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Malek Boutih, La voix de son maître

par Alain Gresh
23 mai 2005

Malek Boutih défraye en ce moment la chronique à cause des recommandations qu’il vient de produire pour le Parti socialiste en matière de politiques d’immigration, qui reprennent plusieurs thèmes de la droite ultra, de la remise en cause de la double nationalité à des injonctions d’assimilation adressées aux immigrés [1]. Le petit texte qui suit vient rappeler que l’ancien président de SOS Racisme n’en est pas à sa première "sortie" démagogique et réactionnaire contre les immigrés ou leurs enfants.

Vous pensez que tous les parents voudraient que leurs enfants fassent de brillantes études ? Détrompez-vous. Les familles d’origine maghrébine ne font pas les efforts nécessaires, proclame M. Malek Boutih, secrétaire national du Parti socialiste :

« Moi, je dis qu’il y a des parents qui sacrifient, un peu, l’avenir de leurs enfants. Je l’ai vu de mes propres yeux. Je vais dire ce que je pense : quand je vois des parents économiser tout leur argent, tous leurs moyens, pour aller construire un certain visage... une certaine image au bled. Je ne dis pas que c’est leur faute, car c’est lié à plein d’éléments, mais c’est une des vérités qu’il faut dire. Par exemple mettre tout leur argent dans une maison au bled, tout leur argent là-bas, à venir l’été avec une belle voiture, etc. Si on avait aidé les parents à comprendre qu’il valait mieux d’abord investir dans l’éducation, investir dans sa propre maison, ici en France, plutôt que dans celle des vacances, je crois que pour certaines familles, cela aurait aidé. » [2]

N’accusez surtout pas M. Boutih de racisme. Il parle « vrai », répond aux « vraies questions », celles que pose le Front national. Il n’a pas besoin, pour connaître les indigènes, d’aller y voir de près - il y a longtemps qu’il ne peut plus mettre les pieds dans les cités tant il est honni par la jeunesse. Il lui suffit de reprendre le discours dominant. Jadis, dans les colonies, les représentants désignés des communautés indigènes relayaient la voix des maîtres blancs. Les temps ont-ils vraiment changé ?

P.-S.

Ce texte est paru dans Le Monde Diplomatique

Notes

[1] Cf. V. Geisser, "Jean-Marie Boutih ou Malek Le Pen ? Le responsable socialiste monte au "front". Pour lire l’articlepublié sur le site oumma.

[2] « Ripostes », France 5, 5 décembre 2004