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Du chiffre statistique au chiffre politique

Construction de l’homophobie comme problème des banlieues françaises (Partie 2)

par Elena Avdija
17 mars 2012

Si l’association SOS homophobie tient en 2011 le rôle de référente sur les questions liées à l’homophobie en France auprès des médias et des politiques, c’est qu’elle met à leur disposition un certain nombre de matériaux que ces dernières/ers peuvent mobiliser. Chaque année, l’association publie un rapport annuel dans lequel elle se propose d’effectuer un « état des lieux » du problème de l’homophobie dans le pays. Ce rapport est constitué de plusieurs chapitres et comprend des parties quantitatives et d’autres qualitatives, des enquêtes effectuées essentiellement par questionnaires ; des statistiques tirées des témoignages reçus ; des analyses élaborées à partir des mêmes témoignages et présentées par thèmes ; une revue de presse annuelle sur la question de l’homophobie ; des avis de différents types d’expert-es, etc. Ces matériaux sont tirés de l’analyse des 1 300 témoignages reçus en moyenne, par téléphone et par e-mail essentiellement. Depuis 1994, une ligne d’écoute gratuite et anonyme a été mise en place à cet effet.

Partie 1

En 2005 et en 2006, le rapport Annuel de SOS homophobie contenait un chapitre « Banlieues ». Ce chapitre se proposait de faire le point sur la spécificité de l’homophobie dans les « banlieues » françaises. Un groupe de travail « Banlieue » s’est réuni de 2004 à 2008, chargé de la rédaction du chapitre correspondant au sein du rapport annuel. Les données sur lesquelles se basaient les rédactrices/eurs étaient d’une part les témoignages (appels, e-mails, courriers) reçus par l’association, et d’autre part une enquête par questionnaire (diffusé par Internet) sur « l’homophobie en banlieue » dont les résultats finaux n’ont jamais été publiés. Le matériel mobilisé par Franck Chaumont dans les médias, se référait ainsi aux statistiques produites par SOS homophobie dans son rapport annuel de 2006.

Le rapport annuel étant principalement adressé à des journalistes ainsi qu’à des politiques, son contenu ainsi que sa forme se doivent d’être aisément abordables. Il s’agit donc de traduire les données récoltées dans un langage qui puisse être mobilisé par des journalistes, des administrations, des femmes et des hommes politiques.

« Les journalistes ! Les journalistes aiment ça, ça leur permet d’aller vite, ça leur permet de mettre un petit graphique à côté de leur petit texte. Nous demandent ça également les hommes politiques… ‘‘Chez moi, y a des appels de chez moi ?’’, ‘‘Alors la Corse du Sud vous voyez, vous êtes en noir y a plein d’appels chez vous !’’. Ca les intéresse à ce niveau- là, ils voudraient ne pas apparaître en noir… » (Entretien avec Paul, SOS homophobie)

Ce passage de la donnée brute à la citation « prête à l’usage » est ainsi révélateur de plusieurs enjeux. Il s’agit d’une part de permettre aux interlocutrices/eurs extérieur-es une utilisation des données simple, rapide et efficace. Pour cela, il est impératif que la présentation graphique des données soit soignée (ici sous la forme de « camemberts »).

Les statistiques de SOS homophobie sont produites à partir des témoignages reçus, par courrier postal (une petite minorité), par e-mail, et pour la grande partie par appels téléphoniques sur la ligne d’écoute anonyme. La première étape consiste à entrer des paramètres dits objectifs dans une base de donnée établie à cet effet. Ces paramètres sont l’âge, le sexe, le lieu d’appel etc. L’anonymat des appels étant garanti, il n’existe concrètement aucun moyen d’assurer la véracité des informations que les appelant-es donnent aux écoutant-es. Le caractère relativement flou des précisions récoltées, notamment géographiques, rend l’indexation, première étape de la fabrication des statistiques, relativement compliquée et imprécise.

* «  Et les appels sont répartis géographiquement aussi… c’est à quelle échelle ? Commune, département ?

