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Une guerre pour les femmes afghanes ?

Première partie

par Christine Delphy
5 octobre 2005

Il semble, depuis la prise de Kaboul, que la Coalition contre le terrorisme a livré la guerre à l’Afghanistan pour libérer les femmes afghanes. Dans un article publié dans Nouvelles questions féministes (vol 21, n° 1, 2002), Christiphe Delphy revient sur les présupposés d’un tel objectif affiché par le président Georges Bush et sur la réalité de cette « libération ».

G.W. Bush a déclaré dans son discours sur l’état de l’Union le 29 janvier 2002 : “ Le drapeau américain flotte de nouveau au-dessus de notre ambassade à Kaboul [...] Aujourd’hui, les femmes sont libres ”. Mais si on se rappelle bien la succession des événements, c’est le troisième changement d’objectif depuis le début de la guerre.

La guerre a été déclarée par G.W. Bush le 11 septembre 2001, à personne en particulier et au monde en général. Bien que cela corresponde à la réalité, cela constituait une innovation trop grande pour la presse et le public pour être maintenu. Dès le lendemain, un ennemi précis est choisi : c’est Ben Laden, que les USA somment les Talibans de livrer. A eux, les Américains. Devant la réponse des Talibans, classique dans les cas d’extradition, demandant des preuves de la culpabilité de Ben Laden, les USA répètent leur ultimatum. Quinze jours plus tard ils rejettent une nouvelle offre des Talibans de livrer Ben Laden à un pays neutre, appelant cette offre des “ négociations ”, et à Dieu ne plaise que les USA négocient [1]

“ On vous sourit de Kaboul ”

Puis Rumsfeld, secrétaire de la défense, déclare que Ben Laden ne sera peut-être jamais trouvé ; un troisième objectif apparaît : désormais, c’est le régime Taliban qui est l’ennemi. Les arguments contre ce régime ne manquent pas. Je dirais même plus : cela fait six ans qu’ils ne manquent pas, et six ans qu’ils ne suffisent pas à justifier une guerre. Mais tout à coup, ils suffisent. Pas tout seuls bien sûr : en plus d’être odieux, les Talibans ont abrité Ben Laden, soupçonné d’être l’auteur des attentats du 11 septembre. Après un mois de bombardements, les troupes de l’Alliance entrent à Kaboul, les Occidentaux crient “ Victoire ” et ont le sentiment d’avoir accompli une bonne et belle chose à peu de frais. Les journaux publient des photos des sourires des femmes - non pardon, du sourire d’une femme - et la guerre trouve sa quatrième raison : la libération des femmes. La quatrième mais peut-être pas la dernière. Pour cela il faudrait que ce soit la bonne.

Or ce n’est pas la bonne, parce que les gens que les “ Alliés contre le terrorisme ” [2]. ont ramenés au pouvoir ne sont pas mieux que les Talibans. On ne peut plus cacher la vérité sur l’Alliance du Nord. Etant donné le nombre de reporters sur le terrain, on ne peut pas cacher plus longtemps la méfiance des citadins de Kaboul et de Jalalabad [3] à leur égard ; une méfiance fondée sur leur expérience : entre 1992 et 1996, les troupes de l’Alliance du Nord (ou “ Front uni ”) ont perpétré des massacres et des tueries gratuites de prisonniers et de blessés, ont terrorisé et rançonné les civils. On ne peut plus cacher que ce qui s’est passé entre 1992 et 1996 est en train de se reproduire aujourd’hui, quasiment à l’identique, dans un Afghanistan à nouveau découpé en fiefs et où les chefs de guerre sont toujours sur le point de déclencher les guerres civiles et multiples qui ont dévasté le pays entre le départ des Soviétiques et l’arrivée des Talibans.

Talibans et Moudjahidins : bonnet beige et beige bonnet

Ce n’est pas la bonne raison parce que les USA ne sont pas les amis des femmes afghanes. Les droits des femmes n’ont jamais été la préoccupation des USA, pas plus en Afghanistan, qu’au Koweït ou qu’en Arabie Saoudite ou qu’ailleurs - on peut même dire que c’est le contraire, et que les USA ont sciemment et volontairement sacrifié les femmes afghanes à leurs intérêts. A quand remontent les Moudjahidins, dont on appelle le regroupement ponctuel l’Alliance du Nord ? Avant même que l’armée soviétique n’envahisse le pays en 1979 pour remplacer un président marxiste (Hafizullah Amin) par un autre (Babrak Karmal), les chefs de tribu et les autorités religieuses déclarent la guerre sainte contre le leadership marxiste de Nur Mohammed Taraki [4].

