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Liberté d’expression pour tous et pour toutes

Pour la projection de « Je ne suis pas féministe, mais… »

par Rokhaya Diallo, Sylvie Tissot
6 octobre 2015

Afin de réaffirmer notre attachement à la liberté d’expression et au combat contre toutes formes de censure, nous republions cette tribune de Rokhaya Diallo et de Sylvie Tissot et appelons à venir à la projection gratuite, vendredi 9 octobre à 17h, au site Pouchet (59 rue Pouchet 75017) du film Je ne suis pas féministe, mais....

Invitée à un débat sur les violences sexistes à la mairie du 20ème arrondissement de Paris, Rokhaya Diallo a été exclue du programme par la maire Frédérique Calandra. Interrogée par un journaliste, celle-ci a déclaré que si Rokhaya Diallo voulait débattre, elle la « défoncerait ». Quant à Christine Delphy, figure historique du féminisme, chercheure traduite dans le monde entier, autour de laquelle était prévu un cycle de débats et de projections, la maire a affirmé, sur le même ton, qu’elle la « mettrait dehors ». Joignant l’acte à la parole, elle l’a effectivement « mise dehors » en annulant la projection du film Je ne suis pas féministe, mais… qui lui est consacré. Telle est la conception du débat démocratique et du combat pour les droits des femmes qui règne dans le 20ème arrondissement.

Je ne suis pas féministe, mais… est un documentaire qui retrace la trajectoire de Christine Delphy, féministe engagée dans la lutte des Noirs aux Etats-Unis, revenue en France avec l’idée d’un mouvement autonome des femmes. Il montre des images peu connues de cette action incroyable par laquelle est créé le MLF en 1970, quand elle et huit autres femmes déposent une gerbe sur la tombe de la femme inconnue du soldat inconnu à l’Arc de Triomphe. Nous sommes en 2015, année de la commémoration de la loi Veil, et ce film raconte comment des femmes, dont Christine, sont allées récolter les signatures du manifeste des 343. Il interroge la stigmatisation des femmes musulmanes et les clivages grandissants qui nourrissent la violence dans la France d’aujourd’hui. Enfin il fait connaître auprès d’un large public une pensée permettant de comprendre les privilèges que détiennent les hommes, notamment celui de violer, le plus souvent en toute impunité.

Nous sommes féministes, engagées collectivement et par notre activité journalistique, scientifique, artistique, dans la cause des femmes. En discutant, en militant, en travaillant avec toutes les femmes, blanches ou non, athées ou croyantes, hétérosexuelles et lesbiennes, nous contribuons à faire émerger un féminisme inclusif, ouvert sur le monde contemporain. A travers la censure du film Je ne suis pas féministe, mais…, c’est ce féminisme là qui est attaqué ; pourtant nous ne cesserons de le défendre, dans la rue le 8 mars, dans notre travail et dans nos vies.

P.-S.

"Je ne suis pas féministe, mais..." sera projeté vendredi 9 octobre au Site Pouchet, 59-61 rue Pouchet, 75017 Paris à 17h. Voir l’agenda complet des projections.