent la question de la « liberté d’exprimer le racisme », et optent pour le registre de la mobilisation générale pour sauver une série de droits que la plupart des manifestants français ne remettent pas en cause (« le droit à l’humour », « à la satire », « à la caricature », « au blasphème » ou à la « critique des religions »). L’ancien ministre Luc Ferry va jusqu’à déclarer que les manifestations contre les caricatures expriment « quelque chose d’effrayant qui est quasiment l’équivalent de la montée du nazisme, peut-être même pire, parce que plus nombreux et avec des objectifs comparables. » [1]. Cf. Laurent Lévy, « Censure, droit au blasphème et islamophobie », Mouvement des Indigènes de la République, « Liberté d’expression ou haine raciale ? » et le dossier consacré à l’affaire par Wikipedia.

Février 2006. Meurtre de Ilan Halimi. Un jeune français de confession juive, Ilan Halimi, est kidnappé, torturé puis assassiné par une bande de malfaiteurs, rapidement arrêtés, qui s’avèrent dirigés par un jeune noir, Youssouf Fofana, surnommé par ses complices « le cerveau des barbares ». Au cours des premiers interrogatoires, il ressort que l’enlèvement s’inscrivait dans une série de plusieurs enlèvements destinés à récolter une rançon. La question du racisme vient se superposer à celle du crime crapuleux ou de la violence dite gratuite lorsque les inculpés disent avoir le plus souvent choisi des cibles juives, au motif que « les Juifs ont de l’argent » et « s’aident entre eux ». Les généralisations les plus douteuses reprennent alors sur « l’antisémitisme en banlieue » ou chez les « noirs ». Cf. Laurent Lévy, « Réflexions sur un fait divers : Ilan Halimi, “les barbares” et la guerre des civilisations ».

Février-Mars 2006. « Affaire Georges Frèche ». Mis en cause lors d’une cérémonie publique par des militants associatifs harkis, le Président du conseil Général réagit en les traitant de « sous-hommes ». Les protestations se multiplient, d’abord dans le milieu associatif Harki, immigré et antiraciste, puis à droite, au PC et chez les Verts, et enfin au sein du PS. Les dirigeants de ce parti, d’abord demeurés silencieux (à quelques exceptions près, dont celle de Jack Lang, qui soutient Georges Frêche), finissent par exprimer leurs réserves voire leurs critiques, acculés par la pression médiatique. Ces premières prises de distance ne suffisent pas à endiguer le mouvement de colère qui monte, y compris au sein du PS : Georges Frêche est finalement poussé à présenter ses excuses publiques, suspendu de ses responsabilités nationales au PS, et convoqué devant une commission disciplinaire. Sur Georges Frèche, cf. Vincent Geisser, « Georges Frêche, un “sous-élu” récidiviste de la haine verbale ».

Mars 2006. Nouvelle offensive de Nicolas Sarkozy contre les sans-papiers. Le ministre se vante d’avoir fait passer le nombre des reconduites à la frontière est de 10.000 en 2003 à plus de 20.000 en 2005, et il annonce que ce nombre s’élèvera à 25.000 en 2006.

Mars 2006 : La rapporteure des Nations Unies sur la liberté de culte rend public un rapport critique sur la loi anti-foulard. Si le principe de la loi n’est pas remis en cause, le rapport émet malgré tout des critiques sur l’exclusion scolaire et l’humiliation des élèves qui portent le voile par choix personnel, et s’inquiète plus largement des discriminations que subissent les musulmans et les musulmanes, en particulier celles qui portent le foulard.

Mars-Avril 2006. Mouvement étudiant et lycéen contre la loi « sur l’égalité des chances » et le CPE. Suivi par de très nombreux jeunes issus de l’immigration et des banlieues populaires, notamment des élèves de lycées professionnels, ce mouvement occasionne de nouveaux moments de casse et d’affrontements avec la police, de nouvelles arrestations de manifestants ou de lycéens bloquant leurs lycées, et une nouvelle polémique sur « les casseurs ». Le mouvement, au départ peu soutenu par le PS et ignoré par les médias, gagne au fil des semaines en ampleur, en radicalité et en popularité. De nombreuses universités sont bloquées et occupées, et le CPE (Contrat Première embauche) est finalement retiré. Un appel à l’amnistie des lycéens inculpés est lancé à l’initiative de tous les syndicats et partis de gauche (et par le quotidien L’Humanité) – alors que rien de tel n’avait eu lieu en faveur de l’amnistie des émeutiers de novembre 2005. Cf. Janos et Siryne Z, « Ne pas rire, ne pas mépriser, ne pas détester mais connaître » et Laurent Lévy, « Les étudiants et la racaille. À propos de l’exigence d’amnistie et de la hiérarchie des évidences ».

