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Crucifix contre foulards : la guerre des symboles en Italie

Retour sur quelques « dérives de l’universalisme »

par Annamaria Rivera
18 octobre 2010

En France comme en Italie, le discours politique et social sur « nous » et « les autres » (population majoritaire et minorités issues de l’immigration) se renforce, élevant de nouvelles barrières matérielles et sociales, culturelles et symboliques. Alors que se joue dans l’Hexagone l’attachement viscéral à l’universalisme républicain, l’Italie se cramponne à ses « racines judéo-chrétiennes » et exalte les identités régionales. Quelles idéologies et stratégies politiques se cachent derrière ces rhétoriques universalistes ? Revisitant les polémiques sur le communautarisme et le relativisme culturel, les usages idéologiques de la notion de civilisation, et les successives affaires du voile, Annamaria Rivera propose, dans son dernier livre Les dérives de l’universalisme, une analyse originale de ces questions à partir de la comparaison des contextes français et italien. Opposant à la machine idéologique de l’universalisme abstrait une pensée plus fine du binôme unicité / particularité, ce livre est une salutaire contribution à l’élaboration d’ « un nouvel universel, polycentrique et transculturel ». Nous en publions donc un extrait, qui se concentre sur le cas italien, en revenant sur les récentes campagne contre le voile ou l’Islam, et sur un épisode méconnu en France et pourtant édifiant : la « guerre des crucifix »...

En Italie, la controverse sur le « foulard islamique » se ravive périodiquement, mais sans jamais atteindre la même épaisseur et la même véhémence qu’en France, et jusqu’à présent sans avoir de retombées sur le plan juridique.

Le première raison en est que la conception italienne de la laïcité est bien éloignée de la française, qui sépare de manière nette et radicale, tout au moins sur le principe, la sphère publique de celle privée, et semble confier à l’État la mission de séculariser les citoyens et la société. Dans la polémique italienne contre le voile, l’argument de la défense de la laïcité n’est généralement pas invoqué, pas même comme expédient rhétorique, sinon par une partie des petites élites intellectuelles qui voudraient « faire comme la France ». La laïcité est un principe qui, dans la sensibilité collective globale, n’est absolument pas perçue comme un impératif [1].

En outre, la population immigrée est extrêmement hétérogène selon les pays de provenance, et sa composante principale n’est pas arabo-musulmane. Par ailleurs, les « deuxièmes » ou « troisièmes générations », bien qu’en pleine croissance, ne sont pas aussi nombreuses qu’en France. Enfin, la coutume féminine de se couvrir la tête avec de grands fichus, généralement de couleur foncée, relève encore de l’histoire récente en Italie. Bien que cette « marque » ait aussi été utilisée pour des représentations stéréotypées de l’altérité – de l’arriération du Sud et de l’ « archaïsme » des coutumes des immigré(e)s méridionaux au Nord – dans l’imaginaire collectif italien, le foulard n’est probablement pas perçu comme un signe étranger » comme en France.

De la voilophobie en Italie

La première « affaire du voile » éclaboussa la scène médiatique en octobre 1999 et avorta rapidement. La controverse surgit à l’occasion d’une manifestation de migrants musulmans qui se déroula à Turin : elle avait été convoquée par l’imam d’une des six mosquées existant alors dans la ville. Le casus belli qui incita la minorité musulmane à descendre dans la rue avait été le refus, de la part d’un fonctionnaire de police, d’accepter comme valides les photographies de femmes portant le foulard sur les documents ayant trait au permis de séjour. Ce n’était toutefois pas uniquement le « droit au foulard » qui se trouvait être au centre de la protestation, mais aussi la dénonciation des discriminations et la revendication des droits de citoyenneté, allant du permis de séjour au droit de vote.

Ce premier cas significatif – parce qu’il eut les honneurs des chroniques et des commentaires des médias – suscita un débat aussi vif qu’éphémère, et des réactions pour la plupart hostiles au « foulard islamique » de la part des commentateurs, même de gauche. Ceux-ci glissaient sur l’ambivalence d’une revendication religieuse, considérée comme particulariste et obscurantiste, mais adoptant le langage des droits universels, en liaison avec la demande d’égalité, de respect et de citoyenneté [2].

