<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Les mots sont importants (lmsi.net)</title>
	<link>http://lmsi.net/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://lmsi.net/backend.php3" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Les mots sont importants (lmsi.net)</title>
		<url>http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L144xH49/siteon0-5e0dc.png</url>
		<link>http://lmsi.net/</link>
		<height>49</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La tyrannie des grosses et le sexisme anti-mec</title>
		<link>http://lmsi.net/La-tyrannie-des-grosses-et-le</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/La-tyrannie-des-grosses-et-le</guid>
		<dc:date>2012-02-03T08:06:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Tevanian, Sylvie Tissot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Comment la question de la minceur est-elle aujourd'hui trait&#233;e dans les m&#233;dias ? Ou plus exactement la question de *l'imp&#233;ratif* de minceur ? Petit &#233;clairage &#224; partir de deux articles : l'un paru sur le site du Nouvel Obs le 27 janvier (et rapidement retir&#233;, &#224; cause des protestations) dans lequel l'auteure se dit &#171; r&#233;vuls&#233;e &#187; par les &#171; grosses &#187;, et l'autre sur Rue 89 (r&#233;cemment rachet&#233; par le Nouvel Obs) et titr&#233; : &#171; Sur France 2, le poids de Hollande ou le sexisme ordinaire &#187;. D'un c&#244;t&#233; un billet d'humeur (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Sexismes-" rel="directory"&gt;Sexismes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment la question de la minceur est-elle aujourd'hui trait&#233;e dans les m&#233;dias ? Ou plus exactement la question de *l'imp&#233;ratif* de minceur ? Petit &#233;clairage &#224; partir de deux articles : l'un paru sur le site du &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt; le 27 janvier (et rapidement retir&#233;, &#224; cause des protestations) dans lequel l'auteure se dit &lt;i&gt;&#171; r&#233;vuls&#233;e &#187;&lt;/i&gt; par les &lt;i&gt;&#171; grosses &#187;&lt;/i&gt;, et l'autre sur Rue 89 (r&#233;cemment rachet&#233; par le &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt;) et titr&#233; : &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/rue69/2012/01/27/sur-france-2-le-poids-de-hollande-ou-le-sexisme-ordinaire-228801&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#171; Sur France 2, le poids de Hollande ou le sexisme ordinaire &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1737 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L203xH328/Castulna-9c8e3.jpg' width='203' height='328' alt=&quot;&quot; style='height:328px;width:203px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; un billet d'humeur qui prend pour cible une pub mettant en sc&#232;ne une &#171; grosse &#187;. Enfin, regardez le &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=A37VYd7jj0s&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;clip&lt;/a&gt;, tout est relatif. Le femme en question est plut&#244;t mignonne, en train de danser, bref apparemment pas mal dans ses baskets. Mais pour la journaliste, c'est insupportable : &lt;i&gt;&#171; Bien que corset&#233;es, contenues par tous les moyens textiles modernes, ses chairs flottent et le r&#233;sultat me r&#233;vulse &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus grave, cette &#171; r&#233;pulsion &#187; se transforme en jugement politique du plus curieux tonneau : derri&#232;re ce clip se cacherait une nouvelle tyrannie, celle des rondes, qui ont litt&#233;ralement mis le monde &#224; l'envers puisqu'elles ont r&#233;ussi &#224; normaliser leur d&#233;viance (un exc&#232;s de nourriture, rappelle, implacable, la journaliste) et qu'elles ont, inversement, impos&#233; l'id&#233;e plus que saugrenue selon laquelle une femme mince, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;&#171; normale &#187;&lt;/i&gt; (sic) serait une anorexique ! &lt;i&gt;&#171; Comme si faire attention &#224; sa ligne &#233;tait une maladie ! &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, les rondes, ou les grosses, comme vous voulez, seraient coupables &#233;galement d'avoir impos&#233; cette autre id&#233;e, tout aussi saugrenue : les rondes plairaient davantage aux hommes que &lt;i&gt;&#171; ces brindilles qui les narguent &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bref : les normes de beaut&#233; qui condamnent les femmes &#224; des r&#233;gimes &#224; r&#233;p&#233;tition en m&#234;me temps qu'&#224; la haine de leur corps, tout cela ne serait rien face &#224; ce nouveau &#171; politiquement correct &#187; (qui nous rappelle le naus&#233;abond &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Les-nouveaux-souchiens-de-garde&quot; class='spip_out'&gt;&#171; racisme anti-blanc &#187;&lt;/a&gt;] [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='La rh&#233;torique victimaire du dominant est toujours la m&#234;me : apr&#232;s le sanglot (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;] dont seraient victimes&#8230; les femmes &lt;i&gt;&#171; normales, donc minces &#187;&lt;/i&gt; ! Et nous voil&#224; rendues, en d&#233;finitive &#224; l'&#233;ternel combat des femmes qui s'entretuent pour plaire &#224; l'Homme, centre de gravit&#233; invisible de l'article.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est pourquoi, &#224; la lecture de son titre, un article de Rue 89 avait de quoi nous int&#233;resser. En plus, ce n'est pas tous les jours qu'on voit l'expression &#171; sexisme ordinaire &#187; s'&#233;taler en gros dans les m&#233;dias&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malheur ! L'article de Rue 89 nous impose ce triste constat : le sexisme ne fait les gros titres que quand c'est&#8230; un homme qui en est victime ! Car tel est bien le sujet de l'article : le harc&#232;lement inflig&#233; &#224; Fran&#231;ois Holland par des journalistes qui s'obstinent &#224; l'interroger sur les kilos qu'il a perdus. Un harc&#232;lement bien r&#233;el au demeurant : le lamentable acharnement du tr&#232;s droitier Pujadas qui demande au candidat de s'expliquer moralement et politiquement sur sa perte de poids &#8211; alors qu'il na jamais adress&#233; le moindre d&#233;but de questionnement critique lorsque le pr&#233;sident Sarkozy s'est mis en sc&#232;ne en excluant du champ de la cam&#233;ra les personnes de trop grande taille, ce qui pourtant relevait de la manipulation et pouvait &#234;tre mis en question politiquement, beaucoup plus qu'une perte de poids&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tout de m&#234;me ! M&#234;me si les gros aussi sont stigmatis&#233;s, n'est-il pas curieux qu'un des rares articles consacr&#233; &#224; l'imp&#233;ratif de minceur porte sur un mec ? Anticipant peut-&#234;tre un petit malaise, la journaliste nous livre la clef : &lt;i&gt;&#171; Et si le candidat socialiste avait &#233;t&#233; une femme ? Il n'est pas inutile de relever le sexisme, m&#234;me quand c'est un homme qui en est la victime. &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la tyrannie des grosses, le sexisme anti-mec : il fallait oser&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] La rh&#233;torique victimaire du dominant est toujours la m&#234;me : apr&#232;s le sanglot du souchien victime de &quot;racisme antiblanc&quot;, apr&#232;s la &quot;tyrannie de la repentance&quot; qu'imposent les m&#233;chants enfants de colonis&#233;s aux pauvres enfants de colons, apr&#232;s la &quot;dictature du politiquement correct&quot;, apr&#232;s la d&#233;virilisation des hommes et l'av&#232;nement du pouvoir f&#233;minin, apr&#232;s les vilaines femmes musulmanes qui &quot;nous imposent&quot; leur voile, apr&#232;s les homosexuels qui osent demander une normalisation et une reconnaissance l&#233;gale de leurs moeurs d&#233;viantes, voici donc la dictature des &quot;grosses&quot; d&#233;complex&#233;es qui osent la manifestation ostensible de leurs rondeurs, qui n'ont plus honte de leur vice (elles ont &quot;trop mang&#233;&quot;, ne l'oublions pas !) et qui m&#234;me (c'est le monde &#224; l'envers !) font maintenant passer &quot;les normales&quot; (sic) pour des anorexiques !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Article en ligne sur le site du Nouvel Observateur le vendredi 27 janvier 2012, 19:58)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Cette grosse qui remue me r&#233;vulse : je ne supporte pas la pub Castaluna &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; En ces temps aseptis&#233;s, il convient d'aimer tout le monde et de respecter
les diff&#233;rences. Mais l&#224; trop, c'est trop... de kilos. Je d&#233;teste la pub de
Castaluna.
Si vous ne l'avez pas vue, vous ne connaissez pas votre bonheur. C'est un
clip qui met en sc&#232;ne une femme trop grosse, pardon, bien en chair, ou
mieux pr&#233;sentant une surcharge pond&#233;rale. Et elle danse.
A la limite, elle ne bougerait pas, ce serait encore tol&#233;rable. Mais non,
elle remue. Et ses formes plus que plantureuses aussi. Bien que corset&#233;es,
contenues par tous les moyens textiles modernes, ses chairs flottent et le
r&#233;sultat me r&#233;vulse.
Alors je comprends bien que durant des ann&#233;es, les femmes qui font plus que
du 44 ont &#233;t&#233; rejet&#233;es, brim&#233;es, moqu&#233;es, raill&#233;es, limite pers&#233;cut&#233;es. Il
&#233;tait temps qu'elles prennent leur revanche, puisqu'elles sont de plus en
plus nombreuses.
La faute &#224; une alimentation excessive, mais &#231;a chut, il ne faut pas le dire
trop fort. Toutefois, de l&#224; &#224; imposer sur les &#233;crans une femme qui se donne
pratiquement en ridicule, il y a une marge.
Certes, il est difficile pour une femme qui p&#232;se plus de 100 kilos de se
repr&#233;senter comment serait, sur elle, une robe pr&#233;sent&#233;e par une femme de
40 kilos. Mais les &quot;vraies&quot; femmes, comme elles aiment se faire appeler, ne
sont plus vraiment &#224; plaindre.
En quelques ann&#233;es, les &quot;rondes&quot; ont r&#233;ussi &#224; faire passer dans le langage
courant qu'une femme normale, mince donc, est une &quot;anorexique&quot;. Comme si
faire attention &#224; sa ligne &#233;tait une maladie.
Autre affirmation v&#233;hicul&#233;e par les d&#233;fenseurs des autoproclam&#233;es &quot;vraies&quot;
femmes : elles plairaient davantage aux hommes que ces brindilles qui les
narguent.
Chacun le r&#233;p&#232;te pour faire plaisir, mais il est battu en br&#232;che chaque
jour. Voyez-vous Brad Pitt ou David Beckham au bras de &quot;rondes&quot; ? Non. D&#232;s
qu'un homme a le choix, il pr&#233;f&#232;re &#234;tre vu en compagnie d'une femme mince.
Alors, je le sais, c'est tr&#232;s m&#233;chant. Mais voil&#224; je n'aime pas cette pub. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Source (article r&#233;cup&#233;r&#233; avant suppression) :
&lt;a href=&quot;http://www.scoop.it/t/the-black-pool/p/1064289843/voici-l-article-de-marie-sigaud-chroniqueuse-selectionnee-par-le-blog-du-nouvel-observateur&quot; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.scoop.it/t/the-black-poo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vid&#233;o :
&lt;a href=&quot;http://www.terrafemina.com/societe/buzz/articles/10577-castaluna--le-nouvel-observateur-naime-pas-les-grosses-video.html&quot; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.terrafemina.com/societe/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;action de la cofondatrice de Castaluna :
&lt;a href=&quot;http://leplus.nouvelobs.com/contribution/312700-cette-grosse-qui-me-revulse-je-suis-la-cofondatrice-de-castaluna-voici-ma-reponse.html&quot; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://leplus.nouvelobs.com/contrib...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(La pub en question : &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=A37VYd7jj0s&quot; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.youtube.com/watch?v=A37V...&lt;/a&gt; ).
**&lt;http://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=331366686897675&amp;id=100002352988307&gt;
&lt;http://www.youtube.com/watch?v=A37VYd7jj0s&gt;*&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du hijab &#224; la burqa et des coll&#233;giennes aux nounous : les dessous d'une obsession fran&#231;aise</title>
		<link>http://lmsi.net/Du-hijab-a-la-burqa-et-des</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/Du-hijab-a-la-burqa-et-des</guid>
		<dc:date>2012-01-31T14:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Tevanian</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Mars 2004 : loi sur les signes ostensibles, interdisant le port du foulard &#224; l'&#233;cole publique. Septembre 2010 : loi anti-burqa. Avril 2011 : offensive de Luc Chatel contre les m&#232;res voil&#233;es accompagnatrices de sorties scolaires ; &#171; d&#233;bat sur la la&#239;cit&#233; &#187; et &#171; 26 propositions &#187; de l'UMP l&#233;galisant notamment la discrimination &#224; l'embauche contre les femmes portant le foulard, y compris dans le secteur priv&#233;&#8230; Janvier 2012 : loi &#171; anti-nounous &#187; (interdisant le voile dans les cr&#232;ches et les garderies), adopt&#233;e (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Le-voile-et-ce-qu-il-devoile-" rel="directory"&gt;Le voile et ce qu'il d&#233;voile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mars 2004 : loi sur les signes ostensibles, interdisant le port du foulard &#224; l'&#233;cole publique. Septembre 2010 : loi anti-burqa. Avril 2011 : &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Mamans-toutes-egales,1264&quot; class='spip_out'&gt;offensive de Luc Chatel contre les m&#232;res voil&#233;es accompagnatrices de sorties scolaires&lt;/a&gt; ; &#171; d&#233;bat sur la la&#239;cit&#233; &#187; et &#171; 26 propositions &#187; de l'UMP l&#233;galisant notamment la discrimination &#224; l'embauche contre les femmes portant le foulard, y compris dans le secteur priv&#233;&#8230; Janvier 2012 : &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Police-de-la-pensee&quot; class='spip_out'&gt;loi &#171; anti-nounous &#187;&lt;/a&gt; (interdisant le voile dans les cr&#232;ches et les garderies), adopt&#233;e en premi&#232;re lecture par un s&#233;nat socialiste... Depuis pr&#232;s de dix ans, les cheveux des femmes musulmanes sont devenus ce qu'il est convenu d'appeler un enjeu politique majeur, et leur d&#233;voilement fait d&#233;sormais partie des priorit&#233;s les plus imp&#233;rieuses. C'est de ces chasses au voile, et de leur incroyable violence, qu'il est question dans &lt;i&gt;D&#233;voilements&lt;/i&gt;, qui fera l'objet d'une pr&#233;sentation publique au Lieu Dit (6 rue Sorbier, Paris 20&#232;me) le jeudi 2 f&#233;vrier &#224; 19H00 - mais pas seulement. L'introduction du livre, que voici, nous en dit plus...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1449 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH333/alger_58-38748.jpg' width='500' height='333' alt=&quot;&quot; style='height:333px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ces hommes, disait-il, parlant des Alg&#233;riens, sont coupables de couvrir tant de beaut&#233;s &#233;tranges. Quand un peuple rec&#232;le de telles r&#233;ussites, de telles perfections de la nature, il se doit de les montrer, de les exposer. &#192; l'extr&#234;me, ajoutait-il, on devrait pouvoir les obliger &#224; le faire. &#187;&lt;/i&gt; (Frantz Fanon) [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Frantz FANON, &#171; L'Alg&#233;rie se d&#233;voile &#187;, L'An V de la r&#233;volution alg&#233;rienne, La (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 13 mai 1958 &#224; Alger, place du Gouvernement, des femmes musulmanes sont exhib&#233;es sur un podium pour y br&#251;ler leur voile en signe d'&#233;mancipation. Organis&#233;e par le Mouvement de solidarit&#233; f&#233;minine, une association caritative fond&#233;e par Mme Raoul Salan, l'&#233;pouse du commandant des forces arm&#233;es fran&#231;aises d'Alg&#233;rie, cette mise en sc&#232;ne s'inscrit dans une c&#233;r&#233;monie plus large de c&#233;l&#233;bration de la tutelle fran&#231;aise, alors vacillante. Dans un article publi&#233; par &lt;i&gt;R&#233;sistance alg&#233;rienne&lt;/i&gt;, Frantz Fanon d&#233;crit l'op&#233;ration et raconte qu'en r&#233;action, de nombreuses Alg&#233;riennes, d&#233;voil&#233;es depuis longtemps, reprennent alors le voile,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; affirmant ainsi qu'il n'est pas vrai que la femme se lib&#232;re sur l'invitation de la France et du g&#233;n&#233;ral de Gaulle &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Frantz FANON, &#171; L'Alg&#233;rie se d&#233;voile &#187;, L'An V de la r&#233;volution alg&#233;rienne, La (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans de longues pages qu'on ne peut r&#233;sumer ici mais qu'il faut relire et qui pr&#233;sentent d'&#233;tonnantes analogies avec le traitement contemporain du &#171; beur &#187; et de la &#171; beurette &#187;, Fanon rappelle le remarquable investissement affectif, sexuel et strat&#233;gique dont font l'objet, depuis la conqu&#234;te et l'installation du syst&#232;me colonial, la femme indig&#232;ne, son corps et &lt;i&gt;son voile&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'administration coloniale peut alors d&#233;finir une doctrine politique pr&#233;cise : &#8220;Si nous voulons frapper la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne dans sa contexture, dans ses facult&#233;s de r&#233;sistance, il nous faut d'abord conqu&#233;rir les femmes ; il faut que nous allions les chercher derri&#232;re le voile o&#249; elles se dissimulent et dans les maisons o&#249; l'homme les cache.&#8221; C'est la situation de la femme qui sera alors prise comme th&#232;me d'action. L'administration dominante veut d&#233;fendre solennellement la femme humili&#233;e, mise &#224; l'&#233;cart, clo&#238;tr&#233;e&#8230; On d&#233;crit les possibilit&#233;s immenses de la femme, malheureusement transform&#233;e par l'homme alg&#233;rien en objet inerte, d&#233;mon&#233;tis&#233;, voire d&#233;shumanis&#233;. Le comportement de l'Alg&#233;rien est d&#233;nonc&#233; tr&#232;s fermement et assimil&#233; &#224; des survivances moyen&#226;geuses et barbares. Avec une science infinie, la mise en place d'un r&#233;quisitoire-type contre l'Alg&#233;rien sadique et vampire dans son attitude avec les femmes, est entreprise et men&#233;e &#224; bien. L'occupant amasse autour de la vie familiale de l'Alg&#233;rien tout un ensemble de jugements, d'appr&#233;ciations, de consid&#233;rants, multiplie les anecdotes et les exemples &#233;difiants, tentant ainsi d'enfermer l'Alg&#233;rien dans un cercle de culpabilit&#233; (&#8230;). Apr&#232;s l'indignation, les conseils pratiques. Les femmes alg&#233;riennes sont invit&#233;es &#224; jouer &#8220;un r&#244;le fondamental, capital&#8221; dans la transformation de leur sort. On les presse de dire non &#224; une suj&#233;tion s&#233;culaire. On leur d&#233;crit le r&#244;le immense qu'elles ont &#224; jouer. L'administration coloniale investit des sommes importantes dans ce combat. Apr&#232;s avoir pos&#233; que la femme constitue le pivot de la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne, tous les efforts sont faits pour en avoir le contr&#244;le. &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Frantz FANON, &#171; L'Alg&#233;rie se d&#233;voile &#187;, op. cit., 2001. Sur la transmission de (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire semble b&#233;gayer : depuis maintenant pr&#232;s de deux d&#233;cennies, pour des raisons obscures mais peut-&#234;tre pas si &#233;loign&#233;es de celles de Madame Salan, les cheveux des femmes musulmanes sont devenus ce qu'il est convenu d'appeler un enjeu politique majeur. Cette histoire d&#233;bute en octobre 1989 : l'exclusion de deux coll&#233;giennes voil&#233;es &#224; Creil d&#233;clenche une importante campagne m&#233;diatique, sous la banni&#232;re d'un manifeste intitul&#233; &lt;i&gt;&#171; Profs, ne capitulons pas ! &#187;&lt;/i&gt; et qualifiant l'acceptation des &#233;l&#232;ves voil&#233;es de &lt;i&gt;&#171; Munich de l'&#233;cole r&#233;publicaine &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Publi&#233; en une du Nouvel Observateur, l'appel est sign&#233; notamment par R&#233;gis (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. Le Conseil d'&#201;tat est saisi par le ministre de l'&#201;ducation Lionel Jospin et rend un avis autorisant le port du foulard tant qu'il n'est pas accompagn&#233; de &lt;i&gt;&#171; pros&#233;lytisme &#187;&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;&#171; troubles &#224; l'ordre public &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les hostilit&#233;s sont d&#233;clench&#233;es une seconde fois en septembre 1994 par le ministre Fran&#231;ois Bayrou, qui publie une circulaire incitant les proviseurs &#224; consid&#233;rer que le port d'un &#171; foulard islamique &#187; est &lt;i&gt;en lui-m&#234;me&lt;/i&gt; un acte de pros&#233;lytisme. L'offensive provoque un nouvel emballement m&#233;diatique et aboutit &#224; une importante vague d'exclusions, finalement invalid&#233;es par les tribunaux administratifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1448 spip_documents'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L462xH326/Voile-c9df9-5f736.jpg' width='462' height='326' alt=&quot;&quot; style='height:326px;width:462px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en mars 2003 qu'est lanc&#233; l'assaut final, dans des conditions politiques et m&#233;diatiques que j'ai d&#233;j&#224; racont&#233;es en d&#233;tail dans un pr&#233;c&#233;dent livre [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir Pierre TEVANIAN, Le Voile m&#233;diatique, Raisons d'agir, 2005.