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Des discriminations ? Où ça ?

Fadela, Rama et Rachida : des beurettes pour les mâles de centre-ville

par Mona Chollet
21 mai 2008

Une Noire, une Arabe. En exposant Rama Yade et Rachida Dati en bonne place dans la vitrine de son gouvernement, en les offrant en pâture aux médias, Nicolas Sarkozy, à peine élu, envoie un message insistant : dans ce pays, il n’y a ni racisme ni discriminations ; quand on veut vraiment y arriver, on peut, il suffit de travailler.

« J’étais sûre que le travail serait reconnu », confie Dati [1]. Elle raconte le moment où elle a appris sa nomination :

« J’ai fondu en larmes. C’était trop brusque, trop fort. Je me suis dit, “voilà, la France permet cela”. J’ai eu un flash-back de ma vie pratiquement jusqu’à mon enfance. J’ai vu toute ma vie. Et cette pensée qui dominait tout le reste : la France permet cela. » [2]

Dès lors, pourquoi mettre en place des politiques égalitaires, redistribuer les richesses, garantir à tous des conditions de vie correctes, quand on peut se contenter d’accréditer cette fable ? Pourquoi se fatiguer à ôter les obstacles qui se dressent sur le chemin des plus défavorisés, quand on peut se contenter de couvrir d’éloges ceux qui, parmi eux, ont le jarret assez souple pour sauter par-dessus, quitte à les y aider un petit peu — en insinuant sournoisement, par la même occasion, que les autres doivent quand même être un peu feignasses s’ils n’y arrivent pas eux aussi ?

La ruse n’est pas nouvelle, rappelle Serge Halimi. En 1928 déjà, aux États-Unis, le candidat républicain Herbert Hoover « opérait la confusion habituelle entre les proclamations constitutionnelles égalitaires du pays et sa réalité sociale (qui n’a cessé de les contredire, de manière grossière) », en affirmant dans un discours :

« Chaque Américain, riche ou pauvre, né à l’étranger ou autochtone, quelle que soit sa foi ou sa couleur, peut accéder à la position sociale que lui ouvrent ses capacités et sa personnalité. Le vainqueur est celui qui déploie l’entraînement le plus persévérant et la plus grande force de caractère. » [3]

Yade et Dati sont les versions glamour d’une figure délibérément construite par les idéologues de la révolution conservatrice : celle d’un individu qui ne serait défini ou entravé ni par ses origines sociales ou culturelles, ni par sa couleur de peau, ni par son sexe ou son orientation sexuelle — toutes caractéristiques qui seraient purement anecdotiques — mais uniquement par son appartenance à la nation. Faisant l’éloge, à sa parution, du livre de Rama Yade, Noirs de France, Pascal Bruckner écrivait :

« Elle a une phrase terrible qui devrait faire réfléchir du côté de la rue de Solférino [siège du Parti socialiste] : quand la droite dit aux Noirs et aux beurs : “Vous êtes des Français”, la gauche leur répond : “Vous êtes des victimes”. » [4]

Cette liquidation des déterminations sociales passe forcément par le discrédit jeté sur ceux qui en étudient les effets, comme l’a montré Didier Éribon dans son livre D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française  :

« Le projet de renvoyer au passé toute l’histoire des sciences sociales françaises pour les remplacer par la “philosophie politique” n’avait, au bout du compte, pas d’autre signification que celle-ci : libérer les individus de tout déterminisme social. » [5]

C’est bien d’« individus » qu’il s’agit, et non plus de « sujets » : car

« le “sujet” contrairement à l’“individu” sait que la Société le précède et se situe au-dessus de lui et, par conséquent, il n’a pas la désastreuse illusion qu’il peut inventer le social au gré de ses “désirs” » .

Derrière cette fiction, promue par les libéraux, d’une nation comme « emballée sous vide », constituée d’individus dont le poids ou la marge de manœuvre respectifs seraient identiques de fait — et pas seulement dans les idéaux que proclament les frontons des mairies — se cache une entreprise de liquidation de la politique :

« Dénier le caractère constitutif des inscriptions sociales ne les fait pas disparaître mais cherche à interdire qu’on lutte contre les dominations qu’elles commandent. » [6]

Pour mieux les affaiblir, on qualifie désormais toute revendication collective de « corporatiste » ou de « communautariste » : on reproche à ceux qui la portent de mettre en péril l’intérêt général ou la cohésion de la nation. À lire Didier Éribon, on mesure mieux l’inconscience de ceux qui, tout en se réclamant de la gauche, croient pouvoir joindre leurs voix à ce concert douteux.