L’un des arguments avancés pour la première à l’occasion du cas turinois tendait à associer le voile à l’excision, aux mariages forcés, à la lapidation des femmes adultères ; en somme, à la barbarie ou à l’arriération d’une altérité indistincte et confuse. Derrière les opinions hostiles exprimées – notamment par certains(e)s féministes, journalistes et intellectuel(le)s de gauche – on pouvait déceler, entre autres, le préjugé selon lequel les femmes voilées descendues dans la rue auraient été manipulées par des hommes intégristes. Dans certains commentaires, on interprétait sans nuance le foulard comme un signe d’oppression subie par les femmes et de contrôle de leur sexualité ; on tenait aussi pour acquis le fait que cette revendication était le fruit d’une culture conservatrice, intégriste et patriarcale. L’idée qu’elle pouvait représenter une recherche de visibilité, d’identité et de reconnaissance de la part d’une minorité discriminée et stigmatisée était exclue.

Depuis lors, le voile a attiré l’attention de la politique et des médias selon une évolution fluctuante, sans jamais devenir une controverse nationale à proprement parler. De temps à autre, le feu de polémique contre le « foulard islamique » – souvent qualifié de tchador voire de burqa – n’en est pas moins réattisé pour relancer la campagne contre l’islam, pour réactiver le thème du « choc des civilisations » et pour exploiter l’islamophobie à des fins politiques. L’excellent accueil qu’ont reçu les positions extrêmes développées par la journaliste Oriana Fallaci est l’un des nombreux symptômes de la présence, en Italie, de sentiments antimusulmans et d’un imaginaire sur l’islam marqué par les stéréotypes et les préjugés. Le ramassis d’invectives contre les « ennemis de l’Occident », de simplifications historiques, d’insultes racistes, d’expressions machistes et guerrières livrées en vrac dans son livre La Rage et l’Orgueil [3] notamment, a connu, un succès commercial extraordinaire, une large résonance médiatique [4] et la reconnaissance solennelle d’institutions locales et même de la présidence de la République de l’époque [5].

Parmi les nombreuses provocations récentes, conçues à froid pour raviver l’aversion pour l’islam et envers les immigrés musulmans, on peut citer celle de la députée d’extrême droite, Daniela Santanché. Le 20 septembre 2009, à Milan, tandis qu’était célébré l’Aïd el-Fitr, la fête marquant la fin du Ramadan, l’ex-ministre, accompagnée par une dizaine de membres de sa formation politique, tenta de dévoiler une femme musulmane. Après la cohue qui s’ensuivit, et l’inévitable clameur médiatique, la post-fasciste déclara qu’elle était intervenue pour « aider ces femmes à se libérer de la contrainte de la burqa ».

Malgré ces provocations, le hijâb s’est banalisé au cours de ces dernières années. Comme au Royaume-Uni, il s’est fait de plus en plus présent dans le cadre des initiatives ou manifestations publique contre la guerre, mais également de celles pour les droits des migrants et en faveur du peuple palestinien. Aujourd’hui, en Italie, la présence de jeunes filles et de femmes portant le « foulard islamique » s’observe aussi dans les manifestations contre la violence sexiste et raciste, voire dans celles pour la défense des droits des homosexuels et des transsexuels.

Sur le plan juridique, la liberté de porter le foulard paraît assurée par les principes contenus dans les articles 19 et 21 de la Constitution italienne, qui garantissent la liberté de pratiquer sa foi religieuse (sous n’importe quelle forme, individuelle ou collective), d’en faire la propagande, d’en exercer le culte en privé ou en public. Ces principes sont toutefois contredits, même sur le plan législatif, par des normes qui invalident la liberté de culte des confessions autres que catholique, en particulier l’islam : avec lui, l’État italien n’a pas encore conclu d’« entente », instrument nécessaire à sa pleine reconnaissance [6].

