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La tyrannie des grosses et le sexisme anti-mec

Cherchez l’erreur dans le traitement médiatique de l’impératif de minceur.

par Pierre Tevanian, Sylvie Tissot
3 février 2012

Comment la question de la minceur est-elle aujourd’hui traitée dans les médias ? Ou plus exactement la question de *l’impératif* de minceur ? Petit éclairage à partir de deux articles : l’un paru sur le site du Nouvel Obs le 27 janvier (et rapidement retiré, à cause des protestations) dans lequel l’auteure se dit « révulsée » par les « grosses », et l’autre sur Rue 89 (récemment racheté par le Nouvel Obs) et titré : « Sur France 2, le poids de Hollande ou le sexisme ordinaire ».

D’un côté un billet d’humeur qui prend pour cible une pub mettant en scène une « grosse ». Enfin, regardez le clip, tout est relatif. Le femme en question est plutôt mignonne, en train de danser, bref apparemment pas mal dans ses baskets. Mais pour la journaliste, c’est insupportable : « Bien que corsetées, contenues par tous les moyens textiles modernes, ses chairs flottent et le résultat me révulse ».

Plus grave, cette « répulsion » se transforme en jugement politique du plus curieux tonneau : derrière ce clip se cacherait une nouvelle tyrannie, celle des rondes, qui ont littéralement mis le monde à l’envers puisqu’elles ont réussi à normaliser leur déviance (un excès de nourriture, rappelle, implacable, la journaliste) et qu’elles ont, inversement, imposé l’idée plus que saugrenue selon laquelle une femme mince, c’est-à-dire « normale » (sic) serait une anorexique ! « Comme si faire attention à sa ligne était une maladie ! ».

Enfin, les rondes, ou les grosses, comme vous voulez, seraient coupables également d’avoir imposé cette autre idée, tout aussi saugrenue : les rondes plairaient davantage aux hommes que « ces brindilles qui les narguent ».

Bref : les normes de beauté qui condamnent les femmes à des régimes à répétition en même temps qu’à la haine de leur corps, tout cela ne serait rien face à ce nouveau « politiquement correct » (qui nous rappelle le nauséabond « racisme anti-blanc » [1]) dont seraient victimes… les femmes « normales, donc minces » ! Et nous voilà rendues, en définitive à l’éternel combat des femmes qui s’entretuent pour plaire à l’Homme, centre de gravité invisible de l’article.

C’est pourquoi, à la lecture de son titre, un article de Rue 89 avait de quoi nous intéresser. En plus, ce n’est pas tous les jours qu’on voit l’expression « sexisme ordinaire » s’étaler en gros dans les médias…

Malheur ! L’article de Rue 89 nous impose ce triste constat : le sexisme ne fait les gros titres que quand c’est… un homme qui en est victime ! Car tel est bien le sujet de l’article : le harcèlement infligé à François Holland par des journalistes qui s’obstinent à l’interroger sur les kilos qu’il a perdus. Un harcèlement bien réel au demeurant : le lamentable acharnement du très droitier Pujadas qui demande au candidat de s’expliquer moralement et politiquement sur sa perte de poids – alors qu’il na jamais adressé le moindre début de questionnement critique lorsque le président Sarkozy s’est mis en scène en excluant du champ de la caméra les personnes de trop grande taille, ce qui pourtant relevait de la manipulation et pouvait être mis en question politiquement, beaucoup plus qu’une perte de poids…

Mais tout de même ! Même si les gros aussi sont stigmatisés, n’est-il pas curieux qu’un des rares articles consacré à l’impératif de minceur porte sur un mec ? Anticipant peut-être un petit malaise, la journaliste nous livre la clef : « Et si le candidat socialiste avait été une femme ? Il n’est pas inutile de relever le sexisme, même quand c’est un homme qui en est la victime. ».

Après la tyrannie des grosses, le sexisme anti-mec : il fallait oser…

P.-S.