Avant même de lutter contre l’invasion étrangère, dès 1978, les Khans et les Mollahs prennent donc les armes contre un gouvernement qui force les filles à aller à l’école, interdit le lévirat et la vente des femmes. Voilà ce qui les choque, les scandalise, les révulse. Les droits des femmes : ils valent une guerre à leurs yeux, ils valent qu’on se batte, oui, contre eux. Ils deviennent Moudjahidins : combattants de Dieu, contre le marxisme impie. L’invasion soviétique vient donner une dimension patriotique à ce combat. Les USA aident les Moudjahidins, car les ennemis de leurs ennemis sont leurs amis. Qu’importe ce qu’ils font, ce qu’il veulent ? Les USA savent que ce qu’ils veulent, c’est remettre les femmes au pas. Mais ils contrecarrent Moscou, et voilà tout ce qui compte pour les USA.

C’est aussi hélas, tout ce qui comptera aux yeux de nos romanesques pionniers français les “ French Doctors ” [5] ; anti-soviétique pour eux est synonyme de “ pour la liberté ” : la liberté de qui ? Ils ne se posent pas la question ; ils trouvent les bérets seyants, et l’aventure excitante. Faire le bien dans des paysages magnifiques tout en contribuant à la lutte contre le totalitarisme, que demander de plus pour un jeune homme occidental de cette époque ? Quant aux droits des femmes : Mon Dieu, ce sont leurs coutumes, et les coutumes, c’est sacré, surtout quand on n’en pâtit pas personnellement [6].

Le “ blanchiment ” par les médias des mercenaires de la Coalition occidentale

En 1988 l’armée soviétique part. Les Moudjahidins n’ont plus comme ennemi que le gouvernement de Najibullah, le dernier premier ministre marxiste. Les Moudjahidins combattent tous au nom de l’Islam, pour un Etat islamique et pour l’application de la Charia - d’où leur nom. En Pashto, Urdu (et dans toutes les autres langues locales) on les appelle “ Jihadi ”, ce qui est clairement dérivé de Jihad (ou Djihad). Ils ne se sont jamais caché d’être fondamentalistes. Les Français, depuis la guerre contre les Soviétiques, feignent cependant de croire que ce nom signifie “ combattants de la liberté ”. La désinformation sévit encore plus à la télévision française à partir des “ événements ”. En septembre 2001 sont diffusés le film hagiographique “ Massoud l’Afghan ” et un documentaire fait par des femmes afghanes non nommées, qui ont filmé en caméra cachée les exécutions au stade de Kaboul par les Talibans. Après la prise de Kaboul, quelques informations sur la conduite de ces troupes “ alliées ” commencent à filtrer. Il est clair que les médias français se sont livrés à une auto-censure, et ont interdit au public une information objective et équilibrée. Ils ne manquaient pas d’information, car même si leur connaissance de la région est piètre - aucun journal français n’a de correspondant permanent au Pakistan - les agences de presse, la presse, la télévision étrangères et les sites Internet sont à leur disposition ; ils ont délibérément mis cette information sous le boisseau, et refusé les articles que nous leur avons envoyés.

Il faudra attendre le 23 janvier 2002 pour que le film sur les exécutions au stade de Kaboul soit rediffusé en entier (sur ARTE) dans “ Sorties de ténèbres ? ” par Saira Shah ; qu’on apprenne que ses autrices sont les femmes de RAWA (Association Révolutionnaire des Femmes Afghanes) [7] ; pour qu’un autre documentaire, “ Femmes de Kaboul ” par Antonia Rados, également réalisé grâce à RAWA, montre la réalité de la vie des femmes après la prétendue “ libération ”, et laisse enfin des Afghanes expliquer ce que les journalistes ont caché pendant quatre mois : que la répression des femmes a commencé avec les Moudjahidins, et non avec les Talibans. Récemment, Télérama a rompu avec le “ politiquement correct ” au point d’interviewer un musicien afghan qui dit : “ Lorsque les communistes sont arrivés au pouvoir en 1979, les possibilités de concerts se sont multipliées et il m’est même arrivé d’aller faire des démonstrations dans les classes de musique des écoles de filles... Les difficultés ont commencé lorsque les moudjahidins sont arrivés en 1992 ” [8]. Cette rétention d’informations peut sembler anodine : pourtant, c’est un des dispositifs majeurs de la mise en condition de l’opinion. D’une part, les puissances occidentales ne pouvaient pas admettre qu’elles s’adjoignaient des troupes au sol aussi douteuses ; parce que les Moudjahidins étaient les alliés de la Coalition occidentale, “ nous avons idéalisé ces hommes de main ... au point d’oublier leur passé ” [9].