En somme, la laïcité à l’italienne est pour le moins imparfaite : l’État, qui accorde aujourd’hui encore une position privilégiée à l’Église catholique (le fait que l’enseignement du catholicisme figure aux programmes des écoles publiques suffit à le montrer), est encore bien loin de mettre en œuvre le principe de liberté religieuse et de reconnaissance de la pluralité des fois garanti par la Constitution. En outre, la dénégation de l’immigration comme partie constitutive et permanente de la société italienne et l’absence conséquente de toute narration publique positive sur elle continuent de connoter l’attitude des institutions, de la société et de l’opinion publique. Pour toutes ces raisons, et malgré une pluralité culturelle et religieuse de fait, la société italienne continue à se représenter et à se positionner selon un modèle blanco- et catholicocentré.

Campagnes anti-mosquées, Journée du Cochon et autres « chrétineries »

Dans la Péninsule, l’islam semble être perçu et mis en image par une bonne partie de l’opinion publique et des médias et par un certain nombre d’hommes politiques et de représentants des institutions sous les traits de l’étranger pauvre, indésirable et menaçant. Ce masque, toujours présent dans l’imaginaire collectif de manière plus ou moins latente et explicite selon les conjonctures politiques, peut être remplacé, au cas par cas, par d’autres masques. L’ensemble des migrants roumains se voient ainsi très souvent attribuer – intentionnellement ou pas – les traits du « Tsigane », qui est devenu, depuis quelques années, l’une des métonymies pour exprimer tous les maux de l’immigration et de la pluralité culturelle.

En définitive, les flambées médiatiques et politiques récurrentes à l’encontre du foulard paraissent avoir une valeur toute instrumentale. En effet, elles revêtent plutôt la forme d’une propagande, sans autre but que celui de montrer du doigt les « étrangers » et de les désigner comme responsables de l’« insécurité » collective – voire, selon une innovation récente, de l’« insécurité perçue ». Elles concourent de cette manière à stimuler ce qui existe de xénophobie populaire, qui est à son tour mis à profit afin de conduire des campagnes sécuritaires, utiles pour rivaliser sur le marché électoral et pour rendre plus docile l’importante partie de la main-d’œuvre constituée par les immigrés.

De plus, il faut prendre en compte la propagande tapageuse développée par la Ligue du Nord, parti ouvertement et programmatiquement xénophobe, qui prend quotidiennement pour cibles les personnes de foi musulmane présumée et l’ensemble des symboles religieux islamiques [7] : les campagnes pour empêcher la construction de mosquées et l’ouverture de salles de prières, ou pour fermer celles existantes sont quotidiennes. Et elles débouchent parfois sur des actes de vandalisme profanatoire [8], exécutés et revendiqués par des ministres eux-mêmes et par d’autres représentants d’institutions nationales et locales. Les arguments utilisés par la Ligue du Nord pour justifier sa bataille contre le voile – menée aux côtés de certaines autres formations politiques de droite et d’extrême droite, ou encore néonazies – ne s’appuient pas sur la défense de la laïcité et des valeurs universelles mais, d’un côté, sur la « protection de notre territoire » face à l’invasion et à la contamination des « étrangers » et, de l’autre, sur la défense des valeurs catholiques.

En effet, bien qu’ayant fait du mythe celtico-païen, de l’exaltation de l’identité régionale et du particularisme populiste sa bannière et sa marque de fabrique, la Ligue du Nord compte aujourd’hui parmi les plus fervents défenseurs d’un catholicisme intolérant et fanatique. Ce parti est en bonne compagnie : un phénomène typiquement italien de notre temps est ce que l’on appelle le « cristianismo », terme que l’on pourrait traduire par « chrétiénisme ». Dans le cadre de cette idéologie – professée par des laïcs comme par des athées – la référence au catholicisme est instrumentalisée pour justifier une attitude belliqueuse envers l’islam, un soutien enthousiaste à la guerre globale et au théorème du « choc des civilisations », et le mépris de ces chrétiens qui se dédient à des activités de solidarité sociale.

