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Naissance d’une nation blanche (Troisième partie)

Annexe sur le livre de Melvyn Stokes, D.W. Griffith’s The Birth of a nation

par Enrique Seknadje
5 mai 2010

Après avoir terminé la rédaction de ce texte, j’ai pris connaissance du livre récemment publié par Melvyn Stokes : D.W. Griffith’s The Birth of a nation – A History of « The Most Controversial Motion Picture of All Time » [1]. Un ouvrage d’importance, fourni et bien documenté. Je m’y suis plongé pour voir ce que je pouvais y trouver d’intéressant et de notable relativement aux points que j’aborde à titre personnel.

Première partie

Deuxième partie

Entre beaucoup d’autres choses, Stokes évoque de manière relativement objective la façon dont la Commission de la Censure (The National Board of Censorship of Motion Pictures) a reçu le film, quelles légères modifications elle a obligé Griffith à apporter à son œuvre. Il parle des tentatives de l’Association Nationale pour le Progrès des Gens de Couleur (The National Association for the Advancement of Colored People – NAACP) pour faire interdire ou censurer le film, généralement au niveau local, d’un Etat ou d’une ville, avant et après sa réalisation, lors de ses projections à travers les Etats-Unis. Il nous apprend que ces tentatives ont globalement échoué, même s’il est arrivé que le film soit interdit par les autorités locales dans certaines villes, et il explique pourquoi. Il rend compte des manifestations de protestations, des violences qui ont accompagné la projection de The Birth of a nation dans diverses métropoles à travers le pays. Il explique comment le Ku Klux Klan s’est servi du roman de Thomas Dixon et du film de Griffith pour retrouver une nouvelle vie à partir de 1915 – le KKK avait été officiellement interdit en 1877.

L’auteur évoque aussi un point peu connu : comment la lutte menée sur le plan politique contre le racisme, le ségrégationnisme et le film de Griffith l’a été aussi ou a tenté de l’être sur le plan culturel. Comment certains Américains ou Afro-Américains ont essayé de contrecarrer les effets jugés négatifs de The Birth of a nation en réalisant des œuvres rétablissant une certaine vérité historique, rééquilibrant les choses, répondant à certaines assertions jugées partiales et fausses véhiculées par le film.

On apprend ainsi qu’une pièce de théâtre, The Star Of Ethiopia, a été écrite en 1911 par William Edward Burghardt Du Bois, et représentée en 1913 [2]. Du Bois était un intellectuel noir, militant activiste pour la défense et la promotion des droits civiques, qui a appartenu au NAACP. Qu’un scénario a été rédigé par Elaine Sterne pour la Universal Film Manufacturing Company de Carl Laemmle mais qu’il n’a pas été porté à l’écran : Lincoln’s Dream [3]. Qu’un film, The Birth of a Race, a été écrit et réalisé en 1918 par John W. Noble comme une réponse directe au film de Griffith [4].
Stokes ne dit pratiquement rien de The Birth of a Race, ne donne pas de références bibliographiques concernant ce film très rare. Précisons que l’on pourra se reporter, pour se faire une idée de celui-ci, au texte de Thomas Cripps : « Following the Paper Trail to The Birth of a Race and Its Time » [5]. Cripps cite entre autres la critique acerbe de Variety du 6 décembre 1918 qui attaque le film sur le plan artistique et également en ce qui concerne la façon dont il aurait été produit [6].

Stokes montre dans son ouvrage comment Griffith croit et fait croire que le cinéma serait capable non pas tant de re-présenter l’Histoire que de la présenter, de l’actualiser. Et ce d’autant plus qu’il aurait réalisé The Birth of a nation en s’appuyant sur des écrits historiques, des documents d’archives, des témoignages directs… ce qu’il ne manque pas de faire savoir. Mais l’auteur du livre affirme bien que si la première partie donne des indications historiquement justes - tout en faussant parfois la réalité, par exemple en ne mentionnant pas l’agression sudiste qui fut officiellement à l’origine de la guerre : l’attaque du Fort Sumter -, la seconde est beaucoup plus floue, erronée, et que le but de l’opération est probablement captieux :

« Si The Birth of a nation pouvait être reconnu comme moment d’ « histoire » dans sa première partie, à travers la ré-création d’événements historiques, la crédibilité de la seconde partie, largement fondée sur la fiction extravagante de Dixon, en serait grandement renforcée. » [7]

Concernant la séquence du film représentant la « déportation » des Noirs en Afrique, qui aurait été montrée lors de la projection, de la « première » du 8 février 1915 à Los Angeles, et aurait été ensuite éliminée par « les » auteurs du film, Stokes n’apporte pas d’informations supplémentaires importantes [8].

Pour ce qui concerne Seymour Stern, nous apprenons que sa défense du film de Griffith commence dès juillet 1945 dans la revue Sight And Sound. Stokes considère Stern comme un anti-communiste endurci et évoque, citations à l’appui, une polémique qui l’a opposé à propos de The Birth of a nation à un certain E. L. Cranstone dans les colonnes de Sight And Sound [9].

Portfolio

Notes

[1] Oxford University Press, New York, 2007.

[2] Cf. Ibid., p.167.

[3] Cf. Ibid., p.166.

[4] Cf. Ibid., p.167.

[5] In Film & History, vol. XVIII, n° 3, september 1988.

[6] Vol. LIII, n°2.

[7] Ibid., p.177 [Notre traduction].

[8] Cf. simplement Ibid., note 29, p.295.

[9] Cf. Ibid. pp.254 et sq.