Avril 2006. Nouvelles provocations racistes de Nicolas Sarkozy : la France, on l’aime ou on la quitte ! « S’il y en a que cela gêne d’être en France, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas ! » Ces propos, chaudement applaudis par une assistance composée de militants de l’UMP, sont la reprise d’une des formules de prédilection de Jean-Marie Le Pen : « la France, on l’aime ou on la quitte ». Le ministre est tout aussi applaudi lorsqu’il déclare : « On en a plus qu’assez d’avoir en permanence le sentiment de s’excuser d’être français. On ne peut pas changer ses lois, ses coutumes parce qu’elles ne plaisent pas à une infime minorité ». Ces propos suscitent une polémique publique, l’ensemble de la gauche – ainsi que certains centristes et de nombreux journalistes ou éditorialistes – soulignant la parenté entre les propos du ministre de l’Intérieur et la célèbre formule lepéniste.

Mai 2006. Examen et vote de la loi « CESEDA », seconde série de « lois Sarkozy » sur l’entrée et le séjour des étrangers. Présentée par le ministre comme le passage d’une « immigration subie » à une « immigration choisie », la loi restreint encore plus radicalement le droit au séjour pour les familles, les conjoints, les enfants, de toutes celles et ceux qui construisent leur vie en France. Cette loi s’inscrit délibérément dans une perspective utilitariste, en affichant sa volonté d’aller piller les « capacités » et « talents » dans les pays d’émigration, et en distinguant l’immigré « acceptable » parce que perçu comme rentable pour « l’économie française » et l’immigré indésirable parce que non-rentable (ou plutôt : parce que plus rentable maintenu dans l’irrégularité).

- Une nouvelle carte est créée pour les de « travailleurs temporaires », dont la durée du séjour est limitée au bon vouloir de leur patron.

- Le plein droit à la délivrance d’un titre de séjour pour les étrangers présents depuis au moins dix ans en France est supprimé.

- L’entrée des étudiants étrangers devient également plus difficile. Pour espérer obtenir et conserver leur titre de séjour les étrangers doivent désormais cumulativement être « bien intégrés », bien vus par le maire de leur commune, en bonne entente avec leur conjoint, appréciés par leur patron, disposant d’un bon salaire et d’un grand logement.

- Le contrat d’accueil et d’intégration devient obligatoire (article 5). Il inclut une formation civique et, si nécessaire, linguistique. L’objet de ce contrat est de préparer l’intégration de l’étranger qui s’installe durablement. L’octroi de la carte de résident de dix ans suppose « l’intégration de l’étranger dans la société française », appréciée selon trois critères (article 7) : un « engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française » ; un « respect effectif de ces principes » ; une connaissance « suffisante » du français (sauf pour les étrangers âgés de plus de soixante-cinq ans).

- Enfin la loi rajoute de nouvelles entraves au regroupement familial : l’immigré pourra désormais demander à bénéficier du regroupement familial après dix-huit mois (article 44), contre un an auparavant ; un conjoint immigré devra attendre trois ans après le mariage avec un Français pour demander une carte de résident ; il pourra obtenir la nationalité française après quatre ans (article 79) et non deux.

À l’occasion du débat sur ce projet de la loi, l’essayiste Pierre-André Taguieff publie dans Le Figaro du 9 mai 2006 une tribune intitulée « L’immigrationnisme, dernière utopie des bien-pensants », dans laquelle il présente comme allant de soi l’association entre les termes « immigration » et « menaces » [2]. Cf. l’analyse du GISTI.

Mai-juin 2006. Déclarations « sécuritaires » de Ségolène Royal. La candidate socialiste favorite des sondages défie son homologue de droite, Nicolas Sarkozy, en choisissant comme slogan « L’ordre juste » (Nicolas Sarkozy ne cesse de se réclamer de « l’ordre », et martèle depuis plusieurs années : « je peux être ferme, car je suis juste »), en s’alignant sur ses thèmes de campagne (l’insécurité comme priorité nationale) et en lui reprenant son programme (la répression, l’encadrement militaire des jeunes dès leur première « incivilité », la stigmatisation et l’humiliation de leurs parents, qu’elle propose de « responsabiliser » par la suspension des allocations familiales, et de renvoyer à l’école pour apprendre à être de bons parents). Le porte-parole du FN, Carl Lang, salue à cette occasion un nouveau progrès de la « lepénisation des esprits », la droite ironise et la gauche se divise, entre hommages au « courage » de Ségolène Royal et dénonciations de sa « démagogie ».

