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Malek Boutih et le camembert

Entre Malek Boutih et la philosophe Chantal Delsol : un accord presque parfait sur l’intégration

par Collectif Les mots sont importants
8 juillet 2003

Le texte qui suit est un article de Nicolas Weill paru dans le Journal Le Monde. À nos yeux, il peut se passer de commentaires.

Même en période d’intense recomposition intellectuelle et politique, la rencontre entre Chantal Delsol et Malek Boutih, président de SOS-Racisme, avait de quoi surprendre. Organisée par l’Institut Montaigne et HEC-Débats, mercredi 13 novembre, au siège d’Axa, à Paris, sous la houlette de Claude Bébéar, président du conseil de surveillance de la compagnie d’assurances, elle a vu se dessiner un accord presque parfait entre le patron récemment épinglé pour ses propos sur le "suicide de la race blanche" (Le Monde du 30 août), le militant associatif et une philosophe d’inspiration catholique qui se définit elle-même comme "néoconservatrice". Cette dernière est par ailleurs l’épouse de Charles Millon, dont elle assume les choix politiques.

Le débat était ce soir-là consacré au thème "République, intégration et assimilation". Le 10 octobre, Marine Le Pen s’était retrouvée dans ce public, composé d’étudiants et de chefs d’entreprise, à l’occasion d’un débat sur le FN. Mercredi, on y croisait Christiane Taubira.

L’affrontement possible entre le discours ultrarépublicain de M. Boutih, favorable non seulement à l’intégration mais à l’assimilation -"On veut être des Français moyens, aimant le camembert, buvant du pinard et surendettés" - et la vision plus européenne de Mme Delsol n’a pas eu lieu.

Tous deux se sont retrouvés, au contraire, pour dénoncer les "effets pervers" qui bloquent le processus d’intégration. L’une fustige le hiatus grandissant entre un idéal républicain, moral par essence, selon elle, et le faible degré d’engagement civique, produit de l’individualisme. L’autre critique les politiques de la ville d’une "machine administrative" faisant du communautarisme à l’anglo-saxonne sans le dire et confinant les populations noires ou maghrébines dans des ghettos, au lieu de porter haut et fort les couleurs du modèle français.

On tombe également d’accord pour ne pas être trop méchant avec l’électorat de l’extrême droite. "Pour intégrer les étrangers, il ne suffit pas de vilipender les ghettos américains ou d’exorciser les xénophobes", affirme Mme Delsol, et M. Boutih préfère voir dans les millions de votants pour Jean-Marie Le Pen l’indice d’une crise d’identité française et non une adhésion à tout ou partie de son programme. Tous deux trouvent en revanche "raciste" ou "infériorisante" l’image que les médias véhiculent de l’univers ou du lexique des banlieues.

Les divergences n’auront finalement porté que sur des points de détails. La directrice du Centre d’études européennes de l’université de Marne-la-Vallée désapprouve, par exemple, la politique qui consiste à sélectionner des élèves issus des ZEP pour assurer leur entrée à Sciences-Po, méprisante à ses yeux pour ceux qui en bénéficient (elle préférerait l’adaptation des examens). M. Boutih estime, au contraire, qu’une telle initiative a le mérite de l’"expérimentation", reprenant le mot que Jean-Pierre Raffarin met au cœur de sa réforme sur la décentralisation.

P.-S.

Article paru dans Le Monde le 15/11/2002