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Sœur Caroline est de retour

A propos des dernières affabulations de Caroline Fourest

par Pierre Tevanian
25 octobre 2004

Caroline Fourest, rédactrice en chef de la revue Prochoix et co-auteure, avec Fiammetta Venner d’un fort mauvais livre sur "les intégrismes religieux" [1], est désormais fameuse pour sa remarquable capacité de mensonge [2]. Certains la surnomment même "la Marie Léonie de l’IMA", depuis qu’elle a inventé de toutes pièces un "traquenard" et une agression "raciste, sexiste et homophobe" organisés contre sa personne et celle de sa collaboratrice Fiammetta Venner par l’IMA (Institut du Monde Arabe) et le Hezbollah ! [3]. La "Marie-Léonie de l’IMA" est aujourd’hui de retour, avec un livre intitulé Frère Tariq...

Ce livre se présente comme une "enquête sur Tariq Ramadan", mais il ressemble fort à un pamphlet contre une partie de la gauche française. En effet, le livre s’achève par une mise en cause de la Ligue des droits de l’homme, du Monde diplomatique, du MRAP, du journaliste au Monde Xavier Ternisien, du Collectif Une école pour tous et toutes, de la militante féministe Christine Delphy et de quelques autres, qui ont pour point commun non pas une quelconque proximité avec Tariq Ramadan (beaucoup d’entre eux n’ont aucune connivence intellectuelle ou politique avec Tariq Ramadan) mais simplement le refus de diaboliser Ramadan, et surtout le souci de lutter contre tous les racismes, donc aussi contre l’islamophobie, et enfin l’opposition à la loi interdisant le voile à l’école.

Je ne parlerai pas ici de Tariq Ramadan. Le collectif Les mots sont importants a déjà publié un texte de Sadri Khiari, qui à nos yeux exprime très bien toute la distance qui nous sépare de sa pensée politique. Je ne tenterai pas non plus de relever tous les raccourcis, amalgames, simplifications, interprétations malveillantes, que contient le livre de Caroline Fourest. Je me contenterai, parce que j’ai d’autres chats à fouetter, de montrer, sur un très court échantillon, que "Sœur Caroline" n’a rien perdu de sa légendaire mauvaise foi. Par narcissisme, et parce que c’est un sujet que je connais assez bien, je me contenterai de parler de Pierre Tévanian, c’est-à-dire de moi-même, à qui deux pages (les pages 366 et 367) sont consacrées dans Frère Tariq.

1. Caroline Fourest affirme tout d’abord que je suis un exemple typique de ces militants de gauche qui, par antiracisme mal compris, "succombent aux sirènes de l’islamisme".

Aucun fait ne vient étayer cette accusation. Et pour cause : dans les trois livres que j’ai publiés, dans les dizaines d’articles que j’ai écrits et dans les plus de 300 textes en ligne sur le site que je co-anime avec Sylvie Tissot, on ne trouve pas une ligne exprimant la moindre connivence ou complaisance avec une quelconque doctrine islamiste. On y trouve en revanche un long texte de Sadri Khiari proposant une critique radicale de la pensée de Tariq Ramadan, ainsi que de nombreux textes prenant parti pour une complète égalité de traitement entre hommes et femmes et entre couples homosexuels et hétérosexuels [4] Bon début, Sœur Caroline !

2. L’auteure affirme ensuite que le site "Les mots sont importants" se caractérise par "un tiers-mondisme caricatural".

Là non plus, aucun exemple ne vient étayer l’accusation, elle-même extrêmement floue. En effet, qu’est-ce que le "tiers-mondisme caricatural" ? Et en quoi est-ce si accablant ? Sœur Caroline ne nous en dit rien. Pour elle, le simple label "tiers-mondisme" est suffisamment péjoratif. On ne voit pas, pourtant, en quoi placer le Tiers-Monde au centre de ses préoccupations est si critiquable. Quoi qu’il en soit, il se trouve que le mot "Tiers-monde" n’apparaît dans aucun des 300 textes publiés sur notre site.