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]. P&#233;titions, tribunes de presse et d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s se multiplient sans rel&#226;che jusqu'au printemps 2004, tandis que deux commissions de r&#233;flexion sont mises en place par le pr&#233;sident Jacques Chirac : la commission Debr&#233; et la commission Stasi. D&#232;s septembre 2003, avant m&#234;me qu'ait &#233;t&#233; vot&#233;e une quelconque loi d'interdiction, une immense campagne m&#233;diatique aboutit &#224; l'exclusion d'Alma et Lila L&#233;vy du lyc&#233;e Henri-Wallon d'Aubervilliers au seul motif qu'elles portent un &#171; foulard islamique &#187;. Cette exclusion ill&#233;gale sera l&#233;galis&#233;e &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; le 15 mars 2004 : suivant les recommandations de la commission Stasi, le Parlement fran&#231;ais adopte &#224; une tr&#232;s large majorit&#233; une loi interdisant &lt;i&gt;&#171; les signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette loi pr&#233;voit &lt;i&gt;&#171; une &#233;valuation au bout d'un an &#187;&lt;/i&gt; : Hanifa Ch&#233;rifi rend en septembre 2005, en guise d'&#233;valuation, un indigent fascicule de 50 pages qui se borne &#224; constater la disparition des voiles dans les &#233;coles et en conclut que le bilan de la loi est positif. Il fait toutefois &#233;tat, sans s'en &#233;mouvoir outre mesure, de 48 exclusions par conseil de discipline et d'une soixantaine de d&#233;missions. Aucune &#233;valuation n'est propos&#233;e en revanche en ce qui concerne l'&#171; exclusion invisible &#187; des &#233;l&#232;ves qui ont renonc&#233; &#224; faire leur rentr&#233;e scolaire : ce nombre est pourtant estim&#233; &#224; plusieurs centaines par le Collectif une &#233;cole pour tou-te-s [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Collectif Une &#233;cole pour tou-te-s, &#171; &#201;l&#233;ments d'un futur livre noir (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant au devenir de la centaine d'exclues reconnues par le rapport, la question n'est tout simplement pas pos&#233;e, pas davantage que celle des souffrances des &#171; d&#233;voil&#233;es &#187; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir Ismahane CHOUDER, Malika LATRECHE, Pierre TEVANIAN, Les Filles voil&#233;es (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Le bilan officiel rendu par Hanifa Ch&#233;rifi exprime une tout autre inqui&#233;tude : la plupart des d&#233;voil&#233;es remettent leur foulard en quittant l'enceinte scolaire. Le constat vaut donc comme un augure : la guerre n'est pas finie ! Et de fait, les applications sauvages de la loi en dehors de son cadre initial se multiplient dans toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; : sorties scolaires, emploi, logement, guichets&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1727 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH375/mte-38b0d.jpg' width='500' height='375' alt=&quot;&quot; style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans monopoliser l'agenda &#233;tatique et m&#233;diatique comme en 2003 et 2004, le voile demeure ensuite omnipr&#233;sent, notamment durant la campagne pr&#233;sidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, et une nouvelle &#171; ann&#233;e du voile &#187; est inaugur&#233;e le 22 juin 2009 par un discours pr&#233;sidentiel annon&#231;ant que &lt;i&gt;&#171; la burqa n'est pas la bienvenue sur le territoire de la R&#233;publique fran&#231;aise &#187;&lt;/i&gt;, suivi par la mise en place d'une &#171; commission de r&#233;flexion &#187; codirig&#233;e par le communiste Andr&#233; G&#233;rin et le sarkozyste &#201;ric Raoult, et aiguillonn&#233;e par la surench&#232;re m&#233;diatique d'un certain Jean-Fran&#231;ois Cop&#233;. Et en d&#233;pit d'une inconstitutionnalit&#233; maintes fois rappel&#233;e [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Par plusieurs juristes, devant la commission G&#233;rin-Raoult ou en dehors, et (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;], une loi interdisant aux femmes en niqab toute pr&#233;sence dans &#171; l'espace public &#187; est finalement vot&#233;e le 14 septembre 2010.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est de ce d&#233;voilement forc&#233; et de son incroyable violence qu'il est question dans mon livre, mais aussi d'un autre d&#233;voilement. Car ce que ne soup&#231;onnent pas nos chasseurs de voiles, c'est qu'au moment m&#234;me o&#249; ils s'&#233;vertuent avec plus ou moins de bonheur &#224; d&#233;voiler les musulmanes, ils accomplissent de mani&#232;re beaucoup plus int&#233;grale et obsc&#232;ne leur propre d&#233;voilement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet autod&#233;voilement fait l'objet des quatre premiers chapitres du livre. Les deux premiers portent respectivement sur le f&#233;minisme et la la&#239;cit&#233;, qui sont depuis vingt ans les deux principaux registres argumentatifs de la croisade, mais aussi &lt;i&gt;ses deux voiles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le chapitre suivant revient plus sp&#233;cifiquement sur l'interdiction du foulard &#224; l'&#233;cole, et sur le remarquable consentement dont elle a b&#233;n&#233;fici&#233; au sein de cet autre &#171; pilier de la r&#233;publique &#187; qu'est l'&#233;cole publique &#8211; et plus pr&#233;cis&#233;ment chez ceux qui en sont les &#171; hussards &#187; : les enseignants, dont je suis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un quatri&#232;me chapitre se concentre sur le monde intellectuel, acad&#233;mique, scientifique, et plus pr&#233;cis&#233;ment sur ses avatars m&#233;diatiques, en analysant, &#224; partir d'un cas aussi &#233;difiant qu'embl&#233;matique, la figure &#233;mergente de la voilologie savante &#8211; ou pseudosavante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un dernier chapitre revient enfin sur les principales concern&#233;es : les adolescentes portant le foulard &#224; l'&#233;cole et les femmes portant un hijab ou un niqab &#8211; trop souvent oubli&#233;es dans les analyses et les bilans, y compris chez certains antiprohibitionnistes, qui ont tendance &#224; s'int&#233;resser davantage au d&#233;voilement id&#233;ologique de la R&#233;publique qu'au d&#233;voilement bien r&#233;el v&#233;cu par des femmes et des adolescentes livr&#233;es &#224; la vindicte publique. Et encore faut-il ajouter que le mal ne se limite pas au d&#233;voilement accompli : si le rendement de la chasse n'a pas atteint le niveau escompt&#233;, si beaucoup des concern&#233;es r&#233;sistent &#224; l'injonction au d&#233;voilement, le prix qu'elles payent pour cela est incroyablement &#233;lev&#233; &#8211; exclusions scolaires, discriminations, injures, stigmatisation quotidienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agira donc pas de porter un diagnostic sur le hijab ou le niqab, et pas davantage sur les femmes qui les portent : loin de prendre ces femmes pour objet, ce dernier chapitre les envisage comme sujets parlants, en partant d'une enqu&#234;te &#224; laquelle j'ai particip&#233; et qui fait entendre la voix de 44 femmes portant le hijab [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Ismahane CHOUDER, Malika LATRECHE, Pierre TEVANIAN, Les Filles voil&#233;es (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;], et en s'effor&#231;ant d'en tirer des le&#231;ons &lt;i&gt;sur nous-m&#234;me&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;pour nous-m&#234;me&lt;/i&gt;. Il ne s'agira enfin pas non plus, ni dans ce chapitre ni dans les autres, d'assimiler le hijab et le niqab : si les deux v&#234;tements sont parfois associ&#233;s au fil des pages, sous le vocable commun de &#171; voiles &#187;, c'est uniquement pour d&#233;signer &lt;i&gt;une logique commune dans la mani&#232;re de les percevoir&lt;/i&gt;, de les ressentir, de les juger et d'y r&#233;agir &#8211; une logique h&#233;las fr&#233;quente, et profond&#233;ment malveillante et malfaisante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Frantz FANON, &#171; L'Alg&#233;rie se d&#233;voile &#187;, &lt;i&gt;L'An V de la r&#233;volution alg&#233;rienne&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Frantz FANON, &#171; L'Alg&#233;rie se d&#233;voile &#187;, &lt;i&gt;L'An V de la r&#233;volution alg&#233;rienne&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Frantz FANON, &#171; L'Alg&#233;rie se d&#233;voile &#187;, op. cit., 2001. Sur la transmission de cette politique sexuelle du voile, et sa reformulation dans les discours et politiques publiques sur &#171; la beurette &#187; et &#171; le gar&#231;on arabe &#187;, voir Nacira GUENIF-SOUILAMAS, &lt;i&gt;Les F&#233;ministes et le gar&#231;on arabe&lt;/i&gt;, L'Aube, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Publi&#233; en une du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, l'appel est sign&#233; notamment par R&#233;gis Debray, Alain Finkielkraut et &#201;lisabeth Badinter. Sur cet &#233;pisode comme sur les suivants, voir Thomas DELTOMBE, &lt;i&gt;L'Islam imaginaire. La construction m&#233;diatique de l'islamophobie, 1975-2005&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Voir Pierre TEVANIAN, &lt;i&gt;Le Voile m&#233;diatique&lt;/i&gt;, Raisons d'agir, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Collectif Une &#233;cole pour tou-te-s, &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Elements-d-un-futur-Livre-noir&quot; class='spip_out'&gt;&#171; &#201;l&#233;ments d'un futur livre noir &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Voir Ismahane CHOUDER, Malika LATRECHE, Pierre TEVANIAN, &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Une-parole-etouffee&quot; class='spip_out'&gt;&lt;i&gt;Les Filles voil&#233;es parlent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, La Fabrique, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Par plusieurs juristes, devant la commission G&#233;rin-Raoult ou en dehors, et par un avis du Conseil d'&#201;tat rendu le 26 mars 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Ismahane CHOUDER, Malika LATRECHE, Pierre TEVANIAN, &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Une-parole-etouffee&quot; class='spip_out'&gt;&lt;i&gt;Les Filles voil&#233;es parlent&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;voilements. Du hijab &#224; la burqa : les dessous d'une obsession fran&#231;aise&lt;/i&gt;, de Pierre Tevanian, est paru aux &lt;a href=&quot;http://editionslibertalia.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Editions Libertalia&lt;/a&gt;. 160 pages, 8 euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1717 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:202px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/IMG/gif/devlts-jpg.gif' width=&quot;202&quot; height=&quot;295&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Introduction : d'Alger 1958 &#224; Paris 2012&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Un f&#233;minisme paradoxal&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Une r&#233;volution conservatrice dans la la&#239;cit&#233;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. L'&#233;cole d&#233;voil&#233;e&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. Quand la science s'em-m&#234;le&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. L'histoire vue d'en bas&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conclusion : le bilan de la chasse&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Annexe : Br&#233;viaire de la haine&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Morceaux choisis de la voilophobie contemporaine)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rencontre publique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Autour du livre &lt;i&gt;D&#233;voilements&lt;/i&gt;, en pr&#233;sence de l'auteur : jeudi 2 f&#233;vrier, 19H00, au Lieu Dit, 6 rue Sorbier, 75020 Paris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Meeting Mamans Toutes Egales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour alerter et mobiliser contre la chasse aux voil&#233;es et sa r&#233;cente radicalisation, le collectif &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Mamans-toutes-egales,1264&quot; class='spip_out'&gt;MTE (Mamans Toutes Egales)&lt;/a&gt; organise, en partenariat avec le Groupe des Associations de Bagnolet, un meeting public le jeudi 9 f&#233;vrier 2012 &#224; partir de 19 heures, au Cin'Hoche, 6 rue Hoche 93170 Bagnolet (m&#233;tro Gallieni), en pr&#233;sence notamment de Cl&#233;mentine Autain, Jean Baub&#233;rot, Esther Benbassa, Sa&#239;d Bouamama, Lila Charef, Christine Delphy, Rokhaya Diallo, Jo&#235;l Roman...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sois blanche et tais-toi ! </title>
		<link>http://lmsi.net/Sois-blanche-et-tais-toi</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/Sois-blanche-et-tais-toi</guid>
		<dc:date>2012-01-30T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rokhaya Diallo</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Extrait du fort recommandable livre de Rokhaya Diallo, Racisme mode d'emploi, r&#233;cemment paru aux &#201;ditions Hachette, ce texte rappelle comment le racisme affecte le corps m&#234;me des personnes racis&#233;es, qu'elles soient noires, arabes, juives ou &#171; asiatiques &#187;, et plus particuli&#232;rement &#8211; faut-il s'en &#233;tonner ? &#8211; le corps des femmes. Nous le republions &#224; l'occasion de la pol&#233;mique que vient, tr&#232;s l&#233;gitimement, de provoquer une n-i&#232;me saillie raciste du magazine Elle Les images diffus&#233;es par les m&#233;dias imposent &#224; (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Racismes-" rel="directory"&gt;Racismes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait du fort recommandable livre de Rokhaya Diallo, &lt;a href=&quot;http://www.hijabandthecity.com/2011/03/racisme-mode-demploi-rokhaya-diallo/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Racisme mode d'emploi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, r&#233;cemment paru aux &#201;ditions Hachette, ce texte rappelle comment le racisme affecte le corps m&#234;me des personnes racis&#233;es, qu'elles soient noires, arabes, juives ou &#171; asiatiques &#187;, et plus particuli&#232;rement &#8211; faut-il s'en &#233;tonner ? &#8211; le corps des femmes. Nous le republions &#224; l'occasion de la pol&#233;mique que vient, tr&#232;s l&#233;gitimement, de provoquer &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/31/a-quand-une-femme-noire-en-couverture-de-elle_1636689_3232.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;une n-i&#232;me saillie raciste du magazine &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1565 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH373/be_white-adf6d.jpg' width='500' height='373' alt=&quot;&quot; style='height:373px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les images diffus&#233;es par les m&#233;dias imposent &#224; toutes les personnes qu'elles touchent de se conformer &#224; leur norme. &#192; travers la diffusion de ces standards, la conviction est inculqu&#233;e &#224; tou-te-s que la norme est blanche. Les minorit&#233;s admettent qu'elles doivent tout faire pour s'y conformer ou au moins s'en rapprocher, en camouflant le mieux possible les caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques &#224; leur ethnicit&#233;, ce qui aboutit en quelque sorte &#224; gommer leurs caract&#232;res &#171; ethno-raciaux &#187;. Je vous laisse imaginer les efforts surhumains que n&#233;cessite la conformation &#224; ce mod&#232;le lorsqu'on a la peau sombre, les yeux brid&#233;s ou les cheveux tire-bouchonnants. Comme le souligne Albert Memmi dans son &lt;i&gt;Portrait du colonis&#233;&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L''&#233;crasement du colonis&#233; est compris dans les valeurs colonisatrices. Lorsque le colonis&#233; adopte ces valeurs, il adopte en inclusion sa propre condamnation... Des n&#233;gresses d&#233;sesp&#232;rent &#224; d&#233;friser les cheveux qui refrisent toujours et se torturent la peau pour la blanchir un peu &#187;. &lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Albert Memmi, Portrait du colonis&#233;, Gallimard, 1985.