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« La grève, un beau cadeau pour mes 60 ans ! »

Paroles de femmes en luttes à Paris 8

par Betty Attia, Stavroula Bellos, Muriel Rodriguez,
20 avril 2015

Cet entretien a eu lieu avec trois femmes membres du Collectif des Bas Salaires, qui s’est créé en janvier 2015 à l’université de Paris 8 (Saint-Denis), et qui a lancé, pendant plus de deux mois, une grève qui s’est soldée par une victoire concernant certaines revendications : les grévistes réclamaient une augmentation de 98 euros net, et ont obtenu 70 euros brut. Elles ont aussi obtenu une stricte égalité salariale, pour les titulaires et les contractuelles, contrairement au premier principe de distribution des primes. Mais pour Betty, Stavroula et Muriel, les luttes, pas plus que l’existence du Collectif, ne se terminent pas avec la grève des bas salaires. Elles nous expliquent leurs parcours personnels et professionnels, leurs expériences de la grève, et pourquoi elles sont déterminées à poursuivre le combat.

Betty, Muriel, et Stavroula (Stav) du Collectif des Bas Salaires.

Betty, 60 ans est secrétaire à Paris 8. Elle gagne actuellement 1650 euros net, avec la prime, qui ne sera pas comptabilisée pour sa retraite. Elle travaille depuis ses 16 ans et demi, 19 ans dans le privé, et 30 ans dans le public. Sa retraite, à cause de ce passage du privé au public était estimée si elle prenait sa retraite à 60 ans, : 1027 euros brut par mois, tous régimes confondus (dont 750 euros seulement correspondant au minimum vieillesse dans la fonction publique). Elle doit travailler jusqu’à 65 ans et 8 mois pour toucher 1409 euros bruts par mois tous régimes confondus.

Muriel a bientôt 52 ans. Secrétaire à Paris 8, elle gagne 1780 euros net. Elle travaille depuis ses 17 ans, donc depuis 35 ans. Elle doit encore travailler pendant huit ans pour toucher une retraite à taux plein de 1600 euros net.

Stavroula a bientôt 53 ans. Elle fait des petits boulots depuis toujours, travaille à l’université de Paris 8 depuis 1995, mais n’a été titularisée qu’en 2005. Elle gagne à présent 1500 euros net. Puisqu’elle a toujours eu de très petits salaires, des travaux précaires, elle n’a le droit qu’au minimum vieillesse, 750 euros net.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours personnel et scolaire, et sur la façon dont vous vous êtes retrouvées à travailler à Paris 8 ?

Betty : Je suis issue d’une famille Française d’Algérie, d’un milieu modeste. Ma mère ne sait ni lire, ni écrire. Mon père par contre était bon élève, il avait eu son certificat d’études. En Algérie, mon père était tailleur et je crois qu’il tenait en plus une petite épicerie. Mais nous avons dû partir d’Algérie, clandestinement, vers 1956, car nous avions reçu des menaces et mon père voulait protéger la famille. Le départ a été dur, mes parents ont dû s’adapter et c’était difficile. Je pense qu’ils ont mis du temps à cicatriser leurs blessures, en tout cas l’Algérie était un sujet tabou dans la famille, on n’en parlait pas.

Mon père a réussi à trouver du travail, il a passé un concours de magasinier pour la mairie de Paris, il est devenu titulaire. Ma mère par contre, est restée à la maison, à faire la cuisine et à s’occuper des enfants. Moi je n’ai pas pu avoir une scolarité très poussée car je m’occupais beaucoup de mes frères et sœurs, et nous n’avions pas l’habitude de faire des études dans la famille : du coup, nous ne faisions pas vraiment nos devoirs, personne ne surveillait si nous les faisions ou non… c’était assez courant dans les familles nombreuses à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de jeunes qui allaient jusqu’au lycée, bien souvent ils partaient à l’usine ou en apprentissage, donc faire un CAP, c’était assez bien pour nous.

Je me suis donc retrouvée dans un CAP de comptabilité. Je ne voulais pas faire ça et j’ai été très frustrée au début parce que j’avais toujours été attirée parce qu’on appelle la « culture », et j’aurais plutôt voulu faire institutrice ou quelque chose comme ça. Donc je n’étais pas ravie de faire un CAP, mais j’ai eu beaucoup de chance finalement de me retrouver dans ce lycée technique, parce que nous avions des profs extraordinaires. C’était l’après 68, et nous avons eu des profs très différentes de tout ce que j’avais connu. Je me souviens d’une professeure, qui venait de Vincennes, qui était extraordinaire. C’était un collège composé uniquement de femmes, profs comme élèves et alors que je viens plutôt d’un milieu où on nous apprenait, les filles, à se taire et à baisser la tête, parce que c’étaient les hommes qui commandaient, ces enseignantes, elles, nous ont appris à relever la tête. Je me souviens de leur discours, elle nous ont dit

