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Les voilées et le Supérieur

Chroniques d’une voilée désabusée (23)

par La Voilée
18 août 2009

Au cours de l’année 2008, un blog aussi éphémère que mémorable a présenté pendant quelques mois les « chroniques d’une voilée désabusée », mêlant avec bonheur, intelligence, drôlerie et colère des anecdotes, analyses et coups de gueule autour d’un même sujet : le quotidien éprouvant pour les nerfs d’une étudiante de vingt ans qui a eu la mauvaise idée, « au pays de Voltaire », d’être musulmane et de couvrir ses cheveux d’un foulard… Interrompu en septembre 2008 et rapidement fermé, ce blog intitulé « Va te faire voiler ! » méritait une nouvelle vie. C’est chose faite, avec l’amical accord de l’auteure qui, retournant le stigmate, a choisi de se nommer, tout simplement, « la voilée ». Nous publierons donc, quotidiennement jusqu’à la fin de l’été, une large sélection de ce que nous estimons être, dans la France de 2009, des mots importants.

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Plus le temps passe, plus je m’aperçois que j’ai de moins en moins de considération pour les profs du supérieur, facs et grandes écoles (même si depuis mes trois premières années, j’en ai connu des bons...) et que finalement, ma déception n’en est plus une (d’ailleurs, je vous ai pas dit : je pense avoir trouvé ma voie :D).

La semaine dernière, une copine me racontait ses mésaventures. Voilée et étudiante dans une grande école de commerce, elle a été victime du racisme d’un saligaud de polytechnicien pédant (ben quoi ? C’est vrai qu’il a de quoi se la raconter... l’ "X" quoi... Dupin quoi... mais saligaud quand même !!), un prof dont le cours est très important dans son cursus. Le bougre ne l’avait même pas rencontré que déjà, après avoir consulté le trombinoscope, il refusait de l’accepter dans sa classe.

Courageux, il a signifié au conseiller pédagogique qu’il ne la voulait pas dans son cours, ni même la voir. Après avoir été mise au courant, ma copine A, indignée, a cherché à rencontrer le professeur pour discuter avec lui, car elle ne comprenait pas que l’on puisse avoir des idées aussi arrêtées et porter un jugement sur quelqu’un qu’on ne connaissait pas.

Finalement, elle a été confrontée à un mur. Elle a été dans la salle de cours et le prof lui a fermé la porte au nez. Conciliante, elle est allée voir le secrétariat pour tenter de régler le problème. Ni la loi, ni le règlement intérieur de l’école n’interdit le port du hijab (dans le supérieur). Après avoir contacté des ami(e)s à elle (notamment du MRAP) et la direction, après avoir obtenu à ses yeux la légitimité de retourner en cours, elle a été de nouveau heurtée par la bouffonnerie du prof.

Ce mégalo, outré par la persévérence de A, a fini par quitter la salle de classe, alors que celle-ci était venu récupérer ses affaires et expliquer à ses "camarades" pourquoi elle n’assistait pas au cours.

Bien entendu, ces derniers n’étaient... pas du tout solidaires. C’est sûr que des cadres sup et une ex porte-parole de Mi p*** Mi sousmise (merci le PS pour le piston auprès de l’ESSEC... ce toutou sans dignité est sorti de la salle, en courant, pour apporter au prof son ordinateur...) ont autre chose à faire que de prendre la défense d’une bâchée...

Après un coup de pression de la direction (ça fait flipper, des coups de téléphone du MRAP et de la LDH...), A a pu regagner sa classe, même si le prof a fait savoir qu’il se tenait à la disposition de ses camarades dans une salle à côté. L’histoire est un peu longue, mais je vous ai raconté l’essentiel. Quand elle m’en parlait au téléphone, je ne disais pas un mot, je ne commentais même pas, j’étais tellement atterrée que je ne savais pas quoi dire.

Le racisme (et la phobie des voilées qui va avec) de Robert, le boulanger du coin, me dérange beaucoup moins que celui des profs, et notamment ceux du supérieur. Je fais la différence entre les profs des écoles de commerce et d’ingénieur (je sais pas pourquoi, j’ai un problème avec les ingénieurs, et particulièrement les centraliens... hein Pépin le Bref :D)... sûrement de la frustration !), ceux de Sciences Po (ikhhh) et ceux des facs que je considère quand même un peu plus que les autres (frustrée je vous ai dit ! Complexée même !!).

Je vous avais parlé d’un de mes profs d’éco, de mes aventures post bac, de quoi être dégoûtée des bac+10...