Un sondage réalisé une semaine plus tard dans Le Figaro mais ignoré par les commentateurs autorisés, révèle que les effets d’annonce sécuritaires de Ségolène Royal ne sont guère efficaces sur le plan stratégique : « assurer l’ordre et la sécurité » reste le seul thème sur lequel Nicolas Sarkozy devance de très loin la candidate socialiste en terme de « crédibilité » (72% des sondés lui « font confiance » sur ce thème, contre seulement 34% de « confiance » pour Ségolène Royal, soit 38% d’écart en faveur de Nicolas Sarkozy), tandis que les deux candidats font jeu quasi-égal sur « la baisse du chômage » (40% contre 36%, soit 4% de mieux pour Nicolas Sarkozy), « la représentation de la France dans à l’étranger » (62% contre 58%), « la modernisation de la vie politique » (60% contre 53%) ou « l’amélioration de la construction de l’Europe » (56% contre 51%) et que Ségolène Royal devance nettement Sarkozy sur « la défense de la sécurité sociale et des retraites » (54% pour la socialiste, 44% pour Sarkozy) et « la réduction des inégalités sociales » (56% contre 38%, soit une avance de 18% pour la socialiste). Cf. Collectif Les mots sont importants, « Perdre son âme ne fait pas gagner les élections ».

Juin 2006. Attaques de Nicolas Sarkozy contre « le laxisme » de la Justice et nouveau durcissement de la législation sur la délinquance. . Nicolas Sarkozy attaque publiquement le tribunal pour enfants de Bobigny, en lui reprochant de n’avoir « pas prononcé une seule décision d’emprisonnement » durant les émeutes des banlieues de novembre 2005. Les magistrats du tribunal protestent par pétition contre cette attaque. Au même moment, le ministre de l’Intérieur rend public un nouveau projet de loi sur la lutte contre la délinquance, faisant du Maire le « coordonnateur » et « animateur » de la prévention de la délinquance sur sa commune.

- Le « secret professionnel partagé » devient la règle de fonctionnement entre les travailleurs sociaux. Le maire doit par exemple être informé par l’inspecteur d’académie de la liste des élèves absentéistes. Il peut désormais réunir un « Conseil pour les droits et les devoirs des familles », qui peut adresser des recommandations aux familles. Il peut proposer un « contrat de responsabilité parentale » à la famille, et si des « troubles à l’ordre public » sont signalés sans que cela ne constitue une infraction, le Maire peut imposer à la famille à ses frais un « stage de responsabilité familiale » et même une mise en sous tutelle des prestations familiales. Le contrat de responsabilité parentale (avec la possibilité de suspension ultérieure de prestations familiales) peut résulter d’un refus de la famille de se conformer à l’accompagnement parental proposé par le maire.

- Le fichage se généralise : fichier municipal du versement des prestations familiales (incluant les informations recueillies sur absentéisme scolaire), fichier dépendant des personnes hospitalisées d’office, consultable par les autorités judiciaires et policières. Un fichier supplémentaire, suggéré dans un avant-projet, est finalement abandonné en raison du tollé qu’il suscite chez les professionnels de l’action sociale et de la justice : un fichier incluant le résultat du dépistage précoce des enfants présentant des « troubles du comportement ».

- Des « stages de responsabilité parentale » sont créés, censés « corriger » les parents jugés « défaillants ».

- De nouveaux délits et de nouvelles peines sont créés, comme la provocation à l’usage de stupéfiants dans un établissement d’enseignement et aux abords, punie de 10 ans de prison (sans que soit précisée la notion de « provocation » : un enseignant qui avouerait à ses élèves fumer du cannabis devient donc passible de dix ans de prison) ; les mesures d’éloignement et d’enfermement de mineurs sont généralisées.

- La police se voit dotée de nouveaux pouvoirs, notamment matière d’enquêtes dans le domaines des stupéfiants : extension des perquisitions dans les lieux à usage professionnel de transports publics et dépistage, possibilité d’infiltrations, de provocation aux délits, d’acquisition de stupéfiants.

Sur ce projet de loi, cf. Gilles Sainati, « Bienvenue en Sarkoland ».

Juin-juillet-août 2006. Manifestations de solidarité à l’égard des élèves sans-papiers et opération de régularisation « au compte-goutte ». Le mouvement de solidarité fédéré par le réseau « Education sans frontières », regroupant des professeurs et des parents d’élèves, gagne en ampleur et en popularité. Une opération de « parrainages » a lieu, et des groupes de veille sont organisés pour empêcher les expulsions pendant l’été. Certaines sont effectivement empêchées, d’autres sont exécutées malgré tout. Le rapport de force pousse Nicolas Sarkozy à organiser une régularisation sur critères. L’opération se déroule sous le patronage de l’avocat Arno Klarsfeld, chargé par Nicolas Sarkozy de veiller au bon déroulement de la procédure – et à son « image médiatique ». Comme lors des précédentes opérations du même type, mais de manière encore plus restrictive, les critères choisis sont totalement arbitraires et opaques, puisque centrés sur la notion éminemment subjective de « bonne intégration ». Les préfectures sont rapidement débordées par l’afflux des candidats à la régularisation, et l’examen des dossiers est expéditif. Le ministre intervient très vite pour décréter que le nombre de régularisations ne dépassera de toutes façons pas 6000 à 7000 personnes. C’est effectivement à 6900 personnes que s’élèvera le nombre de régularisations à l’issue de la procédure, le 18 septembre.