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ayant int&#233;rioris&#233; la &#171; laideur &#187; de leurs traits, les femmes minor&#233;es entrent dans une logique de combat : elles doivent quotidiennement lutter contre une apparence qu'elles d&#233;testent. Une v&#233;ritable n&#233;gation de soi. Tous les proc&#233;d&#233;s vont dans un seul et m&#234;me sens : dissiper ce que l'on peut appeler les marqueurs ethno-raciaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez les minor&#233;s, nombre de gestes de beaut&#233; sont motiv&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de se rapprocher du mod&#232;le dominant. Des pratiques esth&#233;tiques r&#233;pandues d&#233;montrent une v&#233;ritable haine de soi. Les professionnels du marketing &#171; ethnique &#187; arguent souvent de l'int&#233;r&#234;t de cibler les femmes non-blanches, jugeant que le budget qu'elles consacrent &#224; la beaut&#233; est largement sup&#233;rieur &#224; celui des femmes blanches &#8211; un budget &lt;i&gt;&#171; neuf fois sup&#233;rieur &#187;&lt;/i&gt; &#224; celui des femmes blanches, selon la sp&#233;cialiste Myriam Keita Brunet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En plus des efforts &#171; usuels &#187; relevant du sexisme (course &#224; la minceur, &#224; la jeunesse), les femmes racis&#233;es doivent aussi proc&#233;der &#224; des modifications d&#233;finitives et structurelles de leur peau et de leurs cheveux pour parvenir &#224; atteindre cet id&#233;al. D&#233;frisages r&#233;guliers, perruques, voire produits &#233;claircissants, tout cela a un co&#251;t. Ce budget exceptionnel n'est pas le fait d'une coquetterie particuli&#232;re ou d'une hypoth&#233;tique culture portant aux nues le culte du corps, mais bel et bien le prix d'une &lt;i&gt;normalisation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; travers ces d&#233;marches, la &lt;i&gt;d&#233;naturalisation&lt;/i&gt; devient la norme chez les minorit&#233;s, convaincues que leur &#171; nature &#187; est laide, et les conforte dans la perp&#233;tuation d'une image alt&#233;r&#233;e. La conformation &#224; l'id&#233;al induit l'effacement de toute trace de &#171; non-blanchit&#233; &#187;, parfois au d&#233;triment de la sant&#233; physique voire mentale. La modification du corps par voie de chirurgie est une pratique de plus en plus r&#233;pandue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand il s'agit de minorit&#233;s, la chirurgie rev&#234;t un sens particulier. Ces demandes traduisent alors la volont&#233; d'effacer leurs caract&#233;ristiques ethno-raciales jug&#233;es disgracieuses afin de se fondre dans la masse et de se conformer le plus possible au mod&#232;le dominant. Comme le relevait d&#233;j&#224; Isabelle Faivre en 1976 :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la suppression de caract&#233;ristiques physiques consid&#233;r&#233;es comme raciales fait l'objet d'une demande importante. Ainsi ce qu'on appelle le nez juif ou bien les traits n&#233;gro&#239;des : r&#233;duction de l&#232;vres, amincissement de narines. &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Isabelle Faivre, Autoplastie de l'apparence, Ethnologie Fran&#231;aise, Arts et (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1567 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:310px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L310xH295/jennifer_greu-19bef.jpg' width='310' height='295' alt=&quot;&quot; style='height:295px;width:310px;' /&gt;&lt;/span&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es en Asie, on assiste &#224; l'envol&#233;e d'une mode consistant &#224; se faire &#171; d&#233;brider les yeux &#187; ou allonger les jambes par le biais de la chirurgie esth&#233;tique. La forme fine et allong&#233;e des yeux de nombreuses personnes originaires d'Asie marque une ethnicit&#233; qui les distingue des Occidentaux blancs, si bien que cette forme tend &#224; &#234;tre d&#233;valoris&#233;e au profit d'une forme plus &#171; ronde &#187;. Les stars afro-am&#233;ricaines ou asiatiques recourent &#233;galement &#224; ces artifices destin&#233;s &#224; &#171; am&#233;liorer &#187; leur image. Jennifer Grey, la vedette du film &lt;i&gt;Dirty Dancing&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Emile Ardolino, Dirty Dancing, 1987' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;], complex&#233;e par son nez &#171; juif &#187;, a eu recours a une rhinoplastie qui a l'a rendue m&#233;connaissable. D&#233;stabilis&#233;, son public lui a tourn&#233; le dos et sa carri&#232;re a brutalement pris fin. Cette actrice, qui &#233;tait pourtant per&#231;ue comme belle, &#233;tait &#224; ce point obs&#233;d&#233;e par un trait ethno-racial fantasm&#233; qu'elle a d&#233;cid&#233; de le faire dispara&#238;tre. Le nez &#171; juif &#187; n'existe pas, mais elle &#233;tait convaincue que la forme de son nez &#233;tait caract&#233;ristique de sa jud&#233;it&#233;. Aujourd'hui, revenant sur l'&#233;chec de sa carri&#232;re, elle exprime tr&#232;s bien le r&#233;sultat de cette op&#233;ration :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je suis entr&#233;e dans la salle d'op&#233;ration telle une c&#233;l&#233;brit&#233; et j'en suis ressortie anonyme. &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Jennifer Grey, The New York Times, 17 Ao&#251;t, 1997).' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette op&#233;ration lui a purement et simplement fait perdre son identit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne du blanchiment de la peau a largement &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233; et d&#233;nonc&#233; en France. Il ne touche pas uniquement les femmes noires mais toutes celles qui ont la peau sombre, qu'elles soient originaires du sous-continent indien, d'Asie du Sud-Est ou du Maghreb. Il s&#8216;agit pour elle de l'&#233;claircir par l'usage de produits chimiques souvent tr&#232;s dangereux pour la peau. Mais la prise de risque semble &#234;tre compens&#233;e par les avantages de l'&#233;claircissement qui, selon Pap N'Diaye, att&#233;nue &lt;i&gt;&#171; le handicap social repr&#233;sent&#233; par la peau sombre &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Pap Ndiaye, La Condition noire, Calmann Levy, 2008.' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sociologue Juliette Sm&#233;ralda rappelle que la valorisation de la blancheur est d'origine europ&#233;enne :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Parmi les &#233;lites des peuples asiatiques &#224; peau claire &#8211; comme il en est des Japonais &#8211;, le teint immacul&#233; fut adopt&#233; dans sa modalit&#233; occidentale pour distinguer l'&#233;lite &#224; la peau blanche de la masse &#224; la peau brune. &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Juliette Sm&#233;ralda, Du cheveu cr&#233;pu au cheveu d&#233;fris&#233;, Anibw&#233;, 2008.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beaucoup me r&#233;pondront &#8211; et je le conc&#232;de volontiers &#8211; que le bronzage des peaux blanches est particuli&#232;rement valoris&#233; dans nos soci&#233;t&#233;s &#8211; les corps expos&#233;s sur les plages ne manquent pas de le rappeler chaque &#233;t&#233;. De nombreuses personnes blanches encourent des risques d&#233;mesur&#233;s pour entretenir leur bronzage, notamment en recourant aux rayons UV, facteurs de cancer. C'est une r&#233;alit&#233;, et un v&#233;ritable mal, mais la carnation bronz&#233;e n'a jamais &#233;t&#233; la norme chez les stars ou dans la mode. Et aucune femme blanche n'a jamais cherch&#233; &#224; transformer son apparence de mani&#232;re &#224; travestir des caract&#232;res sp&#233;cifiques de son ethnicit&#233; &#8211; ce qui fait qu'elle est consid&#233;r&#233;e comme &#171; Blanche &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aborde maintenant la question de la chevelure, laquelle peut para&#238;tre anecdotique mais qui est pourtant tr&#232;s r&#233;v&#233;latrice de cette injonction &#224; la discr&#233;tion auxquelles sont confront&#233;es les minorit&#233;s invit&#233;es &#224; masquer les &#171; travers &#187; qu'exprime leur ethnicit&#233;. Chez de nombreuses femmes noires ou d'origine maghr&#233;bine, la question du coiffage des cheveux est probl&#233;matique. Souvent, ces femmes se plaignent d'avoir une nature de cheveux &#171; trop fris&#233;e &#187;, impossible &#224; coiffer car inadapt&#233;e aux coiffures &#224; la mode. Le lissage &#233;tant la seule condition pour que les chevelures de nature cr&#233;pue soient admises comme &#171; bien coiff&#233;es &#187;, ces femmes plongent dans un engrenage les enfermant dans le syst&#233;matisme de la d&#233;naturation de leurs cheveux (d&#233;frisage chimique). L'autre proc&#233;d&#233; consiste &#224; porter des postiches (perruques ou extensions &#8211; parfois grossi&#232;res).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;i&gt;brushing&lt;/i&gt; est aussi tr&#232;s r&#233;pandu chez les femmes blanches, mais le processus est diff&#233;rent &#8211; les femmes blanches ne cherchant pas &#224; &#171; &#233;chapper &#187; &#224; leur blancheur. Les non-Blanches, elles, apprennent v&#233;ritablement &#224; &lt;i&gt;dompter&lt;/i&gt; leurs cheveux &#171; sauvages &#187;. Nombre d'entre elles camouflent en permanence leurs v&#233;ritables cheveux sous des faux ou derri&#232;re un traitement chimique. Et ces d&#233;marches s'inscrivent toutes dans un sens visant &#224; imiter la texture des cheveux des femmes blanches. De ma vie, je n'ai jamais rencontr&#233; de femme blanche qui r&#234;vait d'avoir des cheveux cr&#233;pus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les hommes ne sont pas en reste, m&#234;me si, pour eux, la solution est plus simple. Aux chanteurs afro-am&#233;ricains comme Otis Redding, Percy Sledge ou James Brown, qui pr&#233;sentaient un cheveu lisse et luisant, ont succ&#233;d&#233; des cr&#226;nes ras&#233;s. De plus en plus d'hommes optent d&#233;sormais pour l'abolition pure et simple du cheveu : plus de trace de frisure, le cr&#226;ne est net. La mode des coiffures afro qui a fait son apparition dans les ann&#233;es 1970 aux &#201;tats-Unis sous l'impulsion du mouvement &lt;i&gt;Black Power&lt;/i&gt;, en r&#233;action &#224; l'uniformisation capillaire symbolique de l'oppression des Noirs, n'a pas fait long feu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1566 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:300px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L300xH450/angela_davis-3-08d76.jpg' width='300' height='450' alt=&quot;&quot; style='height:450px;width:300px;' /&gt;&lt;/span&gt;Si aujourd'hui, les coiffures afro volumineuses ont quelque peu perdu leur connotation politique, per&#231;ue par certains comme vindicative, elles restent circonscrites &#224; certains milieux branch&#233;s ou militants, o&#249; la marginalit&#233; est acceptable. Ce n'est d'ailleurs probablement pas un hasard si les rares femmes noires m&#233;diatiquement expos&#233;es qui portent leurs cheveux au naturel, comme Angela Davis aux &#201;tats-Unis ou Christiane Taubira en France, sont des militantes politiques. D&#233;j&#224; dans leur action quotidienne, elles bravent l'ordre &#233;tabli &#8211; alors que, comme le remarque Juliette Sm&#233;ralda, le refus du cheveu cr&#233;pu revient &#224;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; s'en prendre &#224; soi-m&#234;me plut&#244;t qu'&#224; la soci&#233;t&#233; qui le rejette &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la vie normale, on ne peut d&#233;cemment &#234;tre une avocate ou un m&#233;decin digne de ce nom et porter des cheveux cr&#233;pus. Essayez de gravir les &#233;chelons d'une grande entreprise avec une tignasse cr&#233;pue, on vous fera vite comprendre qu'on n'est pas chez les sauvages ici, non mais ! &#192; la limite, on peut admettre l'illusion de chevelure lisse que peuvent donner les longues tresses &#171; ethniquement correctes &#187;, mais gu&#232;re plus de fantaisies. J'ai moi-m&#234;me eu droit &#224; mon premier d&#233;frisage chimique &#224; l'&#226;ge de six ans. Je me souviens &#224; quel point j'&#233;tais heureuse d'avoir les cheveux lisses et de pouvoir me coiffer &#171; comme ma copine Audrey &#187;, pour ressembler &#224; ce que j'associais alors &#224; la beaut&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque, des ann&#233;es plus tard, j'ai pris la d&#233;cision de cesser de d&#233;friser mes cheveux, j'ai d&#251; faire face &#224; l'incompr&#233;hension de mon entourage, aupr&#232;s duquel je suis apparue quelque peu d&#233;rang&#233;e. Comment une femme disposant d'un minimum d'&#233;ducation pouvait-elle &#171; cesser de se coiffer &#187; ? Le d&#233;frisage est banalis&#233; au point d'&#234;tre int&#233;gr&#233; dans la culture esth&#233;tique de la plupart des femmes noires, au d&#233;triment du naturel cr&#233;pu qui s'est marginalis&#233; et d&#233;class&#233;. J'avais la chance d'&#233;voluer professionnellement dans un milieu artistique me permettant de m'aventurer dans des coiffures &#233;ventuellement fantaisistes, mais plus d'une fois, le regard de personnes dans la rue &#8211; notamment Noires &#8211; m'a bien fait comprendre que la raison devait m'avoir quitt&#233;e pour que j'ose arborer une telle coiffure de gueuse. Et je n'oublierai jamais que, lorsque j'&#233;tais en &#233;cole de commerce et que je portais de longues tresses, le corps administratif n'a jamais masqu&#233; sa circonspection :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mais Rokhaya, avez-vous l'intention de garder cette coiffure pour chercher votre stage ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une de mes amies qui porte les cheveux cr&#233;pus &#224; la mode &#171; afro &#187; m'a rapport&#233; qu'il lui arrivait parfois que des personnes noires l'alpaguent dans la rue en la saluant de &#171; bravos &#187;, comme si elle avait r&#233;alis&#233; un exploit. En r&#233;alit&#233;, elle n'a fait que garder ses cheveux tels qu'ils sont, mais ce choix est si contraire &#224; la norme qu'il est per&#231;u comme un acte d'affirmation de soi, &#224; contre-courant des obligations dominantes. Ce choix pose de fait les personnes qui l'adoptent dans une posture de militants malgr&#233; eux, d'&#234;tres d&#233;complex&#233;s et fiers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce renversement du naturel fait passer les personnes qui ne choisissent pas de lisser leurs cheveux au mieux pour des artistes inspir&#233;s ou des militants, au pire pour des personnes sans &#233;ducation ou des pauvres. La soci&#233;t&#233;, dont le regard s'est habitu&#233; &#224; ces pratiques, attend de toutes les femmes qui ont les cheveux naturellement cr&#233;pus qu'elles les portent lisses, et celles qui ne font pas &#171; l'effort &#187; de se conformer &#224; cette injonction sociale sont per&#231;ues comme &#171; n&#233;glig&#233;es &#187;. Une femme portant des cheveux naturels sera ainsi consid&#233;r&#233;e comme une originale, une &#171; rebelle &#187; ou une femme prenant peu soin d'elle. Stigmatisation garantie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la t&#233;l&#233;vision, le message est clair : vous verrez rarement une journaliste s&#233;rieuse pr&#233;senter les informations avec une volumineuse tignasse. Le film &lt;i&gt;White Man&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Desmond Nakano, White Man (Titre original : White Man's Burden), (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;], inversant les rapports entre Blancs et Noirs, n'est pas all&#233; jusqu'&#224; montrer des Blancs redoublant d'efforts pour ressembler au mod&#232;le dominant. Il aurait pourtant &#233;t&#233; int&#233;ressant de les voir user de toutes sortes de proc&#233;d&#233;s pour se foncer la peau, ou copier de mani&#232;re maladroite les coiffures envisageables avec des cheveux cr&#233;pus en gonflant leurs cheveux de mani&#232;re grotesque. Dans le film de Chris Rock, &lt;i&gt;Good Hair&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Chris Rock, Good Hair, 2009.' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;], les femmes noires qui se succ&#232;dent sur le plateau n'ont de cesse de d&#233;nigrer les cheveux cr&#233;pus, certaines femmes les associant &#224; une classe sociale inf&#233;rieure &#8211; faisant ainsi &#233;cho &#224; l'analyse de Juliette Sm&#233;ralda :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le d&#233;frisage est donc bien un signe qui transmet de l'information sociale sur la personne qui le pratique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Albert Memmi, &lt;i&gt;Portrait du colonis&#233;&lt;/i&gt;, Gallimard, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Isabelle Faivre, &lt;i&gt;Autoplastie de l'apparence, Ethnologie Fran&#231;aise, Arts et traditions populaires,&lt;/i&gt; Paris, 1976&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Emile Ardolino, &lt;i&gt;Dirty Dancing&lt;/i&gt;, 1987&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Jennifer Grey, &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt;, 17 Ao&#251;t, 1997).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Pap Ndiaye, &lt;i&gt;La Condition noire&lt;/i&gt;, Calmann Levy, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Juliette Sm&#233;ralda, &lt;i&gt;Du cheveu cr&#233;pu au cheveu d&#233;fris&#233;&lt;/i&gt;, Anibw&#233;, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Desmond Nakano, &lt;i&gt;White Man&lt;/i&gt; (Titre original : &lt;i&gt;White Man's Burden&lt;/i&gt;), 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Chris Rock, &lt;i&gt;Good Hair&lt;/i&gt;, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait du livre de Rokhaya Diallo, &lt;a href=&quot;http://www.hijabandthecity.com/2011/03/racisme-mode-demploi-rokhaya-diallo/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Racisme, mode d'emploi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, paru en 2011 aux &#233;ditions Hachette.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur des sujets voisins, lire :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mona Chollet, &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Les-Nations-unies-de-la-beaute&quot; class='spip_out'&gt;&#171; Les nations unies de la beaut&#233; &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre Tevanian, &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Trente-paradoxes&quot; class='spip_out'&gt;&#171; Trente paradoxes &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les nouvelles dragonnades </title>
		<link>http://lmsi.net/Les-nouvelles-dragonnades</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/Les-nouvelles-dragonnades</guid>