L’islamophobie est activement mise en œuvre par des institutions locales du Nord de l’Italie. Les ordonnances et les règlements antimusulmans promulgués par les maires de la Ligue du Nord confinent au grotesque : elles interdisent d’ériger des mosquées ou des locaux destinés à devenir des lieux de culte musulman, de construire des édifices de « style mauresque », de porter un « voile couvrant le visage » dans les lieux publics ; ou encore tout non-catholique est tenu de ne pas s’approcher de moins de quinze mètres de l’entrée des lieux de culte catholiques.

Si localement l’offensive antimusulmane se concentre surtout dans la partie septentrionale du pays, elle peut compter parmi ses plus tenaces promoteurs de très hauts représentants de l’État : en septembre 2007, Robert Calderoli, vice-président du Sénat de l’époque et actuel ministre, afin de protester contre le projet de construction d’une mosquée à Bologne, a proposé l’institution d’un « maiale-day » (« jour du cochon »), durant lequel seraient organisés « des concours et l’exposition des plus beaux “cochons de compagnie” dans les lieux où certains pensent à édifier non pas un centre de culte, mais le centre d’accueil potentiel d’une cellule terroriste » [9].

Juste après le référendum suisse de novembre 2009 qui a interdit la construction de nouveaux minarets, suscitant les critiques de l’Union européenne, du Vatican et d’Amnesty International, un député européen de la Ligue du Nord, Mario Borghezio, a souhaité un référendum italien sur les constructions de mosquées. La proposition a été jugée digne d’intérêt par l’actuel ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, appartenant au même parti. Enfin, un autre dirigeant de la Ligue du Nord, le vice-ministre Roberto Castelli, a lancé l’idée de « demander l’insertion de la croix dans le drapeau italien », dans un prochain projet de loi de réforme de la Constitution, comme un « signal fort pour combattre l’idéologie maçonnique et philo-islamique ».

La guerre des crucifix

En réalité, en Italie les polémiques sur le voile, aussi récurrentes qu’éphémères, sont sous-tendues à la fois par l’opposition aux mosquées et aux salles de prières et par une longue et vive controverse à propos de l’exposition du crucifix dans les édifices publics, y compris dans les écoles [10]. Cette controverse a atteint son apogée en 2003 lorsque, à la suite de la requête d’un citoyen italien de religion musulmane, un juge a ordonné d’enlever tout signe religieux d’une école publique de la commune d’Ofena (dans la province de L’Aquila), fréquentée également par des élèves non chrétiens [11]. Cette ordonnance a déchaîné une polémique publique agressive et une bruyante campagne de soutien en faveur du crucifix, avalisée par des ordonnances ministérielles et activement soutenue par la Ligue du Nord. Cette polémique a été l’occasion de déballer certains thèmes et rhétoriques qu’on retrouve dans le cas français : l’islam comme corps étranger à la société italienne et comme menace pour les valeurs majoritaires ; le multiculturalisme et le relativisme comme cancers qui menaceraient la cohésion et les identités nationale et européenne.

Après le cas d’Ofena, les chefs de file des partis de centre droit, réunis dans la coalition dite de la Maison des libertés, placée sous l’égide de Silvio Berlusconi, ont demandé au gouvernement de veiller à ce que le crucifix – « plus ancien et plus fort symbole de la liberté de tous et de la laïcité de l’État » – soit accroché dans toutes les salles de classe [12]. Cette prise de position n’est pas restée isolée : des hommes politiques et des magistrats ont continué à soutenir l’obligation de l’exposition du crucifix comme symbole de l’identité italienne, de ses valeurs, et même de la laïcité de l’État [13].

Dans le camp adverse, moins nombreux ont été ceux qui ont soutenu que le crucifix, se présentant comme un symbole collectif, ne devait pas être exposé dans les espaces publics par respect pour le principe de neutralité, tandis que la liberté de porter le voile devait être garantie en tant qu’expression d’un choix privé [14]. Par ailleurs, le juge, Luigi Tosti qui avait refusé de tenir des audiences dans des salles arborant un crucifix a subi un marathon judiciaire et finit par être destitué de sa fonction [15].

