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Les roses de la voilée

Chroniques d’une voilée désabusée (14)

par La Voilée
11 août 2009

Au cours de l’année 2008, un blog aussi éphémère que mémorable a présenté pendant quelques mois les « chroniques d’une voilée désabusée », mêlant avec bonheur, intelligence, drôlerie et colère des anecdotes, analyses et coups de gueule autour d’un même sujet : le quotidien éprouvant pour les nerfs d’une étudiante de vingt ans qui a eu la mauvaise idée, « au pays de Voltaire », d’être musulmane et de couvrir ses cheveux d’un foulard… Interrompu en septembre 2008 et rapidement fermé, ce blog intitulé « Va te faire voiler ! » méritait une nouvelle vie. C’est chose faite, avec l’amical accord de l’auteure qui, retournant le stigmate, a choisi de se nommer, tout simplement, « la voilée ». Nous publierons donc, quotidiennement jusqu’à la fin de l’été, une large sélection de ce que nous estimons être, dans la France de 2009, des mots importants.

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La voilée n’arrive toujours pas à réaliser... oui, oui, je suis encore sous le choc ! Pourquoi, me direz-vous ? Parce que... je vous raconte.

J’étais dans le train avec ma soeur et ma cousine. Elles étaient toutes les deux au téléphone, moi j’avais mes écouteurs et lisais le gros pavé rouge de Braudel (ouiiii un samedi... c’est que j’ai un exposé pour le début de semaine avec un prof, ou plutôt une pointure d’historien, et que je n’ai encore rien fait ! La voilée n’a pas envie de se taper la honte... d’autant plus que quand on est voilée, on doit toujours se surpasser histoire de prouver qu’on est pas simplette...). Bref je survolais le livre, et il restait encore un arrêt avant le notre. Le train s’est arrêté, K et F parlaient, moi je lisais quand soudain... une main pose délicatement sur mon livre deux roses.

Sur le coup, je n’ai pas réalisé. Ma cousine, médusée, dit à son interlocutrice : " ennhhh, il a posé des roses sur... enhhh". Ma soeur me regarde tout aussi stupéfaite... et toutes les deux, en se regardant, éclatent de rire. Puis des moqueries et des taquineries. Moi, je ne bougeais plus, en fait je ne réalisais pas. J’ai fini par prendre les roses, le train a redémarré sans que je puisse remercier le jeune homme qui me les a données (par contre, on se demande toutes les trois où est-ce qu’il a pu trouver ces roses ? Si elles étaient réservées à quelqu’un d’autre, eh bien... navrée :D).

"Quoi, remercier cet impudent ?" diront certains. "Mais comment a-t-il pu approcher une voilée ?" diront d’autres.

Je n’en sais rien et à vrai dire, je m’en fiche. J’ai été très flattée, car avant d’être un voile ambulant (hein les affreux), je suis un être humain et notamment une jeune femme (qui rentre des chassés... :D). Et surtout, ça change des regards suspicieux et haineux, des réflexions fachos ou des questions à deux centimes d’euros sur le pourquoi du comment de mon voile.

Bref, si par le plus grand des hasards, le charmant damoiseau (le truc c’est qu’on ne l’a pas très bien vu.. il est parti en coup de vent. Mais il paraît qu’il n’était pas très typé...) venait à lire ce post, je tiens à le remercier !

Et à lui dire :

"t’as de la chance jeune homme, si j’étais accompagné de mon père, mon frère, mon oncle ou mon neveu de trois ans (en gros d’un "mahram", hein les affreux...), tu aurais été victime de lynchage puis de de lapidation (je plaisaaannnnnnttteeeeeeee) :))))))))))))

La voilée... qui a mis ses roses dans un vase.

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P.-S.

Ce texte est paru pour la première fois sur le blog « Va te faire voiler ! » le 24 février 2008