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Mulholland drive : La clef des songes

Présentation

par Pierre Tevanian
22 octobre 2010

À l’occasion de la rétrospective David Lynch qui a lieu du 13 au 31 octobre à la cinémathèque de Paris-Bercy, nous publierons ce weekend, en huit chapitres, une analyse de son chef d’oeuvre Mulholland Drive – qui sera projeté à la cinémathèque le dimanche 31 octobre – à 21H00. Voici, en quelques mots, les thèses qui vont être développées dans les huit chapitres à venir.

Le film commence comme un thriller, mais il est tout sauf un thriller. Il est d’une beauté formelle rare, mais ce film est tout sauf de l’art pour l’art. Enfin, Mulholland drive est bien entendu un rêve, et bien entendu il fonctionne comme un film à clés, mais le rêve n’est pas le véritable sujet du film. Le rêve n’est qu’un moyen - particulièrement bien approprié - de parler d’autre chose. Mulholland drive est en réalité un film sur l’amour et la haine et sur le deuil, mais aussi une élégie, un monument érigé en hommage aux victimes d’Hollywood, une réflexion anthropologique sur la puissance du cinéma et son influence sur la vie, et même, plus que ça, un pamphlet contre l’ordre hétérosexiste , ou plus largement contre “ l’usine à rêves ” qu’est Hollywood, et contre les effets destructeurs de ce “ rêve ” sur la subjectivité de masse.

Tout cela, à travers une histoire : l’histoire de Diane Selwyn et Camilla Rhodes, victimes d’Hollywood.

Pour dire les choses d’une manière plus précise : Mulholland drive est une histoire de revanche et de vengeance. L’histoire d’une même femme qui, sous deux identités, l’une réelle, l’autre rêvée, se venge deux fois. Diane Selwyn se venge tout d’abord du mal que lui a fait Camilla Rhodes, la femme qu’elle aime, en la faisant assassiner ; puis, une fois cette première vengeance accomplie, elle se rend compte que ce n’est finalement pas de cette femme qu’il fallait se venger, mais de tous les autres : d’un homme - et au-delà de cet homme, d’un système - qui lui a volé l’objet de son désir.

Cette seconde vengeance, c’est par le rêve qu’elle l’accomplit, celui-ci assurant, selon le mot de Freud, “ la revanche du principe de plaisir sur le principe de réalité ” . Revanche de l’actrice de second rang sur le Star system qui n’a pas su lui faire de place, mais aussi, plus largement, revanche des dominés sur les dominants et de la minorité sur la majorité : revanche de Sierra Buonita sur Sunset Boulevard et Mulholland drive, revanche du petit peuple des provinciaux, des seconds couteaux et des nettoyeurs de piscine sur le Gotha hollywoodien, revanche des femmes sur les hommes, et revanche de l’amour homosexuel sur l’ordre hétéro-sexiste qu’incarne Adam Kesher.

Sommaire

I . Description du film dans l’ordre de son déroulement

II. La véritable histoire de Diane Selwyn, restituée dans l’ordre chronologique

III. “ Someone’s in trouble ” (Une mort annoncée)

IV. “ An accident in Mulholland drive ” (Les trois morts de Diane Selwyn)

V. “ You’ve come back ” (Le retour à la vie de Camilla Rhodes)

VI. “ We’ll pretend to be someone else ” (Problèmes d’identités)

VII. “ I’m in love with you ” (Diane et Camilla)

VIII. “ This is no longer your film ” (La revanche prise sur Hollywood et sur Adam Kesher)

Conclusion