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Le sexe prescrit

Un livre de Sabine Prokhoris

par Pierre Tevanian
décembre 2000

Ce livre, explique Sabine Prokhoris, est « né d’une colère et d’une tristesse », face au rôle que la psychanalyse a joué dans les débats politiques autour du PACS et du droit des homosexuels à l’adoption d’enfants...

Des concepts psychanalytiques et des auteurs prestigieux (Freud, et surtout Lacan) ont été convoqués par les politiques pour justifier le maintien du statu quo et le rejet sans autre examen du droit à l’homoparentalité. Des psychanalystes sont même intervenus sur le mode de l’expertise, et ont pris position « en tant que psychanalystes », au nom de leur « savoir ». Analyste elle-même, Sabine Prokhoris s’insurge contre cette instrumentalisation politique de sa discipline, et plus profondément contre le contenu des discours qui ont été tenus, faisant de la psychanalyse ce qu’elle n’est pas censée être : la gardienne de « l’ordre symbolique ». En revenant aux textes fondateurs de Freud, elle rappelle que la psychanalyse n’a aucune vocation normative, et que l’analyste doit s’attacher à libérer « ce qui pourrait être » et non à dire « ce qui devrait être ». C’est donc au nom de l’esprit qu’elle porte un regard critique sur la lettre de la théorie freudienne de la sexualité, et sur les tendances normatives qu’on peut trouver dans certains textes de Freud - et plus encore dans l’oeuvre de Jacques Lacan ou de Pierre Legendre.

Sabine Prokhoris s’attache aussi à critiquer l’usage qui est fait par un certain discours psychanalytique de la notion de « différence des sexes », considérée comme l’alpha et l’oméga de notre humanité. Elle montre que la « différencedessexes » (qu’elle écrit en un seul mot, afin de souligner son statut de fétiche, d’évidence première intouchable, incriticable et incontournable) n’est en réalité que ce que Michel Foucault appelait un « dispositif de sexualité » : « un effet normatif socialement construit ». Elle oppose à cette « différence des sexes » une théorie, plus fine, du « voisinage des sexes ». Cette réflexion mobilise aussi bien les textes fondateurs de Freud ou l’oeuvre de Michel Foucault que des oeuvres littéraires et artistiques (notamment de danse contemporaine). Elle a le grand mérite de rappeler la psychanalyse à sa vocation première (soigner le mal-être) tout en en renouvelant le contenu théorique. Elle a aussi, ce qui n’est pas toujours le cas en psychanalyse, le mérite d’être écrite dans une langue à la fois élégante, précise et facilement lisible.

P.-S.

Ce livre est publié aux éditions Aubier, 2000