* Non, non… on a pas ce degré de précision. Parce que nous par exemple, les témoignages qu’on reçoit par courriels, ceux-là pour le coup c’est vraiment spontanément, donc quand les gens ne cochent pas (…) et ils le font ou ils le font pas, on a pas les moyens… alors qu’à l’écoute on peut être un peu plus à la recherche de ces informations, donc demander à la fin « mais vous appelez d’où ? »… Donc y en a qui nous disent vraiment je suis dans le… mais y en a qui veulent pas nous dire ! Ils ont peur… donc on a beau leur dire « mais on fait un usage anonymisé » (Entretien avec Paul)

Une première distinction existe entre le lieu réel d’appel, et le lieu d’appel déclaré. Cette précision ne figure pas dans les rapports de l’association ou dans les légendes de ses tableaux. Or, c’est précisément sur la récolte de ces données-là que sera ensuite calculée la proportion d’appels en provenance « de banlieue ». Pour ce faire, tous les appels déclarant être passés de la couronne parisienne seront pris en compte. Par ailleurs, lorsque SOS homophobie parle de « banlieue, ce n’est pas dans son acception géographique mais bien dans ce que le mot peut évoquer en terme de zone cumulant des difficultés sociales, économiques, et regroupant des personnes souffrant d’exclusion et de pauvreté » [1].

Or, les données chiffrées utilisées pour établir les statistiques de cette « banlieue sociale » sont les mêmes données venant des « banlieues géographiques », qu’elles soient défavorisées ou riches. Ainsi, la définition de ce que signifie réellement « banlieue » varie selon que l’on parle du chiffre statistique brut (calculé en fonction des appels en provenance des banlieues dans le sens géographique du terme) ou du chiffre politique, qui lui fera référence uniquement aux « banlieues défavorisées ».

Ces deux premiers glissements témoignent de la difficulté réelle de produire des chiffres qui tiennent, [2] sur la question de l’homophobie en banlieue. De plus, une fois les données d’un appel indexées se pose la question des « doublons ». Une personne peut par exemple appeler plusieurs fois et modifier quelques données pour ne pas être reconnue. Ses coordonnées entreront ainsi à plusieurs reprises dans la base de données et contribueront à renflouer les statistiques liées à son lieu supposé d’appel (s’il ne change pas), ou à une certaine spécificité de son histoire (problème familiaux, travail, etc). Un système de recoupement des données est censé neutraliser ce biais, mais la peur d’être identifié-e rend l’élimination des doublons relativement difficile.

Une fois l’année écoulée, les « co-référents » (les responsables) du rapport annuel impriment les fiches remplies et les distribuent par thèmes aux rédactrices/eurs. Chacun-e d’entre elles/eux a la charge d’effectuer ses propres statistiques. Elle/il dénombre ses fiches, compte le nombre de femmes, d’hommes, d’habitant-es de Paris, de province, etc… Ces calculs se font en autogestion, aucune formation statistique n’étant prévue par l’association :

« (…) et ça c’est le plus dur, hein, honnêtement… c’est pas l’analyse des fiches, ça c’est plaisant, mais là la partie statistique… c’est la partie la plus périlleuse ! Moi, normalement c’est des choses… pas de soucis ! 1 plus 1 grosso modo normalement ça fait 2 ! Et j’ai compté ! Et j’ai compté ! Et j’ai re re compté les fiches ! C’est un travail incroyable ! Je me disais mais c’est pas possible ! Il s’agit juste de faire un décompte, c’est mathématique, c’est pas possible… Franchement, je retombais jamais sur mes pieds (…) Y a pas plus objectif que ça quand même ! Alors je faisais mes petits tas. (…) fiche homme, fiche homme, fiche femme, hunhun 26, après, province, étranger, province, paris, étranger, ah tiens est-ce que c’est la même chose que celle-là ? Bon voilà ! Et tout ça c’était assez long, franchement, je n’en revenais pas qu’un travail à priori aussi mécanique puisse être aussi fastidieux et surtout aussi compliqué ! La partie statistique effectivement, c’est pire que tout ! Et quand on le fait, on voit aussi les limites de l’exercice… » (Entretien avec Paul, SOS Homophobie)

Le manque de sentiment de compétence de Paul est éclairant. En effet, l’incertitude liée au caractère anonyme des témoignages est bien renforcée par la pratique profane des statistiques. Le manque de formation aux outils statistiques associé aux difficultés techniques développées ci-dessus et au nombre relativement peu important d’appels reçus rend le processus de fabrication des statistiques sur « l’homophobie en banlieue » d’autant plus bancal.

