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Pour les droits des femmes, contre les exclusions, pour un monde plus solidaire

À propos de la Marche mondiale des femmes du 29 mai 2005

par Collectif des Féministes Pour l’Égalité
5 juin 2005

Le texte qui suit relate les joies mais aussi les déboires vécus par le Collectif des féministes pour l’égalité lors de la Marche Mondiale des Femmes organisée à Marseille les 28 et 29 mai 2005. Des déboires que le collectif rencontre depuis sa naissance en 2004, toujours pour la même raison : il y a dans ce groupe féministe des femmes musulmanes portant le foulard - ce qui rend certain-e-s féministes d’autres groupes particulièrement violentes.

Nous, femmes du Collectif des Féministes pour l’Egalité, voilées, non voilées, croyantes, athées et agnostiques, françaises et étrangères, sommes venues à la Marche Mondiale des Femmes à Marseille pour défendre les droits de toutes les femmes à la liberté, la dignité et l’égalité.
Si certaines organisations et militantes féministes nous ont mises à rude épreuve en exerçant à notre égard un véritable harcèlement moral, ces deux journées du 28 et 29 mai ont surtout été pour nous l’occasion de mesurer la solidarité de nombreuses femmes venues de France, d’Espagne, de Pologne, d’Afrique ou d’ailleurs contre l’exclusion et pour l’égalité. Nous les en remercions chaleureusement.

Malgré certaines pratiques d’ostracisme, nous avons pu faire entendre notre voix : l’une d’entre nous a défendu à la tribune du forum « pouvoir et démocratie en Europe » l’idée d’une citoyenneté qui permette l’accès de toutes les femmes à la sphère politique. Elle a aussi plaidé pour l’inscription de la laïcité dans le projet européen, seule à même de garantir le droit au divorce et à l’avortement. Lorsqu’elle s’est élevée contre une version répressive de la laïcité qui renvoie les femmes musulmanes qui portent un foulard à la sphère domestique, en limitant notamment leur accès au travail et à l’éducation, la réprobation manifestée par certaines n’a pas réussi à faire taire les nombreuses femmes qui ont manifeste leur solidarité.

Si les manifestations publiques du dissensus font partie du jeu politique du forum, comment néanmoins ne pas souligner à quel point la prise de parole est difficile et courageuse ? Ainsi lorsque d’autres membres de notre collectif, en particulier celles portant foulard, ont voulu s’exprimer à leur tour, elles ont été coupées et conspuées, bien que rien dans leurs propos ne leur vaille un tel accueil : elles n’ont cessé d’affirmer en préambule que le droit de porter un voile allait de pair avec celui de ne pas le porter ! Dans les forums comme sur la pelouse, certaines femmes ont voulu nier à d’autres femmes la parole et le droit de lutter ensemble contre la domination masculine et les effets dévastateurs du néo-libéralisme.

Toutefois les élans de sympathie ou de curiosité ont permis de dépasser les tentatives de ségrégation qu’auraient voulu imposer certaines : partout, lors de discussions informelles, nous sommes parvenues à avoir des échanges francs et sans tabou ; nous avons ainsi tissé de nouveaux liens et nous nous en réjouissons.

De même, pendant la manifestation, nous avons défilé avec des associations de femmes marseillaises et notre présence festive s’est faite entendre. A nouveau, notre volontarisme nourri par la conviction de la justesse de notre lutte a permis de surmonter bousculades et invectives visant à nous marginaliser comme si nous étions une présence honteuse dont il faudrait se défaire.

Reste que si nous assumons avec détermination les difficultés du rapport de forces politique, il existe des agressions que l’on ne peut tolérer : ainsi, sur le quai de la gare Saint Charles, puis à l’intérieur du train même, une poignée de femmes se sont appliquées à vouloir nous humilier. Sur le quai, l’une d’entre elles a même tenté d’empêcher certaines d’entre nous, au prétexte de leur foulard, de monter dans le train, en osant affirmer qu’elles ne les reconnaissaient pas comme participantes à la Marche Mondiale... Nous avions pourtant payé nos billets, à l’aller comme au retour, comme les autres et nous étions regroupées ! « Les voilées, elles ne sont pas de la Marche » se mit-elle à nous huer. Puis, dans le train, elles continuèrent à nous provoquer en parlant à voix haute devant les passagers, allant jusqu’à taxer les non voilées de « gardes du corps » qui n’avaient pas intérêt à venir sur leur « territoire », comme si le féminisme était leur chasse gardée...

De quel féminisme peuvent-elles se réclamer quand elles exercent une telle violence à l’égard d’autres femmes ? Défendre les droits des femmes, affirmer la « solidarité avec les femmes du monde entier » comme le disait un des slogans de la marche, ce n’est pas le nier à d’autres. Nous pouvons avoir des désaccords ; en débattre est sain. Il ne s’agit nullement d’effacer les divergences mais simplement d’exiger le respect de la dignité de chaque femme. On nous reproche souvent dans un procès d’intention de réclamer une solidarité à sens unique, mais si de telles pressions s’exercent sur nous chaque fois que nous souhaitons nous joindre au mouvement féministe, comment cela est-il possible ? Depuis la manifestation du 8 mars 2004, puis pendant celle pour la défense du droit à l’avortement jusqu’à cette rencontre mondiale à Marseille, les agressions sont récurrentes : cela suffit !

Aujourd’hui encore plus soudées que jamais, résolues à défendre un féminisme pluriel, fières de notre mixité culturelle et sociale - le meilleur antidote contre l’exclusion et les replis communautaires étroits - nous affirmons notre détermination à conquérir le droit pour toutes les femmes de vivre dans un monde sans violence ni discrimination au prétexte du genre.