		<dc:date>2012-01-28T08:14:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Delphy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avec la r&#233;cente loi anti-nounou, la chasse aux femmes voil&#233;es vient de passer un nouveau cap, qui m&#233;rite d'&#234;tre pens&#233; et combattu. Pour nourrir la r&#233;flexion, mais aussi appeler &#224; la riposte - en se rendant au meeting &#171; Oui &#224; la la&#239;cit&#233; / Non &#224; l'islamophobie ! &#187; le 9 f&#233;vrier &#224; 19h, au Cin'Hoche &#224; Bagnolet - voici quelques r&#233;flexions sign&#233;es Christine Delphy. Ainsi, au cas o&#249; l'Assembl&#233;e nationale en serait d'accord, et gr&#226;ce au S&#233;nat et en particulier aux socialistes et apparent&#233;s qui en d&#233;tiennent la majorit&#233; (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Dictature-" rel="directory"&gt;Dictature&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec la r&#233;cente &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Police-de-la-pensee&quot; class='spip_out'&gt;loi anti-nounou&lt;/a&gt;, la chasse aux femmes voil&#233;es vient de passer un nouveau cap, qui m&#233;rite d'&#234;tre pens&#233; et combattu. Pour nourrir la r&#233;flexion, mais aussi appeler &#224; la riposte - en se rendant au meeting &lt;a href=&quot;http://www.mamans-toutes-egales.com/hot-news-1/nos-actions/20120209-meetingpublicabagnoletjeudi9fevrier&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#171; Oui &#224; la la&#239;cit&#233; / Non &#224; l'islamophobie ! &#187;&lt;/a&gt; le 9 f&#233;vrier &#224; 19h, au Cin'Hoche &#224; Bagnolet - voici quelques r&#233;flexions sign&#233;es Christine Delphy.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1733 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L400xH300/dragonnades-36688.jpg' width='400' height='300' alt=&quot;&quot; style='height:300px;width:400px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, au cas o&#249; l'Assembl&#233;e nationale en serait d'accord, et gr&#226;ce au S&#233;nat et en particulier aux socialistes et apparent&#233;s qui en d&#233;tiennent la majorit&#233; des si&#232;ges, une des particularit&#233;s les moins flatteuses de notre histoire sera bient&#244;t raviv&#233;e. &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Je-represente&quot; class='spip_out'&gt;Fran&#231;oise Laborde&lt;/a&gt; (second&#233;e par Alain Richard), auteure de la proposition de loi d'extension de la neutralit&#233; aux structures priv&#233;es de la petite enfance, a convaincu ses coll&#232;gues de combler un pr&#233;tendu &#171; vide juridique &#187; : les personnes qu'elle appelle les &#171; assistant maternels &#187; - en fait des assistant.e.s - ne seraient pas surveill&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, pas assez. Certes pour les agr&#233;er les pr&#233;fectures contr&#244;lent leur &#171; moralit&#233; &#187; ainsi que l'hygi&#232;ne et la s&#233;curit&#233; du logement o&#249; elles accueillent les bambins (0 &#224; 3 ans). Mais &#8230; avait-on pens&#233; &#224; examiner de pr&#232;s leur religion ? Eh bien non : avant Mme Laborde personne n'avait fait d'investigations pouss&#233;es sur ce point capital. Pourtant, on le voit bien dans les squares, les &#171; nounous &#187; qui s'occupent de petits enfants aux boucles blondes sont en majorit&#233; africaines, asiatiques ou arabes ; et certaines portent un foulard. Personne avant Mme Laborde n'avait per&#231;u que ce foulard est une attaque &#224; peine voil&#233;e contre la libert&#233; de conscience du mouflet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut s'&#233;tonner de savoir que la libert&#233; de conscience existe pour des mineurs soumis jusqu'&#224; 18 ans &#224; l'autorit&#233; parentale... Qu'on se rassure : elle n'existe pas. Dans ce projet de loi, si on invoque &#171; l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de l'enfant &#187;, ce n'est pas pour lui reconna&#238;tre une personnalit&#233; propre, mais au contraire pour r&#233;affirmer que cette &#171; libert&#233; &#187; signifie son contraire :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; le droit fondamental des parents &#224; choisir l'&#233;ducation de leurs enfants en fonction de leurs convictions &#187;.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors, la &#171; neutralit&#233; &#187; de l'Etat, et de ses agents, &#233;tendue &#224; l'&#233;ducation priv&#233;e, outre qu'elle traite tous les citoyens comme des fonctionnaires, n'a plus pour but celui que lui fixait &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Il-existe-deja-un-code-de-la&quot; class='spip_out'&gt;la loi de 1905&lt;/a&gt; : emp&#234;cher les corps constitu&#233;s des religions - les Eglises - d'intervenir en tant que telles dans les affaires politiques, et faire que l'Etat traite sur un pied d'&#233;galit&#233; toutes les convictions. Non : elle aurait pour objet, si on suit Mme Laborde et ses coreligionnaires du S&#233;nat, si on l'&#233;tend aux structures priv&#233;es, de pr&#233;server l'enfant de toute image qui soit diff&#233;rente des images approuv&#233;es par ses parents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut donc cacher &#224; l'enfant les images de la diversit&#233;, qui existe, et pas seulement dans les banlieues ; les images de la vari&#233;t&#233; des pays, des langues, des gens, des opinions&#8230; qu'elle-il verra bien un jour. Si, Madame Laborde. Un jour, m&#234;me pouss&#233;.e par une nounou d&#251;ment certifi&#233;e &#171; ath&#233;e &#187;, &lt;i&gt;votre enfant apercevra un foulard&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais voil&#224;, les concepteur.e.s de cette loi esp&#232;rent que non : ils s'imaginent engag&#233;s dans une course de vitesse entre les &#171; r&#233;publicains &#187; et les &#171; musulmans &#187; et esp&#232;rent que les uns parviendront &#224; faire dispara&#238;tre les autres avant qu'un dommage irr&#233;parable ne soit caus&#233; aux cerveaux blonds.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et en effet, depuis 2003 est men&#233;e une offensive g&#233;n&#233;rale contre la visibilit&#233; de l'islam, contre sa pr&#233;sence dans l'espace public - &lt;i&gt;qui est l'espace de tous et non celui de l'Etat&lt;/i&gt;. Si on pensait que le go&#251;t du sang &#233;tait pass&#233; aux islamophobes depuis la loi de 2004 (proscrivant le port du foulard dans le secondaire), si on esp&#233;rait qu'ils avaient eu leur dose d'humiliations et de pleurs inflig&#233;s, d'espoirs et de carri&#232;res bris&#233;es, on se trompait. Nomm&#233;e &#224; la t&#234;te de la HALDE pour la d&#233;sint&#233;grer, Jeanette Bougrab renverse ses avis dans &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Elisabeth-la-creche-et-la-voilee&quot; class='spip_out'&gt;l'affaire Babyloup&lt;/a&gt;, et second&#233;e par Elisabeth Badinter, fait approuver en appel le renvoi d'une salari&#233;e de cr&#232;che enfoulard&#233;e .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le m&#234;me printemps, Jean-Fran&#231;ois Cop&#233; promet un code de la la&#239;cit&#233;, mais n'en accouche pas. Luc Chatel, ministre de l'Education, contredit une jurisprudence constante selon laquelle les m&#232;res d' &#233;l&#232;ves peuvent s'habiller comme elles le veulent : &#171; Non &#187; dit Chatel, &#171; les mamans qui accompagnent les sorties scolaires sont (comme) des agents publics &#187;. Fillon, premier ministre, contredit &#224; son tour Chatel. Mais les directeurs d'&#233;tablissement et les profs excluent les m&#232;res voil&#233;es &#224; nouveau, depuis la rentr&#233;e 2011, et leurs sup&#233;rieurs annoncent tout uniment &#171; qu'il n'y a plus de loi &#187;. Car Claude Gu&#233;ant a dit qu'on ne peut modifier la loi de 1905 mais a pr&#233;sent&#233;, en octobre 2011, un &#171; code de la la&#239;cit&#233; &#187; qui, pr&#233;tendant &#171; y apporter des pr&#233;cisions &#187;, y ajoute en fait des &#171; instructions &#187; autorisant les directeurs d'&#233;coles &#224; &#233;tablir des r&#232;glements int&#233;rieurs discriminatoires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'annonce en reculade, puis en r&#233;-avanc&#233;e, d'instructions minist&#233;rielles en projets de lois, de d&#233;saccords entre les ministres en &#171; codes &#187; sans statut juridique, on pourrait croire le gouvernement d&#233;sempar&#233;. D&#233;sempar&#233;, ou habile ? Il a adopt&#233; une &lt;i&gt;strat&#233;gie de gu&#233;rilla&lt;/i&gt; : attaques localis&#233;es, retraits imm&#233;diats si on n'est pas assez suivi, et si on l'est, petit territoire occup&#233;, d'o&#249; on pourra lancer de nouvelles attaques, et avancer ainsi d'une colline &#224; l'autre : ainsi s'organise le grignotage progressif de la loi de 1905.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &#171; loi-nounous &#187; peut para&#238;tre marginale, et m&#234;me &#171; grotesque &#187; comme certain.e.s l'ont dit au S&#233;nat. Mais toutes ces lois et menaces de lois qui s'opposent &#224; la la&#239;cit&#233; vraie contribuent &#224; renforcer l'id&#233;e que l'islam est tout juste &#171; tol&#233;r&#233; &#187; et ne doit pas se montrer. Mme Laborde, comme la plupart des &#171; ultrala&#239;cards &#187; de notre pays, se r&#233;clame des Lumi&#232;res pour fomenter la discorde. Et tous, &#233;trangement, paradoxalement, perversement, pr&#233;tendent dans le moment m&#234;me o&#249; ils agressent des populations enti&#232;res, &#339;uvrer pour le fameux &#171; vivre-ensemble &#187; qui &#224; leurs yeux implique - non, exige - &lt;i&gt;que tu me ressembles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est bien pour parvenir &#224; ce but - &lt;i&gt;que tu me ressembles pour que nous vivions ensemble&lt;/i&gt; - que d&#232;s 1681 Louis XIV lan&#231;a les &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Dragonnades&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#171; dragonnades &#187;&lt;/a&gt;, puis r&#233;voqua l'&#233;dit de Nantes. Les paysans protestants &#233;taient oblig&#233;s de loger et de nourrir des &#171; Dragons &#187; : les tortures inflig&#233;es par les dragons aux habitants &#233;taient si atroces que certains villages, juste &#224; la vue des militaires, se d&#233;claraient catholiques. Beaucoup bien s&#251;r faisaient semblant et se r&#233;unissaient pour pratiquer leur religion dans les &#171; d&#233;serts &#187; - endroits sauvages - d'o&#249; partirent les r&#233;voltes des Camisards. D'autres s'exil&#232;rent dans le reste de l' Europe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que veulent ces &#171; ultrala&#239;cards &#187; ? Que comme les protestants, les musulmans se convertissent - mais &#224; quoi au juste ? Qu'ils passent dans la clandestinit&#233;, comme une moiti&#233; des protestants l'a fait ? Ou qu'ils s'exilent, comme l'autre moiti&#233; des protestants ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Etat fran&#231;ais semble pr&#234;t &#224; renouer avec cette histoire de pers&#233;cutions religieuses, en excluant du march&#233; du travail les femmes portant le foulard. Les femmes en g&#233;n&#233;ral sont deux fois plus au ch&#244;mage que les hommes ; les descendantes d'immigr&#233;s quatre fois plus. Les femmes musulmanes qui portent le foulard sont elles compl&#232;tement exclues gr&#226;ce &#224; des lois &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; de tous les emplois publics et de la plupart des emplois priv&#233;s. La &#171; loi-nounous &#187; supprimerait l'un des derniers m&#233;tiers auquel elles peuvent encore pr&#233;tendre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce pays est-il pr&#234;t, pour l&#233;galiser les discriminations - au lieu de les combattre - &#224; utiliser l'arme des dragonnades : &#224; entrer dans l'intimit&#233; des foyers, cette intimit&#233; qui est, selon les discrimineurs, le dernier endroit o&#249; les convictions de chacun.e sont prot&#233;g&#233;es ? Ce pays est-il pr&#234;t &#224; assumer l'indignit&#233; de ces m&#233;thodes, la honte de leurs fins ouvertement discriminatoires ? Est-il pr&#234;t &#224; poursuivre une politique qui d&#233;truit lentement mais s&#251;rement tout espoir de coh&#233;sion sociale en cr&#233;ant une caste de sous-citoyens pouss&#233;s &#224; l'exil ou &#224; la r&#233;bellion ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &#171; la&#239;cit&#233; &#187; revue et corrig&#233;e depuis 2004 n'est plus conforme ni &#224; nos lois, ni &#224; notre Constitution, ni aux Conventions europ&#233;ennes et internationales ratifi&#233;es par la France. Les rois ont pers&#233;cut&#233; pendant des si&#232;cles les juifs, les protestants, les cathares, les vaudois, au nom d'une religion d'Etat : le catholicisme. En 1905 la r&#233;publique passe une loi pour rompre avec cet ordre catholico-monarchique. L'Etat est clairement d&#233;li&#233; de tout lien avec une religion quelconque, et garantit la libert&#233; de conscience pleine et enti&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela signifie que les convictions des citoyens peuvent s'exprimer en priv&#233; comme en public, et ceci, quelles qu'elles soient. La &lt;i&gt;tol&#233;rance &lt;/i&gt; que pr&#234;che le s&#233;nateur Alain Richard est le contraire de la la&#239;cit&#233;, en ce qu'elle suppose une norme, une &#171; bonne conviction &#187; par rapport &#224; laquelle les autres convictions sont &#233;valu&#233;es et &#171; tol&#233;r&#233;es &#187; - donc une forme de religion d'Etat. Par la loi de 1905, c'est au contraire &lt;i&gt;l'&#233;galit&#233; &lt;/i&gt; entre toutes les convictions entre elles qui est proclam&#233;e : l'Etat ne doit ni en favoriser, ni d'en pers&#233;cuter aucune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La notion de la&#239;cit&#233; a subi depuis plusieurs ann&#233;es tant d'interpr&#233;tations tendancieuses et de d&#233;formations qu'on assiste aujourd'hui au plus navrant des spectacles : celui d'un Etat la&#239;c se livrant &#224; une &lt;i&gt;pers&#233;cution religieuse&lt;/i&gt;. Les &#233;lections pr&#233;sidentielles seront une occasion de savoir de quelle version de la la&#239;cit&#233; se r&#233;clament les candidats : celle des dragons du dix-septi&#232;me si&#232;cle ou celle de la r&#233;publique ? Lesquels vont s'engager &#224; rendre &#224; la la&#239;cit&#233; son vrai visage, celui de la loi de 1905 ? De leurs r&#233;ponses d&#233;pendra notre vote.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Meeting&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Contre cette nouvelle politique de pers&#233;cution, le Collectif MTE (&lt;a href=&quot;http://www.mamans-toutes-egales.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Mamans Toutes Egales&lt;/a&gt;) organise, en partenariat avec le Groupe des Associations de Bagnolet, un meeting public&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/squelettes-dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; class=&quot;puce&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; le jeudi 9 f&#233;vrier 2012 &#224; partir de 19h&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/squelettes-dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; class=&quot;puce&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; au Cin'Hoche, 6 rue Hoche, 93170 Bagnolet (m&#233;tro Galli&#233;ni)
(m&#233;tro Gallieni)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/squelettes-dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; class=&quot;puce&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; avec la particpation de : Anissa Fathi, Rokhaya Diallo, Jean Baub&#233;rot,
Mireille Fanon Mend&#232;s-France, Lila Charef, Ndella Paye, Esther Benbassa, Ismahane Chouder, Jo&#235;l Roman, Alima Boumediene, Christine Delphy,Sa&#239;d Bouamama, Fran&#231;oise Verg&#232;s, Pierre Tevanian, Monique Crinon, Djamila Bekioui, Olivier Besancenot, Houria Bouteldja, Sonia Dayan Herzbrun, Olivier Lecour Grandmaison&#8230; et bien d'autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La nouvelle croisade de Caroline Fourest </title>
		<link>http://lmsi.net/La-nouvelle-croisade-de-Caroline</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/La-nouvelle-croisade-de-Caroline</guid>
		<dc:date>2012-01-27T23:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>H&#233;la Yousfi, Nawel Gafsia</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Caroline Fourest qui s'est r&#233;guli&#232;rement illustr&#233;e par sa stigmatisation des musulmans de France et qui &#233;crivait en janvier 2004 : &#171; La Tunisie, avec l'Egypte et la Turquie, seraient des d&#233;mocraties officielles tenues d'une main de fer par l'arm&#233;e &#187; (330) [Caroline Fourest et Fiammetta Venner,Tirs crois&#233;s, janvier 2004], pr&#233;tend aujourd'hui expliquer la d&#233;mocratie aux Tunisiens... Depuis quelque temps Caroline Fourest s'est &#233;prise avec passion du sort des Tunisiens. Elle se sentirait aujourd'hui investie (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Soeur-Caroline-Fourest-et-ses-ami-" rel="directory"&gt;Soeur Caroline Fourest et ses ami(e)s&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Caroline Fourest qui s'est r&#233;guli&#232;rement illustr&#233;e par sa stigmatisation des musulmans de France et qui &#233;crivait en janvier 2004 : &#171; La Tunisie, avec l'Egypte et la Turquie, seraient des d&#233;mocraties officielles tenues d'une main de fer par l'arm&#233;e &#187; (330) [Caroline Fourest et Fiammetta Venner,Tirs crois&#233;s, janvier 2004], pr&#233;tend aujourd'hui expliquer la d&#233;mocratie aux Tunisiens...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1734 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH364/prixdulivre2-d1cad.jpg' width='500' height='364' alt=&quot;&quot; style='height:364px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis quelque temps Caroline Fourest s'est &#233;prise avec passion du sort des Tunisiens. Elle se sentirait aujourd'hui investie d'une mission de soutien, de tout son corps et de toute son &#226;me aupr&#232;s des luttes des Tunisiens pour leurs libert&#233;s et leurs droits humains, un combat dont elle se d&#233;sint&#233;ressait lorsque Ben Ali bafouait les conventions internationales contre la torture au nom de la lutte contre l'islamisme. Or sa m&#233;connaissance du contexte tunisien (La Tunisie &#233;tait tenue par un r&#233;gime policier et non militaire) ne doit pas lui rendre la t&#226;che facile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une passion nouvelle pour la Tunisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi &#224; une semaine des &#233;lections de l'Assembl&#233;e constituante, mue par un certain maternalisme, Caroline Fourest tente d'expliquer les enjeux des &#233;lections aux Tunisiens, dans un article intitul&#233; la &#171; Tunisie joue sa libert&#233; &#187; paru dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt; du 14 octobre 2011. La couleur est annonc&#233;e d&#232;s le d&#233;part : le point de comparaison est la France et l'enjeu des &#233;lections tunisiennes serait la capacit&#233; de ce pays &#224; &#233;pouser la trajectoire lin&#233;aire trac&#233;e par un hypoth&#233;tique mod&#232;le fran&#231;ais. Ainsi, elle d&#233;clare :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pendant que la France vit ses derni&#232;res heures de primaires citoyennes, la Tunisie retient son souffle, en vue d'une &quot;Constituante&quot; cruciale pour son avenir. Pour la premi&#232;re fois, des citoyens vont pouvoir choisir, en toute libert&#233;, ceux qui auront les pleins pouvoirs pour redessiner les institutions et r&#233;diger la premi&#232;re constitution de l'apr&#232;s-Ben Ali &#187;.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cette qu&#234;te d'un &#171; id&#233;al &#187; fran&#231;ais, les Tunisiens seraient, d'apr&#232;s Caroline Fourest, bien &#233;quip&#233;s de plus ou moins de maturit&#233;, de plus ou moins d'&#233;ducation, de plus ou moins de s&#233;cularisation de l'Etat. L'h&#233;ritage fran&#231;ais illuminerait notre inconscient collectif, guid&#233; de surcro&#238;t par de bons p&#232;res sur place, &#171; les d&#233;mocrates tunisiens &#187;, seuls &#224; m&#234;me de nous accompagner dans ce processus avant d'atteindre d&#233;finitivement l'&#226;ge adulte. Mais dans &lt;i&gt;&#171; cette d&#233;mocratie balbutiante &#187;&lt;/i&gt;, tout est loin d'&#234;tre gagn&#233; ; certes, Caroline Fourest &lt;i&gt;&#171; aimerait bien y croire &#187;&lt;/i&gt; mais elle veut nous pr&#233;venir du grand danger qui nous guette dans le cas o&#249; nous serions aveugles : Ennahdha, Grand Satan qui arm&#233; de son double discours manipule les masses en jouant sur la &#171; s&#233;mantique &#187; en vue d'inscrire des formulations &#171; th&#233;ocrates &#187; dans la Constitution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le message de Caroline Fourest, n'a h&#233;las pas &#233;t&#233; saisi par les Tunisiens qui ont majoritairement vot&#233; pour le mouvement Ennahda. Las, et in extremis, dans un article du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt; datant du 21 octobre 2011 intitul&#233; &#171; Les islamistes tunisiens ne sont pas turcs &#187;, elle tente pour la &#233;ni&#232;me fois de r&#233;veiller le peuple tunisien :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si les islamistes turcs ont un effet d&#233;mocratisant, bien qu'islamisant, cela tient &#224; deux raisons majeures. La peur de l'arm&#233;e et le fait de devoir composer avec une Constitution dont l'article 2 pr&#233;cise que la Turquie est un &#8220;Etat la&#239;c&#8221;. Mais aussi le fait d'&#234;tre turcs et non arabes&#8230; La Turquie a la m&#233;moire de son puissant Empire ottoman. Il est plus difficile d'y d&#233;l&#233;gitimer la la&#239;cit&#233; en l'assimilant &#224; une id&#233;e coloniale qu'au Maghreb &#187;.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette appr&#233;ciation exp&#233;ditive, essentialiste et culturaliste, cache mal une admiration pour la gloire de l'empire ottoman qui prot&#232;gerait la Turquie ontologiquement la&#239;que, quand l'histoire coloniale fragiliserait l'acc&#232;s &#224; la la&#239;cit&#233; en Tunisie. Les Tunisiens cumuleraient ainsi les tares, selon elle, prisonniers qu'ils seraient de la m&#233;moire du colonialisme :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les islamistes peuvent jouer du ressentiment envers la France pour rejeter la s&#233;paration du politique et du religieux &#187;.