D’autant qu’il ne faut pas s’y tromper : même si une approche superficielle peut faire percevoir leur démarche comme la défense d’intérêts particuliers, ce sont bien les mouvements sociaux qui maintiennent en vie l’idéal du bien commun. Ils rappellent que, s’il existe bel et bien, par bonheur, une marge de manœuvre individuelle, il est absurde de vouloir faire croire que celle-ci peut être autre chose qu’une marge, justement : pour le reste, chacun est bien le produit de déterminations qui le rattachent à divers groupes et qui, en fonction de la façon dont elles sont perçues et valorisées socialement, facilitent ou empêchent sa progression.

Aucune démocratie digne de ce nom ne peut se dispenser d’en tenir compte et de chercher les moyens de remédier aux inégalités qui en résultent. Nier l’importance de ces inégalités, et vouloir qu’il y ait société sans qu’elles aient d’abord été vaincues, c’est mettre la charrue avant les bœufs et prendre ses désirs pour des réalités. Si les mouvements sociaux suscitent souvent une telle hostilité, c’est parce qu’ils rappellent cette vérité contrariante.

Pour sa part, l’idéologie conservatrice, si elle exalte la grandeur de la nation, ne fait en réalité aucun cas, évidemment, de l’intérêt général ou du bien commun. Dans cette compétition généralisée qu’est la société telle qu’elle la conçoit, et où elle fait mine de croire que tous auraient les mêmes chances, chacun est, comme Erin Brockovich, « seul contre tous ».

Dans le slogan électoral de Nicolas Sarkozy, « Ensemble, tout devient possible », le « ensemble » n’est là que pour décorer. Ou, plutôt, il désigne un « ensemble » effroyablement pasteurisé, expurgé de tous ses éléments non conformes ; car, si on exhibe quelques spécimens de catégories défavorisées à qui on a « donné leur chance », c’est pour mieux se dédouaner de la relégation dans laquelle, incommodé par leur existence, on souhaite maintenir tous les autres.

À cet égard, toute recomposée qu’elle soit, la prétendue « famille d’aujourd’hui » formée par le clan Sarkozy, véritable débauche de gosses de riches blonds aux yeux bleus, qui fait la couverture de Paris-Match [7]quinze jours après l’élection présidentielle, évoque davantage les héritiers monégasques que la diversité de la France contemporaine. On pourrait y voir un signe peu réjouissant, mais Christophe Ono-dit-Biot, lui, est enthousiaste : il s’extasie devant Cécilia Sarkozy, « brune splendide entourée d’une nuée d’enfants blonds beaux comme des Casiraghi » [8].

Par ailleurs, qu’il y ait une Noire et une Arabe au gouvernement, cela occupe sans doute jusqu’à saturation l’espace médiatique et permet de faire oublier que la présidentielle s’est largement gagnée à l’extrême droite, mais ne change rien à la condition ordinaire des Noirs et des Arabes en France. Quelques jours après son élection, Nicolas Sarkozy expliquait à ses proches collaborateurs :

« À la Justice, on mettra Rachida. Quelle image ! Dans un pays où une partie de la population pense qu’il y a deux justices, c’est montrer, avec Rachida, qu’il n’y en a qu’une.  » [9]

Sauf qu’une « image » n’a jamais eu le pouvoir de changer la réalité. Le mensuel CQFD, à l’été, rappelait deux affaires récentes qui avaient fait bien peu de bruit. La mort de Lamine Dieng, jeune Français d’origine sénégalaise, comme Rama Yade, dans un fourgon de police, le 17 juin 2007 à Paris ; et l’assassinat sauvage d’un étudiant guinéen, Ibrahima Sylla, le 1er avril à Marseille :

« “Beurs et blacks au sommet”, titre L’Express à propos de Rachida, Rama et Fadela. Qu’en disent les proches de Lamine et d’Ibrahima, ces morts pas télégéniques, à peine bons à alimenter la rubrique des chiens écrasés ? Pour ne pas ternir l’étoile du shérif devenu président, il faudrait même les enterrer en silence » [10]

À notre connaissance, les parents des deux jeunes hommes n’ont pas été reçus à l’Élysée, où l’on est pourtant friand de victimes à réconforter.