*«  Et en Ile de France, les départements desquels les gens appellent le plus ? Y a une concentration dans certaines départements ou c’est…

* Nan… c’est difficile à dire ça… on rentre pas dans ces détails… Là, justement, on touche un peu aux limites de la chose… On a 1300 témoignages par année. C’est à la fois beaucoup et pas beaucoup… C’est peu, dans le sens où… est-ce que c’est significatif d’avoir reçu 30 appels de Paris, 15 appels de Ivry, 20 appels de Clichy, 18 appels de Seine St Denis… quand c’est ces proportions-là, ça va. Mais c’est pas ces proportions-là… globalement oui, par départements c’est dans ces eaux là, on peut se dire ouh, y a eu beaucoup d’appels des Bouches-du-Rhônes… mais est-ce que ça a du sens ? » (Entretien avec Paul, SOS homophobie)

La collaboration entre Franck Chaumont et SOS Homophobie : échange de bons procédés et promotion mutuelle

SOS homophobie est citée lors d’une grande partie des interviews données par Franck Chaumont ou des sujets consacrés au livre. La plupart de ces références mobilisent un chiffre en particulier : 46%. Ce qui se réfère à ce chiffre, cependant, est tout à fait différent dans les analyses du rapport annuel de l’association et dans les articles et les émissions citant ce même rapport.

* Les Inrockuptibles, 29.09.2009, Hugo Lindenberg. « Pas de quartiers pour les homos. A deux pas des centres-villes, les jeunes gays et lesbiennes des cités vivent un enfer social. »

« (…) Réjouissons-nous alors que l’association SOS homophobie, qui relevait en 2005 que 46% des témoignages d’agressions physiques qu’elle recevait émanaient de banlieue, vienne d’être agréée par le ministère de l’Education nationale pour intervenir en milieu scolaire ».

* « C’est à vous », France 5, 29.09.09

Question spectatrice/eur : « Y-a-t-il plus d’homophobie dans les banlieues que dans les campagnes ? »
Franck Chaumont : Je sais pas s’il y en a plus. En tout cas ce que je sais, c’est qu’elle est beaucoup plus installée, comme si elle était institutionnalisée et qu’elle a un degré de violence supérieur. SOS homophobie a fait une enquête sur 4000 témoignages, 46% proviennent des cités et sur ces 46%, 50% proviennent de jeunes. »

Informés par Franck Chaumont, la plupart des articles de presse laissent entendre que près de la moitié des témoignages relatant un cas d’agression physique ont lieu en « banlieue ». Si cette information ne fait qu’appuyer les propos qui composent le livre de ce premier, elle n’en est pas moins en inadéquation avec les chiffres publiés par SOS homophobie. Ainsi, ce ne sont pas seulement les biais restitués ci-dessus qui alimentent les représentations de la « banlieue homophobe », mais bel et bien une lecture infidèle des schémas et des analyses de l’association :

Graphique 1 : « Analyse » des témoignages déclarant venir des périphéries des grands centres urbains en France (essentiellement de Paris)

Les 46% cités apparaissent effectivement dans l’analyse consacrée aux « banlieues » de SOS homophobie. Cependant, l’analyse descriptive indique que ces 46% désignent la proportion des agressions physiques parmi toutes les formes d’agressions recensées « en banlieue » :

« Manifestations / profil des agresseurs : la majorité des appels cumulent insultes (78%), harcèlement (49%), menaces (43%) et agression physique (46%) du fait de jeunes agissant en bande (54%). Ici aussi, ces manifestations homophobes caractérisent la spécificité des agressions en banlieue et confirment les chiffres du rapport 2005.  » (Rapport annuel SOS homophobie 2006 p. 72)

Le glissement sémantique est le suivant. Les chiffres de SOS homophobie indiquent que parmi les témoignages émanant « de banlieue » (des riches comme des pauvres), 46 % d’entre eux faisaient mention d’une agression physique. La réception et le relais de l’information dans les médias indiquent que 46% des témoins évoquant des agressions physiques appelaient des banlieues. Or, le graphique 2 ci-dessous, en page 56 du même rapport annuel dont s’inspire Franck Chaumont (rapport annuel 2006) montre que 24% des appels témoignant d’agressions physiques émanent d’Ile-de-France.