D’autre part pour justifier la guerre aux yeux de l’opinion, il fallait promettre qu’elle visait une “ amélioration ” du sort des Afghan•e•s, et pas seulement la vengeance américaine ou la consolidation du pouvoir occidental. Or l’opinion n’aurait pas cru aux promesses d’amélioration si elle avait su la vérité sur l’Alliance du Nord. Il fallait opposer, par action - les mensonges éhontés prononcés par les propagandistes habituels comme Bernard-Henri Lévy - mais surtout par omission, les “ mauvais ” Talibans aux “ bons ” Moudjahidins, tout au moins tant que ces derniers n’avaient pas gagné.

Pourquoi les Talibans arrivent au pouvoir en 1996

Les médias ont donc “ jeté un voile sur le passé glorieux ” et bien connu des Moudjahidins : à partir du départ des Soviétiques en 1989, les points communs entre eux ne suffisent plus à faire taire leurs rivalités. La cupidité et l’appétit de pouvoir de tous ces chefs de guerre les poussent à se battre sans cesse les uns contre les autres dans des alliances sitôt renversées que créées. Au bout de quatre ans, en 1992, ils prennent Kaboul et renversent Najibullah ; mais la guerre civile, et surtout la guerre contre les civils ne s’arrête pas pour autant. Les soldats de l’Alliance du Nord pillent les maisons et violent les femmes. Les chefs locaux rançonnent les camions tous les 50 km, les transports sont impossibles, la corruption et le désordre empêchent l’application de la Charia.

Certains d’entre les Moudjahidins, et surtout les plus jeunes, qui ont pris les idéaux islamiques au sérieux, sont écœurés. Ils partent étudier au Pakistan. Ce sont les étudiants, les Talibans, les fils spirituels et parfois physiques des Moudjahidins. Aussi anticommunistes que leurs pères mais plus disciplinés, plus sérieux, et encore plus fondamentalistes : bref, de bons candidats à l’aide des USA, qui allongent les dollars aux madrasas (écoles coraniques) pakistanaises via l’Arabie saoudite. Et en un an, les Talibans formidablement armés conquièrent une grande partie du pays et entrent à Kaboul. Quand les Moudjahidins battent en retraite en 1996, ils laissent 50’000 morts rien qu’à Kaboul et la ville en ruines. Ce que six ans de guerre anti-soviétique n’avaient pas réussi à faire, quatre ans de guerre entre factions l’ont accompli.

Et les femmes dans tout ça ?

Alors, les USA ont-ils toujours lutté pour les droits des femmes ? Non. Ont-ils jamais lutté pour les droits des femmes ? Non. Ont-ils au contraire carrément foulé aux pieds les droits des femmes ? Oui. Car les droits des femmes ont été promus et défendus en Afghanistan entre 1978 et 1992 : mais par des gouvernements marxistes ou pro-soviétiques. C’est de cette époque, celle de Amin, Karmak, Taraki et Najibullah, que l’on tire ces statistiques étonnantes sur le grand nombre de femmes médecins, professeures, avocates. Et c’est pas de chance pour les femmes d’Afghanistan : car puisqu’elles étaient défendues par des gouvernements alliés à un ennemi des USA, il a bien fallu les sacrifier. On ne peut pas laisser les droits des gens, surtout quand ces gens ne sont que des femmes, interférer avec la poursuite de l’hégémonie mondiale. Les droits des femmes, c’est comme les enfants irakiens : leur mort est le prix de la puissance US, et les Américains le paient d’autant plus volontiers que finalement, ce ne sont pas eux qui le paient.

Les pères des Talibans, les Moudjahidins, armés cette fois par les Russes qu’ils avaient chassés douze ans auparavant, sont revenus à l’ombre des bombes américaines ; guère changés si on en juge par leur façon de faire la guerre [10]. Pourquoi auraient-ils changé en ce qui concerne les femmes, pourquoi seraient-ils devenus féministes, ces hommes qui avant de se battre contre les Soviétiques, puis entre eux, se battaient contre les droits des femmes ?

