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Le fantôme de Flora Tristan (Chapitre 3)

Le Polar de l’été

par Abe Zauber
22 juillet 2008

Résumé des chapitres précédents : Ted Berger, détective américain exilé à Paris, vient de se voir confier sa première affaire sortant de l’ordinaire, la disparition mystérieuse d’un professeur de lycée, Maurice Mikoyan, par ailleurs militant de Lutte Ouvrière.

Chapitre 1 Chapitre 2

Chapitre 3

Ted accompagna Solange chez elle : il faut bien commencer une enquête quelque part, et il voulait voir s’il se trouvait à la maison quelque indice, un détail quelconque qui lui aurait permis de lancer ses recherches autrement qu’à la complète aveuglette. Toujours la routine.

Les époux Mikoyan habitaient un appartement petit-bourgeois classique, avec des meubles en bois, façon rustique, mais pas trop. Quelques cadavres de bouteilles sous le canapé, des vieux papiers, rien d’intéressant à première vue. Une forte odeur de tabac froid, mais il n’est pas sûr que Miko y ait été pour quelque chose : on pouvait espérer que les cendriers avaient été vidés depuis son départ. Quoique.

- Quelqu’un d’autre que vous est venu ici, depuis la disparition de votre mari ?

- Non, personne, à part mon frère.

- Vous êtes très proche de votre frère ?

- Oui, non, enfin si quand même, enfin, si on veut…

- Il vient souvent vous voir ?

- Non, pas vraiment… Il n’est pas à Paris… Mais là, c’est moi qui lui ai demandé, parce que j’étais inquiète pour Miko. À cause de ses médicaments, surtout… Alors j’ai appelé Martin dimanche, et il est venu le soir même. C’est lui qui m’a conseillé d’alerter la police. Et après, c’est lui qui m’a conseillé de venir vous voir…

- Il s’entend bien avec votre mari ?

- Oh, pas tellement, bien sûr… Question politique, avec Martin, on n’a pas vraiment d’atomes crochus…

- Je vois… À qui avez-vous parlé de la disparition ?

- A part Martin… et les policiers… personne… sauf vous, bien sûr.

- Bien sûr… Attendez un peu que j’aie pu avancer avant d’en parler. Vous n’avez pas d’enfants ?

Solange eut un instant d’hésitation.

- Non, non, pas d’enfants…

Elle pointa du menton vers la table basse du salon.

- Regardez, il n’a même pas pris son portable… je m’en suis aperçue quand j’ai essayé de l’appeler, samedi matin : ça a sonné ici !

- Et à part ça, il n’a pas sonné ?

- Non, pas un appel, je n’ai rien entendu en tous cas…

- Je peux le prendre ?

- Oui, bien sûr, allez-y…

Le téléphone était éteint. Ted essaya de l’allumer, mais c’est la batterie qui était à plat. Il demanda le chargeur à Solange, elle ne savait pas où il était. Par chance, elle connaissait par contre le code permettant de l’allumer une fois qu’il serait en charge. Ted nota les quatre chiffres sur son calepin, et garda le téléphone dans sa poche. On verrait bien plus tard.

Le détective sortait donc quasi bredouille de sa visite chez les Mikoyan ; aucun indice ne lui avait sauté aux yeux ; au moins, il savait que la disparition n’avait pas été signalée, et il avait en poche le téléphone portable de Miko. Il avait aussi emporté les courriers arrivés depuis son départ : pour l’essentiel des factures, des relevés de comptes, et une lettre, postée de Paris, sur laquelle le nom et l’adresse étaient imprimés sur une étiquette.

Il ne fut pas très difficile de trouver un chargeur adapté au téléphone portable, et Ted l’alluma immédiatement une fois rentré à l’agence. Il y avait eu quatre appels en absence, et il y avait deux messages sur la messagerie vocale. Une voix de femme avait laissé un message, vers dix-sept heures trente, ce même vendredi. Juste quelques mots, d’un ton plutôt enjoué : « J’ai bien reçu votre message, on se voit donc demain ». Le deuxième message datait de samedi, une heure trente du matin. C’était une voix d’homme : « Allô ! Qu’est-ce que tu fous nom de Dieu ? ». En l’absence d’autre piste, c’était toujours ça de pris, mais il n’y avait pas de numéros associés à ces appels – ni rien qui puisse les relier entre eux : la piste était assez mince.

La mémoire des numéros appelés comportait quatre numéros ; Ted reconnu ceux que Solange lui avait donnés : son propre portable, et son domicile. Il nota les deux autres sur son calepin.

Le courrier, par contre, présentait un grand intérêt. Il avait été posté le jeudi précédent, c’est à dire la veille du départ précipité de Miko. Le message, dactylographié, presque menaçant, plutôt laconique, et très anonyme, tenait en une ligne :

« Tu vas regretter ta saloperie, gros con ».

S’il y avait un rapport entre les messages téléphoniques et le courrier, il était trop tôt pour le dire. Le premier message avait laissé craindre à Ted qu’il était encore tombé sur une banale histoire d’adultère. Le second avait attisé son imagination. La lettre l’avait orienté vers une histoire louche. Restait à trouver de quel côté elle louchait.

P.-S.

Le fantôme de Flora Tristan paraîtra en 24 chapitres pendant tout l’été, du mardi au vendredi.

Prochain épisode : Chapitre 4, en ligne le mercredi 23 juillet.