« De partout on entend que les CET (enseignement technique) ce sont des écoles poubelles, mais sachez que cette image est fausse, nous on est heureuses d’être enseignantes dans un collège d’enseignement techniquement et on est heureuses de vous avoir vous comme élèves. »

Du coup, cet enseignement, ça a été merveilleux pour moi. C’était la première fois que j’étais regardée par des profs, et j’ai adoré. Ces personnes-là m’ont appris à me battre, à savoir exiger du respect et de la considération dans la vie. J’ai donc levé la tête, et après le CAP, j’ai cherché du travail. La comptabilité ne me plaisait pas, je me suis donc retrouvée secrétaire dans le privé, pendant 19 ans. Et je me disais que le privé, ça ne me plaisait pas, qu’il fallait que je sois secrétaire dans un lycée. J’avais besoin de me retrouver à l’école, c’est un milieu que j’avais aimé, et il fallait que je retrouve ça.

J’avais une amie, une copine du collège d’enseignement technique, qui avait trouvé un poste d’auxiliaire dans un lycée, et je l’enviais comme je n’ai jamais envié quelqu’un dans ma vie ! Je me disais qu’elle avait vraiment de la chance de travailler à l’école alors que je travaillais dans une entreprise de plomberie ! Et puis finalement, elle s’est retrouvée à l’inspection académique, elle m’a dit qu’un poste se libérait près de chez moi, j’ai donné ma démission, j’ai postulé et je me suis retrouvée à l’Éducation Nationale. Et là j’avais réalisé mon rêve. Je suis vraiment venue travailler dans l’Éducation Nationale par goût, j’aurais sans doute gagné plus d’argent dans le privé, j’ai même passé un concours de la CAF que j’avais réussi mais j’avais besoin d’un contact avec les élèves et les profs.

Je me suis retrouvée secrétaire au lycée, et puis j’ai découvert la fac à Paris 8, et j’ai passé le concours de catégorie C que j’ai eu. C’était un pur plaisir, j’ai toujours eu un contact formidable avec les étudiants. A Paris 8, je me suis retrouvée au département de théâtre, et là j’ai vraiment été comblée, parce que j’adore le théâtre et j’étais très heureuse de travailler dans cet environnement. J’ai un salaire de catégorie C, mais j’aime le théâtre, j’aime mes étudiants, j’aime mon travail. J’ai l’impression d’avoir eu la chance d’avoir ça, avec le peu de bagage que j’ai –quoique le CAP, vraiment, ce n’était pas juste un petit diplôme, c’était une vraie formation, ça rendait les gens intelligents [intervention de Stavroula : je comprends pourquoi tu assures autant avec la caisse de grève du coup ! Tu fais des tableaux que je ne peux même pas lire !] De fait, j’ai l’impression d’avoir réussi ma vie professionnelle.

Muriel : Je travaille depuis 35 ans… j’ai commencé quand j’avais 17 ans. J’ai aussi suivi un apprentissage technique, ça ne s’appelait plus CET mais LEP. J’ai fait un BEP et un CAP de Sténo dactylo correspondancière. Je n’aimais pas l’école avant le CAP, mais là, j’ai beaucoup apprécié, parce que j’apprenais un métier, et moi j’avais envie de travailler, pas de faire des études. A 17 ans, j’ai décidé de travailler au rectorat de Paris pour me faire de l’argent pendant le mois de juillet. Or à la fin du mois de juillet, on m’a proposé tout de suite de m’embaucher dans les hautes sphères, c’est-à-dire dans le cabinet du directeur. Au fur et à mesure, je suis devenue la sténo particulière du directeur. J’ai fait ça pendant treize ans, et puis j’en ai eu assez à cause de la longueur des transports (j’habitais à St Denis et le rectorat était dans le 19e). En plus, j’avais eu un accident de voiture, et je ne voulais plus devoir me déplacer pendant aussi longtemps.

J’ai donc décidé de postuler à l’université de St Denis puisqu’elle était juste à côté de chez moi. J’ai obtenu ma mutation facilement. Je suis arrivée d’abord à la scolarité centrale, et c’était terrible. Je sortais du rectorat où déjà il y avait une hiérarchie très stricte (le directeur, le chef de cabinet), et j’avais entendu parler de Paris 8 comme d’une université où il n’y avait pas trop de hiérarchie, où on nous laissait prendre des responsabilités. Ça n’a pas du tout été le cas, à la scolarité centrale, je me suis retrouvée secrétaire de la responsable des diplômes. Je la connaissais un peu via le rectorat de Paris, mais là, j’ai eu l’impression que son nouveau poste à responsabilité lui était comme on dit « monté à la tête », il fallait être au rapport tous les matins, elle nous pressait tout le temps… pendant un an, je pleurais tous les soirs et j’y suis allée avec la boule au ventre.

