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Le droit de résistance, XIIè-XXè siècle

Un livre collectif coordonné par Jean-Claude Zankarini,

par Pierre Tevanian
janvier 2001

« Liberté, propriété, sûreté et résistance à l’oppression ». Tels sont les quatre droits fondamentaux que pose la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, sur laquelle est fondée la République française. Le livre dirigé par Jean-Claude Zancarini interroge ce droit paradoxal qu’est le droit de désobéir au droit : « pourquoi a-t-on jugé nécessaire de définir comme un droit ce qui était, de toute évidence, de l’ordre de la possibilité réelle ? » Et comment a-t-on réglementé la désobéissance : à qui, contre qui, et dans quelles conditions, a-t-on reconnu le droit de résister ? Quelles formes (individuelles, collectives, violentes, non-violentes...) a-t-on autorisées ? Cette réglementation a-t-elle eu pour but ou pour effet de contenir la possibilité de la révolte, ou au contraire de la légitimer et de l’encourager, en faisant parfois de la résistance un devoir ?

Le livre, qui se propose de « croiser les approches de la littérature, de la philosophie, du droit et de l’histoire » , propose seize articles, d’une grande rigueur, signés par des universitaires, tous spécialistes d’un auteur ou d’une période historique.

On peut en effet distinguer deux grandes approches : l’histoire de la philosophie et l’histoire juridique et politique. Une première série de contributions analyse le statut du droit à la résistance dans diverses philosophies : celle de Grotius, de Hobbes (qui opère une mutation fondamentale, en passant du droit collectif d’insurrection au droit individuel de désobéir), celle de Spinoza, de Vico, des « philosophes des Lumières » français (qui l’ont étrangement peu théorisée), celle de Kant (dont la position sur cette question est particulièrement ambivalente), et enfin celle de Fichte (qui pousse le plus loin l’institutionnalisation du droit de résistance).

Une autre série d’articles porte sur des périodes historiques durant lesquelles les débats politiques et juridiques sur le droit de résistance ont été particulièrement vifs : le règne d’Henri VII, la crise de la République de Florence (où fut posée la question du tyrannicide, qui inspira le Lorenzaccio de Musset), la révolution française (d’où émergea le droit de ’’résistance à l’oppression’’). L’ouvrage s’achève sur deux bilans, exposant les formes que prend le droit de résistance dans le droit international contemporain et dans les constitutions nationales.

Enfin, trois articles plus atypiques sont parmi les plus intéressants. Le premier porte sur les sources théologiques du droit de résistance : chez Saint Thomas et Saint Augustin notamment, c’est l’obéissance aux lois divines (ou Droit naturel) qui légitime et même impose la désobéissance aux lois humaines, lorsque ces dernières contredisent les premières. Le second montre comment des théoriciens réactionnaires se sont réapproprié le thème et ont conçu une ’bonne résistance’ contre-révolutionnaire, dont une postérité pourrait être aujourd’hui l’action des commandos ’anti-avortement’. Un troisième article, enfin, évoque le traitement qui a été fait du droit de désobéir dans la tragédie classique.

Une seule réserve peut être faite : le livre ne traite que de la philosophie et du droit européens, et n’aborde ni les théoriciens américains (comme Thoreau, inventeur de la ’’désobéissance civique’’), ni les mouvements de libération nationale des pays du Tiers-Monde, qui ont posé de manière particulièrement aigüe la question du droit de résistance et d’insurrection. Le titre, trop général, est à cet égard trompeur - ce qui n’enlève rien au contenu du livre, de grande qualité.

P.-S.

Textes réunis par Jean-Claude Zankarini, Editions de l’Ecole normale supérieure de Fontenay, 1999