À propos d’un recours déposé par une citoyenne italienne, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé, le 3 novembre 2009, qu’exposer le crucifix dans les salles de classe des écoles publiques était une violation de la liberté de culte des élèves et de la liberté des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs propres convictions. Le Vatican a exprimé « stupeur et regret ». Et les plus hautes sphères du gouvernement et de l’État italiens – du président du Conseil au président de la Chambre, jusqu’au président de la République – ont déplorés une sentence jugée « laïciste » et non respectueuse de la spécificité italienne. Selon eux, le crucifix ne serait pas seulement le symbole de l’adhésion au catholicisme, mais aussi et surtout le symbole de l’histoire, de la tradition et des valeurs italiennes, à ce titre valables pour tous les citoyens italiens, catholiques ou non, croyants ou non.

Le gouvernement italien a finalement déposé un recours contre ce jugement. Vittorio Feltri, le directeur du quotidien de droite, Il Giornale, est allé jusqu’à soutenir que les juges de Strasbourg devaient avoir de graves problèmes psychiatriques et d’alcoolisme. Même Pierluigi Bersani, le secrétaire national du Parti démocrate, a déclaré que la Cour européenne avait offensé le bon sens. Sur la vague de cette indignation quasi unanime envers le « laïcisme », les maires de certaines communes italiennes, pour la plupart de centre droit, ont promulgué des ordonnances imposant l’exposition du crucifix dans les écoles et dans d’autres lieux publics. Dans certains cas, une sanction administrative de 500 euros a été prévue pour les transgresseurs. Vers la fin du mois de novembre 2009, les communes qui avaient adopté de telles ordonnances étaient, du nord au sud du pays, une quarantaine.

P.-S.

Le titre et les intertitres ont été rajoutés par le Collectif Les mots importants.

Les dérives de l’universalisme, d’Annamaria Rivera, vient de paraître aux éditions La Découverte.

Notes

[1] Justement, au nom du principe garanti par la Constitution, nombre de juristes italiens ont défendu, sans aucune hésitation, le droit de porter le foulard comme une expression de la liberté religieuse.

[2] À cette occasion, l’imam Bouriq Boucha a déclaré : « L’heure est venue de passer à la demande d’hospitalité et à la revendication des droits de citoyenneté » (cité in Paolo GRISERI, « L’islam in testa. I Musulmani manifestano a Torino », Il Manifesto, 30 octobre 1999, p. 4).

[3] Oriana FALLACI, La Rage et l’Orgueil, Plon, Paris, 2002. Ce livre, le premier d’une trilogie, est la version intégrale d’un dossier publié le 29 septembre 2001 par le Corriere della Sera, le quotidien italien le plus important. Le livre a eu un succès extraordinaire dans le monde entier : des millions de copies ont été vendues et il a connu une trentaine de rééditions.

[4] À ce propos, voir Renzo GUOLO, Xenofobi e xenofili. Gli italiani e l’islam, Laterza, Rome-Bari, 2003 et Stefano ALLIEVI, Ragioni senza forza, forze senza ragione. Una risposta a Oriana Fallaci, EMI, Bologne, 2004.

[5] En 2005, une médaille d’or a été décernée à Oriana Fallaci par le président de la République au titre de « digne représentante de la culture ». Une autre médaille d’or, et un important prix – l’Ambrogino d’or – lui ont été attribués par le Conseil régional de Toscane et par la commune de Milan.

[6] Afin de justifier l’absence d’entente avec l’islam, on souligne habituellement la pluralité des associations qui le représentent. L’argument est faible, car on n’a jamais hésité dans le passé à sceller des ententes avec les confessions parmi les plus réduites de la « galaxie protestante » (Antonello DE OTO, Precetti religiosi e mondo del lavoro. Le attività di culto tra norme generali e contrattazione collettiva, Ediesse, Rome, 2007, p. 34-35). Rappelons que les confessions dépourvues d’entente sont soumises à des normes obsolètes datant de l’époque fasciste.

[7] Umberto Bossi, le secrétaire national de la Ligue du Nord, ne fait aucun mystère sur l’islamophobie constitutive de son parti : « La Padanie est anti-islamique depuis des siècles, depuis Charles Martel, depuis la bataille de Lépante. Nous sommes un rempart contre l’islam. Nous le combattons depuis des milliers d’années » (cité esin Annamaria RIVERA, Estranei e nemici. Discriminazione e violenza razzista in Italia, Derive Approdi, Rome, 2003, p. 81-82).