Et en plus ses collègues dont j’étais aussi la secrétaire savaient que je la connaissais d’ailleurs, ils devaient penser que j’étais sa taupe, elles se méfiaient de moi ! Un jour j’ai dû m’expliquer avec elles, et bien leur dire que j’aurais préféré travailler avec elles et ne pas être la secrétaire particulière de ma chef. Finalement, j’ai pu changer de service, je suis arrivée à l’UFR Arts en 1994 et l’ambiance était très différente. On nous laissait faire, on était plus autonomes. Depuis, j’aime vraiment mon métier.

Stavroula : J’ai eu un parcours scolaire assez particulier et poussé car mes parents ont toujours voulu me préserver du monde du travail ouvrier. Mon père était tailleur, artisan, d’une famille d’immigrés grecs. Mon père a été déporté sur les îles grecques, parce que de gauche, ils sont partis en France à cause des troubles politiques, et je suis d’abord arrivée en clandestine, avec eux, en France. Nous n’avions pas beaucoup d’argent, mes parents travaillaient sans arrêt, j’ai grandi bercée au bruit de la machine à coudre, mes parents étaient dessus tous les soirs, jusqu’à minuit… Du coup je suis traumatisée de la couture, je ne veux même pas coudre un bouton !

Mes parents ne voulaient pas que je fasse le même métier qu’eux, et m’ont toujours poussée à faire des études. Je me rappelle bien un souvenir, j’avais huit ans, je ne voulais pas travailler à l’école, et mon père m’a montré la machine à coudre, en me disant que c’était l’école ou ça. Du coup je me suis dit qu’il fallait mieux faire mes devoirs le soir, que de rester vissée à la machine à coudre comme eux ! Finalement, j’ai fait des études supérieures, j’ai fait une licence d’anglais à Nanterre et comme j’avais entendu parler de Paris 8 comme une fac ouverte, avec plein de cours intéressants, de nouvelles expériences, j’y suis arrivée comme étudiante.

J’avais aussi entendu dire qu’à Paris 8, on faisait de l’économie politique, qu’il y avait beaucoup de cours d’histoire sur le marxisme, les relations internationales, et ça m’intéressait. J’ai fait une maîtrise d’économie, et je me suis intéressée de manière plus précise au politique, à cause de ma famille, de l’histoire de mon père… On connaît peu l’histoire grecque, la guerre civile grecque de 1944 à 1949, alors qu’il y a eu plus de 30 000 morts, mon père a été trois ans en détention, ma mère un an… Tout le monde risquait la détention, quiconque classé à gauche, ou simplement qui avait un membre de sa famille à gauche… J’ai donc fait une thèse en anthropologie, et j’ai fait un livre qui a été publié sur l’histoire de ma famille (Chroniques philosophiques, L’Harmattan)

Bien sûr, je faisais des petits boulots pour pouvoir me payer mes études, j’ai tout fait, prof de cours particulier, barmaid, etc… Je suis devenue à la fois personnel de Paris 8 et étudiante de Paris 8. Je voulais passer ma thèse et devenir prof de fac. Mais j’ai dû rapidement gérer à la fois une thèse, une famille, mes petits boulot… J’étais en surcharge tout le temps, et même si j’ai passé ma thèse, je n’ai pas eu le temps de faire ce qu’il faut faire pour devenir maître de conférence, faire des articles, faire du réseau, etc… Ce n’était pas possible avec une famille et en travaillant à côté, du coup je suis devenue secrétaire.

J’ai fait du secrétariat dans plusieurs départements, mais c’était très intéressant pour moi parce que j’adore l’enseignement, je trouve ça merveilleux. Je n’ai jamais complètement arrêté l’enseignement : je faisais du secrétariat et j’enseignais un peu jusqu’à la grève. J’adore Paris 8, je pense que c’est une université formidable, même si les changements laissent présager que ce sera de moins en moins l’université monde et ouverte qu’elle a été… mais je me rappelle quand c’était une université qui foisonnait d’idées, d’expériences, et de mouvements sociaux !

Diriez-vous que vous étiez politisées avant la grève à Paris 8 ? Quel était votre rapport à la politique et aux mouvements sociaux ?

Betty : j’ai toujours été dans des milieux politisés, mais je ne me suis jamais inscrite à un parti ou un syndicat, même si j’étais sympathisante, j’ai fait les grands mouvements, les grandes grèves. Surtout quand j’étais jeune, je faisais partie des meneuses !

Muriel : Moi, avant le mouvement, pas du tout. Mon père est anarchiste et quand j’étais jeune, ça m’ennuyait profondément. Je détestais quand j’étais « obligée » d’aller à des meetings, où les gens parlaient espagnol et où on ne comprenait rien, et je n’aimais pas la politique. Ce que j’aimais par contre c’était les fêtes au palais de la mutualité, où j’ai vu Jean Ferrat, Leny Escudero, Paco Ibanez et des danseuses de flamenco ! Mais je différenciais ça de la politique, pour moi c’était un truc de vieux. [Betty : oui, mais de fait si tu as grandi dans ce milieu-là, si tu écoutais Paco Ibanez, même si tu le rejetais à l’époque, ça t’a forcément politisée sans que tu t’en rendes compte] C’est vrai que quand j’y réfléchis maintenant, ce n’est sans doute pas un hasard si finalement je me suis investie dans un mouvement politique. D’ailleurs, la personne avec qui j’en ai le plus parlé, ça été mon père.

