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Vous avez dit libertin ?

Sur l’euphémisation des violences sexuelles

par Christophe Gaudier
21 décembre 2011

On nous l’a dit et répété, DSK aime les femmes, c’est un séducteur, un libertin. Libertin, ça a quand même une autre allure que « chaud lapin » ou « dragueur impénitent ».

Cela évoque tout de suite le raffinement, l’élégance, les mondanités, où les jeux du sexe se mêlent à ceux de l’esprit, le champagne et les petits fours. Rien à voir avec la vulgaire « baise », la bière, les putes et les sandwichs. Rien à voir avec le coup tiré vite fait au bureau entre deux rendez-vous.

Le libertinage c’est un « art de vivre », quasiment une « valeur de civilisation », et bien loin de le condamner, tous les hommes qui « aiment les femmes » devraient se sentir solidaires de DSK. Soit dit en passant, je ne sais pas trop comment concilier libertinage et séduction avec les fameuses 6 minutes dans une chambre au Sofitel, mais bon on nous l’a dit, ce n’est sans doute qu’un moment d’égarement.

Pour ma part je cultive assez volontiers les références littéraires, et libertinage cela m’évoque avant tout Marivaux et Choderlos de Laclos et cela m’amène à m’interroger.

En effet que se soit chez Marivaux ou Choderlos de Laclos, la séduction est un jeu de dupe dans lequel chacun feint d’être ce qu’il n’est pas et dissimule ce qu’il est, dans lequel pour atteindre ses buts on trompe, on ment, on manipule, dans lequel l’innocence, le sentiment, la passion amoureuse sont en permanence bafoués par le mensonge.

Mais il y a plus. Prenez Valmont par exemple, cet archétype du libertin. Sous le masque de l’élégance, ce n’est qu’un prédateur sans scrupule et même lorsque l’occasion lui en est donnée, il n’hésite pas se faire violeur, et comme tout violeur il se défendra en affirmant que sa victime était de toute façon faite pour la débauche et qu’il n’a fait que hâter l’échéance.

Alors un libertin DSK ?