[8] Le 14 octobre 2000, lors d’une manifestation organisée à Lodi par la Ligue du Nord, à laquelle ont participé des néonazis et des représentants d’autres partis de la coalition gouvernementale, le terrain où aurait dû être édifiée une mosquée fut profané en l’aspergeant d’urine de cochon.

[9] Robert Calderoli, dans ses déclarations publiques sur le « maiale-day », a également revendiqué le succès de l’action de vandalisme profanatoire accomplie à Lodi en 2000. À ce propos, voir « Un maiale-day contro la moschea », Il Corriere della Sera, 14 septembre 2007,

<www.corriere.it> ;

et « Bologna, si infiamma lo scontro sulla moschea. Calderoni : “Un maiale-day contro l’Islam” », La Repubblica, 13 septembre 2007,

<www.repubblica.it> ;

. En 2008, à Padoue, la Ligue du Nord a organisé avec le PDL un référendum pour empêcher la construction d’une mosquée et a mené une campagne tapageuse qui a culminée le 7 juin 2008 avec une manifestation appelée « moschea-day » (« jour de la mosquée »).

[10] Pour une ethnographie de l’utilisation du symbole du crucifix, voir : Clara GALLINI, Croce e delizia. Usi, abusi e disusi di un simbolo, Bollati Boringhieri, Turin, 2007 et ID., Il ritorno delle croci, Manifesto libri, Rome, 2009.

[11] Pour résumer l’événement : au cours de l’année scolaire 2002-2003, Adel Smith, citoyen italien de confession musulmane, demande à l’enseignante de l’école d’Ofena où sont scolarisés ses enfants, d’enlever le crucifix du mur ou de rajouter, à côté, un petit cadre avec une sourate du Coran. L’enseignante acquiesce à cette seconde requête, mais est désavouée par le chef d’établissement, qui impose le retrait du cadre. Assisté d’un avocat, Adel Smith recourt au tribunal de l’Aquila afin qu’il se prononce en urgence sur la question. Le tribunal réaffirme alors le caractère laïque de la République italienne et de ses institutions et, le 23 octobre 2003, décrète que tout symbole religieux doit être enlevé de l’établissement scolaire dans les trente jours suivant la sentence. Plus tard, à la suite des vives protestations des hiérarchies catholiques et d’une importante partie du monde politique, une directive ministérielle réintroduira la présence du crucifix dans les salles de classe.

[12] Déclaration citée dans Il Manifesto, 29 octobre 2003, p. 5. En 2006, deux sections différentes du Conseil d’État ont rejeté deux autres recours contre la présence du crucifix à l’école publique, pour les raisons suivantes : le crucifix est un « symbole approprié pour exprimer le fondement élevé des valeurs civiques […] qui représentent la laïcité de l’actuelle organisation de l’État » (Sentenza del Consiglio di Stato, sezione VI, n° 556/2006) ; il est « pareillement le symbole d’un système de valeurs de liberté, d’égalité, de dignité humaine et de tolérance religieuse, et donc également de la laïcité de l’État » (Parere del Consiglio di Stato, sezione II, 15 février 2006).

[13] Laura MENTASTI et Cristina OTTAVIANO, Cento cieli in classe. Pratiche, segni e simboli religiosi nella scuola multiculturale, Unicopli, Milan, 2008, p. 26-30.

[14] Parmi ceux qui ont pris la parole publiquement afin de s’opposer à la présence du crucifix dans les lieux publics, il y avait des catholiques pratiquants, et même quelque rares hommes d’Église.

[15] Accusé d’empêchement au bon fonctionnement du service public, le juge a été condamné en 2005, en première instance, à sept mois de réclusion et à un an d’interdiction d’exercer. En 2008, en appel, la condamnation fut élevée à un an de réclusion. Finalement, en 2009, la Cour de cassation a annulé la sentence, mais, en janvier 2010, le Conseil supérieur de la magistrature a démis le juge de ses fonctions.