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Hommage à Mongo Béti

Le collectif Les mots sont importants vous offre quelques lignes prémonitoires

par Collectif Les mots sont importants
23 avril 2012

Les lignes qui suivent sont extraites d’un article publié en février 1981 par Mongo Béti dans un numéro spécial des revues Cinémac’tion-Sans Frontières, en réaction à l’affaire dite de Vitry. Le maire communiste de cette ville venait de relancer le débat sur l’immigration en faisant détruire par un bulldozzer un foyer de travailleurs immigrés en construction dans sa commune. Soutenu par la direction de son parti, il justifiait son acte au nom du "seuil de tolérance". Il est bon de le rappeler : ce n’est pas l’extrême droite qui a relancé ce débat empoisonné. Quasi-inexistant au moment de l’affaire de Vitry, le Front national n’a fait que profiter d’un terrain que d’autres lui avaient préparé - et parmi eux, des hommes de gauche. Quant au néofascisme sarkozien, il n’était pas né.

"À mon avis, c’est se bercer d’une très dangereuse illusion que de prêter aux Français quelque capacité ou inclination à accepter le statut de peuple multiracial ou multiculturel. Tout dans l’histoire, les croyances et les moeurs des Français dément une telle espérance. Machiavélisme des dirigeants, abjection des médias, pusillanimité de la bourgeoisie, égoïsme des maîtres à penser depuis la disparition de Sartre, perversion persistante des mythes esclavagistes, et, naturellement, effets de la crise économique, tout se conjugue au contraire pour faire de l’immigration le problème explosif et en quelque sorte providentiel pour les aventuriers. L’évolution récente des communistes français permet de prédire qu’un petit Mussolini mâtiné de Poujade sera tenté tôt ou tard d’y trouver la chance de sa vie".