Graphique 2 : « Analyse » des témoignages relatant des cas d’agression physique sur la totalité des appels reçus par SOS homophobie

Comme l’indique le sous-titre du graphique 1, le pourcentage de témoignages en provenance « des banlieues » se monte quant à lui à 3% (37 témoignages). Dès lors, il devient impossible que 46% des témoignages mentionnant une agression physique de l’ensemble des appels proviennent des 3% qui constituent la proportion des appels venant des périphéries des grands centres urbains. Les représentations de l’association sur les quartiers dits sensibles s’appuient sur une vision des statistiques basée sur l’idée d’exemplarité. Les 3% qui constituent les appels en provenance de « banlieue » sont tirées non seulement des statistiques, mais également des « analyses qualitatives » se basant sur les témoignages reçus. L’association est ainsi tributaire d’une vision selon laquelle « les quelques cas décrits (peu nombreux) [sont] supposés typiques. La société [est] pensée comme un tout, dans une perspective holiste : la connaissance d’un cas fournit celle du tout. L’exemple typique est supposé représentatif du tout si l’on a un contact personnel avec ce cas. » (Desrosières, 1989, 237).

L’usage social des productions statistiques s’inscrit dans une histoire et un héritage long de ces instruments de mesure. Ces techniques évoluent et s’adaptent, mais sont intimement ancrées dans une certaine culture de la représentativité et de l’exemplarité. L’usage statistique des chiffres liés aux quartiers dits sensibles s’inscrit dans cette tendance. La preuve en réside dans le fait qu’il n’est jamais spécifié de quelle « cité » l’on parle, que ce soit dans les articles de presse, dans les rapports de SOS homophobie, ou dans les livres de Franck Chaumont. La question de l’anonymat et de la protection des sources n’entre pas seule en compte. Intervient également l’impression que les témoignages, tout comme leurs lieux de provenance, sont interchangeables et se valent à tous les points.

C’est grâce à une inversion plus ou moins subtile des termes composant une affirmation statistique que le 46% des appels de « banlieue » (3%) devient un 46% parmi tous les appels. Les productions de SOS homophobie ne sont pas fidèlement relayées par Franck Chaumont, ni par les journalistes qui l’interviewent. Cette information erronée ayant largement circulé par les réseaux télévisuels, radiophoniques, par la presse papier nationale comme régionale et enfin par Internet et les multiples blogs dont il regorge, la promotion du livre de Franck Chaumont a contribué à cristalliser et à quantifier la question de « l’homophobie en banlieue » en se basant sur des statistiques erronées. L’on connaît l’importance de « l’apparence de l’évidence et de la pleine vérité [ ] dans [la] sélection [des problèmes publics] ; ‘‘des faits froids et durs’’ et l’impression donnée d’une expertise technique sont de puissantes ressources pour construire des représentations dominantes » (Hilgartner et Bosk, 1988, 61).

Or, SOS homophobie ne semble pas s’offusquer de l’utilisation déviée de ses rapports annuels et de ses enquêtes. Aucun démenti ne sera publié à aucun endroit. Au contraire, la contribution de Franck Chaumont à la visibilité de l’association sera plusieurs fois saluée :

« Enfin notre association a été citée à deux reprises. Le 24 septembre90, Franck Chaumont était interrogé, lors de la sortie de son livre Homo-ghetto. Gays et lesbiennes dans les cités, sur la vie des homosexuel-le-s en banlieue. “ La communauté homosexuelle marche à deux vitesses, méfiance, insulte, violence, jusqu’aux passages à tabac et aux viols, les homosexuel-le-s vivent un véritable calvaire. ” Pour eux c’est la double peine car “ la communauté homosexuelle reproduit une discrimination à leur égard, ils sont fustigés dans leur cité et réduits à leur beuritude ou blackitude en centre-ville ” » (rapport annuel 2010, SOS homophobie, p. 110)

Si l’association ne cite pas directement les passages faisant références à ses statistiques, elle ne les dément pas non plus. L’extrait choisi par SOS homophobie dans son rapport se poursuit quelques lignes plus bas :

* Le Nouvel Observateur, 24.09.2009, Propos recueillis par Marie Lemonnier, in « Homosexuels en banlieue. ‘‘C’est la double peine’’ ».