Stavroula : Je viens d’un milieu très politisé, et l’histoire de ma famille m’a toujours beaucoup marquée. Dès toute petite, mon père a voulu me donner une conscience politique. Mon père a toujours été très engagé. Il était communiste mais ce n’était pas un cadre du parti, il n’était pas allé à l’école (en Grèce, en 1920-30, dans les milieux ruraux, il y avait peu de gens qui allaient à l’école !) mais il était très politisé. Jusqu’à 91 ans, il s’est battu. En juin 2011, lors du mouvement des Indignés, il était avec tout le monde sur la place Syntagma à Athènes. Il a toujours cru à l’idéal d’une humanité ouverte, solidaire, etc. Il m’en parlait très souvent. J’ai grandi bercée par ses idéaux, mais aussi les histoires terribles qu’il me racontait, la détention pendant trois ans, la torture parce qu’il avait refusé de signer un papier qui certifiait qu’il renonçait au communisme. Mais malgré ces histoires, il n’était pas aigri, il continuer à prôner la lutte, à essayer de faire prendre conscience aux gens de l’importance des enjeux politiques… c’était quelqu’un d’assez extraordinaire. J’ai pensé à lui tout le temps pendant le mouvement, ce qu’il dirait, ce qu’il ferait.

Du coup, j’ai eu une conscience politique, j’ai été une lycéenne dans la rue, proche des écolos, je me souviens des grands mouvements, Malik Oussekine, les grandes grèves plus tard, contre la LRU… Mais je n’avais jamais été dans un collectif, dans un parti, je n’étais pas syndiquée, là aussi sans doute à cause de l’histoire de mon père, qui avait souffert de ce qui s’était passé pendant la guerre civile en Grèce… En 1936, quand mon père était jeune, c’était l’ébullition, Marx venait d’être traduit, ça foisonnait, il y a eu les grandes luttes des ouvriers du tabac…

Mon père était un militant communiste convaincu, qui voulait prendre contact avec les soldats en guerre des frontières autour de la Grèce pour créer une alliance internationale et retourner les armes contre les officiers. Mais il a critiqué le comité central, ils ont voulu le descendre, et il a été fustigé comme contre-révolutionnaire. Du coup, j’ai grandi dans l’idéal du militantisme, mais aussi dans la critique des syndicats, des partis…

Comment vous êtes-vous décidées à faire grève ?

Betty : j’ai vraiment eu l’impression d’une injustice. Normalement je pouvais partir à la retraite l’année dernière : j’ai 19 ans de privé, 30 ans de public, deux enfants… Mais quand j’ai fait faire mon estimation, on m’a dit que parce que j’étais passé du privé au public, je n’avais pas toutes mes annuités dans la fonction publique pour obtenir ma retraite à taux plein et je me suis retrouvée en dessous du minimum vieillesse soit 750 euros net, après toutes ces années de travail !

J’ai toujours été travailleuse, je travaille depuis que j’ai 16 ans et demi, j’ai fait que ça travailler ! On me disait tu cotises, tu auras une retraite à taux plein, les deux régimes se confondent. Mais il ne suffit pas d’avoir les annuités, il faut avoir le salaire qui suit. Si tu as toujours des bas salaires tu as une retraite minimum. Du coup, je n’ai pas pu partir à 60 ans, parce que ma retraite est trop misérable. Il fallait que je reste jusqu’à 65 ans pour prétendre à 1200 euros brut. Donc ma situation financière est difficile.

Et puis, quand on s’est rendues compte de l’opacité de la distribution des primes à Paris 8, qu’il y avait une enveloppe de primes mais qu’on voulait ne nous donner que des miettes, et encore des miettes à certaines et pas à d’autres en nous mettant en concurrence, là je me suis dit que ce n’était plus possible. Mon esprit rebelle s’est réveillé, je me suis dit que j’allais me battre. Ça m’a rappelée comme j’étais quand j’avais 17 ans, ça m’a plutôt fait du bien ! J’ai eu 60 ans pendant la grève, et j’ai toujours pensé que c’était un beau cadeau pour mes 60 ans.

Muriel : Avant, j’avais fait des petites grèves par-ci, par-là, mais rien de bien poussé, et surtout je n’avais jamais été à l’initiative d’un mouvement. Ce qui m’a fait me bouger, c’est de me dire que finalement j’avais 35 ans d’ancienneté, et que je n’avais pas beaucoup évolué. J’ai calculé que si je partais maintenant à la retraite, je n’aurais que 1100 euros… et je me suis demandé ce que je pouvais faire avec ça. J’ai notamment pensé à ma fille, elle va normalement faire des études un peu poussées. Evidemment, elle va travailler, elle va faire des petits boulots comme tout le monde, mais j’aimerais bien l’aider.