Comme toutes les féministes du monde, qui ont mené depuis plus de deux ans la campagne internationale sur le sort fait aux Afghanes par les Talibans, j’espère que le gouvernement qui sera mis en place en Afghanistan garantira les droits humains des femmes, et fera respecter au moins quelques-uns de ces droits.
Un meilleur statut pour les femmes, ce pourrait être l’un de ces résultats non prévus d’une guerre : un bénéfice collatéral en quelque sorte. On peut l’espérer. Mais sans rêver. Car le parti tadjik de Rabbani, le président du gouvernement légal et reconnu par la communauté internationale jusqu’aux accords de Bonn, a instauré la Charia à Kaboul en 1992. C’est le parti de Massoud, qui en était le commandant militaire, et dont les troupes se sont livrées à une orgie de viols et de meurtres quand il occupa le quartier Hazara de Kaboul au cours des luttes qui l’opposaient aux autres factions en 1995.

En outre, en février 2002, la guerre américaine n’est pas finie, l’Alliance du Nord se défait au fur et à mesure que les chefs de guerre qui la composent reconquièrent les fiefs qu’ils avaient perdus ; le Jamiat-i-Islami de Rabbani, étant entré dans Kaboul le premier, assoit chaque jour plus son pouvoir sur le terrain ; appuyé par les Russes, qui sont à Kaboul à nouveau, il a raflé la majorité des portefeuilles du gouvernement intérimaire, en dépit des Américains. Ceux-ci ont certes réussi à faire nommer Karzai, un Pathan, à la tête du gouvernement intérimaire, à la place de Rabbani, l’homme des Russes, mais Karzai ne dispose d’aucun pouvoir réel [11]. Deux femmes sont entrées au gouvernement provisoire, deux exilées, l’une du parti Hezb-i-Wahdat et l’autre du parti Parchami, tous les deux contestés - comme les autres composantes de l’Alliance du Nord - par RAWA [12].

Le Jamiat-i-Islami, poussé par les instances internationales dont toutes les parties afghanes ont encore besoin, fait quelques concessions au sujet des femmes. Qu’on en juge. Un porte-parole de Rabbani déclare une semaine après la prise de Kaboul sur BBC World : “ Les “restrictions” des Talibans seront levées - sans plus de détails - et la burqa ne sera plus obligatoire ; le hidjab suffira ” [13]. Le hidjab suffira : ça fait rêver.

Mais eut-ce été plus, est-ce que cela justifierait la guerre ? Et si la défense des droits des femmes était la vraie raison des bombardements américains, est-ce que cela justifierait les bombardements ?

Un conte (avec morale) et une question : a-t-on le droit de bombarder les gens pour leur bien ?

Il était une fois un pays où les femmes n’avaient toujours pas le droit de vote, en dépit de trente ans de luttes féministes, des années et des décennies après qu’elles l’eurent obtenu dans la plupart des nations voisines d’Europe. Comment ces autres nations traitèrent-elles ce pays ? Lui firent-elles la guerre ? Lui imposèrent-elles un embargo ? Lui retirèrent-elles leur confiance et leur alliance ? Bien au contraire, elles défendirent ce pays quand il était attaqué ; et au lendemain de la victoire, en 1945, elles l’aidèrent financièrement à se reconstruire, et le prièrent de revoir sa copie et d’accorder la citoyenneté aux femmes, ce qu’il fit.

Le droit de vote, c’est fondamental. Et pourtant, est-ce que je regrette que les USA, la Grande-Bretagne et l’URSS n’aient pas bombardé la France ? Non. Car pour précieux que soit ce droit, s’il avait du être conquis au prix d’une guerre, je me demande si sa valeur aurait jamais égalé son coût. Et je le regrette d’autant moins que cet exemple prouve qu’il existe des moyens de pression pacifiques et efficaces sur les Etats.

Quand il s’agit des droits des femmes, c’est-à-dire des droits humains, la question qui se pose à propos d’une guerre est toujours, à la fin, la même : quels sont les maux pires que la guerre pour une population ? A quel moment la guerre devient-elle préférable ? Dire que la guerre est bénéfique pour les femmes afghanes, c’est décider qu’il vaut mieux pour elles mourir sous les bombes, mourir de faim, mourir de froid, que de vivre sous les Talibans. La mort plutôt que la servitude : c’est ce qu’a décidé l’opinion occidentale pour les femmes afghanes. Une décision qui a failli être héroïque. Qu’aurait-il fallu pour qu’elle le soit ? Eh bien, que Rumsfeld par exemple dise “ Je préfère mourir plutôt que de voir les femmes afghanes une minute de plus sous la coupe des Talibans ” ; que les Occidentaux mettent leurs vies dans la balance, et non pas celles des Afghanes.

