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Soutien aux exilé·e·s occupant·e·s de Paris 8

Pour une fac ouverte à tous-tes

par p4bl0
7 février 2018

Je suis maître de conférences en informatique à l’Université Paris 8 – Vincennes à Saint-Denis. Depuis le 30 janvier, des locaux des deuxième et troisième étages du bâtiment A de notre université sont occupés par des exilé·e·s et leur comité de soutien. Le département informatique se situe au premier étage de ce même bâtiment, je vois donc d’assez près ce qui se déroule depuis mardi dernier.

Les revendications des exilé·e·s sont simples et légitimes :

des papiers pour tou·te·s,
des logements décents,
des conditions de vie dignes.

Dans un esprit de solidarité, illes demandent également la régularisation des étudiant·e·s sans papiers de notre université.

Si les quelques premiers jours d’occupation ont empêché la tenue de certains cours, les occupant·e·s ont rapidement pris conscience du fait qu’illes devaient travailler avec et non contre l’université dans le but d’adresser leur revendications au gouvernement, à la préfecture, et à l’OFPRA.

On peut en effet constater les efforts des occupant·e·s pour ne pas perturber le fonctionnement ni la salubrité des salles de cours, notamment par l’entretien régulier des lieux et le fait qu’illes les rendent accessible aux enseignant·e·s et étudiant·e·s pendant les plages horaires des cours.

Les négociations en cours entre les occupant·e·s et la présidence de l’université doivent continuer afin d’arriver au meilleur compromis possible pour assurer une coexistence paisible entre le bon fonctionnement de l’université et l’occupation. Cela nécessitera des ajustements et des concessions de chaque côté. Il est d’ailleurs rassurant de voir que, comme les occupant·e·s, la présidence de l’université semble faire mine de bonne volonté dans ces négociations.

J’estime que l’université devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour porter la voix des occupant·e·s auprès des autorités visées par leurs revendications. Et quoi qu’il arrive IL NE DOIT EN AUCUN CAS ÊTRE FAIT APPEL AUX FORCES DE L’ORDRE POUR ÉVACUER LES LOCAUX. Cela mettrait les exilé·e·s en grand danger, y compris en danger physique.

Depuis le 5 février, l’UNSA Paris 8, les conseils des UFR "LLCER-LEA", "Droit", "Sciences du Langage", et "AES Économie Gestion", ainsi que l’Institut d’études européennes, ont fait circuler sur la liste de diffusion qui touche tou·te·s les personnel·le·s de l’université des motions qui, bien qu’enrobées de bonnes intentions et de déclarations de solidarité avec la cause des migrant·e·s, soutiennent toutes peu ou prou "les mesures nécessaires au rétablissement dans les plus brefs délais du fonctionnement normal des services", en prétextant notamment les problèmes de sécurité et de salubrité que l’occupation pose à l’université.

D’une part, il s’agit là à mes yeux d’une manière hypocrite de soutenir une potentielle intervention des forces de l’ordre pour faire évacuer les locaux.

D’autre part, mettre sur le dos des exilé·e·s présent·e·s dans nos locaux depuis une petite semaine les problèmes de sécurité et de salubrité de nos locaux est au mieux une mauvaise blague, au pire le signe d’un racisme aveuglant. Notre université, comme beaucoup d’autres, est dans un état lamentable depuis des années, et elle est même connue pour avoir les sanitaires parmi les pires qu’on puisse trouver dans l’enseignement supérieur (ce qui n’est pas peu dire), ce que l’on constate tous les jours.

Ces motions ont par ailleurs été votées alors qu’il fait assez froid dehors pour qu’il neige. Le cynisme dont il faut faire preuve dans ces conditions pour affirmer soutenir la cause des exilé·e·s et comprendre leur situation tout en appelant à leur évacuation me met extrêmement mal à l’aise.

J’ai tout fait pour devenir enseignant-chercheur, et spécifiquement à Paris 8 en particulier, parce que cette université est l’héritière du Centre universitaire expérimental de Vincennes et que je partage les valeurs que nous transmet cette histoire. Ces valeurs de solidarité, d’égalité, et d’ouverture me semblent aujourd’hui d’une importance capitale. Je suis profondément blessé de voir certain·e·s de mes collègues les piétiner ainsi (que ce soit sur le sujet de l’occupation ou sur celui de la mise en place de la sélection à l’entrée à l’université, d’ailleurs).

Heureusement, l’UFR d’Arts (principale touchée par l’occupation…), les départements de science politique et de philosophie, ainsi que la CGT Ferc Sup Paris 8, ont exprimés leur soutien réel à la cause des exilé·e·s. Malheureusement, seule la CGT a pu diffuser sa motion de soutien à l’ensemble des personnels de l’université, en utilisant sa propre liste de diffusion. L’assemblée générale de la mobilisation contre les réformes de l’université en cours a également voté à deux reprises (et à l’unanimité) son soutien aux exilé·e·s. La deuxième fois il a aussi été voté à l’unanimité la nécessité de s’interposer physiquement entre les exilé·e·s et les forces de l’ordre en cas d’intervention de celles-ci.

J’appelle toutes celles et tous ceux de mes collègues qui partageraient encore les valeurs de solidarité, d’égalité, et d’ouverture qui ont longtemps fait la renommée de notre université, qu’illes soient enseignant·e·s, enseignant·e·s-chercheu·r/se·s, doctorant·e·s, chargé·e·s de cours, BIATSS, etc., à manifester clairement et rapidement leur soutien réel à la cause des exilé·e·s (y compris les membres des UFR ayant voté une motion contre l’occupation et qui souhaiteraient s’en désolidariser).

Il serait peut-être temps de remettre cette vieille affiche de Vincennes au goût du jour, surtout qu’on fête cette année les 50 ans de notre université.

P.-S.

Pour information, les exilé-e-s et leurs soutiens appellent à un rassemblement devant l’université (Métro ligne 13 Saint Denis-Université) à 18h, le jeudi 8 février.

Voir la pétition déjà signée par une cinquantaine de collègues : Soutien des personnels et enseignants : Solidarité avec les exilé.e.s à Paris-8 [le nombre de signataires a depuis doublé].