Jusqu’à pas longtemps, le niveau d’étude était à mes yeux un critère de haute importance. Même si je ne suis pas très scolaire et que je suis la première à sécher les cours pour partir en virée, l’idée de redoubler ou de passer aux rattrapages m’a toujours hantée. En première année et bien avant même, mon cours de stratification sociale et la lecture de Bourdieu m’ont aussi pas mal traumatisés et complexés (mais je ne regrette pas non mais ! I love feu Pierre Bourdieu !! wouwouwouwou). Et puis, je me suis aperçue que les personnes les plus brillantes que je connaissais n’avait pas été très loin dans leurs études ou n’en avait pas fait du tout.

Je me suis aussi apercue que pas mal de prof dans le supérieur étaient des cons (je sais, j’aurais du mettre des étoiles... et puis non), et je dirai même des gros cons !! Et avec les voilées, ils ont la palme de la connerie. J’ai été confrontée à pas mal d’énergumènes, mais il s’est avéré qu’il y avait pire. Effectivement, j’ai appris il n’y a pas très longtemps qu’une prof de ma fac, une ethnologue et sociologue (charlataaaaaan), avait refusé de commencer son cours tant qu’une étudiante voilée ne sortait pas de l’amphi.

Cette même prof, je l’avais déjà dans le collimateur. Elle avait accordé l’an dernier une interview à une revue d’urbanisme. J’ai été tellement choquée par un passage de l’article que je lui avais écrit une lettre que j’ai signé comme suit : une étudiante en sociologie-économie contente de ne pas vous avoir comme élève (je m’étais trop défoulée... j’allais quand même pas me faire griller ! La petite prolo que je suis tient à valider ses semestres t’as vu...) :

Une fois, j’étais dans la BUFR de sociologie. Je consultais un mémoire quand la bique desséchée (momie t’as vu) est entrée dans la salle. J’ai cru qu’elle allait faire une syncope... mon Dieu ! Un élément voilé ! Bou la vieille bique, bou la momie !!

D’autre profs vont encore plus loin. Une copine de ma soeur était en master de droit dans la même fac que moi il y a quelques temps. Une année, lors de la journée de la femme (sur 300 et quelques jours, t’en as UN pour toi femelle !! Pardon... j’ai oublié les soldes :D). En ce jour de fête, la prof de droit a voulu rendre hommage aux femmes du monde entier, celles soumises au patriarcat et tout et tout. Et puis comme ça, d’un coup, la rombière a tenu à faire une spéciale dédicace aux voilées qui sont les "relais du machisme et de la violence faite aux femmes".

Ouuuuuuuuuaaaaaaaaaaaaaa, rien que ça ?

Le pire, c’est que la plupart des étudiants de l’amphi se sont levés pour... applaudir la prof (en même temps entre les fachos de l’UNI et les sionistes de l’UEJF... normal la réaction). Pire encore, cette prof, madame T, prof de droit public et ancienne directrice de l’UFR de droit/sciences po m’a dit une fois : "qu’est-ce que vous connaissez de la démocratie vous ? " Ouais ouais.

C’était en première année, période de militantisme (à 2 balles) effreiné. On avait envahi le conseil d’administration de la fac qui se tenait en douce (tkt, foulard sur la tête !! J’ai même fait des occupations et j’ai même fait connaissance avec les CRS... hihihi Car Rempli de Singes). La folle était vénère et n’arrêtait pas de piallier et de dénoncer le fachisme des gauchos que nous étions. Moi, normal, j’ai commencé à lui exliquer qu’on avait notre mot à dire sur la politique menée par le président de la fac, et qu’on était en démocratie (je sais, discours bâteau limite stupide mais bon... j’étais jeune à cette époque !). Et là, elle me sort sa fameuse phrase :

"Qu’est-ce que vous connaissez de la démocratie vous ?".

Je me suis pas retenue. J’ai un peu fait mon lascard... (à quoi bon chasser le naturel... les mots à plus de trois syllabes, ça va 5 minutes !).

Marrant ces profs de fac... Au début, j’étais super intimidée, admirative. Puis finalement, je me suis souvenue que tout le monde allait aux toilettes... et que pire encore, certains esprits sont des toilettes (je sais, pas du tout poétique, pas du tout féminin. Mais c’est qu’en ce moment, l’être humain m’exaspère !). Je fais des fautes d’ortoghraphe, je suis pas une lumière... mais franchement... au moins... je ne suis pas, et je ne serai jamais une vielle conne (navrée, mais si je mets des étoiles, ça n’aura pas la même force) intolérante et aigrie.

"Mais t’es une voilée fanatique et hystérique" diront certains chenapans !

Voilée oui, hystérique... Euh, disons plutôt dynamique et passionnée, oui je le suis. Fanatique, pas du tout !! (j’aime juste les mollahs barbus grrr).

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P.-S.

Ce texte est paru pour la première fois sur le blog « Va te faire voiler ! » le 13 juin 2008