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Obs&#233;d&#233;e par les islamistes
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ultime recours de Caroline Fourest est alors d'interpeller le pr&#233;sident tunisien Moncef Marzouki dans un article publi&#233; par le site d'informations fran&#231;ais &lt;i&gt;Le Huffington Post&lt;/i&gt; le 23 janvier 2012 pour lui rappeler ses promesses envers les Tunisiens et s'inqui&#233;ter de son &#171; pacte &#187; avec les &#171; Islamistes &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Contrairement &#224; ses promesses, il ne monte pas non plus au cr&#233;neau pour d&#233;fendre la libert&#233; d'expression ou les droits des femmes lorsqu'elles sont menac&#233;es par les int&#233;gristes &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa principale obsession qui est le diable incarn&#233; par Ennahdha l'a pouss&#233;e &#224; voler au secours des femmes tunisiennes et de s'adresser &#224; Marzouki, comme &#224; l'&#233;poque de l'Inquisition o&#249; le mauvais croyant &#233;tait pers&#233;cut&#233;. Ainsi elle d&#233;nonce l'attitude de Moncef Marzouki qui contrairement aux intellectuels la&#239;cs fran&#231;ais &lt;i&gt;&#171; prenaient sans r&#233;serve le parti du changement contre Ben Ali mais sans na&#239;vet&#233; non plus pour l'apr&#232;s, Moncef Marzouki, lui, mettait son &#233;nergie &#224; d&#233;diaboliser les islamistes dans les m&#233;dias fran&#231;ais &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, ce qui semble &#233;chapper &#224; Caroline Fourest, qui n'est pourtant pas na&#239;ve, c'est le caract&#232;re r&#233;volutionnaire du processus actuel, qui pousse les Tunisiens &#224; refuser toute forme de pouvoir personnel qui pr&#233;tendrait prot&#233;ger ou d&#233;fendre leurs libert&#233;s. L'obsession de l'&#233;ditorialiste pour la question dite islamiste l'a emp&#234;ch&#233;e d'apercevoir la nature &#233;minemment diverse et riche des combats politiques men&#233;s sur le terrain en Tunisie, particuli&#232;rement &#224; travers la force du mouvement social depuis 2008. Mais soutenir les &#171; syndicalistes &#187; ou les &#171; laiss&#233;s pour compte &#187; dans le combat pour une alternative &#233;conomique n'est pas aussi exaltant que sa croisade contre les islamistes. Occulter les manifestations de r&#233;voltes quasi-quotidiennes des Tunisiens depuis le 17 d&#233;cembre 2010, c'est nier encore une fois la n&#233;cessaire prise en main de leur destin, dont elle ne se pr&#233;occupait pas en tout &#233;tat de cause &#224; l'&#233;poque o&#249; Ben Ali tenait les r&#234;nes du pouvoir d'une &#171; main de fer &#187; pour reprendre son expression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et lorsqu'elle affirme :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La facture sera d'autant plus lourde dans un pays aussi d&#233;pendant du tourisme, o&#249; l'&#233;conomie d&#233;pend donc de l'image &#187;, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Caroline Fourest ne semble pas apercevoir qu'un des enjeux de la r&#233;volution est justement de remettre en question ce mod&#232;le &#233;conomique largement d&#233;faillant en raison de sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de secteurs &#233;conomiques fragiles comme le tourisme et le textile qui emploie une main d'oeuvre peu qualifi&#233;e alors que le ch&#244;mage touche les plus qualifi&#233;s. Quant &#224; l'image de carte postale de la Tunisie docile et douce, largement entretenue en France (reprise et continu&#233;e par l'expression de &#171; R&#233;volution de jasmin &#187;) et qui nous a durablement confisqu&#233; nos libert&#233;s et ce pendant plus d'un demi si&#232;cle, n'est plus supportable pour bon nombre de Tunisiens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France n'a rien d'exemplaire
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, trois pr&#233;cisions s'imposent. Premi&#232;rement, la th&#233;orie &#233;volutionniste qui nourrit la pens&#233;e de l'&#233;ditorialiste est une th&#233;orie dont on sait qu'elle est d&#233;su&#232;te et largement d&#233;pass&#233;e, m&#234;me si elle a encore de beaux jours devant elle : contrairement &#224; ses postulats, les soci&#233;t&#233;s sont faites de continuit&#233;s, de retours en arri&#232;res, de bifurcations et de ruptures, d'imbrications de valeurs et ce n'est donc pas en se contentant de singer le mod&#232;le fran&#231;ais que la Tunisie sera &#171; prot&#233;g&#233;e &#187; de ce que Caroline Fourest suppose &#234;tre un &#171; danger &#187;. La Tunisie poss&#232;de une histoire propre, singuli&#232;re, idiosyncrasique et les groupes sociaux qui la composent r&#233;inventent aujourd'hui, dans l'exp&#233;rimentation quotidienne, le concept de d&#233;mocratie tout comme celui de s&#233;cularisation, malgr&#233; leurs &#171; difficult&#233;s &#187; li&#233;es au fait selon elle que les Tunisiens ne sont ni Turcs ni Fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, le peuple tunisien est loin de se r&#233;duire &#224; une masse ignorante manipulable. La ligne de fracture ne se situe ni entre d&#233;mocrates et th&#233;ocrates ni entre les partisans d'un monde rationaliste et les partisans d'un monde fanatique. Le slogan de la r&#233;volution tunisienne est : &#171; Le peuple veut la chute du r&#233;gime &#187;. Ce leitmotiv relay&#233; un peu partout aujourd'hui, d&#233;montre que la ligne de fracture en Tunisie se situe plut&#244;t entre le peuple qui s'est soulev&#233; et les &#233;lites &#233;conomiques, intellectuelles et politiques tunisiennes qui s'accrochent &#224; leurs privil&#232;ges soutenus comme toujours par une partie de l'&#233;lite fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Troisi&#232;mement, enfin, la Tunisie n'a jamais &#233;t&#233; la&#239;que, au sens de la loi fran&#231;aise de 1905, quoique le concept de la&#239;cit&#233; ait &#233;t&#233; largement d&#233;voy&#233; en France pour justifier des politiques de discriminations et d'exclusion des musulmans et en particulier des femmes (voil&#233;es). En effet, l'article 1er de la constitution bourguibienne de 1959 proclame que la Tunisie est une R&#233;publique, sa langue est l'arabe et sa religion est l'islam. Il suffit de lire les discours de Bourguiba &#224; l'occasion de la promulgation du code du statut personnel en 1956 abrogeant la polygamie et la r&#233;pudiation, et instaurant le divorce judiciaire et la limite de l'&#226;ge au mariage, pour constater qu'il n'a pas fond&#233; ses r&#233;formes sur une pr&#233;tendue application du principe de la la&#239;cit&#233; mais sur l'islam &#224; travers la notion d'ijtihad (effort de raisonnement) en faisant valoir une dynamique propre de r&#233;forme l&#233;gislative dans un contexte religieux et culturel sp&#233;cifique. Mais cette complexit&#233; et cette subtilit&#233; ne s'accommodent certes pas de visions binaires caricaturales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, nous sommes des Tunisiens d'ici et de l&#224;-bas et nos pr&#233;occupations, portent aussi sur la situation politique en France, qui manifestement n'attire pas toutes les attentions, lorsqu'il s'agit de d&#233;noncer une politique de l'immigration de plus en plus x&#233;nophobe, o&#249; l'objectif principal du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur est de d&#233;passer ses quotas d'expulsions, ce qui a pour cons&#233;quence de faire subir des traitements indignes aux immigr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut se rappeler l'&#233;pisode des Tunisiens arriv&#233;s d&#232;s le mois de f&#233;vrier 2011 de la petite &#238;le de Lampedusa qui n'ont re&#231;u qu'un accueil glacial et dont certains parmi eux sont morts dans l'incendie d'un squatt &#224; Pantin au mois de septembre 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a &#233;galement la circulaire du 31 mai 2011, ou circulaire de la honte, posant des obstacles colossaux aux &#233;tudiants qui souhaiteraient demeurer en France pour travailler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La liste est encore longue&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Caroline Fourest a l'ind&#233;cence de vouloir donner des le&#231;ons de d&#233;mocratie et de respect des libert&#233;s au peuple tunisien, alors m&#234;me qu'en France l'on compte de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux sans que cela ne heurte autant sa sensibilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;H&#232;la Yousfi est sociologue, Nawel Gafsia est avocate. Ce texte est paru initialement sur le site &lt;a href=&quot;http://www.slateafrique.com/&quot; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;www.slateafrique.com&lt;/a&gt;, nous le reproduisons avec l'amicale autorisation des auteures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je repr&#233;sente</title>
		<link>http://lmsi.net/Je-represente</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/Je-represente</guid>
		<dc:date>2012-01-24T13:02:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif Les mots sont importants</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Choisir Manuel Valls, le plus sarkozyste des socialistes, l'homme qui expulse les Roms en plein hiver, comme directeur de la communication, dans une campagne pr&#233;sidentielle, ce n'est pas anodin : c'est m&#234;me ce qu'on appelle un signal fort, en termes de politique &#233;conomique, mais aussi s&#233;curitaire et d'immigration. Se constituer une &#233;quipe de campagne masculine aux deux tiers, une &#233;quipe de direction masculine &#224; 80% et un cabinet personnel masculin &#224; 88%, ce n'est pas anodin non plus : cela dit beaucoup (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Racismes-" rel="directory"&gt;Racismes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Choisir Manuel Valls, le plus sarkozyste des socialistes, &lt;a href=&quot;http://www.secours-catholique.org/actualite/roms-expulsion-d-un-camp-a-evry,10603.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;l'homme qui expulse les Roms en plein hiver&lt;/a&gt;, comme directeur de la &lt;i&gt;communication&lt;/i&gt;, dans une campagne pr&#233;sidentielle, ce n'est pas anodin : c'est m&#234;me ce qu'on appelle un signal fort, en termes de politique &#233;conomique, mais aussi s&#233;curitaire et d'immigration. Se constituer &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Cauchemar&quot; class='spip_out'&gt;une &#233;quipe de campagne masculine aux deux tiers, une &#233;quipe de direction masculine &#224; 80% et un cabinet personnel masculin &#224; 88%&lt;/a&gt;, ce n'est pas anodin non plus : cela dit beaucoup de la position r&#233;elle d'un candidat sur l'&#233;galit&#233; hommes-femmes. A la crois&#233;e du racisme et du sexisme, un nouveau signal fort vient de nous &#234;tre adress&#233; : nous vous laissons, sans plus de commentaire, le d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1731 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH397/francois-hollande-d1a46.jpg' width='500' height='397' alt=&quot;&quot; style='height:397px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. &lt;i&gt;&#171; &#8206; J'ai bien compris que j'inqui&#233;tais, que je perturbais, que j'&#233;tais une islamophobe, bon ben voil&#224;, j'assume. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. &lt;i&gt;&#171; Je repr&#233;sente Fran&#231;ois Hollande. &#187;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://soundcloud.com/abunawfal/debat-ccif-laborde-sur-la-loi-2&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Propos tenus sur Radio Orient&lt;/a&gt; par &lt;strong&gt;Fran&#231;oise Laborde&lt;/strong&gt;, s&#233;natrice (RDSE : Rassemblement d&#233;mocratique et social europ&#233;en), initiatrice de &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Police-de-la-pensee&quot; class='spip_out'&gt;la nouvelle loi anti-voil&#233;es, contre les nounous&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Meeting Mamans Toutes Egales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour alerter et mobiliser contre la chasse aux voil&#233;es et sa r&#233;cente radicalisation, le collectif &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Mamans-toutes-egales,1264&quot; class='spip_out'&gt;MTE (Mamans Toutes Egales)&lt;/a&gt; organise, en partenariat avec le Groupe des Associations de Bagnolet, un meeting public le jeudi 9 f&#233;vrier 2012 &#224; partir de 19 heures, au Cin'Hoche, 6 rue Hoche 93170 Bagnolet (m&#233;tro Gallieni), en pr&#233;sence notamment de Cl&#233;mentine Autain, Jean Baub&#233;rot, Esther Benbassa, Sa&#239;d Bouamama, Lila Charef, Christine Delphy, Rokhaya Diallo, Jo&#235;l Roman, Fran&#231;oise Verg&#232;s...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des fossoyeurs malhonn&#234;tes</title>
		<link>http://lmsi.net/Des-fossoyeurs-malhonnetes</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/Des-fossoyeurs-malhonnetes</guid>
		<dc:date>2012-01-23T11:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Tevanian</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On l'a oubli&#233; : Pierre Bourdieu a &#233;t&#233; ha&#239;. Aussi nombreuses, t&#233;n&#233;breuses et haineuses que celles qui ont fleuri il y a peu sur Tariq Ramadan, les couvertures de magazines avaient fait de Bourdieu l'Ennemi Public n&#176;1 &#224; la fin des ann&#233;es 1990, &#224; une &#233;poque o&#249;, en haut lieu, on redoutait m&#234;me (ce n'est pas une blague) sa candidature aux &#233;lections pr&#233;sidentielles ! Plus profond&#233;ment, on s'inqui&#233;tait de l'audience grandissante rencontr&#233;e par une oeuvre sociologique de premi&#232;re importance &#224; une &#233;poque o&#249; son auteur (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Quelques-flagrants-delits-de-" rel="directory"&gt;Impostures esth&#233;tiques et intellectuelles&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On l'a oubli&#233; : Pierre Bourdieu a &#233;t&#233; &lt;i&gt;ha&#239;&lt;/i&gt;. Aussi nombreuses, t&#233;n&#233;breuses et haineuses que celles qui ont fleuri il y a peu sur Tariq Ramadan, les couvertures de magazines avaient fait de Bourdieu l'Ennemi Public n&#176;1 &#224; la fin des ann&#233;es 1990, &#224; une &#233;poque o&#249;, en haut lieu, on redoutait m&#234;me (ce n'est pas une blague) sa candidature aux &#233;lections pr&#233;sidentielles ! Plus profond&#233;ment, on s'inqui&#233;tait de l'audience grandissante rencontr&#233;e par une oeuvre sociologique de premi&#232;re importance &#224; une &#233;poque o&#249; son auteur s'engageait, de plus en plus ouvertement, contre un syst&#232;me social ind&#233;fendable. Pessimiste, d&#233;terministe, ringard, dogmatique, sectaire, autoritaire, ennemi de la d&#233;mocratie : tout ou presque fut utilis&#233; pour disqualifier tant sa production th&#233;orique que ses engagements politiques. On lui reprocha m&#234;me, aux &lt;i&gt;Inrockuptibles&lt;/i&gt;, d'&#234;tre &lt;i&gt;&#171; un sosie de Pierre Bachelet en costume Tergal &#187;&lt;/i&gt;. Dix ans, jour pour jour, apr&#232;s sa disparition, nous rendons hommage &#224; un homme int&#232;gre, dont toutes les analyses ou prises de positions ne sont pas incriticables mais qui a eu l'insigne m&#233;rite d' &lt;i&gt;emp&#234;cher de dormir&lt;/i&gt; quelques-uns des pires ma&#238;tres-penseurs de l'&#233;poque. Le texte qui suit fut &#233;crit peu de temps apr&#232;s sa mort, mais il reste plus que jamais d'actualit&#233; dix ans apr&#232;s, puisque ce sont exactement les m&#234;mes infamies qui, aujourd'hui encore, prosp&#232;rent sur Bourdieu en milieu &#233;ditocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1728 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L449xH327/image-3-622a3.jpg' width='449' height='327' alt=&quot;&quot; style='height:327px;width:449px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je ne suis pas &#224; proprement parler un &#171; h&#233;ritier &#187; de Bourdieu, je ne suis pas sociologue, je n'appartiens &#224; aucun laboratoire ni aucune &#171; chapelle &#187; bourdieusienne et ma formation universitaire s'est faite dans un champ (la philosophie) o&#249; l'attitude qui domine &#224; l'&#233;gard de Pierre Bourdieu est l'hostilit&#233;, le m&#233;pris ou l'ignorance. Mais j'ai lu quelques-uns de ses livres, et cela suffit &#224; me rendre extr&#234;mement antipathiques les propos tenus par Jean-Pierre Le Goff dans une tribune consacr&#233;e &#224; la mort de Bourdieu, intitul&#233;e &#171; Des h&#233;ritiers sectaires &#187;. Cet enterrement h&#226;tif repose en effet sur une caricature grossi&#232;re des analyses de Pierre Bourdieu, essentiellement sur deux points : la question des m&#233;dias et la question de la violence symbolique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d'abord, si l'on en croit Jean-Pierre Le Goff, les analyses de Bourdieu sur le champ m&#233;diatique s'inscriraient dans &lt;i&gt;&#171; une vision proprement fantasmatique d'un contr&#244;le des esprits sur le mode de Big Brother. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rien de diff&#233;rent, poursuit Le Goff, de ce que nous proposent quotidiennement les &lt;i&gt;Guignols de l'Info&lt;/i&gt;. Or, il se trouve que Pierre Bourdieu n'a cess&#233; de prendre ses distances avec ce type de vision, dans ses ouvrages th&#233;oriques (par exemple dans ses &lt;i&gt;M&#233;ditations pascaliennes&lt;/i&gt;) aussi bien que dans ses entretiens ou dans son court texte &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;. En effet, l'une des vertus de ses concepts de &lt;i&gt;champ&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;lois du champ&lt;/i&gt; et d' &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt;, c'est qu'ils permettent pr&#233;cis&#233;ment d'expliquer comment plusieurs acteurs peuvent avoir une action convergente (par exemple la promotion d'une pens&#233;e unique sur l'&#233;conomie, la s&#233;curit&#233; sociale, l'immigration ou la d&#233;linquance) &lt;i&gt;tout en ayant des positions et des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques, en partie divergents, et sans avoir &#224; se concerter&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela, Bourdieu l'a expliqu&#233; et r&#233;-expliqu&#233; : comment Jean-Pierre Le Goff a-t-il pu ne pas l'entendre ? Comment expliquer une telle surdit&#233;, sinon par l'intention de ne pas comprendre, et la volont&#233; de discr&#233;diter &#224; tout prix des analyses tellement d&#233;rangeantes pour tous ceux qui, comme lui, Jean-Pierre Le Goff, ont fait un choix diff&#233;rent &#8211; celui, je cite, de &lt;i&gt;&#171; prendre en compte les espaces de d&#233;bat qu'offrent les m&#233;dias &#187;&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car enfin, ce qui est reproch&#233; &#224; Bourdieu, n'est-ce pas justement d'avoir pris la &lt;i&gt;juste mesure&lt;/i&gt; de ces &#171; espaces de d&#233;bats &#187;, et d'avoir rendu visible leur &#233;troitesse ? Si en effet on parle de l'opuscule &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, il faut alors parler de choses pr&#233;cises. Il faut par exemple se demander si oui ou non Pierre Bourdieu a raison lorsqu'il d&#233;nonce &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Des-debats-vraiment-faux-ou&quot; class='spip_out'&gt;la mani&#232;re dont les plateaux d'invit&#233;s sont constitu&#233;s dans les grands m&#233;dias&lt;/a&gt;, et plus largement la mani&#232;re dont la parole publique est distribu&#233;e par les animateurs :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; est-il vrai ou faux que durant les milliers d'heures de t&#233;l&#233;vision et de radio, ou dans les milliers de pages de journaux consacr&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es au &#171; probl&#232;me des jeunes de banlieue &#187;, une infime proportion du temps de parole a &#233;t&#233; accord&#233; aux jeunes de banlieue eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; est-il vrai ou faux que dans les milliers d'articles et d'&#233;ditoriaux consacr&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es au &#171; probl&#232;me de l'immigration &#187;, une infime proportion du temps de parole a &#233;t&#233; accord&#233; aux immigr&#233;s eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; est-il vrai ou faux que pendant les gr&#232;ves de d&#233;cembre 1995, les trente &#233;ditorialistes des plus grands m&#233;dias ont &#233;t&#233; quasi-unanimes &#224; soutenir &lt;i&gt;&#171; l'audace &#187;&lt;/i&gt; du Plan Jupp&#233; et &#224; d&#233;noncer la &lt;i&gt;&#171; crispation corporatiste &#187;&lt;/i&gt; des gr&#233;vistes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela est vrai, et facilement v&#233;rifiable. Mais Jean-Pierre Le Goff ne l'entend pas ainsi : c'est dit-il, oublier &#224; trop bon compte &lt;i&gt;&#171; la complexit&#233; du r&#233;el &#187;&lt;/i&gt;, et sombrer dans le &lt;i&gt;&#171; manich&#233;isme &#187;&lt;/i&gt;. Mais, encore une fois, est-ce refuser la complexit&#233; que de dire quelque chose de simple, lorsque cette chose simple est par ailleurs une chose vraie ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Venons-en maintenant &#224; la &lt;i&gt;&#171; violence symbolique &#187;&lt;/i&gt;. Sur ce point comme sur le pr&#233;c&#233;dent, peu importe que l'auteur attaqu&#233; ne soit plus l&#224; pour r&#233;pondre, car Jean-Pierre Le Goff reprend &#224; son compte un tr&#232;s ancien contresens, auquel Bourdieu a plusieurs fois pris la peine de r&#233;pondre au cours de sa vie. Il s'agit l&#224; encore de &lt;i&gt;&#171; manich&#233;isme &#187;&lt;/i&gt; : Pierre Bourdieu r&#233;duirait &lt;i&gt;&#171; sch&#233;matiquement &#187;&lt;/i&gt; le monde &#224; &lt;i&gt;&#171; deux camps &#187;&lt;/i&gt; : les dominants contre les domin&#233;s. Ce faisant, le sociologue serait responsable, ni plus ni moins, de :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &lt;i&gt;&#171; l'installation du soup&#231;on g&#233;n&#233;ralis&#233; dans les rapports sociaux &#187;&lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; &lt;i&gt;&#171; un climat d&#233;l&#233;t&#232;re dans les rapports humains &#187;&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; encore, c'est &#224; se demander si l'oeuvre de Bourdieu a &#233;t&#233; lue. Car loin de r&#233;duire le monde &#224; deux camps, Bourdieu n'a cess&#233; de souligner &#8211; par exemple dans &lt;i&gt;La mis&#232;re du monde&lt;/i&gt; &#8211; la complexit&#233; des configurations possibles autour des cat&#233;gories de dominant et de domin&#233; : il y a des degr&#233;s dans la domination, on peut &#234;tre &lt;i&gt;dominant dans un champ domin&#233;&lt;/i&gt; (par exemple directeur d'un centre d'aide sociale, ou titulaire d'une chaire d'ethnologie), ou &lt;i&gt;bien domin&#233; dans un champ dominant&lt;/i&gt; (par exemple journaliste de base, pigiste). Bourdieu a par ailleurs insist&#233; (en particulier dans &lt;i&gt;La domination masculine&lt;/i&gt;) sur le fait que la domination est un &lt;i&gt;rapport&lt;/i&gt;, et qu'elle est &#233;galement source d'ali&#233;nation et de souffrance pour les dominants. Dans le genre manich&#233;en, on fait mieux.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Quant &#224; l'accusation comique de &lt;i&gt;&#171; rendre d&#233;l&#233;t&#232;res les rapports humains &#187;&lt;/i&gt;, c'est une vieille accusation &#224; laquelle la sociologie a toujours du r&#233;pondre, et qui rappelle les accusations faites &#224; Freud de promouvoir le vice et la perversion sexuelle. Est-ce bien s&#233;rieux ? C'est en v&#233;rit&#233; faire beaucoup d'honneur &#224; la sociologie bourdieusienne que de lui pr&#234;ter ainsi le pouvoir de dresser les hommes les uns contre les autres. Et c'est surtout faire preuve d'un singulier aveuglement quant aux rapports de force et de domination qui traversent l'espace social, que des &#233;tudes statistiques minutieuses permettent d'&#233;tablir, et qui pour exister n'ont attendu ni Bourdieu, ni Durkheim ni les &#233;tudes statistiques. Soyons s&#233;rieux :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; est-ce la publication des &lt;i&gt;M&#233;ditations pascaliennes&lt;/i&gt; qui a enferm&#233; la corporation des philosophes dans une superbe ignorance du monde social et de ses contingences ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; est-ce &lt;i&gt;La domination masculine&lt;/i&gt; qui a invent&#233; le sexisme, le harc&#232;lement sexuel, le viol ou l'in&#233;galit&#233; des salaires entre hommes et femmes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; est-ce &lt;i&gt;La distinction&lt;/i&gt; qui a cr&#233;&#233; &lt;i&gt;ex-nihilo&lt;/i&gt; le m&#233;pris de classe ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; est-ce la publication de &lt;i&gt;La reproduction&lt;/i&gt; ou des &lt;i&gt;H&#233;ritiers&lt;/i&gt; qui est la cause du fonctionnement in&#233;galitaire du syst&#232;me scolaire fran&#231;ais ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; est-ce Marx qui a invent&#233; l'exploitation, est-ce Fanon qui a invent&#233; la violence coloniale ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; les jeunes homosexuels ont-ils attendu que Didier &#201;ribon publie ses &lt;i&gt;R&#233;flexions sur la question gay&lt;/i&gt; pour se suicider beaucoup plus que la moyenne ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; et puisque Jean-Pierre Le Goff parle de &lt;i&gt;&#171; soup&#231;on &#187;&lt;/i&gt;, est-ce Didier &#201;ribon qui a invent&#233; le soup&#231;on qui p&#232;se sur les homosexuels, est-ce Abdelmalek Sayad qui a invent&#233; le soup&#231;on qui p&#232;se sur les immigr&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, si la relation qu'entretient la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise avec ses immigr&#233;s est aussi &#171; d&#233;l&#233;t&#232;re &#187;, &#224; qui la faute : Bourdieu et Sayad, ou bien Guy Mollet, De Gaulle, Pasqua et Chev&#232;nement ? Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Je ne sais pas, en d&#233;finitive, qui sont les &lt;i&gt;&#171; h&#233;ritiers sectaires &#187;&lt;/i&gt; de Bourdieu dont parle Jean-Pierre Le Goff, puisqu'il n'a pas eu la bonne id&#233;e de nommer ceux qu'il attaque. Mais je sais que si le sectarisme est l'incapacit&#233; d'affronter sereinement et honn&#234;tement un discours critique, Jean-Pierre Le Goff en a offert un bel &#233;chantillon aux lecteurs de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un probl&#232;me peut en cacher un autre</title>
		<link>http://lmsi.net/Un-probleme-peut-en-cacher-un</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/Un-probleme-peut-en-cacher-un</guid>
		<dc:date>2012-01-23T01:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Bourdieu</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En hommage &#224; Pierre Bourdieu, disparu il y a tout juste dix ans, mais aussi en r&#233;action &#224; une actualit&#233; imm&#233;diate : le vote d'une abjecte loi anti-nounous voil&#233;es, nous republions, avec l'amicale autorisation de sa famille et de son &#233;diteur, ce texte qui fut &#233;crit au moment de la premi&#232;re affaire du voile : celle de Creil, en septembre 1989 . Il nous a paru pertinent, plus que jamais, de le republier vingt ans apr&#232;s, en laissant les lecteurs et lectrices appr&#233;cier la justesse de l'analyse, et mesurer (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Le-voile-et-ce-qu-il-devoile-" rel="directory"&gt;Le voile et ce qu'il d&#233;voile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En hommage &#224; Pierre Bourdieu, disparu il y a tout juste dix ans, mais aussi en r&#233;action &#224; une actualit&#233; imm&#233;diate : &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Police-de-la-pensee&quot; class='spip_out'&gt;le vote d'une abjecte loi anti-nounous voil&#233;es&lt;/a&gt;, nous republions, avec l'amicale autorisation de sa famille et de son &#233;diteur, ce texte qui fut &#233;crit au moment de la premi&#232;re affaire du voile : celle de Creil, en septembre 1989 [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Texte extrait de Pierre Bourdieu, Interventions, 1961-2001. Science sociale (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Il nous a paru pertinent, plus que jamais, de le republier vingt ans apr&#232;s, en laissant les lecteurs et lectrices appr&#233;cier la justesse de l'analyse, et mesurer en tout cas &#224; quel point rien n'a chang&#233; quant &#224; la psychose que suscite le foulard, mais aussi, plus largement, quant au r&#244;le n&#233;faste jou&#233; par les grands m&#233;dias et quant aux d&#233;missions de la classe politique, notamment de gauche, sur le terrain &#233;conomique et social...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1729 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:235px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L235xH214/PIERRE-BOURDIEU-1930-2002-df14d.jpg' width='235' height='214' alt=&quot;&quot; style='height:214px;width:235px;' /&gt;&lt;/span&gt;Le d&#233;bat qui s'est engag&#233; &#224; propos du port du foulard (arbitrairement appel&#233; &#171; islamique &#187;) est r&#233;v&#233;lateur de l'&#233;tat du d&#233;bat politique en France. L'emprise de m&#233;dias qui ne connaissent que la recherche du sensationnel, l'empire des sondages qui permettent de transformer les faux-probl&#232;mes m&#233;diatiques en objets de consultation &#171; d&#233;mocratique &#187;, la volont&#233; gouvernementale de r&#233;duire la politique &#224; la gestion, la fermeture sur soi d'un parti socialiste qui pense et agit moins par r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;alit&#233; politique qu'en fonction des enjeux de la concurrence interne pour la succession, tout un ensemble de facteurs se conjuguent pour orienter le d&#233;bat public vers des questions plus ou moins futiles, ou, pire, vers des questions r&#233;elles r&#233;duites &#224; la futilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	C'est le cas du d&#233;bat sur le probl&#232;me pos&#233; par trois jeunes filles de Creil qui sont venues au lyc&#233;e avec un fichu sur la t&#234;te... En projetant sur cet &#233;v&#233;nement mineur, d'ailleurs aussit&#244;t oubli&#233;, le voile des grands principes, libert&#233;, la&#239;cit&#233;, lib&#233;ration de la femme, etc., les &#233;ternels pr&#233;tendants au titre de ma&#238;tre &#224; penser ont livr&#233;, comme dans un test projectif, leurs prises de position inavou&#233;es sur le probl&#232;me de l'immigration : du fait que la question patente - faut-il ou non accepter &#224; l'&#233;cole le port du voile dit islamique ? - occulte la question latente - faut-il ou non accepter en France les immigr&#233;s d'origine nord-africaine ? -, ils peuvent donner &#224; cette derni&#232;re une r&#233;ponse autrement inavouable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;	En livrant ainsi, imprudemment, leur impens&#233;, ils contribuent &#224; faire monter l'angoisse, g&#233;n&#233;ratrice d'irrationnel, qu'&#233;prouvent nombre de Fran&#231;ais devant cette r&#233;alit&#233;. Ils ne font que retarder le moment o&#249; sera affirm&#233;e courageusement la n&#233;cessit&#233; de mobiliser les moyens de donner &#224; des immigr&#233;s le plus souvent &#171; d&#233;sislamis&#233;s &#187; et d&#233;cultur&#233;s (ils ignorent tout, pour la plupart, de leur langue et de leur culture d'origine), la possibilit&#233; d'affirmer pleinement leur dignit&#233; d'hommes et de citoyens. Le moment est venu, pour les intellectuels europ&#233;ens, de sommer les gouvernements nationaux et les instances europ&#233;ennes de concevoir et de mettre en &#339;uvre un vaste programme commun d'int&#233;gration &#233;conomique, politique et culturelle des immigr&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Texte extrait de Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Interventions, 1961-2001. Science sociale &amp; action politique&lt;/i&gt;. Textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par Franck Poupeau et Thierry Discepolo, Editions Agone, 2002. Sources : archives du Coll&#232;ge de France. Texte dat&#233; de novembre 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Meeting contre la chasse aux voil&#233;es :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour alerter et mobiliser contre la chasse aux voil&#233;es et sa r&#233;cente radicalisation, le collectif MTE (Mamans Toutes Egales) organise, en partenariat avec le Groupe des Associations de Bagnolet, un meeting public le jeudi 9 f&#233;vrier 2012 &#224; partir de 19 heures, au Cin'Hoche, 6 rue Hoche 93170 Bagnolet (m&#233;tro Gallieni), en pr&#233;sence notamment de Cl&#233;mentine Autain, Jean Baub&#233;rot, Esther Benbassa, Sa&#239;d Bouamama, Lila Charef, Christine Delphy, Rokhaya Diallo, Jo&#235;l Roman...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Police de la pens&#233;e </title>
		<link>http://lmsi.net/Police-de-la-pensee</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/Police-de-la-pensee</guid>
		<dc:date>2012-01-20T16:01:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Gresh</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s la loi anti-hijab de 2004, la loi anti-niqab de 2010 et l'&#233;puration foulardi&#232;re des sorties scolaires, voici donc une nouvelle mesure voilophobe : la loi anti-nounous ! Pour alerter et mobiliser contre cet acharnement r&#233;pressif, le collectif MTE (Mamans Toutes Egales) organise, en partenariat avec le Groupe des Associations de Bagnolet, un meeting public le jeudi 9 f&#233;vrier 2012 &#224; partir de 19 heures, au Cin'Hoche, 6 rue Hoche 93170 Bagnolet (m&#233;tro Gallieni), en pr&#233;sence notamment de (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Le-voile-et-ce-qu-il-devoile-" rel="directory"&gt;Le voile et ce qu'il d&#233;voile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Une-revolution-conservatrice-dans&quot; class='spip_out'&gt;la loi anti-hijab de 2004&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Trente-paradoxes&quot; class='spip_out'&gt;la loi anti-niqab de 2010&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Mamans-toutes-egales,1264&quot; class='spip_out'&gt;l'&#233;puration foulardi&#232;re des sorties scolaires&lt;/a&gt;, voici donc une nouvelle mesure voilophobe : la loi anti-nounous ! Pour alerter et mobiliser contre cet acharnement r&#233;pressif, le collectif &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Mamans-toutes-egales,1264&quot; class='spip_out'&gt;MTE (Mamans Toutes Egales)&lt;/a&gt; organise, en partenariat avec le Groupe des Associations de Bagnolet, un meeting public le jeudi 9 f&#233;vrier 2012 &#224; partir de 19 heures, au Cin'Hoche, 6 rue Hoche 93170 Bagnolet (m&#233;tro Gallieni), en pr&#233;sence notamment de Cl&#233;mentine Autain, Jean Baub&#233;rot, Lila Charef, Christine Delphy, Rokhaya Diallo, Jo&#235;l Roman... et beaucoup d'autres ! En guise d'appel &#224; ce meeting, nous publions une analyse, par Alain Gresh, de la derni&#232;re en date des offensives antivoile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1727 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH375/mte-38b0d.jpg' width='500' height='375' alt=&quot;&quot; style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On le savait depuis longtemps, le Parti socialiste a rompu avec le marxisme sur le terrain &#233;conomique et ne r&#233;clame plus, au mieux, qu'une gestion un peu moins brutale du capitalisme. En pleine crise &#233;conomique, la plus grave que l'on ait connue depuis 1929, les recettes du candidat Fran&#231;ois Hollande sont bien timor&#233;es et, sur le fond, proches de celles de la droite (n'est-il pas partisan de la &#171; r&#232;gle d'or &#187; qui interdirait tout d&#233;ficit budg&#233;taire ?). En revanche, il y a un domaine dans lequel le PS se glorifie de son ancrage &#224; gauche : celui de la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, le S&#233;nat &#233;tant pass&#233; &#224; gauche, il a d&#233;cid&#233; de s'en servir pour prouver ses convictions et pour s'attaquer une fois de plus au cl&#233;ricalisme et &#224; la calotte. Pas celle de l'Eglise catholique &#233;videmment (jamais le PS n'a mis en cause, quand il &#233;tait au gouvernement, le statut particulier de l'Alsace-Moselle et la place qu'y occupent les religions, et il ne parle plus non plus de s'attaquer &#224; l'enseignement religieux financ&#233; par l'Etat), mais celle de cette nouvelle Eglise, si puissante dans notre soci&#233;t&#233;, dont les membres ont infiltr&#233; tous les rouages de l'Etat, du Parlement, du S&#233;nat (on ne compte plus le nombre de ses &#233;lus dans cette assembl&#233;e), des m&#233;dias, etc : celle de ces musulmans qui s'attaquent aux fondements m&#234;mes de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;laissant donc la crise, le ch&#244;mage, le mal-logement et autres d&#233;tails de la vie publique, la nouvelle majorit&#233; de gauche au S&#233;nat, dans une de ses premi&#232;res manifestations d'ind&#233;pendance, a d&#233;cid&#233; d'examiner une&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Proposition de loi visant &#224; &#233;tendre l'obligation de neutralit&#233; aux structures priv&#233;es en charge de la petite enfance et &#224; assurer le respect du principe de la&#239;cit&#233; &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir, en d&#233;cembre, d&#233;cr&#233;t&#233; la neutralit&#233; des cr&#232;ches et des centres de loisirs et de vacances, elle s'attaquait, le 17 janvier, &#224; celle des assistants maternels. L'article adopt&#233; est ainsi r&#233;dig&#233; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Art. L. 423-23 A. &#8212; &#192; d&#233;faut de stipulation contraire inscrite dans le contrat qui le lie au particulier employeur, l'assistant maternel est soumis &#224; une obligation de neutralit&#233; en mati&#232;re religieuse dans le cours de son activit&#233; d'accueil d'enfants. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est ironique de noter que Mme Fran&#231;oise Laborde, &#224; l'initiative de ce texte, expliquait le 17 janvier qu'elle aurait&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; pu pr&#233;ciser qu'il s'agissait, dans cet article, de neutralit&#233; religieuse et politique ; cela m'aurait peut-&#234;tre &#233;pargn&#233; les mauvais proc&#232;s en islamophobie &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais pourquoi ne l'a-t-elle pas fait ? Pourquoi la mention de la neutralit&#233; politique n'est-elle pas pr&#233;cis&#233;e ? Faut-il rappeler que la commission Stasi avait propos&#233; l'interdiction du port par les &#233;l&#232;ves de signes religieux &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; politiques ? Si l'Assembl&#233;e nationale a r&#233;duit l'interdiction aux signes religieux, c'est bien par... islamophobie. Quoi qu'en dise Mme Laborde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Intervenant dans le d&#233;bat, Mme Esther Benbassa, s&#233;natrice Verts, demandait ce qu'&#233;tait la neutralit&#233; au domicile d'un assistant maternel :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Une repr&#233;sentation de La Mecque ? Une reproduction d'une annonciation de Fra Angelico ou d'un 'Judith et Holopherne' ? Une mani&#232;re de pr&#233;parer le repas ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait ajouter : faudra-t-il qu'un policier reste en permanence au domicile de l'assistant maternel pour v&#233;rifier qu'il ne prie pas cinq fois par jour ? qu'il ne cuisine pas hallal ? qu'il ne lit pas le Coran ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et si le texte s'&#233;tait &#233;tendu &#224; la neutralit&#233; politique, comme pr&#233;tend le souhaiter Mme Laborde, aurait-il fallu un policier pour v&#233;rifier les lectures subversives ? ou l'absence de portraits de Guevara ou de de Gaulle (il est peu probable que quelqu'un affiche un portrait de Hollande) ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le groupe socialiste s'indigne sans aucun doute quand la police religieuse iranienne v&#233;rifie que les femmes sont correctement voil&#233;es &#224; T&#233;h&#233;ran, mais exige que l'on aille v&#233;rifier, au domicile personnel, les convictions de chacun.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a pas que dans le domaine &#233;conomique que le PS a oubli&#233; ses racines marxistes. En 1874, Friedrich Engels &#233;pinglait ceux qui avaient&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la pr&#233;tention de transformer les gens en ath&#233;es par ordre du mufti &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, l'ann&#233;e suivante, Karl Marx &#233;crivait :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels sans que la police y fourre son nez. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Meeting public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;jeudi 9 f&#233;vrier 2012 &#224; partir de 19 heures&lt;/p&gt; &lt;p&gt;au Cin'Hoche&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6 rue Hoche 93170 Bagnolet (m&#233;tro Gallieni)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En pr&#233;sence notamment de Cl&#233;mentine Autain, Jean Baub&#233;rot, Lila Charef, Christine Delphy, Rokhaya Diallo, Jo&#235;l Roman... et beaucoup d'autres !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La diversit&#233; au quotidien</title>