Juillet 2006. Nouvelles violences en zone d’attente. L’ANAFE révèle que cinq Camerounaises ont été agressées par des policiers en zone d’attente. Une femme enceinte de 4 mois a été retenue 11 jours en compagnie de cinq de ses compatriotes dont un enfant de 5 ans. Après plusieurs heures d’enfermement, les insultes fusent : « Nègres, on va vous enchaîner si vous refusez de partir », « fichez le camp, vous êtes venus faire quoi », « Pourquoi vous ne restez pas dans votre pays ? », « Si vous partez aujourd’hui, il n’y aura pas de brutalités. Si vous ne partez pas aujourd’hui, ce sera avec escorte. » Pour qu’elles portent elles-mêmes leurs bagages, un policier, en s’adressant à l’une d’elles, lui a ordonné de porter « ses pourritures ». Les agents refusent également de servir à boire ou à manger aux femmes retenues pendant plusieurs heures, et refusent de les laisser aller aux toilettes, les obligeant à uriner dans des gobelets – un policier observant la scène par la porte vitrée.

Juillet 2006. Création d’un fichier des étrangers et de leurs « hébergeants ». Un arrêté du 30 juillet, publié au Journal officiel le 18 août, crée un "traitement de données à caractère personnel", justifié par la nécessité de "faciliter l’éloignement des étrangers se maintenant sans droit sur le territoire". Ce fichier, nommé ELOI, ne concerne pas seulement les étrangers en situation irrégulière, mais aussi les personnes qui les hébergent lorsqu’ils se voient assignés à résidence, et celles qui leur rendent visite quand ils sont placés en rétention administrative. La Cimade, le Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés), l’IRIS (Imaginons un réseau Internet solidaire) et la Ligue des droits de l’homme déposent un recours devant le Conseil d’Etat.

Août 2006. Publication d’un rapport accablant sur la discrimination au logement. La HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) publie les résultats des premiers testings menés dans le domaine de l’accès au logement. L’étude révèle qu’à ressources et conditions d’emploi égales, les candidats au logement locatif privé ont 35% de chances d’obtenir, par téléphone, une visite d’appartement s’ils sont blancs (candidats dits « de référence ») tandis que le pourcentage tombe à 20 % s’ils sont d’origine maghrébine et à 14 % s’ils sont originaires d’Afrique noire. Les candidats d’origine maghrébine ont donc 1,75 moins de chances d’obtenir une visite que le candidat de référence, tandis que les candidat d’origine noire africaine ont 2,5 fois moins de chances.

Août-septembre 2006. « Affaire de Cachan ». Le 17 août, le Préfet du Val de Marne interrompt les négociations engagées avec les habitants du squatt des « 1000 de Cachan » et fait évacuer les lieux par la force. Un gymnase est mis à disposition des expulsés par le maire socialiste de Cachan, Jean-Yves Le Bouillonnec. Près de 200 ex-squatteurs décident de s’unir pour refuser les hébergements en hôtel, provisoires et dispersés, que propose la préfecture, et revendiquer un relogement décent et une régularisation de ceux d’entre eux qui sont sans-papiers. Une grève de la faim est engagée le 24 août. Alors que la situation s’enlise, Joseph Rossignol, maire ex-PS de Limeil-Brévannes propose un relogement collectif dans des locaux disponibles de sa commune. Les footballeurs Lilian Thuram et Patrick Vieira, qui manifestent leur solidarité en invitant les familles à assister à un match de l’équipe de France, contribuent à populariser leur lutte. Le 9 septembre, plusieurs milliers de personnes manifestent en leur faveur à Paris. Cf. Alfred, « Lilian Thuram : combats avec tes défenseurs ! ».

Septembre 2006. Ralliement de Doc Gyneco à Nicolas Sarkozy. Le chanteur adhère à l’UMP, et déclare à cette occasion : « J’ai vécu 25 ans sous perfusion sociale. Avec lui, on a décidé peut être d’avoir une idée sociale de droite, qui pourrait faire stopper cette idée de vivre toujours avec des aides, et redynamiser des quartiers où les gens ne vivent à 100% que par des aides sociales ». Il déclare également : « Les banlieusards, c’est des clowns. Ils sont choqués d’avoir entendu “racaille” et “karcher” quand tous les jours, entre eux, ils s’insultent ». Cf. Afrikara, « Doc Gyneco, nègre de service ? »