3. Pour moi, toujours selon Sœur Caroline, "tout est colonisation" !

Là encore, aucune explication n’est donnée. La réalité est que dans plusieurs textes, je rattache à l’idéologie coloniale non pas "tout", mais certains discours bien précis (que je cite) sur "les immigrés", "les jeunes des banlieue" ou les "arabo-musulmans", et certains dispositifs politiques (ou policiers) bien précis (que je nomme également : la double peine, les couvre-feux, les lois instaurant une responsabilité collective...). Caroline Fourest considère-t-elle que ces discours et ces dispositifs n’ont rien de colonial ? Il serait intéressant qu’elle le dise clairement... Cela serait d’autant plus intéressant que, dans sa revue Prochoix, sa principale collaboratrice Fiammetta Venner a, dans un passé récent, consacré une pleine page à encenser un de mes livres, Stop quelle violence ? (co-écrit avec Sylvie Tissot), dans lequel un chapitre est consacré à la dimension colonialiste des politiques sécuritaires. L’article de Fiametta Venner s’ouvre par ces mots : "À lire absolument !", et il se conclut par une invitation à "faire lire massivement ce livre" [5]. Et un an plus tard, toujours dans la revue de Caroline Fourest, Aline Baïf fait à nouveau référence à mon livre, en le qualifiant d’ "excellent" [6].

3. Sœur Caroline affirme ensuite que j’accuse SOS Racisme et Ni putes ni soumises "d’entretenir l’islamophobie ambiante".

Là encore, aucun texte n’est cité. Or, s’il est exact que SOS Racisme et Ni putes ni soumises sont critiqués sur notre site, l’accusation d’ "entretenir l’islamophobie" n’est pas formulée.

4. Sœur Caroline affirme ensuite que j’accuse "tous les mouvements dénonçant les viols, le sexisme et l’homophobie dans les cités" de "stigmatiser les banlieues comme des boucs émissaires".

Là encore, Sœur Caroline ne cite aucun texte. Or, dans les textes en question ("La logique du bouc émissaire" et "Sexisme et homophobie : le traitement médiatique et ses impasses", un seul mouvement est mis en cause : Ni putes ni soumises. Caroline Fourest considère-t-elle que ce satellite du Parti socialiste est la seule association féministe qui combat le sexisme en banlieue ? Il faudrait alors qu’elle enquête davantage. Par ailleurs, dans ces textes qui figurent sur notre site, il est dit explicitement qu’il y a bien des viols, du sexisme et de l’homophobie en banlieue, et qu’il est nécessaire de les dénoncer ! Ce que critiquent ces textes, c’est tout autre chose : c’est le fait de ne pas parler des mêmes phénomènes lorsqu’ils ont lieu ailleurs qu’en banlieue, et de suggérer par là même que ces " banlieues " sont des enclaves d’arriération et de sexisme au milieu d’une France égalitaire et émancipée.

5. Caroline Fourest écrit ensuite que je suis "surtout l’auteur de petits livres comme ’Le racisme républicain’, assimilant systématiquement l’idéal républicain à du racisme alimentant la paranoïa sécuritaire".

Il est tout d’abord amusant de voir que, si elle ne mentionne qu’un seul titre, Sœur Caroline met en cause la totalité de mes "petits livres". Or, comme je l’ai rappelé plus haut, l’un de mes trois petits livres a été à deux reprises recommandé plus que vivement dans la revue de Caroline Fourest ! Quant au troisième petit livre, le Dictionnaire de la lepénisation des esprits (également co-écrit avec Sylvie Tissot), son contenu ne semble pas avoir choqué Caroline Fourest outre mesure, puisque la revue dont elle est rédactrice en chef a publié, en juillet 2002, un article signé "Prochoix-Toulouse", qui, sans nous citer, reprend sur deux pages (les pages 13 et 14 du n°21 de Prochoix) la thèse principale du Dictionnaire de la lepénisation des esprits, en recopiant, souvent au mot près, plusieurs phrases de ce petit livre. Si la thèse de ce petit livre avait été si scandaleusement hostile à "l’idéal républicain", Caroline Fourest l’aurait-elle accepté dans sa revue ?