		<link>http://lmsi.net/Les-bons-voisins-et-la-mixite,1345</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lmsi.net/Les-bons-voisins-et-la-mixite,1345</guid>
		<dc:date>2012-01-19T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Tissot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La bourgeoisie se regroupe en g&#233;n&#233;ral dans les beaux quartiers. Mais une fraction d'entre elle go&#251;te aussi la mixit&#233; sociale. Avocats, consultants ou cadres sup&#233;rieurs du priv&#233; viennent cohabiter avec des m&#233;nages des classes populaires, dans des quartiers nagu&#232;re inimaginables pour eux. Sylvie Tissot a men&#233; une enqu&#234;te aupr&#232;s de riches habitants du South End &#224; Boston vivant aux alentours de cit&#233;s d'habitat social, mais organisant soigneusement cette proximit&#233;, dans le cadre d'une &#171; diversit&#233; &#187; appr&#233;ci&#233;e (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lmsi.net/-Mixite-et-diversite-" rel="directory"&gt;Mixit&#233; et diversit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La bourgeoisie se regroupe en g&#233;n&#233;ral dans les beaux quartiers. Mais une fraction d'entre elle go&#251;te aussi la mixit&#233; sociale. Avocats, consultants ou cadres sup&#233;rieurs du priv&#233; viennent cohabiter avec des m&#233;nages des classes populaires, dans des quartiers nagu&#232;re inimaginables pour eux. Sylvie Tissot a men&#233; une enqu&#234;te aupr&#232;s de riches habitants du South End &#224; Boston vivant aux alentours de cit&#233;s d'habitat social, mais organisant soigneusement cette proximit&#233;, dans le cadre d'une &#171; diversit&#233; &#187; appr&#233;ci&#233;e mais bien ordonn&#233;e. Nous publions ici en trois partie un chapitre de ce livre : &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Retour-de-flamme&quot; class='spip_in'&gt;De bons voisins, Enqu&#234;te dans la bourgeoisie progressiste&lt;/a&gt;. Apr&#232;s avoir analys&#233; les discours sur la mixit&#233; sociale, (&lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Les-bons-voisins-et-la-mixite&quot; class='spip_in'&gt;Partie I : Ce que l'amour de la diversit&#233; veut dire&lt;/a&gt;), la &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Les-entrepreneurs-de-diversite&quot; class='spip_in'&gt;deuxi&#232;me partie&lt;/a&gt; revient sur ce qui est fait au nom de la diversit&#233;. Dans la troisi&#232;me partie, sont examin&#233;s les rapports concrets qui se nouent entre les diff&#233;rentes groupes sociaux habitants dans ce quartier &#171; mixte &#187; La valorisation de la diversit&#233; s'accompagne, &#224; la faveur de la gentrification, d'un renforcement du contr&#244;le des populations et d'une rar&#233;faction des rencontres entre les propri&#233;taires blancs et les autres r&#233;sidents ne reposant pas sur des situations de forte in&#233;galit&#233; tandis que, par ailleurs, une certaine sociabilit&#233; &lt;i&gt;gay friendly&lt;/i&gt; s'&#233;tend &#224; l'&#233;chelle du quartier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1709 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH333/Terrasses-a4ccd.jpg' width='500' height='333' alt=&quot;&quot; style='height:333px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;
Photo de David Binder&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proximit&#233; et in&#233;galit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'imbrication v&#233;cue comme non contradictoire entre d&#233;vouement et statut social explique la pr&#233;sence de figures parfois contrast&#233;es dans les associations. Certains hommes et femmes d'affaires gagnant 200 000 dollars par an, voire plus, peuvent y croiser quelques r&#233;sidents plus modestes, notamment des anciens militants d&#233;sengag&#233;s pour qui l'&#233;chelle du quartier appara&#238;t comme un refuge [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Sylvie Tissot, &#171; Reconversions dans la politique de la ville : une (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Cet infirmier tr&#232;s croyant, mari&#233; &#224; une proviseure de lyc&#233;e, s'est ainsi install&#233; en 1983 dans le South End, dans la continuit&#233; de plusieurs ann&#233;es pass&#233;es en Afrique pour &#171; vivre avec les pauvres &#187;, me dit-il. Il n'h&#233;site d'ailleurs pas &#224; exprimer des positions radicales, reprenant &#224; son compte, &#224; l'inverse de Amy, la consultante &#233;voqu&#233;e plus haut, le mot &#171; communiste &#187; : &#171; &lt;i&gt; Je crois que c'est tr&#232;s important de soutenir les programmes sociaux&#8230; &#231;a fait presque de moi un communiste.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ajoute, apr&#232;s une tirade violente contre les salaires des dirigeants des grandes entreprises, puis laissant sa phrase en suspens : &#171; &lt;i&gt;C'est pourquoi je fais tellement d'efforts pour que Bradford Street reste un lieu agr&#233;able parce que je peux changer des petites choses au niveau local, mais je ne peux changer&#8230; &lt;/i&gt; &#187; Il continue vaille que vaille &#224; organiser tous les &#233;t&#233;s des barbecues hebdomadaires dans le petit parc de la rue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les moins fortun&#233;s des propri&#233;taires comme lui sont g&#233;n&#233;ralement blancs. Parall&#232;lement, alors que certains habitants s'&#233;taient engag&#233;s dans les ann&#233;es 1960 et 1970 dans des combats communs (comme la lutte contre un projet d'autoroute devant traverser le South End), les rapports aux locataires, aux populations pauvres et non blanches passent de fa&#231;on croissante par des actions philanthropiques. Celles-ci se d&#233;veloppent &#224; la faveur des transformations du secteur caritatif. Les associations &#224; but non lucratif qui, traditionnellement aux &#201;tats-Unis, jouent un r&#244;le crucial dans les dispositifs de redistribution sociale, voient leur d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des dons priv&#233;s se renforcer suite &#224; la forte diminution des aides f&#233;d&#233;rales dans les ann&#233;es 1980 et 1990. Les dons des membres des associations de quartier ou m&#234;me des associations elles-m&#234;mes (dont le statut dit 501(c)3 permet aux donateurs de d&#233;duire leurs dons des imp&#244;ts) sont convoit&#233;s. La rationalisation et les imp&#233;ratifs de rentabilit&#233; qui s'imposent &#224; elles se traduisent par une pression accrue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour gagner la g&#233;n&#233;rosit&#233; des fondations et des grandes entreprises, il faut donner des gages de bonne gestion, ouvrant ainsi une marge d'intervention pour les propri&#233;taires du South End si&#233;geant dans les conseils d'administration. La pr&#233;sence de cadres dirigeants dans ces instances est en effet une garantie s&#233;rieuse, qui permet, en retour, une forme de contr&#244;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ancien pr&#233;sident d'une association de quartier est aujourd'hui membre du conseil d'administration d'une association de r&#233;insertion d'usagers de drogue et d'un centre de formation pour anciens sans-logis localis&#233;s tous deux dans le South End. Fils d'un avocat d'affaires de New York, il a &#233;t&#233; cadre dirigeant dans une grande banque de Boston. En 1999, ses enfants ont fini leurs &#233;tudes et se sont mari&#233;s ; il d&#233;cide, avec son &#233;pouse, de vendre leur maison de banlieue pour acheter dans le South End, sur la prestigieuse adresse de Union Park. Comme de nombreux r&#233;sidents actifs localement, son engagement gagne en intensit&#233; durant ses premi&#232;res ann&#233;es de retraite. Il poursuit, &#224; travers sa participation &#224; de nombreux conseils d'administration (d'entreprises &#224; but lucratif ou d'associations caritatives) une activit&#233; semi-professionnelle, moins r&#233;mun&#233;ratrice financi&#232;rement mais symboliquement valorisante. Il devient ainsi consultant pour United Way, une organisation qui s&#233;lectionne, &#224; l'attention des donateurs, et notamment des grandes entreprises, les associations m&#233;ritant d'&#234;tre aid&#233;es. Et c'est en visitant, en tant que consultant, une association caritative du South End, qu'il est sollicit&#233; pour entrer dans son conseil d'administration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le soutien politique, financier et symbolique qu'apporte ce r&#233;sident fortun&#233; offre en retour, pour les propri&#233;taires habitant &#224; proximit&#233;, un certain droit de regard. Celui-ci se traduit par un encouragement au programme particuli&#232;rement coercitif que suivent les anciens usagers de drogue : ces derniers sont soumis, pendant six semaines, &#224; un encadrement strict et des r&#232;gles rigoureuses concernant leurs all&#233;es et venues. Le jeune retrait&#233; vante les m&#233;rites de ce programme : &#171; &lt;i&gt;C'est leur derni&#232;re chance. S'ils n'y arrivent pas, ils retournent en prison. &lt;/i&gt; &#187; Cette pression est un gage de docilit&#233;, qui leur permet, mais dans des positions subordonn&#233;es, de se m&#234;ler &#224; la vie du quartier, tout en participant &#224; une diversit&#233; appr&#233;ci&#233;e :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On aime bien qu'ils soient l&#224;, parce qu'ils sont volontaires pour plein de choses. Ils participent aux deux op&#233;rations de nettoyage qu'on a deux fois par an. Si un habitant a besoin de quelqu'un pour bricoler, on va embaucher quelqu'un de l&#224;-bas. Donc &#231;a marche bien. Et en plus, notre quartier est vraiment mixte. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La proximit&#233; spatiale entre les habitants riches du quartier et les r&#233;sidents plus modestes ne donne lieu qu'&#224; de rares collaborations. En 2005, une structure est constitu&#233;e au sein du centre social, qui vise &#224; rassembler tous les groupes du South End, sans se limiter aux associations de propri&#233;taires. La premi&#232;re r&#233;union rassemble 35 groupes et 25 personnes assistent par la suite r&#233;guli&#232;rement aux r&#233;unions, dont l'objectif est de promouvoir la mixit&#233; sociale par des actions concr&#232;tes, orient&#233;es vers des &#233;changes entre repr&#233;sentants de diff&#233;rentes cultures et milieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette promotion de la diversit&#233; conduit &#224; animer des ateliers de rencontre entre les pr&#233;sidents des associations de quartier et ceux des associations de locataires. N&#233;anmoins, ce processus se heurte rapidement &#224; une demande de r&#233;sultats de la part des r&#233;sidents blancs : &#171; Les seules personnes que j'ai entendues dire : &#8220;Est-ce qu'on peut commencer &#224; travailler sur quelque chose ?&#8221; &#233;taient les Blancs, qui disaient : &#8220;C'est super, mais sur quoi est-ce qu'on commence &#224; travailler ?&#8221; &#187; explique le travailleur social &#224; la t&#234;te de cette initiative, qui va rester sans suite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La proximit&#233; spatiale s'accompagne plut&#244;t de relations in&#233;galitaires, que mettent en sc&#232;ne plus qu'elles ne les att&#233;nuent les pratiques philanthropiques. Rien ne l'illustre mieux, sans doute, que le terme utilis&#233; par le banquier &#224; la retraite pour &#233;voquer le r&#233;sident d'un foyer &#224; qui il rend visite, et qu'il aide tout en lui prodiguant des conseils de vie : il l'a &#171; adopt&#233; &#187;, de m&#234;me que sa femme a, elle, adopt&#233; une ancienne prostitu&#233;e. Les relations avec les autres groupes locaux, et notamment les associations de locataires, sont par ailleurs inexistantes. Un t&#233;moignage recueilli par Mario Small dans sa monographie de l'enclave portoricaine du South End est &#224; cet &#233;gard &#233;difiant. Une locataire de Villa Victoria qui projetait d'organiser des visites guid&#233;es du quartier et voulait y associer d'autres habitants s'est heurt&#233;e &#224; une violente fin de non-recevoir :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Daniela, une femme &#224; la peau claire dont l'anglais traduit un fort accent espagnol, essayait d'organiser un tour du South End et de Villa [Victoria], qui aurait mobilis&#233; &#224; la fois les habitants et des associations volontaires de tout le South End. Essayant de formuler l'offense voil&#233;e qu'elle a ressentie, elle explique : &#8220;Tu sais &#224; combien de portes je suis all&#233;e frapper ? Je parle du South End. Je suis all&#233;e voir les associations de quartier, les associations juste l&#224; [elle montre] &#8211; je ne donne pas de noms&#8230; Tu sais &#224; combien de portes j'ai d&#251; frapper pour avoir de l'aide, pour obtenir des gens simplement qu'ils s'assoient avec moi ? On a eu quelques donations mais personne n'a voulu s'impliquer [&#8230;]. Quand j'ai frapp&#233; &#224; la porte de ces associations [de quartier], je te jure que c'&#233;tait comme recevoir une gifle&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='M. Small, Villa Victoria, op. cit., p. 116.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Interrog&#233;s sur l'absence de locataires dans leurs associations, les propri&#233;taires tiennent un autre discours, renvoyant la responsabilit&#233; sur les locataires et le faible int&#233;r&#234;t qu'ils manifesteraient pour les enjeux du quartier &#8211; ces enjeux renvoyant, bien entendu, &#224; des pr&#233;occupations diff&#233;rentes. L'ancienne pr&#233;sidente d'une association raconte ainsi sa frustration apr&#232;s de nombreuses tentatives infructueuses pour faire venir &#224; une r&#233;union des locataires de la cit&#233; Tent City. Elle souhaitait rassembler les habitants pour faire pression sur un bar bruyant situ&#233; &#224; c&#244;t&#233;. Personne ne s'est manifest&#233; du c&#244;t&#233; de la cit&#233;, et de conclure : &#171; &lt;i&gt;Il y a un &#233;norme foss&#233; entre les gens comme moi et les gens l&#224;-bas&lt;/i&gt;. &#187; Et pour illustrer ce foss&#233;, elle souligne leur incapacit&#233; &#224; faire pression sur la mairie, insinuant que des activit&#233;s quelque peu ill&#233;gales tendent aussi &#224; les en &#233;loigner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le contraste entre les int&#233;r&#234;ts et les rapports au quartier d'habitants si diff&#233;rents appara&#238;t clairement lors d'un entretien r&#233;alis&#233; avec un des seuls Noirs que j'ai crois&#233;s &#224; une r&#233;union d'association. Il se trouve que c'est le concierge d'un immeuble appartenant &#224; PSI, l'association pr&#233;voyant d'acheter les trois fameuses maisons. Dans cet immeuble habitent d&#233;j&#224; d'anciens sans-logis. Son poste le contraint &#224; assister &#224; ces r&#233;unions, ce qu'il fait sans intervenir &#224; aucun moment, ni manifester l'enthousiasme et l'&#233;nergie des propri&#233;taires. Lors d'un entretien plus tard, son emm&#233;nagement dans le South End et son rapport au quartier ne sont comment&#233;s que sur le registre de la contrainte, &#224; l'inverse de mes interview&#233;s habituels. Avant de livrer un jugement essentiellement n&#233;gatif, il ne r&#233;pond qu'&#224; demi-mot &#224; ma question &#171; Aimez-vous le South End ? &#187;, sur laquelle mes interview&#233;s habituels aiment tant s'&#233;tendre. Le lieu o&#249; il habite est bien li&#233; pour lui &#224; son travail et au march&#233; du logement, sur lesquels il a peu de prises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233; en 1953 en Louisiane d'un p&#232;re ouvrier, &#233;lev&#233; dans une famille de huit enfants, il a migr&#233; vers le Nord &#224; la recherche de meilleures conditions de travail, et pour fuir la s&#233;gr&#233;gation raciale du Sud. Il n'associe pas pour autant le South End &#224; une quelconque diversit&#233;, mot d'ailleurs qu'il ne prononce &#224; aucune reprise [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur les diff&#233;rents usages du terme diversity et les autres mots d'ordre que (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Non seulement il raconte que des insultes, et notamment le &#171; N word &#187; (renvoyant l'expression &#171; nigger &#187;, qui d&#233;signe une des insultes les plus violentes adress&#233;es aux Noirs am&#233;ricains), lui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; adress&#233;es, mais il appr&#233;cie peu que des gays s'embrassent dans la rue. Surtout, les restaurants sont bien trop chers pour lui. C'est dans un bar plus populaire de Roxbury qu'il s'&#233;chappe, d&#232;s qu'il peut, pour jouer au billard avec son fr&#232;re &#8211; les &lt;i&gt;poolrooms&lt;/i&gt; d'antan ont d&#233;finitivement disparu du South End.