Septembre 2006. Nouvelle offensive de Nicolas Sarkozy contre « le laxisme de la justice ». Le Monde publie une lettre adressée en juin par le préfet de Seine-Saint-Denis, Jean-Pierre Cordet, au cabinet de Nicolas Sarkozy, dans laquelle il lance « un cri d’alarme » sur l’insuffisance de policiers dans ce département. Au même moment, deux policiers sont agressés dans la cité des Tarterêts (Essonne). Le ministre de l’Intérieur profite des deux événements pour repartir en campagne sur le thème de la « tolérance zéro », en accusant la justice du département de « démission » face aux délinquants. Ces propos provoquent un tollé chez les magistrats. Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation, qualifie les déclarations de « nouvelle atteinte à l’indépendance de l’autorité judiciaire » et demande à être reçu par Jacques Chirac. L’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) se félicite de cette prise de position dénonce « le silence assourdissant » du Garde des Sceaux. Le premier président de la Cour d’appel de Paris, le bâtonnier de l’ordre des avocats du barreau de Seine-Saint-Denis et le procureur général près la Cour de cassation dénoncent également les propos du ministre. Le Conseil supérieur de la magistrature remet à Jacques Chirac un avis dénonçant les atteintes à la séparation des pouvoirs par Nicolas Sarkozy.

Septembre 2006. Remise en cause de la « carte scolaire ». Nicolas Sarkozy préconise la suppression de la « carte scolaire », au nom du « libre choix » des familles. Le ministre de l’Education, Gilles de Robien, propose de l’ « assouplir ». Ségolène Royal appelle également à « desserrer la contrainte » et à laisser aux familles « le choix entre deux ou trois établissements ». La FCPE (Fédération des Conseils de Parent d’élèves) se retrouve presque seule à défendre le maintien et le renforcement de la carte scolaire, et à dénoncer son « assouplissement » comme un facteur d’aggravation de la ségrégation scolaire.

Septembre 2006. Multiplications des « rafles ciblées » à l’encontre des étrangers.. Plusieurs associations, dont la CIMADE er le GISTI, dénoncent la recrudescence des « arrestations ciblées » d’étrangers, par nationalité, pour remplir des charters de sans-papiers. Les policiers sont incités, en fonction des vols charter prévus pour chaque expulsion groupée, à pratiquer des contrôles au faciès ciblant les quartiers et les personnes susceptibles d’être « expulsables » par chaque vol.

Septembre 2006. Propos islamophobes du pape Benoit XVI Le 12 septembre 2006, lors d’un discours à l’université de Ratisbonne en Bavière, Benoît XVI oppose l’Islam, hostile par nature au libre l’usage de la raison critique, au christianisme, qui lui serait favorable par essence, en s’appuyant sur un obscur propos de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait ». Cette phrase déclenche l’indignation de l’ensemble des autorités politiques et spirituelles du monde musulman et est à l’origine de plusieurs actes de violence. Pour la première fois, des effigies du pape sont brûlées sur certaines places publiques. Quelques jours plus tard, Benoît XVI s’est dit « désolé » que ses propos sur l’islam aient été jugés offensants pour les musulmans, mais ne présente ps d’excuses.

Septembre-octobre 2006. Campagne médiatique contre « la repentance » et pour la « fierté d’être français ». La publication des ouvrages de Daniel Lefeuvre, Pour en finir avaec la repentance coloniale, Pascal Bruckner, La tyrannie de la repentance et Max Gallo, Fier d’être français, est soutenue par une intense promotion par voie de presse, de radio et de télévision. Ces auteurs ont en commun un certain nombre de thèses, et certaines libertés qu’ils prennent avec le principe logique de non-contradiction : ils accusent les descendants d’esclaves et de colonisés de vouloir culpabiliser les Français blancs en les rendant responsables des fautes de leurs ancètres, et soutiennent dans le même temps que « nous » (ce terme désigne chez eux les Français blancs) devons être fiers de tous ce que ces ancètres ont fait de grand, d’héroîque et de progressiste. Trois mois plus tard, Nicolas Sarkozy fera de cette thématique raciste l’un de ses principaux thèmes de campagne présidentielle. Sur ces discours, cf. Collectif Les mots sont importants, « Honte d’être français, honte d’être un homme » ; Patience Philips, « Les choses en main. Lettre ouverte à Éric Zemmour et à tous ceux qui se sont contentés de naître » ; Laurent Lévy, « Un gros mot. À propos du “ministère de l’immigration et de l’identité nationale” préconisé par Nicolas Sarkozy » et Catherine Coquery-Vidrovitch, « Une critique du livre de Daniel Lefeuvre : Pour en finir avec la repentance coloniale ».

Septembre-octobre 2006. « Affaire Redeker » Le 19 septembre 2006, Robert Redeker publie dans Le Figaro une tribune intitulés : « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? ». Si le titre de l’article cible « les islamistes », le reste de l’article ne propose aucune définition permettant de circonscrire cette « mouvance », et consiste au contraire en une incrimination générale de « l’Islam » : « L’islam tient la générosité, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence » ; « L’islam est une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine » ; « Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine » ; « Violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde » ; « L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles »… Robert Redeker conclut d’ailleurs son article en soulignant bien, pour les lecteurs qui n’auraient pas compris ses sous-entendus, le lien qui s’impose entre phobie de « l’Islam » et phobie des musulmans : « Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran. ». Le texte préconise également l’interdiction du voile dans la rue, reproche aux politiques et aux intellectuels de ne pas s’opposer à la construction de mosquées, et attribue même l’interdiction du string sur les rives de « Paris-Plage » pendant l’été 2006 à l’« islamisation des esprits ». (sur ce texte, cf. Cf. Pierre Tevanian, « Dix remarques sur un collègue »).