Sœur Caroline omet enfin de dire que la revue qu’elle dirige a publié très récemment un de mes textes ! En effet, en mai 2003, dans le numéro 25 de la revue Prochoix, figurait un texte signé Pierre Tévanian et Sylvie Tissot, intitulé "La mixité contre le choix", et consacré à la critique des politiques publiques de "lutte contre les ghettos" et de promotion de la "mixité sociale". Étrange manière de traiter quelqu’un qui a "succombé aux sirènes de l’islamisme" ! Je précise que mon opposition à l’interdiction du voile était à ce moment-là connue de la revue Prochoix, puisque dans le même numéro était reproduite et commentée la pétition "Oui à la laîcité, non aux lois d’exception", adressée par moi-même à la revue. Par ailleurs, cette position anti-prohibitionniste était exprimée dans chacun de mes trois petits livres, y compris dans Stop quelle violence ?, encensé à deux reprises par Prochoix.

6. Sœur Caroline, fidèle à sa méthode, ne cite bien entendu aucun texte prouvant que j’assimile "systématiquement l’idéal républicain à du racisme".

Et pour cause, là encore : ce qui est attaqué dans Le racisme républicain, mais aussi dans d’autres articles publiés en ligne sur le site Les mots sont importants, ce n’est jamais "l’idéal républicain", ni même "la République" (je ne tiens jamais de discours aussi vagues), mais des réalités sociales et politiques précises, nommées, analysées, parmi lesquelles : la législation sur l’entrée et le séjour des étrangers en France, la place réservée aux sans-papiers dans la division du travail, la double peine, les lois de "préférence nationale" qui interdisent aux résidents étrangers non-ressortissants de l’Union européenne près de 30% des emplois existant en France, l’impunité de fait dont bénéficient presque toujours les abus policiers, y compris les homicides, l’absence de travail de mémoire et de réflexion critique sur le passé colonial, la non-reconnaissance de crimes coloniaux comme le crime du 17 octobre 1961 ... Caroline Fourest considère-t-elle que j’ai tort de dénoncer ces faits ? Considère-t-elle qu’en dénonçant ces faits, c’est "l’idéal républicain" que je mets en cause ? Si oui, force est de constater que nous n’avons pas la même conception de l’idéal ! Cela dit, pour ma part, c’est toujours au nom des idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité que je mets la République face à ses contradictions et ses défaillances.

En d’autres termes : si par "République" on entend la manière dont les classes dirigeantes invoquent et gèrent la République dans la réalité, alors oui, mes écrits sont "anti-républicains" ; mais si par "République" on entend l’idéal républicain, et si par "idéal républicain" on entend "liberté, égalité, fraternité", alors tous mes écrits sont farouchement républicains. Cette distinction entre les idéaux et la réalité, je l’ai faite à de nombreuses reprises, aussi bien dans Le racisme républicain (Chapitre 3 que dans d’autres textes (notamment "La République à l’épreuve du voile"), et elle ne me semble pas très difficile à comprendre. Pourtant, Sœur Caroline n’a pas compris - ou peut-être n’a-t-elle pas voulu comprendre.

7. Page 367, Sœur Caroline conclut que tout ce qui précède fait de moi l’ "allié objectif" idéal des "islamistes". Et elle en veut pour preuve (unique !) la reprise d’un de mes textes sur le site de l’UOIF (Union des Organisation Islamiques de France).

Elle omet naturellement de dire qu’une mise au point figure depuis octobre 2003 sur le site Les mots sont importants, indiquant que l’UOIF a repris ce texte sans notre accord, et que nous avons demandé qu’il soit retiré de leur site [7]. Elle omet aussi de dire qu’un article d’une de ses collaboratrices, Liliane Kandel (membre du comité de rédaction de la revue qu’elle dirige), a été lui aussi repris, sans son accord, par des sites d’extrême droite anti-arabes ("SOS France" et "SOS Occident"), et que si je raisonnais de manière aussi sommaire et malveillante que Sœur Caroline, je pourrais moi aussi conclure à une "alliance objective" entre sa revue Prochoix et cette extrême droite. Mais que Sœur Caroline se rassure : je ne suis pas aussi malveillant qu’elle [8]

8. Sœur Caroline prétend que l’ article repris contre mon gré par le site de l’UOIF s’intitule "Le féminisme à visage inhumain", ce qui laisse entendre que c’est le féminisme dans son ensemble que je "mets en accusation".

