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Malek Boutih au coeur du sécuritaire

par Act Up Paris, MIB
15 juillet 2003

Article envoyé au Monde, mais non publié, par des militants d’Act Up et du MIB en juin 2002

Dans un portrait publié dans le Monde du 13 juin 2002, Malek Boutih a donné une vision très personnelle de la banlieue, du racisme et des jeunes qui nous a terriblement choqués. Nous tenons ici à répondre au président de Sos Racisme, association dont l’objet est de combattre le racisme et les préjugés, et non les entretenir. Pourtant, à lire ces propos, on croirait reconnaître les discours les plus sécuritaires, tenus entre autres par Sarkozy, Vaillant et Dray.

Présenté dans ce portrait comme un "dynamiteur de tabous", un "éradicateur d’idées reçues", Malek Boutih ne fait pourtant que reprendre un discours sécuritaire répandu et appliqué : Boutih parle de barbares là où Chevènement parlait de sauvageons. Boutih en appelle à plus de répression pour régler les problèmes de violence, quand Nicolas Sarkozy, depuis deux mois, réalise ce rêve : des contrôles d’identité systématiques, des flash balls, des brigades de la BAC dans les cités, deux morts à Dammarie les Lys. Loin d’être est un éradicateur d’idées reçues, Malek Boutih est dans une ligne politique très classique. Aujourd’hui que la droite est au pouvoir, le discours sécuritaire de SOS Racisme se renforce. Manifestement, le vent tourne, et Malek Boutih l’a bien compris.

Selon lui, le combat des sans papiers est "dépassé" et soutenu par "certains" qui ont recours "au terrorisme intellectuel". Il sait pourtant que 60 000 sans-papiers n’ont pas été régularisés sous le Gouvernement Jospin, que les coordinations de sans papiers organisent constamment des manifestations, des grèves de la faim, des actions d’information sur leur situation. Il sait que chaque jour, et d’autant plus depuis le 5 mai, des arrêtés d’expulsion pleuvent. Quelle est sa légitimité aujourd’hui pour dire à ces hommes et ces femmes dont on a fait des clandestins que ce combat pour leur vie est dépassé ?

Toujours selon Malek Boutih, les jeunes de banlieue sont des "barbares des cités" avec lesquels "il n’y a plus à tergiverser, il faut leur rentrer dedans, taper fort, les vaincre, reprendre le contrôle des territoires qui leur ont été abandonnés par des élus en mal de tranquillité." Il résume la vie dans les cités à un reportage de TF1 où "cinq mille gangsters [qui] terrorisent les quartiers, violent les filles en tournantes, cament leurs petits frères jusqu’à l’os, s’équipent en armes de guerre et tiennent chambres de torture dans les caves". Pour lui, "aujourd’hui, soit on reprend le contrôle des cités, soit on bascule dans la grande délinquance". Sur ce point, son discours ne se distingue pas de celui d’un Jean-Marie Le Pen, d’un Nicolas Sarkozy ou d’un Patrick Devedjian. Que fait-il, sinon stigmatiser la vie en cité, en la réduisant à une violence inouïe ?

Enfin, selon Malek Boutih, "il faut remettre au boulot" la police : "Le plus grand nombre de bavures n’est plus son fait, c’est la racaille qui tue le plus dans les cités". À quoi sert-il de mettre dos à dos violences institutionnelles, notamment les bavures, et violences entre habitants des cités ? À relativiser et nier les premières ? À justifier la police, toujours la police, comme seule réponse aux besoins des personnes ?

Nous sommes tristes pour Malek Boutih, nous sommes tristes pour ceux qui appartiennent à Sos-Racisme et qui se reconnaissent dans ses propos. Nous sommes tristes de le voir attiser des haines, stigmatiser les musulmans en les soupçonnant systématiquement d’intégrisme ; jeter le discrédit sur ceux qui défendent les droits des Palestiniens en les taxant d’antisémitisme. Nous n’avons pas besoin d’un supplément de haine.

Malek Boutih manque singulièrement de dignité et d’amour. L’amour et la dignité que nous avons partagés avec les associations H2B et Bouge qui Bouge lors de la fête de quartier organisé le 15 juin dernier à Dammarie-lès-Lys contre les violences policières. Là-bas, les proches de Xavier Dem, - tué le 21 mai d’une balle dans la tête par un policier - et de Mohammed Berrichi - mort le 23 mai suite à une course-poursuite avec la BAC -, ont montré qu’un autre discours que celui du sécuritaire existait dans la vie en cité. Malgré des violences policières meurtrières, des familles appellent à intervenir autrement en banlieue, à s’organiser pour que la vie y soit meilleure et que les pouvoirs publics offrent d’autres réponses que l’envoi des forces de l’ordre. Des familles et des individus pour lesquels d’ailleurs, le discours de Malek Boutih est d’une autre planète.