Mes parents étaient ouvriers, ils ont essayé de me préserver au maximum du travail ouvrier, j’aimerais bien préserver ma fille. Je voudrais gagner un peu plus pour elle, pour pouvoir la pousser au maximum, pour qu’elle fasse quelque chose qu’elle aime. Je sais comme c’est dur quand on fait un travail par dépit. Ce n’est pas mon cas, j’aime ce que je fais, mais si je pouvais gagner un peu plus…

Stav : Je me suis engagée dans ce mouvement par solidarité envers mes collègues et envers moi-même ! J’ai eu le même flash que Muriel, je me suis dit que je gagnais 1500 euros net, que c’était vraiment très peu, que je n’allais pas être augmentée demain, et que je n’avais comme perspective que le minimum vieillesse... J’ai réalisé que ce n’était pas normal de ne pas avoir été augmenté. Le salaire dans la fonction publique augmente très peu. Sous Mitterrand, il y avait une augmentation, pas sous Hollande, avec le gel du point d’indice.

Et puis, j’ai aussi réalisé que même lorsqu’on avait droit à quelque chose, il fallait se battre pour l’obtenir. Par exemple, en 2014, il y a eu une augmentation officielle du salaire de dix euros. Normalement, ç’aurait dû être appliqué en janvier 2014. Eh bien nous n’avons eu l’argent qu’en novembre, et parce que nous l’avons réclamé ! Il faut donc se battre, pour connaître ses droits, les faire appliquer, les exiger.

Quel était votre rapport à votre entourage pendant la grève ? Est-ce que votre famille a compris votre engagement ?

Betty : Mes enfants savent que je suis quelqu’un de combattif, qui n’aime pas baisser la tête et les bras. Mais en même temps, cela faisait longtemps que je n’avais pas mené de luttes, du coup ils ont été à la fois étonnés, contents, ravis. Ils ont été surpris aussi (mon fils a même envoyé un mail à sa sœur en disant « Ca y est, Maman s’est transformée en Arlette Laguiller !), parce qu’ils savent que j’étais heureuse à Paris 8. Mais ce n’est pas parce que j’aime mon travail que je ne peux pas réclamer des conditions de travail (et de retraite !) décentes ! (Intervention de Stavroula : justement c’est parce qu’on aime notre travail, c’est parce qu’on aime cette institution de l’éducation national qu’on fait ce mouvement. C’est pour défendre l’université aussi –nous aimons plus l’université que la présidence qui la vend petit à petit !)

Après, ce qui a été plus difficile, c’est que mes enfants sont grands, ils ne vivent plus avec moi, et c’était difficile de leur expliquer par mail. Le moment où ils ont vraiment compris, c’est quand ils ont écouté l’émission, qui était vraiment comme une tribune libre à Radio Libertaire, où les filles ont refait l’historique du mouvement, etc. C’est là que je me suis rendue compte que pour l’extérieur, suivre une grève n’est pas toujours accessible.

Muriel : Moi, ça été difficile. J’ai une fille qui est jeune, qui a seulement 17 ans, et qui a besoin de sa maman. Ma fille n’a pas vraiment compris le mouvement, ce qu’elle a vu, c’est que je rentrais tard tous les soirs, que je n’étais pas disponible pour elle. Souvent je lui ai dit que j’arrêtais à la fin de la semaine, que j’en avais assez, que ça n’avançait pas, que j’allais pouvoir passer plus de temps avec elle… et la semaine d’après ça repartait. J’essayais de raconter ce qui se passait à ma famille, mais elle n’accrochait pas. C’était dur pour elle, elle attendait que je rentre pour se coucher. Ma mère ne me posait pas beaucoup de questions non plus, elle me demandait seulement « Vous êtes toujours en grève ? »

Le seul qui s’est vraiment intéressé à cette grève depuis le début, c’est mon père. Il était très fier, il est venu à toutes les soirées de soutien, j’étais au rapport tous les soirs. Mais ma fille était très inquiète, aussi au niveau financier, elle me demandait si j’avais au moins une paye d’avance, si on allait pouvoir payer le loyer. C’était dur pour moi de l’inquiéter. A la fin il était vraiment temps que ça se termine. J’ai beaucoup culpabilisé par rapport à elle, mais maintenant je suis fière d’avoir tenu.

Stav : Moi j’ai la chance, comme Betty, d’avoir des enfants plus grands. Mon fils habite avec moi, mais il est plus autonome. Du coup c’est lui qui s’occupait de moi, qui me faisait à manger le soir ! Mais il était aussi très inquiet, il me disait de faire attention à moi, il avait peur que je me fasse renvoyer, qu’on ne puisse pas payer le loyer…

Ce que vous dites montre que vous deviez concilier la grève et la famille, or s’occuper de la famille est un rôle qui échoit principalement à la femme. Or on a beaucoup parlé de la spécificité féminine de votre mouvement : un mouvement composé essentiellement de femmes précaires. Ce sont ces femmes qui ont été mises en avant, malgré la présence de quelques hommes. Vous revendiquez-vous féministes ? Comment s’est passé le rapport avec les hommes ?