Le même journal, dans son numéro de juin, rapportait cette scène, qui s’était déroulée juste après la constitution du gouvernement Fillon :

« K. M., Maghrébin résidant en France, est menacé de mort par son voisin, un ancien militaire algérien, qui l’accuse de faire du gringue à sa femme. Affolé, il fuit son hôtel meublé et se rend au commissariat. À l’accueil, une femme-flic et un confrère, visiblement en fin de service. K.M. explique la situation : son voisin l’attend devant sa porte avec un couteau à la main. Il demande protection. Ce à quoi on lui rétorque que la police ne peut rien faire, puisqu’il ne lui est encore rien arrivé. Il insiste, demande à être placé en garde à vue. On l’éconduit. “Vous aurez ma mort sur la conscience !” Réponse du fonctionnaire : “Tu n’as qu’à aller te plaindre à ta ministre.” Besoin de sous-titrage ? » [11]

Par ailleurs, avant le second tour des législatives, dans un meeting de François Fillon à Nantes, un cameraman se faisait sortir sans ménagement par le service d’ordre, sans qu’il faille y voir un quelconque rapport avec le fait qu’il était noir et portait des dreadlocks [12].

Quant à Sylvie Noachovitch, vedette du petit écran et candidate UMP aux législatives dans la 8ème circonscription du Val-d’Oise, elle confiait à ses collègues d’un jury littéraire :

« Moi, mon mari peut dormir tranquille. Dans ma circonscription, il n’y a que des Noirs et des Arabes, et l’idée de coucher avec l’un d’eux me répugne. »

Chassez le naturel…

L’imaginaire colonial : les beurettes et la braguette

On a beau les encenser, le traitement réservé aux deux jeunes vedettes du gouvernement, d’ailleurs, n’est lui-même pas exempt d’ambiguïtés. Évoquant sa rencontre avec sa protégée Rachida Dati, l’ancien garde des Sceaux Albin Chalandon se souvient avec condescendance qu’elle était déjà pleine de qualités, mais « sous la coupe d’un père terriblement ancré dans sa culture » [13].

La lourde insistance sur la « beauté » des deux jeunes femmes, sur les « yeux de biche » de Rachida Dati, le qualificatif de « perle noire » appliqué à Rama Yade (sur un forum qui lui est consacré, un internaute livre une analyse politique approfondie en estimant qu’elle a « des yeux à faire sauter tous les boutons de braguette [14] ») rappellent irrésistiblement l’imagerie coloniale sur la beauté des femmes exotiques.

Ce choix de deux femmes, jeunes et belles, confirme aussi le traitement différencié en fonction du sexe que l’on applique aux enfants de l’immigration — en particulier depuis la mise en orbite médiatique de Ni putes ni soumises : diabolisation et répression pour les hommes, éloge et intégration à bras ouverts pour les femmes qui ont le physique adéquat et/ou qui jouent le jeu du fayotage républicain.

Avant elles, le milieu médiatique avait déjà eu les yeux du loup de Tex Avery pour l’Iranienne Chahdortt Djavann ou pour Loubna Méliane, l’une des figures de proue de Ni putes ni soumises. Premier journaliste à interviewer Chahdortt Djavann, Jean-Pierre Elkabbach s’enflammait :

« Je veux dire que vous êtes courageuse, j’ai dit que je vous découvrais, vous êtes passionnée, vous êtes belle… » [15]

Et, dans Libération, le portrait de Loubna Méliane s’ouvrait sur cette description : face aux filles voilées, « asservies volontaires à l’obscurantisme », se dresse Loubna Méliane, « fille des Lumières », « cheveux au vent, jupe en jeans et bas résille, fière de son indépendance sur ses talons vacillants » [16] – et dire que le rapport pourtant limpide entre les Lumières et les bas résille m’avait toujours échappé jusqu’ici.

Dans un livre d’entretiens, la sociologue Nacira Guénif-Souilamas formulait l’hypothèse provocante selon laquelle l’engouement pour Ni putes ni soumises s’expliquait aussi par le fait que le discours de l’association ouvrait « le marché des beurettes » aux mâles des centres-villes.

