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La métaphore laïque illustrée par l’exemple

Un cas d’école du racisme républicain

par Laurent Lévy
9 novembre 2010

Lorsque, au nom fantasmatique d’une laïcité qui n’était pas en cause, le Parlement a décidé d’interdire « le foulard à l’école », nombreux sont ceux – et sans doute plus encore nombreuses sont celles – qui ont vu dans ce détournement et cette dénaturation du principe laïque une simple feuille de vigne devant le racisme le plus sommaire. À jouer ainsi avec ce mot, « laïcité », on lui a fait perdre son sens. D’un principe démocratique essentiel, on a fait un synonyme de principe d’exclusion. Cela ne pouvait pas ne pas avoir d’effet sur ses usages à venir.

Il y a quelques semaines, un incident à agité les débats entre parents d’élèves d’une école primaire de la région lyonnaise. La mère d’une élève racontait ainsi dans un débat récent cette anecdote : Pour préparer la fête de l’école, les enfants apprennent quelques chansons. L’équipe enseignante a pris l’habitude de leur en faire apprendre certaines dans des langues étrangères. Chansons anglaises, allemandes, espagnoles…

Mais voici que cette année, les enfants ont ramené dans leurs cahiers le texte de l’une de ces chansons, avec une transcription phonétique des paroles : une chanson en arabe. Ce scandale n’a pas tardé à émouvoir certains parents. Et ce qui devait arriver arriva, dans le cours des discussions qui s’en sont suivies, une mère de famille a fait observer que cette chanson (une chanson pour enfants parfaitement anodine) ne pouvait pas être admise pour la fête de l’école, parce que cela serait contraire au principe de laïcité. Parce qu’enfin, nous sommes en République !

Cela mérite-t-il un commentaire ? Cette mère de famille avait bien compris le sens profond du mésusage désormais bien acquis de l’appel à la laïcité. Il n’a bien souvent plus rien à voir avec l’indépendance réciproque de l’État et des religions. Depuis la loi anti-foulard de 2004, pour beaucoup, il signifie simplement ceci : « Il y en a marre des bougnoules ! »