Stav : Oui c’était un mouvement féministe, ça m’a fait penser à l’Assemblée des femmes d’Aristophane, quand les femmes prennent le pouvoir !De fait, nous sommes tout à fait dans le profil type des précaires : femmes, de milieux modestes (souvent filles d’ouvriers, voir d’immigrés), dans des familles monoparentales… C’est important de souligner qu’une femme n’a pas le même parcours qu’un homme. Je l’ai vu moi quand je devais soutenir ma thèse dans la semaine, et j’avais mes deux enfants avec la varicelle, mes parents avec ma tante malade, et il fallait que j’assure à la fois la logistique de la maison et la logistique de la soutenance de thèse !

Avec la grève c’était pareil. Il fallait faire la thèse et en même temps essayer de s’occuper de la famille, la maman qu’il faut emmener chez le médecin, appeler les enfants pour leur dire qu’il faut sortir le pain du congélateur, s’organiser pour participer à des émissions radios mais en même temps s’assurer qu’il y ait quelque chose à manger pour les enfants à la maison.

Betty : Après, les hommes changent. Je trouve la nouvelle génération formidable. Il y a des papas géniaux dans le collectif, j’aurais aimé avoir un père comme eux (même si j’aimais beaucoup mon papa !) Dans le collectif nous n’avons vraiment eu aucun problème de sexisme, et avec les garçons c’était formidable ! On féminisait tout, on mettait les femmes en avant, et il n’y a jamais eu de récrimination.

Stav : Je pense qu’il y a eu de bons rapports entre nous parce qu’il n’y avait pas de volonté de prise de pouvoir. La parole était ouverte, plurielle, on a commencé les AG n’importe comment, sans tour de parole, tout le monde criait ! [Betty : C’était un mouvement féministe et méditerranéen !] Nous n’avons pas subi de sexisme, ni tous ces clichés de jalousie et de rivalité entre les femmes. Je pense que le mouvement a aussi montré que ce sont des choses qui peuvent être dépassées dans un mouvement égalitaire et solidaire.

Comment a fonctionné le collectif ? Avez-vous eu des difficultés à faire tourner un collectif strictement égalitaire, sans chef, porte-parole officiel, etc ?

Muriel : J’ai toujours pensé que dans ce collectif, j’avais trouvé une deuxième famille, une vraie solidarité, une vraie amitié. Il y a eu vraiment une entraide dans le collectif. Quand quelqu’un avait le moral qui baissait, un autre s’occupait de lui. Je sais que j’ai été découragée de nombreuses fois, je me suis dit que j’allais arrêter, que le mouvement stagnait… et j’avais toujours une camarade pour me tirer la tête de l’eau et me redonner de l’énergie.

Stav : Le collectif nous a permis de nous rencontrer et de nous discuter tout simplement. Avec le travail, très souvent, on est tellement dans notre petit coin qu’on ne connaît même pas ses collègues ! Par exemple Muriel et moi, on travaille dans le même bâtiment, mais on ne se connaissait pas, on se disait bonjour de loin. Là, on s’est vraiment rencontrées. Moi, je n’ai eu aucun problème avec le collectif, on prenait les décisions ensemble, mais on adorait être ensemble, on adorait même se crier dessus ! Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir fait de compromis.

Betty : Moi quelquefois j’ai été trop virulente, et je me suis excusée après coup, mais il n’y a jamais eu de vrai conflit. Ce qui m’a apporté beaucoup, c’est que le collectif m’a permis de découvrir l’intelligence des collègues. Il y avait des collègues que je ne connaissais pas trop, et quand je les entendus prendre la parole, j’ai été admirative. C’est quand j’entendais les collègues que je me disais que j’étais fière d’être dans un collectif comme celui-là, avec une parole libre, avec des gens intelligents où tout le monde avait quelque chose à dire. C’est aussi pour ça que c’était dur d’arrêter la lutte, le dernier communiqué, on a passé la journée dessus !

Stav : Oui, il faut souligner le fait que le collectif a été un espace d’expression. De fait, sinon, qu’est-ce que c’est notre vie ? Avoir cinquante, soixante ans, travailler tout le temps, et ne jamais rencontrer ses collègues, ne jamais avoir le plaisir de dire ce qu’on pense, d’en discuter. C’est grave dans une société ne pas avoir d’occasion ou d’espace de dire ce qu’on pense ! Le collectif a été cet espace.

Le collectif a aussi été beaucoup soutenu par des étudiantes et des étudiants, notamment des jeunes dans des partis comme le NPA, ou des syndicats comme Sud.

