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« La case, c’est pour les Noirs »

Chroniques d’une voilée désabusée (8)

par La Voilée
3 août 2009

Au cours de l’année 2008, un blog aussi éphémère que mémorable a présenté pendant quelques mois les « chroniques d’une voilée désabusée », mêlant avec bonheur, intelligence, drôlerie et colère des anecdotes, analyses et coups de gueule autour d’un même sujet : le quotidien éprouvant pour les nerfs d’une étudiante de vingt ans qui a eu la mauvaise idée, « au pays de Voltaire », d’être musulmane et de couvrir ses cheveux d’un foulard… Interrompu en septembre 2008 et rapidement fermé, ce blog intitulé « Va te faire voiler ! » méritait une nouvelle vie. C’est chose faite, avec l’amical accord de l’auteure qui, retournant le stigmate, a choisi de se nommer, tout simplement, « la voilée ». Nous publierons donc, quotidiennement jusqu’à la fin de l’été, une large sélection de ce que nous estimons être, dans la France de 2009, des mots importants.

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Tout le monde connaît la madeleine de Proust, celle que Marcel a trempée dans du thé, ce qui l’a amené à revivre un fragment de son enfance (enfin un truc dans le genre... ça date du collège :)).

La dernière fois, j’ai été faire les courses avec ma soeur (celle qui a apprécié simplet). Arrivées aux rayons chocolats et gâteaux, nous étions en train de réfléchir aux produits les plus gras et les plus bourratifs que nous allions prendre, quand d’un coup, ... nous avons eu une envie de Balisto. Et pas n’importe lesquels... LES VIOLETS (yaourt et baies :)))) ! La gourmande que je suis voulait d’autres gâteaux au chocolat, des gâteaux qui avaient bercé mon enfance. Je les cherchais partout et depuis longtemps, en vain. Ce sont des gâteaux tout chocolat avec sur l’embalage, un pingouin... (ce gâteau et les kinder suprises, c’est toute mon enfance ;)).

Ma soeur pensait les avoir trouvés... mais ce ne sont pas tout à fait les mêmes. Ceux-là ont un chocolat moins onctueux, et le pingouin a disparu (snif). Pas grave, je m’en contente, et je suis même en train d’en manger (hihihi).

Pour en revenir à l’évocation proustienne, ce gâteau a suscité en moi un souvenir, datant de mes années primaire... et plus particulièrement du CM2.

Je crois que ma haine de la France et de ses institutions a commencé alors que je n’avais que 10 ans. J’exécrais mon institutrice, Madame C. Une facho de première ! Et si une enfant de 10 ans s’en est rendue compte, c’est que vraiment, Marine et Jean- Marie sont des petits joueurs à côté. J’avais une boule au ventre quand j’allais à son cours, alors qu’à cet âge déjà, j’avais la langue bien pendue. Elle était hargneuse avec tous les "exotiques" de sa classe. Elle affichait sans vergogne une différence de traitement entre les élèves. Moi, j’avais la chance d’avoir une famille, parents ou grand frère et grandes soeurs pour veiller à ce qu’elle ne pousse pas le bouchon un peu trop loin. Mais certains, noirs et arabes bien entendu, étaient ses souffres douleurs sans que leurs parents ne réagissent (c’est sûr que quand on a travaillé dans les mines françaises, et qu’on se retrouve à la chaîne chez Renault ou Peugeot, qu’on est constamment humilié par sa hiérarchie ou ses ""concitoyens"" beaufs... on finit par l’intérioriser l’infériorité qu’on nous renvoie à la figure... ).

Un jour, alors que nous étions en train de faire un exercice d’algèbre, Madame C interrogea Mamadou, un camarade de classe. Il s’est levé, et est allé au tableau :

Mamadou : je mets le chiffre dans la case…

Madame C : Non, non, non, Mamadou. On dit la colonne. La case, c’est pour les noirs.

J’avais 10 ans. Et déjà, je détestais le pays du camembert qui pue, son institution scolaire et ses représentants. Quand je repense a cette histoire, ainsi qu’à d’autres, une seule phrase me vient à l’esprit, une phrase que je répète sans cesse :

N3al bou la France, n3al bou la France, n3al bou la France !

Il ne faut pas s’étonner quand certains profs se font taper dessus... je ne fais pas dans l’incitation à la violence, mais certains individus ... et puis non, je risque d’en choquer quelques- uns :). C’est juste que la violence symbolique engendre aussi de la violence ... qui peut être physique. Et à la limite, me concernant en tout cas, j’aurais préféré recevoir des claques plutôt que des propos humiliants et racistes.

S’il y a trois métiers en France que je mésestime, c’est bien prof, flic et Finkielkraut (si, si : faire son Finkielkraut, son baveux, son histrion, c’est un emploi à plein temps... ).

Bien sûr, il y a des gens biens (chez les profs), mais dans ma scolarité, je les compte sur les doigts de la main ...

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P.-S.

Ce texte est paru pour la première fois sur le blog « Va te faire voiler ! » le 11 janvier 2008