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Quand il suffit d’une rencontre…

Chroniques d’une voilée désabusée (10)

par La Voilée
5 août 2009

Au cours de l’année 2008, un blog aussi éphémère que mémorable a présenté pendant quelques mois les « chroniques d’une voilée désabusée », mêlant avec bonheur, intelligence, drôlerie et colère des anecdotes, analyses et coups de gueule autour d’un même sujet : le quotidien éprouvant pour les nerfs d’une étudiante de vingt ans qui a eu la mauvaise idée, « au pays de Voltaire », d’être musulmane et de couvrir ses cheveux d’un foulard… Interrompu en septembre 2008 et rapidement fermé, ce blog intitulé « Va te faire voiler ! » méritait une nouvelle vie. C’est chose faite, avec l’amical accord de l’auteure qui, retournant le stigmate, a choisi de se nommer, tout simplement, « la voilée ». Nous publierons donc, quotidiennement jusqu’à la fin de l’été, une large sélection de ce que nous estimons être, dans la France de 2009, des mots importants.

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Il aura suffi d’une rencontre pour :

- qu’un ancien journaliste à ********** (le nombre d’étoiles correspond au nombre de lettres correspondant au nom du quotidien qui correspond... ;D), ancien prof à Sciences-po, et prof en école de commerce, ait un autre regard sur le voile et surtout, sur celle qui le porte...

- qu’un chercheur en socio des orga, entrepreneur et prof en école de commerce s’aperçoive que sous voile, il y a autre chose que des cheveux...

- que je me rende compte que je trouverais peut être la sérénité ailleurs ...

C’était en juillet dernier. J’ai participé à une école internationale d’été pour jeunes entrepreneurs (de l’extrême gauche, on passe à l’entreprenariat... la voilée est pleine de paradoxes ! En fait, elle a surtout compris qu’il fallait investir les différents champs sociétaux ;D).

J’ai rencontré des Québécois, des Marocains, un Sud Africain, un Turc, un Polonais, un Libanais, une Palestinienne, une Lettonne, des Français, une Italienne, un Macédonien, un Burkinabé... avec qui j’ai vécu une expérience inoubliable. J’ai également appris beaucoup de choses, moi qui détestait mes cours de gestion en première année. Mais Surtout, je me suis sentie à l’aise pour la première fois de ma vie en société, grâce :

- aux étudiants venus des quatre coins du monde, qui n’ont jamais fait de réflexions sur mon hijab (big up aux Québécois !!!). A un moment, j’ai cru que j’avais oublié de le porter, tellement j’avais l’impression d’être chez moi, ou parmi mes semblables.

- aux coaches, et notamment aux deux étrangers du groupe, une Québécoise et un Américano-libanais, qui m’ont toujours jugé sur le travail que je fournissais et sur rien d’autre ! J’ai eu du mal, au début, avec les deux autres coaches qui eux étaient ... français. Finalement, j’ai pu m’entendre avec eux, même s’il a fallu avant montrer que la voilée n’était pas illettrée et qu’en plus, elle était française... dans les papiers ! (quand j’ai débarqué le premier jour, on m’a demandé si j’étais L, l’étudiante qui venait d’Abu Dhabi... rien que ça). Je sais qu’il subsiste encore certains préjugés (mais en tout cas, ils ne m’ont jamais manqué de respect ... certes, l’hypocrisie à la française).

- à N et B (cf le 1/3 qui est de lui), avec qui j’ai beaucoup discuté, rigolé, sans être préoccupée par mon hijab et les réactions qu’il aurait pu susciter ...

En résumé :

Une fois dans sa vie, en France (mais ça n’a duré que deux semaines), la voilée n’a pas "n3al bou(é) la France". Une fois dans sa vie, au pays du camembert qui pue, on ne l’a pas sondé du regard, ni agressé verbalement.

Mais pourquoi ? Pourquoi ce miracle ? Je pense qu’il est grandement dû au fait qu’il y avait plus d’étrangers que de Français...

Que doit-on en déduire ? Faut-il s’expatrier pour se sentir bien ? (ou au moins se sentir logiquement étrangère dans un pays qui n’est pas le sien).

En attendant, et au grand dam de tous les affreux qui visitent (de plus en plus) cet espace, la voilée restera ici !!!

La France, tu l’aimes ou tu la quittes !

Je ne l’aime pas, mais je ne la quitterai pas (définitivement :D) !

Llibra imout, imout...

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P.-S.

Ce texte est paru pour la première fois sur le blog « Va te faire voiler ! » le 17 janvier 2008