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Ne me fais pas rire, Bozo

Dialogue philosophique

par Sebastien Fontenelle
24 avril 2011

Avertissement : le dialogue qui suit, fidèlement restitué par notre ami Sébastien Fontenelle, est une causerie philosophique de plutôt haute volée, abordant des questions éthiques, politiques, historiques, ethnographiques et géostratégiques pointues.

Apprenant que la Ligue arabe comptait demander au Conseil de sécurité de l’ONU d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la bande de Gaza, pour empêcher l’aviation israélienne d’y intervenir, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard-Henri Lévy, a déclaré :

– Je reconnais bien là l’impudente impétuosité des farouches Seigneurs des Sables, avec qui je libérus naguère Aqaba [1] de la férule ottomane (salut à toi, Shérif Ali, salut à toi, mon vieil ami) – mais redevenons deux minutes sérieux, s’il vous plaît : depuis quand la Ligue arabe serait-elle devenue un interlocuteur crédible, alors même qu’il s’agit, son nom l’indique, d’une ligue factieuse, principalement constituée d’Arabes vendus aux grands muftis nazis de Jérusalem ?

– Mais depuis que nous quérûmes leur accord, avant de faire en Libye cette « juste » guerre où vous nous précipitîtes le mois dernier, Maître, lui a aussitôt répondu son fidèle disciple Gilles Hertzog.

– Ha, ha, ha, ne me fais pas rire, Bozo, mes lèvres ont séché sous le rude soleil de l’Égypte (où j’émancipus l’autre jour l’indigénat sous-éduqué de la férule hosnimoubarique) : ce n’est pas du tout la même chose – en Libye, que je sache, nous sommes allés b(o)uter un tyran qui faisait tuer d’innocent(e)s civil(e)s (IC).

– Nous avons b(o)uté Kadhafi ?

– Non, mais c’est l’intention qui compte – comme dit toujours mon fidèle amichel Houellebecq quand il essaie de mobiliser plus d’un neurone sur les trois dont l’a doté Mère Nature.

– Et à Gaza, le gouvernement israélien ne tue-t-il pas aussi des IC ?

– Mais pas du tout, glauque crapule révisionniste : à Gaza, comme au Liban, l’Occident des Lumières riposte à des tirs de roquettes terroristes, comme l’a récemment reconnu Richard Goldstone (qui a signé des aveux complets).

– À plusieurs centaines de victimes civiles la riposte, dont plein d’enfants, c’est quand même un peu tendu, non ?

– Écoute, Duschtroumpf, moi, si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais de faire le con dans la nuit, comme disait Robert Pandraud, qui m’est non moins que Jean-Baptiste Botul une permanente source d’inspiration – puis, d’autre part, n’étant pas (du tout) un expert de ces difficiles affaires militaires, je ne saurais juger si la juste mais légitime défense israélienne est disproportionnée.

– Attends, Joe, ça fait un mois que tu nous expliques en long et en large comment nous devons guerroyer en Libye, et là, tu te pointes et tu nous dis que tu connais que dalle au sujet ?

– Je vais te le dire une bonne fois pour toutes, sale petit antisémite : il est hors de question que la France de Voltaire laisse appliquer les mêmes règles à Kadhafi, le boucher des Balkans, et à Netanyahou, qui est la seule démocratie de la région – capisce ?

– C’est dans les Balkans, la Libye ?

– Hors de ma vue, vermisseau de la Pensée.

P.-S.

Ce texte est paru dans Politis du 14-20 avril 2011, nous le republions avec l’amicale permission de son auteur.

Notes

[1] Pour plus de détails sur cette extraordinaire odyssée, (re)voir le magnifique Bernie d’Arabie, avec Peter O’Toole dans le rôle d’Helmut Kôhl.