Elle racontait :

« Une journaliste cherchant à trouver mon premier livre a tapé “beurette” dans un moteur de recherche. Elle s’est retrouvée au milieu d’un nombre impressionnant de sites pornographiques qui mettaient en scène des “beurettes”. J’ai été effarée d’apprendre ça et de voir combien il y avait une exotisation perverse et réductrice de leur image. C’est peut-être pour cela qu’un certain nombre de filles des quartiers refusaient d’être définies comme des “beurettes” ; comme si elles avaient conscience, intuitivement, d’être réduites à un statut d’objet sexuel par des hommes en quête d’érotisme, éventuellement nostalgiques du temps des colonies où ils pouvaient exercer leur “empire”, dans tous les sens du terme, sur elles. » [17]

Le cas de Fadela Amara, la troisième « fille d’immigrés » du gouvernement, avec sa « coiffure travaillée à la planche à clous », comme dit joliment Gérard Lefort [18], est un peu différent. L’ennemie déclarée des intégristes et — cherchez l’erreur — collaboratrice de Christine Boutin semble avoir pour fonction principale de traduire en « djeunz-de-banlieue » le programme inégalitaire et répressif du gouvernement.

Ainsi lors de son intervention en Conseil des ministres du 7 septembre 2007, intitulée « Tolérance zéro contre la glandouille », et dont on trouve le texte sur son blog :

« La politique de la ville a besoin de franchise. Entre nous, on ne va pas se la raconter. Je vous le dit [sic] cash : […] Le désœuvrement d’une partie de notre jeunesse est inacceptable » [19]

La retranscription est cependant amputée de sa conclusion, que cite Le Canard enchaîné :

« La suppression de la carte scolaire, ça va foutre le bocson. Mais c’est ça qu’on attend dans les quartiers. Je vous le dis cash, monsieur le Président, allons-y à donf. » [20]

Quelques jours plus tôt, déjà, la fondatrice de Ni putes ni soumises avait trouvé la solution au « désœuvrement » :

« Une armée où il y a de la couleur, c’est de la bombe ! Faut péter le ghetto mental existant dans la tête de nos jeunes qui pensent que les filières d’excellence ne sont pas pour eux. » [21]

On avait déjà pu se faire une idée de la géométrie très variable de ses convictions, de toute façon, lorsqu’elle avait milité activement en faveur du projet de loi contre le voile à l’école, après l’avoir désapprouvé avec véhémence, quelques semaines auparavant, lors de son audition par la commission Stasi.

Lutter contre la « victimisation » plutôt que contre les discriminations

L’une des armes idéologiques les plus récentes forgées pour renforcer encore l’opprobre frappant ceux qui luttent contre les discriminations est le procès en « victimisation ». Si le nouveau pouvoir se vante d’être au service des victimes, il laisse clairement entendre qu’il y en a de bonnes et de mauvaises. Il les aime consensuelles, apportant de l’eau au moulin de sa vision du monde ; les autres, celles qui dénoncent sa politique, qui ne donnent pas prise à son paternalisme, qui s’organisent elles-mêmes pour défendre leurs droits, qui ouvrent leur gueule, sont soupçonnées d’exagérer, de simuler, d’exercer un chantage.

De toutes parts, ce terme étant désormais passé dans le langage courant, on les accuse de se « victimiser » et de fatiguer tout le monde. Sont visés les descendants d’esclaves ou de colonisés, ou encore les féministes, mais aussi, par extension, toutes les formes de plainte, de contestation ou de revendication.

Comme le thème permet de ratisser large (en cherchant bien, à peu près n’importe quelle situation peut s’aborder sous l’angle victimes-coupables) et que, par ailleurs, rien n’est plus dans l’air du temps que de cogner sur les faibles et les opprimés en clamant qu’ils nous emmerdent avec leurs éternelles jérémiades, ou pour dénoncer le danger qu’ils représentent, on voit aujourd’hui fleurir les essais sur le sujet.

Le concept a été lancé par Pascal Bruckner, en 1995 [22] ; puis il a été popularisé par Élisabeth Badinter, qui, dans son livre Fausse route, consacré aux « excès » du féminisme, en 2003, se référait dès les premières pages à Bruckner [23]. C’est un dialogue de sourds qui s’instaure entre ceux qui luttent au nom des minorités ou des femmes et les pourfendeurs de la « victimisation » : les seconds accusent les premiers de battre en brèche l’universalisme, répétant que ce ne sont pas ses origines ou son sexe qui font la valeur d’un individu — ce qui ne manque pas de sel venant d’auteurs qui, comme Bruckner (l’un des rares partisans, en France, de l’invasion anglo-américaine de l’Irak), semblent pour leur part s’identifier toujours plus étroitement à un Occident envisagé dans son acception la plus blafarde et la plus arrogante.

