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« Enquête » bâclée, santé sauvée

Quand Le Figaro se dresse contre la wahabisme

par Sebastien Fontenelle
18 octobre 2017

Le Figaro magazine a consacré sa couverture et un ahurissant dossier aux « agents d’influence de l’islam » [1]...

Soit : une dizaine d’ « intellectuels, responsables politiques ou acteurs associatifs », emmené.e.s par « Edwy Plenel, capo dei capi », qui selon cette prestigieuse publication « investissent » massivement « l’espace médiatique », et qui se reconnaissent à ce qu’ « à leurs yeux, le musulman incarne la nouvelle figure de l’opprimé », qu’ « il importe de (…) défendre contre l’homme blanc qu’ils accusent de toutes les fautes ».

Cette « enquête », dont les auteur.e.s fustigent « le fondamentalisme (…) des pays du Golfe comme l’Arabie saoudite, qui diffuse le wahabbisme, idéologie religieuse ultrarigoriste », et dans laquelle le bloc-noteur vendredique du Figaro-pas-magazine – l’inénarrable Ivan Rioufol – voit un exemplaire « portrait de groupe des “collabos“ de l’islamisme », est notamment nourrie d’une interview de Manuel Valls, qui déclare gravement : 

« L’islamisme, voilà l’ennemi. »

Pour le reste, cette investigation se réduit, essentiellement, à une addition d’amalgames et de raccourcis – et c’est un peu dommage.

Car si les journalistes du Figaro avaient mené une véritable enquête : ils auraient découvert un certain nombre de faits, extrêmement perturbants, d’où ressort qu’en effet, « le fondamentalisme (…) des pays du Golfe comme l’Arabie saoudite », monarchie absolue « qui diffuse » effectivement « le wahabbisme, idéologie religieuse ultrarigoriste » – et dont Ivan Rioufol expliquait en mai dernier [2] qu’ elle « a des liens financiers avec Daech » -, compte dans l’Hexagone quelques plus fidèles partenaires et supporteurs qu’Edwy Plenel.

Comme, par exemple : Manuel Valls, alors Premier ministre, qui se réjouissait en 2015, à son retour de Riyad, de ce que la France ait signé avec l’Arabie saoudite, où « 158 personnes, peut-être davantage » [3] ont été exécutées cette année-là, « dix milliards d’euros de contrats ».

Ou comme l’avionneur Serge Dassault, qui, en 2015 toujours, a vendu au Qatar – l’autre « pays » wahabbiste « du Golfe », qui joue selon Ivan Rioufol un « jeu trouble avec le califat » [4] – 24 appareils de chasse, avec le soutien (et pour la plus grande satisfaction) du gouvernement que dirigeait donc Manuel Valls.

Ou encore : comme le député (Les Républicains) de l’Oise Olivier Dassault, fils de Serge, qui dirige, à l’Assemblée nationale, « le groupe d’amitié France-Arabie Saoudite ».

Mais il est vrai que s’ils avaient poussé un peu plus loin encore leurs recherches, ces journalistes auraient probablement fini par découvrir aussi que le même Serge Dassault qui négocie ainsi avec « le wahabbisme » est également propriétaire du Figaro [5] – et leur employeur, par conséquent : l’inanité de leur « enquête » leur aura du moins évité ce si choquant traumatisme.

P.-S.

Cet article a été initialement publié dans Politis le 11/10/2017.

Notes

[1] On aura compris, à cet énoncé, que, par un dépassement des hypocrisies qui ont si longtemps prévalu, les gens du Figaro ne font même plus semblant, ici, de – selon la formule consacrée - « ne pas confondre l’islam et l’islamisme » : c’est bien la religion mahométane en tant que telle qui est désormais présentée comme un repoussoir.

[2] Sur son blog.

[3] Source : Amnesty international.

[4] Sur son blog itou.

[5] Olivier Dassault, quant à lui, est l’un des administrateurs du journal.