Une décision qui serait héroïque dans le premier cas est, dans le deuxième, une façon de jouer avec la vie d’autrui qui est moralement répugnante. Ici on est dans le deuxième cas. La façon irresponsable dont on traite en Occident l’alibi de la “ libération des femmes afghanes ” est une illustration du fait que les vies occidentales valent plus, infiniment plus, que les autres ; et du fait que l’Occident, non content de placer un prix fort bas sur ces autres vies, estime qu’il a le droit d’en disposer à sa guise. Jusqu’à récemment, on ne pouvait que déduire de la somme des discours et des actes la décision prise à la place des femmes afghanes.

Pour lire la Deuxième partie

P.-S.

Cet article est paru dans la revue Nouvelles questions féministes, vol 21, n° 1, 2002. Nous le reproduisons avec l’autorisation de l’auteure.

Notes

[1] Le 22 septembre, les Talibans offrent de livrer Ben Laden si les USA peuvent produire des preuves contre lui, ce que les USA refusent de faire. Mais le 1er octobre, Mollah Omar propose d’extrader Ben Laden au Pakistan, où il serait en résidence surveillée à Peshawar avant de comparaître devant un tribunal international, et cette fois-ci sans demander de preuves. Les USA rejettent cette offre avec mépris, réitérant ce qu’Ari Fleischer, porte-parole de la Maison Blanche, a répété plusieurs fois : “ il n’y aura ni discussions ni négociations avec les Talibans ”. S’il n’y avait pas d’autre solution que la guerre, c’est parce que les USA n’ont pas voulu qu’il y en ait : ils ont barré d’avance et refusé la voie alternative, la diplomatie, même quand leurs adversaires le leur demandaient (voir le site internet de Women living under Muslim Laws : www.wluml.org).

[2] Tous les Etats qui ont emboîté verbalement le pas aux Etats-Unis, bien que ceux-ci aient livré la guerre seuls

[3] Patrice Claude, “ Le pouvoir désordonné des Moudjahidins s’installe sur Jalalabad en proie à toutes les terreurs ”, Le Monde, 25-26 novembre 2001

[4] Ahmed Rashid (2001). L’ombre des Taliban. Paris : Autrement.

[5] Nom générique des associations humanitaires d’origine française, Médecins sans frontières, Médecins du monde, etc

[6] Voir le film de Christophe de Ponfilly, “ Massoud l’Afghan ”, qui idéalise son sujet de façon irresponsable, à moins qu’il n’ait réalisé volontairement une œuvre de désinformation.

[7] Les militantes de RAWA travaillent depuis des années avec les réfugiées afghanes au Pakistan, dans la clandestinité ; elles s’occupent en particulier de scolariser les filles ; elles entrent aussi en Afghanistan, au péril de leur vie, pour tourner des films sur la condition du pays sous les Talibans. Menacées de mort par tous les fondamentalistes, elles dénoncent les Moudjahidins comme les Talibans ; et elles ont protesté avec la dernière énergie contre le bombardement de leur pays par les USA.

[8] Rahim Khushnawaz, Télérama, N°2714, 16 janvier 2002, p.50.

[9] Robert Fisk, “ What will the Northern Alliance do in our name now ? ”, The Independent, 14.11.01.

[10] “ L’Alliance du Nord avance avec son bagage de meurtres, de viols et de pillages. ” (Robert Fisk, “ What will the Northern Alliance do in our name now ? I dread to think... ”, The Independent, 14.11.01).

[11] Human Rights Watch, “ Military assistance to the Afghan Opposition ”, octobre 2000.

[12] A l’inverse de RAWA, une association de “ soutien aux femmes afghanes ” basée en France, Negar, est favorable à l’Alliance du Nord et aux bombardements. Selon cette association, une “ Charte des droits fondamentaux de la femme afghane ” aurait été signée par Massoud et plus récemment par Karzai (voir sur le site internet de la Coalition Internationale Contre la Guerre, cicg.free.fr : Afghanistan ; droits des femmes ; interview de Shoukria Haïdar par C. Delphy). Cette association attribue l’horreur de la situation des femmes afghanes aux seuls Talibans, et ne mentionne jamais les Moudjahidins (Lesbia, 208, décembre 2001, p.33). Une explication possible de ce côté partisan - dans le cas de Negar, pro-Alliance du Nord - réside peut-être dans le fait que, selon Sippi Azerbaijani-Moghadam, conseillère technique de la Commission de l’ONU pour les femmes et enfants réfugiés et spécialiste de la région, “ les organisations de femmes se sont formées à partir des groupes ethniques Pathan, Tadjik et Hazara ” (Sharon Groves (2001). “ Report from Afghanistan ”, Feminist Studies, 27/3).

[13] Le hidjab dans l’acception afghane est le tchador iranien : un manteau enveloppant tout le corps et la tête y compris le visage, et non un simple foulard.