Betty : Ah, nos jeunes, on les aime ! Une des grévistes disait qu’avec eux, ça été une histoire d’amour. Mais une belle histoire d’amour. Ils étaient extrêmement respectueux, ils nous remontaient le moral, ils étaient tout le temps là avec nous, au piquet de grève, mais ils n’ont jamais essayé de nous influencer. Ils nous ont portées, soutenues, ils ont réussi à nous aider sans jamais donner de leçon. Et ce qui m’a frappée aussi, c’est leur façon d’être extrêmement respectueux entre eux, avec le principe des tours de paroles, etc. Je trouve formidable qu’il y ait des jeunes comme ça, politisés, engagés, et c’est rassurant de savoir que la relève est là, qu’elle existe.

Muriel : c’était magnifique avec eux ! Ils ont vu de la lumière, ils sont rentrés. Ils ont vu des filles qui criaient dans tous les sens et ils nous ont écoutées.

Stav : Il faut bien insister sur le fait que contrairement aux clichés sur l’engagement des jeunes, qui feraient ça pour s’éclater, etc, ils ont eu un vrai engagement politique. On s’est rencontrés parce qu’on partageait une même pensée, et une même conception et une même pratique de l’enseignement politique. Ils avaient une vraie exigence au niveau de la réflexion sur ce qu’on faisait. Ils croyaient vraiment en nous, ils se sont joints à nous dans la lutte. Nous avons eu une chance formidable d’arriver à créer une lutte inter-générationnelle, alors que d’habitude, ce ne sont que les gens qui appartiennent à la même catégorie qui luttent ensemble –nous on a eu cette chance de déjà connaître les étudiants, grâce à notre travail, et donc de pouvoir naturellement lutter avec eux. C’est cette diversité dans le mouvement qui nous a aidées à avancer, qui a créé une vraie émulation dans le collectif. En tout cas, je voudrais leur dire qu’ils forment une belle génération, la société ne peut qu’aller mieux avec des gens comme eux. Moi ça m’a rassurée sur l’avenir.

Le collectif a bénéficié de beaucoup de soutiens de l’extérieur, au-delà des étudiantes et des étudiants….

Betty et Muriel : il y a eu un vrai soutien de notre UFR, l’UFR Arts, Philosophie, Esthétique. Les philosophes ont été très bien, ils ont fait une motion, une lettre de soutien (ce qui leur a valu des ennuis !) Ils nous ont permis d’occuper leurs salles, certains venaient dans les AG… Très tôt, ce sont eux qui nous ont proposé de nous aider financièrement, ils nous ont demandé si on avait une caisse de grève ! Certaines profs sont venues nous voir au piquet de grève, on leur a proposé de signer la lettre de motion, passée dans le journal de grève. Beaucoup ont signé. Et trois des signataires nous ont proposé de nous aider à médiatiser la lutte, en faisant un article dans Libération. Il s’agit de Audrey Mariette, Yasmine Siblot et Sylvie Tissot, merci à elles. On a donc co-signé cet article ensemble. Les profs ont été dans l’ensemble vraiment formidables.

Muriel : au-delà des profs, des étudiants, et de Paris 8 on a eu beaucoup de soutien de salariés, d’autres grévistes ou d’anciens grévistes de partout. Et c’était très important de se dire qu’au-delà de la fac, on comprenait notre problème, que le problème des bas salaires, c’est partout pareil. Tout le monde a les mêmes problèmes. C’était important de pouvoir se réunir, de se parler de nos luttes, l’un à Carrefour Market, l’un à la Poste, l’autre à Paris 8, de se rendre compte que le collectif n’était pas du tout seul.

On parle beaucoup des soutiens, mais une grève c’est aussi une lutte difficile et fatigante… Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous dans cette grève ?

Stav : L’environnement est hostile. Faire une grève devient quelque chose d’ambigu : officiellement, nous ne sommes pas dans l’illégalité en tant que grévistes, mais nous savions très bien que nous allions à l’encontre d’une institution, qu’au moindre dérapage on pouvait nous envoyer les CRS et je ne voulais pas prendre ce genre de risques, à cause des plus jeunes.

Ce qui est aussi difficile, c’est les remarques des collègues non grévistes, la manière dont ils ont pu nous juger, nous regarder… Et j’ai subi des sanctions. Moi, comme j’étais à la fois secrétaire et enseignante, en pleine grève, ma direction m’a signifié que je ne donnerai plus de cours l’année prochaine. J’ai vraiment subi des pressions constantes : on m’a demandé de prendre des jours de congé pour faire cours alors que j’étais en grève, on me traitait comme quelqu’un qui ne faisait pas son boulot, on essayait de me faire travailler quand même, en m’emmenant du travail au piquet de grève, en signifiant aux collègues que s’il y avait des dossiers en retard à cause de moi, parce que j’étais en grève… Ca m’a mise vraiment en colère, cet acharnement. Alors que les médias présentent des histoires où il y a des gens qui font des emplois fictifs, et ils sont à peine mis en examen…

Muriel : Au-delà de la fatigue, c’était le fait de se prendre certaines remarques dans la figure. Ce qui a été dur pour moi, c’est toutes les remarques des collègues qui nous faisaient toujours remarquer ce qu’on faisait mal, « vous n’auriez pas dû faire ça, vous auriez dû faire ça… » Moi je leur proposais de venir en parler avec nous en AG, puisqu’ils avaient tellement de bonnes idées !