Or, si les minorités s’organisent, c’est bien pour combattre la vision essentialisante ou franchement hostile dans laquelle les emprisonne leur environnement social. Retraçant l’apparition de cette controverse, François Cusset fait remarquer que l’identité homosexuelle à l’heure du sida, par exemple,

« n’est pas une origine, mais la convergence de situations : en l’occurrence la maladie, l’homophobie et la solidarité » [24].

Pour accéder à l’existence en tant qu’individu, encore faut-il pouvoir se dépêtrer de la nasse des préjugés, surtout quand il s’y ajoute un faible pouvoir économique. Mais ces handicaps de départ, nos « nouveaux philosophes » ne les voient pas ou les minimisent constamment :

« La possibilité offerte à chacun d’aller vivre, étudier à Londres, Amsterdam, Barcelone, Bologne, Cracovie, Prague, Budapest constitue un élargissement spirituel extraordinaire auprès duquel le rattachement exclusif à une identité minoritaire paraît un rabougrissement pathétique »

écrit ainsi Bruckner dans La Tyrannie de la pénitence [25], oubliant que cette possibilité n’est pas exactement offerte à chacun.

Ce postulat naïf d’une égalité de départ explique que, quand les catégories discriminées réclament l’égalité effective ou l’accès à des droits qui, pour elles, n’existent que sur le papier, nos auteurs l’interprètent comme un despotisme, ou comme la revendication d’un passe-droit. La désinvolture de ce « y a qu’à » — « y a qu’à s’épanouir en tant qu’individu », « y a qu’à voyager », « y a qu’à se prendre en main », et, pour les femmes battues, « y a qu’à faire ses valises », selon Élisabeth Badinter — trahit une bonne dose de morgue sociale [26].

P.-S.

Ce texte est extrait de Rêves de droite, de Mona Chollet, paru aux Editions Zones, et consultable en ligne. Lire aussi sur LMSI, Le Sarkozysme : une machine de guerre fictionnelle
La droite et l’imaginaire du self made man
.

Notes

[1] Le Point, 14 juin 2007

[2] Rachida Dati, Je vous fais juges, entretien avec Claude Askolovitch, Grasset, Paris, 2007

[3] Serge Halimi, Le Grand Bond en arrière, Fayard, Paris, 2006

[4] Pascal Bruckner, « Les noirs et Marianne », Le Nouvel Observateur, 29 mars 2007

[5] Didier Eribon, D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, Léo Scheer, Paris, 2007

[6] Didier Eribon, Ibid.

[7] 24 mai 2007

[8] Christophe Ono-dit-Biot, « Un président « Amour, gloire et beauté » », Le Point, 24 mai 2007

[9] Rapporté par Le Nouvel Observateur, 12 juillet 2007

[10] Nicolas Arraitz, « Qui a tué Ibrahima Sylla ? » et « Mourir caché », CQFD, juin et juillet 2007

[11] CQFD, juin 2007

[12] Grégory Marin et Sébastien Homer, « Le retour de la droite intolérante et raciste », L’Humanité, 15 juin 2007

[13] Le Point, 14 juin 2007

[14] « Que pensez-vous de Rama Yade ? », Doctissimo.fr, 19 juin 2007

[15] Cité in Alain Gresh, L’islam, La République et le monde, Fayard, Paris, 2004

[16] Libération, 17 janvier 2004

[17] Nacira Guénif-Souilhamas, in Christelle Taraud, Les féminismes en question, Amsterdam, Paris, 2005

[18] Gérard Lefort, « Christine, c’est ma copine », Libération, 23 juin 2007

[19] « Tolérance zéro contre la glandouille », La Ville en mouvement, 7 septembre 2007.

[20] « Une caillera au Conseil »,Le Canard enchaîné, 12 septembre 2007

[21] Cité par L’Humanité, 29 juillet 2007

[22] Pascal Bruckner, La Tentation de l’innocence, Odile Jacob, Paris, 2003

[23] Elisabeth Badinter, Fausse route, Odile Jacob, Paris, 2003

[24] François Cusset, La Décennie. Le grand cauchemar des années 1980, La Découverte, Paris, 2006

[25] Pascal Bruckner, La Tyrannie de la pénitence, Grasset, Paris, 2006

[26] En tant qu’actionnaire principale de Publicis, quatrième groupe mondial de publicité, Elisabeth Badinter est, selon le classement 2007 du magazine Challenges, à la tête de la 63ème fortune française, avec 680 millions d’euros. On peut supposer que ce n’est pas complètement sans effets sur sa vision du monde. Lire Marie Bénilde, « Publicis, un pouvoir », Le Monde diplomatique, juin 2004