Article en ligne sur le site du Nouvel Observateur le vendredi 27 janvier 2012, 19:58)

« Cette grosse qui remue me révulse : je ne supporte pas la pub Castaluna »

« En ces temps aseptisés, il convient d’aimer tout le monde et de respecter
les différences. Mais là trop, c’est trop... de kilos. Je déteste la pub de
Castaluna.
Si vous ne l’avez pas vue, vous ne connaissez pas votre bonheur. C’est un
clip qui met en scène une femme trop grosse, pardon, bien en chair, ou
mieux présentant une surcharge pondérale. Et elle danse.
A la limite, elle ne bougerait pas, ce serait encore tolérable. Mais non,
elle remue. Et ses formes plus que plantureuses aussi. Bien que corsetées,
contenues par tous les moyens textiles modernes, ses chairs flottent et le
résultat me révulse.
Alors je comprends bien que durant des années, les femmes qui font plus que
du 44 ont été rejetées, brimées, moquées, raillées, limite persécutées. Il
était temps qu’elles prennent leur revanche, puisqu’elles sont de plus en
plus nombreuses.
La faute à une alimentation excessive, mais ça chut, il ne faut pas le dire
trop fort. Toutefois, de là à imposer sur les écrans une femme qui se donne
pratiquement en ridicule, il y a une marge.
Certes, il est difficile pour une femme qui pèse plus de 100 kilos de se
représenter comment serait, sur elle, une robe présentée par une femme de
40 kilos. Mais les "vraies" femmes, comme elles aiment se faire appeler, ne
sont plus vraiment à plaindre.
En quelques années, les "rondes" ont réussi à faire passer dans le langage
courant qu’une femme normale, mince donc, est une "anorexique". Comme si
faire attention à sa ligne était une maladie.
Autre affirmation véhiculée par les défenseurs des autoproclamées "vraies"
femmes : elles plairaient davantage aux hommes que ces brindilles qui les
narguent.
Chacun le répète pour faire plaisir, mais il est battu en brèche chaque
jour. Voyez-vous Brad Pitt ou David Beckham au bras de "rondes" ? Non. Dès
qu’un homme a le choix, il préfère être vu en compagnie d’une femme mince.
Alors, je le sais, c’est très méchant. Mais voilà je n’aime pas cette pub. »

Source (article récupéré avant suppression) :
http://www.scoop.it/t/the-black-pool/p/1064289843/voici-l-article-de-marie-sigaud-chroniqueuse-selectionnee-par-le-blog-du-nouvel-observateur

La vidéo :
http://www.terrafemina.com/societe/buzz/articles/10577-castaluna--le-nouvel-observateur-naime-pas-les-grosses-video.html

La réaction de la cofondatrice de Castaluna :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/312700-cette-grosse-qui-me-revulse-je-suis-la-cofondatrice-de-castaluna-voici-ma-reponse.html

(La pub en question : http://www.youtube.com/watch?v=A37VYd7jj0s ).
**

<http://www.facebook.com/permalink.p...>


<http://www.youtube.com/watch?v=A37V...>

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Notes

[1] La rhétorique victimaire du dominant est toujours la même : après le sanglot du souchien victime de "racisme antiblanc", après la "tyrannie de la repentance" qu’imposent les méchants enfants de colonisés aux pauvres enfants de colons, après la "dictature du politiquement correct", après la dévirilisation des hommes et l’avènement du pouvoir féminin, après les vilaines femmes musulmanes qui "nous imposent" leur voile, après les homosexuels qui osent demander une normalisation et une reconnaissance légale de leurs moeurs déviantes, voici donc la dictature des "grosses" décomplexées qui osent la manifestation ostensible de leurs rondeurs, qui n’ont plus honte de leur vice (elles ont "trop mangé", ne l’oublions pas !) et qui même (c’est le monde à l’envers !) font maintenant passer "les normales" (sic) pour des anorexiques !