La Tunisie et l’Égypte protestent en interdisant la diffusion du Figaro comportant la tribune, ce qui amène le directeur de la publication à présenter ses excuses aux musulmans. Dans les jours qui suivent, l’affaire est relancée lorsqu’on apprend que Robert Redeker a fait l’objet de menaces de mort, diffusées par un site web d’extrémistes identifié comme proche d’Al-Qaida par la DST et les renseignements généraux. L’auteur de la tribune raciste est alors placé sous protection policière, et une gigantesque campagne médiatique est lancée sur le thème de « la défense de la liberté d’expression », au cours de laquelle les généralisations sur la nécessité pour « l’Islam » d’accepter « la critique » se multiplient (cf. [Pierre Tevanian, « Injures et menaces : pas en notre nom ! » et Collectif Les mots sont importants, « Deux poids, deux mesures. À propos de l’inégalité de traitement entre les menaces de mort reçues par Robert Redeker et douze autres menaces de mort »). Deux pétitions de « soutien sans limites » (c’est-à-dire sans un mot de critique sur le racisme de Redeker) sont lancées par des intellectuels médiatiques (sur ces pétitions, cf. Pierre Tevanian, « La faute à Voltaire ? Quelques conclusions sur le racisme et la liberté d’expression » »).

Octobre 2006. Nouvelle offensive contre les sans-papiers. Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy se prononce pour une « l’interdiction » des régularisations massives, et il appelle ses préfets à « accentuer » le rythme des reconduites à la frontière.

Octobre 2006. Réforme de la retraite des immigrés. Jean-Louis Borloo ajoute un amendement au projet de loi de finances 2007, permettant aux immigrés de toucher l’intégralité de leur retraite sans être obligés de résider en France. Jusqu’alors, hormis la retraite de base, transférable dans le pays d’origine, les retraités immigrés qui bénéficiaient d’une allocation spécifique via le fond de solidarité vieillesse devaient résider en France durant au moins neuf mois dans l’année. Il serait prévu, en accord avec la Sonacotra, que ces retraités puissent bénéficier d’une adresse permanente et se relayent dans les chambres ou studios qu’ils loueraient trois mois dans l’année. Au total, fait-on valoir au ministère, quelque 56 500 personnes touchant l’allocation de solidarité aux personnes âgées seraient concernées.

Octobre 2006. Opération « coup de poing » aux Mureaux. Suite à une altercation entre des jeunes et des policiers, une opération spectaculaire mobilisant une centaine de policiers est organisée sur la cité Bizet des Mureaux, en présence d’une trentaine de journalistes de presse, de radio et de télévision, prévenus pour l’occasion. Une fois passé l’effet « choc », le raid s’avère être une gigantesque bavure : un seul suspect est arrêté, des portes et du mobilier sont détruits par les policiers, des parents et de enfants sont insultés, bousculés voire frappés. Une journaliste de l’AFP ayant relaté cet aspect de l’intervention se retrouve, en représailles, boycottée et empêchée de travailler par la police et la justice du département : cf. « Une journaliste de l’AFP frappée d’ « interdiction professionnelle » (Saj-Unsa).

Octobre 2006. Emballement médiatique autour de l’agression d’une collégienne. Quatre collégiens lyonnais sont mis en examen pour avoir lancé des pierres sur une jeune fille. Une association prétendument laïque prend contact avec le quotidien Le Progrès deux jours après les faits, en affirmant qu’une élève a été frappée à coup de pierres parce qu’elle n’observait pas le ramadan. Trois journalistes traitent l’affaire, et rédigé un papier prudent, mais le quotidien fait sa une sur le sujet, en titrant : « Jeûne du ramadan : une collégienne agressée. ». L’emballement au niveau national est relativement limité, il est loin d’atteindre le niveau de « l’affaire du RER D », mais la version « islamisée » des faits sera malgré tout régulièrement évoquée sans être démentie dans des émissions de débat, alors même que le Parquet a indiqué, dès les premier jours d’enquête, que « le ramadan » n’a eu aucun rôle dans le déclanchement du contentieux, et que plusieurs des agresseurs n’observaient pas, eux non plus le ramadan.

Octobre 2006. Condamnation par la HALDE de la « préférence nationale » sur la carte « famille nombreuse » de la SNCF. La Haute Autorité de Lutte contre les discriminations et pour l’égalité préconise l’ouverture à tous les résidents du pays de la carte « famille nombreuse », réservée depuis 1924 aux « citoyens français ou originaires des colonies françaises ou des pays de protectorat » et depuis 1993 aux ressortissants européens.