Betty : Oui ce qui était dur c’était d’essayer de faire un mouvement solidaire et que tout le monde ne soit pas solidaire. Mais je pense que finalement, le mouvement a montré que la solidarité était possible, et je pense que beaucoup de non-grévistes ont été convaincus et qu’ils nous rejoindront la prochaine fois. Ce qui était difficile aussi, comme le disait Stav, c’était le fait qu’on nous jugeait, qu’on nous traitait presque comme des hors-la-loi parce qu’on réclamait une augmentation de salaire. Encore heureux qu’on ait encore le droit de faire le grève en France !

Stav : Je pense que le succès du mouvement a contribué à affirmer que la grève était légitime. Nous n’avons pas à avoir honte de demander une augmentation de 98 euros, nous ne demandons pas des Porsches !

Muriel : Bien entendu, on sait aussi qu’on n’aura jamais certaines récompenses, qu’on est blacklistées pour les listes d’aptitude, les promotions. Enfin leurs promotions de trois euros… Nous avec la grève on en gagné 70 !

Betty : je n’ai pas peur, je m’en fiche, j’ai 60 ans ! Je suis libre !

Que bilan feriez-vous sur ce mouvement ? Comment voyez-vous l’avenir ?

Muriel : On a beaucoup appris ! Ne serait-ce que faire une banderole, au lieu d’avoir un tout petit papier A4 « En grève ! » Ca fait bizarre d’arrêter la grève, bien sûr. Quand ça s’est terminé je me suis dit « Lundi, je ne vais plus aller au piquet », c’était étrange. Maintenant, on veut être solidaires des autres mouvements, on veut se renseigner, rester vigileantes. La manif du 09 avril, on y est allées, bien sûr.

Stav : Le collectif ne s’arrête pas avec la grève, on veut continuer. Nous allons nous réunir tous les quinze jours, et essayer de faire un journal du quotidien de l’université, sur tous les problèmes qu’on peut rencontrer au travail, etc, mais aussi pour être vigilantes quant à l’attribution de nos primes. Je me rappelle l’affaire des dix euros, qu’on a dû réclamer directement ! Donc notre collectif, c’est aussi un comité de vigilance.

Betty : Nous avons appris tellement de choses ! Plein de petits détails, l’importance d’une caisse de grève, le fait qu’il faut toujours faire les tracts à partir du même poste de travail, etc… Mais même si nous avons arrêté la grève, nous sommes toujours mobilisées. Je veux continuer le Collectif, c’est important de continuer à maintenir les liens entre nous, de travailler pour qu’ils ne se délitent pas, entre nous, avec les étudiants… Et nous voulons vraiment aider les autres luttes. Avant, c’était des mouvements qu’on suivait de loin, mais maintenant, on s’y intéresse vraiment. On va aller voir Aline, de Radio France, pour savoir comme ça se passe, s’il y a les retraits de salaires, s’ils font une caisse de grève. On va faire la même chose pour les secteurs en lutte que ce qu’ils ont fait pour nous, venir, s’intéresser, participer.

Stav : Nous avons vécu des moments de solidarité incroyable, des gens que nous ne connaissions pas, qui venaient nous voir, nous parler, et nous amener de l’argent ! Maintenant qu’on a vécu la solidarité tous les jours, nous avons envie de continuer, nous ne voulons pas que ça s’arrête. La solidarité existe, elle est là, il faut l’activer. Le mouvement nous a changées, il n’est pas question d’aller bosser comme avant, d’avoir eu une petite revendication, et de retomber dans une routine vaine. Nous sommes dans quelque chose de fondamental, au-delà de la revendication salariale, c’est un mode d’être. Quand on va au piquet, on réfléchit, on échange. Maintenant, on va reprendre le travail, mais en continuant à réfléchir et à échanger.

Un dernier mot…

Betty : On a envie de recommencer ! Le piquet de grève nous manque !

Muriel : Je suis prête à recommencer… en espérant qu’il y ait quand même plus de monde qui rejoigne le mouvement.

Stav : J’ai pris conscience que la grève, la lutte, c’était le seul moyen qu’on avait vraiment à notre disposition pour nous permettre de nous défendre, de nous exprimer, de tenter de changer quelque chose.

P.-S.

Propos recueillis par Laélia Véron. Cet entretien est paru initialement sur le blog Luttes à Paris 8.

Ce témoignage est dédié à Soraya, une de leurs collègues du Collectif des Bas Salaires, qui a subi une opération et est en convalescence pour de longs mois, qui est, dit Betty, « dans notre cœur et le cœur des étudiants solidaires du mouvement. » Selon les propres mots de Muriel « C’était la contractuelle du mouvement, et les 70 euros, on les a gagnés pour elle. »