« (…) Les chiffres produits par SOS Homophobie en 2006 sont éloquents : il y a quatre fois plus d’agressions physiques homophobes en banlieue qu’ailleurs, 54% d’entre elles étant le fait de bandes de jeunes et 49% provenant de l’entourage immédiat. Comme le dit Majid, l’un de mes témoins, « c’est du trash, la vie des pédés dans les cités »

Ainsi, SOS homophobie participe à la construction de l’homophobie comme problème « des banlieues », d’une part par son silence concernant l’usage qui est fait de ses statistiques. D’autre part, elle participe à une logique d’homogénéisation de la catégorie « en produisant des chiffres sur l’ensemble des quartiers [qui] ont pour effet d’unifier, sous une seule bannière, une réalité hétérogène » (Tissot 2004, 57).

En échange de la visibilité offerte par la promotion du livre, SOS homophobie rédige un communiqué de presse saluant sa publication et se positionnant dans la même ligne politique que lui [3], à travers l’emprunt des mêmes formules lexicales se trouvant dans le livre de Franck Chaumont, et l’utilisation des mêmes catégories telles que celles de « l’Etat républicain ». Comme Franck Chaumont, le communiqué désigne comme source d’homophobie des « traditions et […] interprétations religieuses archaïques ». Concernant la question des statistiques, leur énoncé, « ainsi le pourcentage d’agressions physiques émanant des banlieues s’élevait à 46 % des témoignages contre 12 % pour le reste du territoire », indique effectivement que l’information qui a circulé par la suite dans les médias n’était pas correcte. Si avant la parution d’Homo-ghetto, SOS homophobie avait déjà été sollicitée sur « l’homophobie en banlieue » par les journalistes, le « partenariat » entre les deux parties a permis une ouverture médiatique sans précédent à l’association. Il s’agit d’une collaboration négociée lors de deux rencontres plutôt informelles. Pour Franck Chaumont, il s’agissait d’une part de trouver un soutien institutionnellement légitime à ses propos :

« Aussi je citais beaucoup SOS Homophobie parce que c’est la seule association qui à un moment donné avait mené un travail sur les banlieues. Aucune association LGBT ne va dans les quartiers. C’est pas spécialement voulu, c’est le résultat de cette société à deux vitesses. Mais SOS homophobie est la seule association à travailler dans les quartiers donc je parlais beaucoup d’eux » [4] (Entretien avec Franck Chaumont)

D’autre part, cette rencontre lui permet de diffuser un appel à témoin sur le site de l’association. Franck Chaumont peut dès lors puiser au sein des rapports de SOS homophobie, association reconnue [5] par les institutions publiques et par les médias, une véritable rhétorique des statistiques, et une ligne dénonciatrice qu’il empruntera pour son propre livre. Du côté de SOS homophobie, cette collaboration est une réelle fenêtre d’opportunité. Si l’association occupe la place de référente principale pour les questions liées à l’homophobie, elle reste cependant à la recherche d’opportunités pour améliorer sa visibilité au sein de l’espace public. Ce partenariat avec Franck Chaumont était de ce point de vue très intéressant, puisqu’il impliquait que l’auteur cite les chiffres de SOS homophobie le plus souvent possible lors de ses apparitions médiatiques. De fait, la couverture médiatique dont a bénéficié l’association a été relativement étendue. L’attachée de presse en charge de la promotion du livre de Franck Chaumont, avait effectivement intégré la référence à SOS homophobie comme un argument de promotion du livre. Ainsi, l’association a pu largement bénéficier des stratégies de promotion du livre mises en place, notamment lors du début du lancement de la promotion.

Partie 3

Notes

[1] SOS homophobie (2006), Chapitre « Banlieues », in Rapport Annuel, p. 73

[2] Au sens de DESROSIERES (1989), op. cit

[3] Communiqué de presse de SOS homophobie à la sortie du livre, in SOS homophobie (2006), p. 167.

[4] En réalité, SOS homophobie ne va pas dans « les quartiers ». Une enquête quantitative été lancée en 2004 par le « Groupe Banlieue » sous la forme d’un questionnaire sur Internet. Cette initiative a été relayée dans les médias.

[5] L’association entretien des liens entre autre avec le Ministère de l’Education Nationale pour l’agrément national lui permettant d’intervenir en milieu scolaire. Le Ministère de la Jeunesse et des Sports finance par ailleurs ces interventions dans une certaine mesure. Un véritable travail sociologique reste cependant à faire sur l’association et sur ses liens avec les institutions de l’Etat.