Octobre-Novembre 2006. Affaire des bagagistes de Roissy. La préfecture de Seine-Saint-Denis leur habilitation à travailler en zone sous-douane à plusieurs dizaines d’employés travaillant à l’aéroport de Roissy – et ayant en commun d’être musulmans pratiquants et de porter une barbe, Cette mesure est dénoncée comme arbitraire par les syndicats, et onze employés déposent un référé au tribunal administratif de Cergy (Val-d’Oise). Ces employés ont été convoqués à la préfecture où on leur a demandé s’ils sont musulmans, s’ils sont pratiquants, si des employés font des prêches dans leur entreprises, et si oui quels sont leurs noms. Quelques jours après cette convocation, ils ont reçu une lettre de la sous-préfecture de Roissy leur signifiant le retrait de leur badge au vu « d’éléments de comportement et de moralité (les) concernant ». Une autre plainte pénale contre X est déposée dans pour discrimination auprès du procureur de la République de Bobigny au nom de la CFDT. La Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) s’autosaisit de l’affaire en raison de « présomptions de discrimination ».

Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), se félicite de cette annonce, et rappelle qu’il avait lui même « préconisé cette mesure » dans son livre Les Mosquées de Roissy. Il estime que « les faits lui donnent donc raison ». Dans son livre paru en avril, Philippe de Villiers affirmait en effet que des islamistes avaient infiltré les services de sécurité et pris le contrôle de zones entières à l’aéroport de Roissy où transitent bagages et passagers. Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy justifie la mesure en déclarant : « Je ne peux pas accepter, a-t-il déclaré, que des gens qui ont une pratique radicale travaillent sur une plateforme aéroportuaire., et le préfet de Roissy déclare que « la majorité des employés concernés sont considérés liés à "des mouvances fondamentalistes à visée potentiellement terroriste". ». Il suffit donc pour être privé de son emploi, d’être considéré (sans qu’aucun critère et aucun élément de preuve ne soit apporté par la préfecture) comme lié (sans que la nature du lien ne soit explicitée, ni l’étroitesse du lien établie) à des mouvances (ce qui signifie qu’il n’y a pas nécessairement d’appartenance à un réseau organisé) qualifiées par la préfecture de fondamentalistes (là encore sans qu’aucun nom d’organisation ni aucun critère transparent de « fondamentalisme » ne soit donné), elles mêmes considérées comme menaçantes non pas en fonction e leurs pratiques réelles mais en fonctions de leurs visées – ou du moins de leurs visées présumées, lesquelles sont selon la préfecture potentiellement terroristes… On fait aussi savoir aux employés renvoyés qu’ils n’ont « pas démontré qu’ils avaient un comportement ’insusceptible’ de porter atteinte à la sûreté aéroportuaire » – ce qui signifie clairement une présomption de culpabilité et une inversion de la charge de la preuve.

De rares éléments sont toutefois fournis par la préfecture. Le cas le plus inquiétant, pour les services de police, est celui d’un bagagiste français de 34 ans, qui aurait passé trois ans au Yémen où il aurait séjourné dans un camp d’entraînement militaire tenu par des islamistes. Mais la plupart des autres cas sont beaucoup plus flous : certains employés sont suspectés du fait de leur fréquentation de salles de prières considérées comme radicales, de leurs voyages religieux à l’étranger ou de leur engagement « salafiste ». Cela ne signifie pas qu’ils ont commis des délits ou qu’ils sont des terroristes en puissance, mais la préfecture invoque « le principe de précaution » et se retranche derrière la loi sur la sécurité intérieure (LSI, dite aussi « Loi Sarkozy ») pour justifier la non-divulgation des « éléments » dont il prétend disposer. Il invoque aussi « l’exception » introduite par la loi de 1978 sur l’atteinte à la sûreté de l’Etat, pour soutenir qu’« informer les individus serait à la fois contraire au bon sens et à la protection des sources de renseignements ».

La CGT convie le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), la Ligue des droits de l’homme, SOS-Racisme et la Cimade à réfléchir, le 29 novembre à Bobigny, à une action commune. Elle appelle à un rassemblement « le plus large possible pour défendre les libertés individuelles attaquées ». Après avoir rencontré deux fois les syndicats, le MRAP demande « la restitution des badges retirés par excès de pouvoir » et « l’ouverture immédiate de négociations pour l’obtention du respect du droit du travail » pour les employés des aéroports. Dans les semaines et même les mois qui suivent, une chape de silence s’abat sur cette « affaire », qui pose pourtant de graves questions sur la liberté de culte et le droit au travail. Aucun travail d’enquête poussé n’a à ce jour été réalisé et publié, ni dans la presse ni sous forme de livre. Cf. Mouvement des Indigènes de la République, « Bagagistes de Roissy : un racisme d’État ».