Impayable Sœur Caroline ! Une fois de plus, tu n’as pas pu t’empêcher de mentir ! L’article en question s’intitule en réalité "Un féminisme à visage inhumain", ce qui indique bien que la cible de mon article était beaucoup plus circonscrite. À dire vrai, si l’on se réfère au texte en question, c’est même une toute petite partie du mouvement féministe qui est en cause : un tout petit texte, une toute petite tribune rédigée par Anne Zelensky et Anne Vigerie, demandant l’interdiction du voile, à l’école dans un premier temps, puis dans la rue "si les agressions contre des femmes non-voilées se poursuivent" ! Mon article prend même la peine de préciser que c’est au nom de principes féministes que je m’oppose à leur volonté d’interdire, et il se conclut par la remarque suivante : le "visage inhumain" qu’Anne Zelensky et Anne Vigerie donnent dans leur tribune au féminisme est "un visage auquel le féminisme ne nous avait pas accoutumés" !

9. Sœur Caroline prétend que ce que je reproche à Anne Zelensky et Anne Vigerie est leur refus de "soutenir le port du voile à l’école".

Sœur Caroline ! En réalité, ce que je reproche à tes amies est leur volonté d’interdire le voile, et donc leur consentement à l’exclusion d’une élève au seul motif qu’elle n’est pas prête à retirer son voile. Ce n’est pas la même chose : je ne me bats pas "pour le port du voile" (ce qui signifierait que je souhaite que toutes les collégiennes et lycéennes portent le voile), mais pour le droit de le porter quand on le souhaite, et surtout contre l’exclusion de celles qui le portent (que ce soit par choix ou par pression de l’entourage). Là encore, la différence, pourtant simple à comprendre, a échappé à Sœur Caroline.

Au terme de cette lecture des pages 366 et 367 de Frère Tariq, il semble que Sœur Caroline soit affectée par une légère baisse de tension : en décembre 2003, elle publiait à mon sujet un "Communiqué" de deux pages qui contenait une trentaine de contre-vérités (voir à ce sujet "Prochoix : le choix de la calomnie"). En octobre 2004, le rendement est moins bon : seulement neuf contre-vérités (ou mensonges par omission). Cela dit, Sœur Caroline s’en sort malgré tout honorablement si l’on prend en compte sa capacité de durer : en juillet dernier, avec son histoire d’"agression antisémite dans le RER D", Marie Léonie n’avait réussi à abuser les grands médias que pendant quelques jours ; Sœur Caroline, elle, continue après plusieurs mois d’être invitée sur les plateaux de télévision, et elle vient même d’obtenir la Une de L’Express, ainsi qu’un dossier de plusieurs pages, pour sa dernière œuvre, Frère Tariq. Bravo, sœur Caroline.

P.-S.

P.S. Ce succès médiatique va de pair avec un silence quasi-complet des grands médias sur les dévoilements forcés ou les exclusions dont sont victimes, depuis la rentrée 2004, des centaines de collégiennes ou de lycéennes. Soeur Caroline, tu peux être fière de toi.

Notes

[1] Voir la critique qu’en propose Sadri Khiari

[3] Sur ce lamentable épisode, qui suscita un démenti officiel de l’IMA, voir le témoignage de Dahouia Assoul, Djamila Bechoua, Anne-Charlotte Dommartin et Monette Guyard

[4] Il est d’ailleurs amusant de relever qu’au printemps dernier, lorsque fut lancée la campagne pour le droit au mariage pour les couples homosexuels, le site "Les mots sont importants" s’associa à la campagne en publiant plusieurs textes sur la question, tandis que le site ProChoix, dont cette question était pourtant, jusqu’à un passé récent, un des terrains d’action privilégiés, ne publia rien du tout. Pendant cette campagne pour le droit au mariage homosexuel, la une du site "Prochoix" ne proposa qu’un communiqué se réjouissant de l’expulsion de l’Imam de Vénissieux et un communiqué intitulé "Pierre Tévanian ou la gauche provoile", m’accusant de connivence avec Tariq Ramadan et "les islamistes".

[5] Prochoix, n°18, été 2001, p. 43

[6] Prochoix, n°21, été 2002, p. 28

[8] Sur cet épisode, cf. aussi "Pieux mensonges ". Cf. aussi "Après la calomnie, l’intimidation", qui prouve que Sœur Caroline a eu connaissance des faits que j’évoque avant d’écrire Frère Tariq