Novembre 2006. Débats parlementaires et manifestations contre le projet de loi Sarkozy sur la délinquance » Le ministre de l’Intérieur fait l’unanimité contre lui parmi les acteurs de prévention (travailleurs sociaux et sanitaires), les psychiatres et les magistrats. Il suscite aussi des critiques importantes parmi les élus, alors que le ministre de l’Intérieur veut faire du maire le « patron » de la prévention de la délinquance. Pour les éducateurs et les assistantes sociales, le « partage «  du secret professionnel remet en cause l’essence même de leurs métiers. Par ailleurs, une pétition intitulée « Non au zéro de conduite », lancée un an plus tôt, alors que commençaient à circuler des avant-projets de loi évoquant une prévention précoce des troubles de la conduite chez l’enfant, recueille plus de 200000 signatures. Le mouvement de protestation fait reculer le ministre mais la loi votée accroît les pouvoirs des maires et durcit les sanctions contre les mineurs délinquants et les multirécidivistes. Il prévoit également des sanctions dès l’âge de 10 ans et de la détention provisoire dès 13 ans.

Novembre 2006. Publication du « Baromètre de la discrimination » de l’Agence ADIA. Élaborée par le chercheur Jean-François Amadieu suivant la méthode du testing, l’enquête révèle que les candidats à un emploi d’origine maghrébine ont près de trois fois moins (2,7 fois mois) de chances d’être convoqués à un entretien d’embauche que les « Français de souche ». La discrimination par l’origine est ainsi la seconde la plus pratiquée par les entreprises françaises, juste derrière celle par l’âge (3 fois moins de chances pour les plus de 50 ans), et devant les discriminations par le handicap, le sexe et l’apparence disgrâcieuse. Plus le poste fait appel à des fonctions de direction, moins les chances du postulant d’origine maghrébine sont importantes. Alors qu’il reçoit 47% de réponses positives pour un emploi d’ouvrier, il n’en reçoit plus que 39% pour une profession intermédiaire, 30% pour un poste d’employé, et 17% pour un poste de cadre. Et tandis que les candidatures reçoivent 49% de réponses favorables dans la construction et 41% dans l’industrie, le chiffre tombe à 31% dans le tertiaire. Jean-François Amadieu conclut que « le diplôme initial n’est pas une protection. Même lorsqu’une catégorie d’emploi (soudeur, plombier) est en pénurie, cela ne créé pas d’appel d’air permettant d’atténuer la discrimination ».

Novembre 2006. Nouvelle affaire Georges Frëche. Le quotidien régional Midi Libre rapporte les propos du Président PS de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, au sujet de l’équipe de France de football : « Dans cette équipe, il y a neuf Blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais là, s’il y en a autant, c’est parce que les Blancs sont nuls. J’ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze Blacks. ». Ces propos provoquent une condamnation unanime de la la classe politique. Bizarrement, Alain Finkielkraut, qui avait tenu les mêmes – et quelques autres bien pires – un an auparavant, reste demeure l’un des intellectuels les plus médiatisés de France

Décembre 2006. « Affaire Pascal Sevran ». Un journaliste de Nice-Matin rapporte un extrait du dernier livre de l’animlateur-chanteur Pascal Sevran, Le privilège des jonquilles : « Des enfants, on en ramasse à la pelle dans ce pays (le Niger) -est-ce un pays ou un cimetière ?- où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé du monde, neuf enfants en moyenne par couple. Un carnage. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout va, la mort est au bout de leur bite, ils peuvent continuer parce que ça les amuse, personne n’osera leur reprocher cela, qui est aussi un crime contre l’humanité : faire des enfants, le seul crime impuni. ». Pascal Sevran refuse de s’expliquer, et il surenchérit même : « L’Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète. ». L’animateur, ancien mitterrandiste récemment rallié à la candidature de Nicolas Sarkozy, reçoit le soutien de SOS Racisme, qui lui accorde une entrevue et propose de « lever le malentendu » en lui offrant la possibilité de réaliser un documentaire sur la famine en Afrique ! France 2 ne juge pas utile de suspendre son animateur. Cf. Alain Ruscio, « Banal Sevran ».

Notes

[1] Le 7 février, sur RTL

[2] « L’impératif place le coupable potentiel devant un dilemme : “L’immigration, tu l’aimes et tu l’acceptes, ou bien tu es raciste et traité comme tel.” L’Occidental soupçonné de “racisme”, terrifié à la seule perception vague de la mort sociale qui le menace, va donner des gages à ses accusateurs en se présentant comme un chaud partisan de l’immigration providentielle. Tel est le grand chantage des bien-pensants. Il a pour principal effet de transformer la politique en une impolitique, et, ce faisant, de désarmer les nations démocratiques face aux nouvelles menaces. »