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sociabilit&#233; des &lt;i&gt;fundraisings&lt;/i&gt; ne brise que rarement l'entre-soi des associations de quartier. Tous ceux auxquels j'ai particip&#233;, g&#233;n&#233;ralement invit&#233;e par une enqu&#234;t&#233;e payant pour moi la contribution, s'organisent autour d'un buffet ou d'un repas, parfois d'un concert de jazz. Des rituels permettent de r&#233;affirmer le statut social des donateurs : les ventes aux ench&#232;res (&lt;i&gt;auctions&lt;/i&gt;), et notamment celles dites silencieuses (&lt;i&gt;silent auctions&lt;/i&gt;), qui consistent &#224; pr&#233;senter les lots &#224; gagner sur des tables. Les participants sont invit&#233;s &#224; inscrire sur une feuille de papier la somme qu'ils sont pr&#234;ts &#224; payer pour les acqu&#233;rir ; le dernier inscrit emporte la mise. Les autres ench&#232;res, organis&#233;es par les associations les plus importantes (l'une d'entre elles fait r&#233;guli&#232;rement appel &#224; un pr&#233;sentateur de t&#233;l&#233;vision), ont des prix plus attractifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La diversit&#233; des associations du South End se retraduit toutefois dans le d&#233;roulement et l'assistance des &lt;i&gt;fundraisings&lt;/i&gt;, les moins dot&#233;es et celles soulevant des enjeux moins consensuels comme la d&#233;linquance fonctionnent sur un mode plus militant, avec le soutien des propri&#233;taires blancs les plus progressistes. Le &lt;i&gt;fundraising&lt;/i&gt; d'un club de pr&#233;vention me donne ainsi l'occasion d'entendre un discours clairement valorisant sur les jeunes des communaut&#233;s noires et hispaniques du quartier. L'&#233;v&#233;nement s'organise autour des &#339;uvres d'art r&#233;alis&#233;es par des enfants et des adolescents avec des artistes du quartier, qui sont vendues aux ench&#232;res. La moiti&#233; de l'assistance, compos&#233;e des enfants et de leurs parents, est noire, avec &#233;galement une forte proportion d'Hispaniques. Plusieurs membres des associations de quartier y passent. Pendant l'enqu&#234;te, je n'ai gu&#232;re assist&#233; &#224; d'autres sc&#232;nes o&#249; Blancs et non-Blancs se c&#244;toyaient que ce soir-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une gay friendliness sous conditions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'en est-il maintenant de la mixit&#233; selon l'orientation sexuelle ? La pr&#233;sence des gays [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Le South End fait partie des deux quartiers de Boston caract&#233;ris&#233;s par une &#171; (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;] fait partie de la mixit&#233; sociale vant&#233;e par les propri&#233;taires, et on la retrouve au sein des associations de quartier. Cette int&#233;gration, que symbolise aussi le drapeau arc-en-ciel &#224; l'entr&#233;e de quelques restaurants, ne touche qu'une fraction d'entre eux, les gays blancs fortun&#233;s. N&#233;anmoins, elle donne lieu &#224; des &#233;changes et &#224; une sociabilit&#233; commune, dans les espaces publics et priv&#233;s, qui ne concernent pas, par exemple, ou en nombre tr&#232;s r&#233;duit, les Noirs des classes moyennes sup&#233;rieures. Une certaine visibilit&#233; est m&#234;me admise puisque les gays sont pr&#233;sents ouvertement en tant que tels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutefois, cette sociabilit&#233; se d&#233;ploie dans le cadre de lieux mixtes qui tranchent avec les espaces exclusifs comme les bars, certains commerces ou lieux associatifs qui ont jou&#233; un r&#244;le majeur dans la vie homosexuelle urbaine du XXe si&#232;cle, et perdurent encore dans d'autres quartiers gentrifi&#233;s d'Am&#233;rique du Nord ou d'Europe. L'int&#233;gration &#224; une &lt;i&gt;gay friendliness&lt;/i&gt; excluant toute affirmation communautaire est bien mise en &#233;vidence par la trajectoire d'un habitant du South End et les possibles professionnels, r&#233;sidentiels et biographiques qui se sont pr&#233;sent&#233;s &#224; lui au cours de sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Steve Stanford, blanc, n&#233; en 1960, fils d'un petit entrepreneur et d'une femme au foyer, a grandi dans une petite ville du Massachusetts. Il part faire ses &#233;tudes &#224; Boston et s'installe en 1982 dans le South End. &#171; C'&#233;tait un quartier identifi&#233; comme gay. C'&#233;tait l'endroit &#233;vident o&#249; habiter pour un gar&#231;on gay s'installant &#224; Boston. Et c'&#233;tait abordable &#187;, raconte-t-il. Son d&#233;m&#233;nagement dans le South End co&#239;ncide avec un engagement politique qui date du lyc&#233;e, et qui le conduit &#224; soutenir la carri&#232;re du premier homme politique ouvertement gay du Massachusetts : quand celle-ci s'&#233;croule suite &#224; un scandale, il se replie sur l'activit&#233; immobili&#232;re avant de travailler pour le maire Ray Flynn, puis de reconvertir son capital social dans l'activit&#233; plus lucrative du consulting. &#192; la t&#234;te d'un &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt; florissant, il gagne aujourd'hui 400 000 dollars par an et a renonc&#233; &#224; toute carri&#232;re politique. Mari&#233; &#224; un homme au foyer et p&#232;re de deux enfants asiatiques adopt&#233;s, il a aujourd'hui une sociabilit&#233; quasi exclusivement li&#233;e &#224; sa vie familiale et fr&#233;quente, de fait, une majorit&#233; d'h&#233;t&#233;rosexuels. Quand je l'interviewe, un dimanche matin, son mari est en train de cuisiner des pancakes pour les deux enfants, et nous nous installons tous les deux dans le salon. Il n'est pas anodin que la personne qui me met en contact avec lui soit une des leaders de la d&#233;fense du parc &#224; chiens, plus r&#233;cemment engag&#233;e dans l'association des parents d'&#233;l&#232;ves qui s'est constitu&#233;e au sein d'une &#233;cole publique du quartier. Le lobbying efficace de cette association traduit le plus grand investissement des parents dans le South End au fur et &#224; mesure qu'il se transforme et appara&#238;t plus adapt&#233; &#224; la vie de famille. La multiplication de poussettes, ainsi que des magasins pour enfants renforce aussi la visibilit&#233; des jeunes parents. Ces transformations, qui irritent de nombreux gays, ne sont pas, dans le m&#234;me temps, sans effet sur le cadrage subtil qui s'exerce sur leur pr&#233;sence dans le quartier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement, les gays, qui auraient pu s'engager dans une mobilisation collective et des actions de lobbying ancr&#233;es dans le South End, n'ont pas &#233;t&#233;, pour les gentrifieurs h&#233;t&#233;rosexuels, des concurrents potentiels dans l'appropriation du quartier. Il a donc &#233;t&#233; d'autant plus ais&#233;, pour ces derniers, de d&#233;velopper une sociabilit&#233; et des engagements communs avec des gays de niveau socio&#233;conomique &#233;lev&#233;. Il n'en reste pas moins que cette int&#233;gration s'accompagne de formes subtiles d'exclusion, ou du moins d'une &#171; assignation &#224; la discr&#233;tion [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Marianne Blidon, &#171; Entre visibilit&#233; et invisibilit&#233;, les formes spatiales gays (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;] &#187;, qui passe par l'absence de comportements consid&#233;r&#233;s comme identitaires et/ou trop connot&#233;s sexuellement. Ces derniers sont rel&#233;gu&#233;s &#224; des moments et dans des lieux ponctuels et moins visibles, tandis que le lieu de rencontre que constitue le parc &#224; chiens autorise des formes de flirt analogues &#224; celles des h&#233;t&#233;rosexuels, nous y reviendrons dans le dernier chapitre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette int&#233;gration est favoris&#233;e par la pr&#233;sence plus importante de familles dans le South End &#224; partir des ann&#233;es 1990, date &#224; laquelle l'am&#233;lioration de la r&#233;putation du quartier et la prise en charge d'une &#233;cole publique par un groupe de parents d'&#233;l&#232;ves blancs convainquent un nombre croissant de familles d'&#233;lever leurs enfants ici, et non pas en banlieue. Le rapprochement qui s'op&#232;re entre certains gays et h&#233;t&#233;rosexuels en termes de vie priv&#233;e joue aussi un r&#244;le important : &#224; la fois par la pr&#233;sence de nombreux divorc&#233;s chez les seconds, et par l'investissement d'une conjugalit&#233; l&#233;gitime (le mariage gay &#233;tant l&#233;galis&#233; dans le Massachusetts en 2003) et familiale (en cas d'adoption d'enfants) par les premiers [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Il est aussi possible que le recours au milieu communautaire s'av&#232;re moins (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]. Le partage d'un style de vie reposant sur un fort niveau de consommation et un int&#233;r&#234;t commun &#224; mettre &#224; distance certaines populations ind&#233;sirables ont contribu&#233; &#224; red&#233;finir la d&#233;viance sexuelle. Celle-ci est d&#233;sormais moins li&#233;e &#224; l'orientation sexuelle en elle-m&#234;me &#8211; l'homosexualit&#233; n'&#233;tant un stigmate dans aucun discours (formel ou informel, explicite ou implicite) &#8211; qu'&#224; des mani&#232;res de l'afficher, &#224; quoi s'ajoutent les clivages socio&#233;conomiques et ethniques, ces deniers excluant les gays ni blancs ni ais&#233;s. Aujourd'hui, les gentrifieurs h&#233;t&#233;rosexuels affichent une attitude bienveillante mais toujours vigilante, qui transpara&#238;t lors d'une r&#233;union &#224; laquelle j'assiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Contr&#244;le de la visibilit&#233; gay : la n&#233;gociation de la Gay Pride&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un groupe de pr&#233;paration de la Gay Pride est venu soumettre &#224; une association de quartier le projet de faire passer, cette ann&#233;e-l&#224;, la marche dans le South End. Le groupe comprend un Fran&#231;ais install&#233; &#224; Boston. Lors d'une conversation que nous avons plus tard, il m'explique : &#171; Eux, c'est vraiment les plus chiants. &#187; Pendant la r&#233;union, le ton n'en est pas moins polic&#233; et respectueux. Apr&#232;s la pr&#233;sentation des deux repr&#233;sentants de la Gay Pride, plusieurs questions d&#233;taill&#233;es et assez pointilleuses sont pos&#233;es sur un ton s&#233;rieux et s&#233;v&#232;re : l'un d'eux souligne que, les derni&#232;res ann&#233;es, les camions de nettoyage ne sont pass&#233;s que le lendemain. Un autre annonce : &#171; J'ai trois questions &#224; poser et un commentaire &#224; faire. &#187; Le fait qu'il s'agit de l'association de quartier la plus puissante du South End explique sans doute les formes mises dans l'examen de la demande. Si celle-ci est consid&#233;r&#233;e avec professionnalisme, un accord unanime se dessine rapidement en faveur du parcours dans le South End, et la permission est donn&#233;e sans m&#234;me avoir besoin de passer au vote. Outre le caract&#232;re gay friendly qui fait partie de l'identit&#233; des gentrifieurs du South End, outre le contr&#244;le qu'ils ont pu mettre en sc&#232;ne lors de cette r&#233;union, il semble bien que plusieurs membres de l'association aient &#233;t&#233; sensibles aux b&#233;n&#233;fices commerciaux du passage de la Gay Pride par le South End. Au final, plusieurs h&#233;t&#233;rosexuels se joignent au cort&#232;ge, tenant la banderole de l'association, et rendant publique leur participation sur leur site Internet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vie qui s'est d&#233;velopp&#233;e autour d'un immeuble de lofts de Washington Street t&#233;moigne de la recomposition de ces fronti&#232;res sociales. Depuis 1999, il accueille, dans ses 98 unit&#233;s, plusieurs dizaines d'habitants arriv&#233;s au m&#234;me moment dans la zone derni&#232;rement r&#233;nov&#233;e. La r&#233;putation tangente du lieu favorise les rencontres entre les propri&#233;taires et la mobilisation au sein de l'association de quartier. Des f&#234;tes sont p&#233;riodiquement organis&#233;es sur le toit l'&#233;t&#233;, autour de barbecues, o&#249; se rencontrent les habitants de l'immeuble et leurs amis. Surtout, le parc, situ&#233; en face, et, en son sein, le parc &#224; chiens, sont des hauts lieux de sociabilit&#233; : c'est l&#224; qu'on lance les invitations informelles aux soir&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Se pressent alors dans les d&#238;ners retrait&#233;s, jeunes couples et gays, les premiers venus de banlieues r&#233;sidentielles se m&#234;lant souvent pour la premi&#232;re fois dans un cadre priv&#233; &#224; une population aussi bien homosexuelle qu'h&#233;t&#233;rosexuelle. 20 % des unit&#233;s ont &#233;t&#233; vendues &#224; des prix inf&#233;rieurs au march&#233;. Des artistes qui ont pu, dans le cadre de cette programmation mixte, acc&#233;der &#224; la propri&#233;t&#233;, participent aussi &#224; cette animation &#8211; m&#234;me si les moins fortun&#233;s d'entre eux vivent parfois dans la violence symbolique les d&#233;calages &#233;conomiques faramineux que g&#233;n&#232;re l'arriv&#233;e de propri&#233;taires toujours plus riches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La violence subie par ces &#171; autres &#187;, artistes et gays, relativement bien accept&#233;s, voire valoris&#233;s pour la diversit&#233; qu'ils repr&#233;sentent, affleure dans les propos d'un homme c&#233;libataire, propri&#233;taire d'un appartement mais connaissant une situation professionnelle pr&#233;caire. Ses regrets du South End des ann&#233;es 1980 expriment sans doute une nostalgie de l'insouciance et des f&#234;tes de sa jeunesse ainsi que ses difficult&#233;s &#233;conomiques actuelles, d'autant plus difficiles &#224; supporter sans doute qu'il vit dans un quartier toujours plus riche. Mais ses sentiments ont aussi &#224; voir avec la disparition d'une certaine visibilit&#233; et l'affaiblissement du r&#244;le de la sexualit&#233; dans l'identit&#233; gay. Se plaignant de l'ostracisme que subissent aujourd'hui les peu respectables &lt;i&gt;drag queens&lt;/i&gt; de la Gay Pride, il raconte qu'on lui a un jour conseill&#233; de se marier et d'avoir des enfants : &#171; Un mec c&#233;libataire, &#231;a fait peur &#187;, conclut-il. Comme le souligne ce t&#233;moignage, l'int&#233;gration &lt;i&gt;gay friendly&lt;/i&gt; n'est pas valoris&#233;e unanimement. Les clivages perdurent, mais de fa&#231;on euph&#233;mis&#233;e. Certains expriment un ralliement au &#171; m&#233;lange &#187;, et un refus du &#171; ghetto gay &#187;. Ce r&#233;sident homosexuel, consultant en urbanisme, membre de son association de quartier, et qui habite le South End depuis 1977, m'explique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'aimerais pas que ce soit un ghetto gay. Parce que ce n'est pas normal. &#199;a ne correspond pas &#224; la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est. Bien s&#251;r je veux &#234;tre dans un quartier tol&#233;rant, un quartier o&#249; un couple de lesbiennes, o&#249; deux hommes gay peuvent marcher dans la rue et se tenir la main s'ils en ont envie. [&#8230;] On voit de plus en plus de familles avec enfants ici, je pense que c'est tout simplement merveilleux. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais d'autres voix se font entendre, qui montrent que des gays nostalgiques d'un South End plus communautaire peuvent aussi se faire les d&#233;fenseurs d'un quartier o&#249; les habitants &#224; faibles revenus &#233;taient mieux accept&#233;s. Ainsi Steve, le consultant gay aujourd'hui p&#232;re de famille, s'emporte-t-il contre les r&#233;sidents hostiles au projet de Pine Street Inn et d&#233;fend la pr&#233;sence d'anciens sans-logis dans le quartier. Il raconte comment, lui, a toujours appr&#233;ci&#233; de voir les hommes accueillis par les associations de r&#233;insertion (des anciens toxicomanes, d'anciens d&#233;tenus) tra&#238;ner sur les trottoirs ou sur les marches des immeubles. En accompagnant son propos d'un clin d'oeil, il fait clairement comprendre que, malgr&#233; son int&#233;gration &#224; la sociabilit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle du quartier, il regrette la disparition d'un mode de vie fait de dragues et de rencontres &#233;ph&#233;m&#232;res, m&#234;me si c'est avant tout son parcours biographique et sa vie familiale actuelle qui l'en ont &#233;loign&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'opposition la plus visible des gays &#224; cette &lt;i&gt;gay friendliness&lt;/i&gt; des classes sup&#233;rieures provient d'un blog, The South End is Over. Son auteur anonyme y publie une s&#233;rie de pamphlets ironiques sur les yuppies, leurs appartements de luxe (&lt;i&gt;luxury condos&lt;/i&gt;), leurs bottes Ugg et les cuisines en granite et acier. &#192; noter ici que l'incarnation du &lt;i&gt;yuppie&lt;/i&gt; honni est tr&#232;s genr&#233;e ; il s'agit avant tout des femmes, et plus pr&#233;cis&#233;ment de m&#232;res.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Caf&#233; au lait de soja et poussettes de luxe : The South End is Over !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La sc&#232;ne commerciale concentre les critiques de l'auteur du blog : les caf&#233;s sophistiqu&#233;s de type latte au lait de soja, les tomates &#171; chair de b&#339;uf &#187; (heirloom tomatoes) &#224; plus de 5 dollars la livre, les omelettes au foie gras &#224; 50 dollars, le d&#233;veloppement des voituriers sur les art&#232;res du quartier mais aussi SoWa, zone artistique du South End labellis&#233;e ainsi par imitation du SoHo de New York [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Je pense qu'il est grand temps de dire aux gens ce que veut vraiment dire (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]. Ses critiques visent tr&#232;s souvent les familles, mais beaucoup plus les m&#232;res que les p&#232;res, &#224; travers la place imposante et bruyante que prennent pour lui les b&#233;b&#233;s et les poussettes (de luxe) dans les caf&#233;s. Ces femmes symbolisent l'attitude d&#233;sinvolte et sans-g&#234;ne qu'il d&#233;nonce chez des yuppies qu'il voit tout juste arriv&#233;s de leurs banlieues. Les articles publi&#233;s sur ce site sont par ailleurs ponctu&#233;s de remarques sur la normalisation des comportements qu'op&#232;rent, &#224; ses yeux, les couples h&#233;t&#233;rosexuels : &#171; Je d&#238;nais dehors avec cinq autres hommes gay l'autre soir. On se disait au revoir, et comme tous les gays partout, chacun de nous s'est donn&#233; une accolade et un baiser de bonne nuit. On a &#233;t&#233; atterr&#233;s par l'expression choqu&#233;e de ces &#8220;branch&#233;s&#8221; avec leurs bottes Ugg, qui nous regardaient derri&#232;re les vitrines de Butcher Shop. &#192; voir les regards sur leurs visages typiquement &#8220;banlieues/Back Bay/Beacon Hill&#8221;, on aurait dit qu'on s'&#233;tait fait une pipe collective bien sexy. Je me souviens qu'il n'y a pas si longtemps un baiser de bonne nuit entre deux homos dans le South End &#233;tait de rigueur, et ne choquait personne. En fait, avant Butcher Shop, il y avait au m&#234;me endroit un super petit restaurant gay &#8220;Rave&#8221;, et avant cela, un caf&#233; gay qui s'appelait &#8220;Mildred's&#8221;. &#187;
Ce site a un &#233;cho tel, malgr&#233; l'anonymat dans lequel reste son auteur, que le South End News lui consacre un article en 2009 &#8211; la m&#234;me ann&#233;e toutefois que la fermeture du blog.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Sylvie Tissot, &#171; Reconversions dans la politique de la ville : une profession militante ? &#187;, in S. Tissot (dir.), &lt;i&gt;Les Reconversions militantes&lt;/i&gt;, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 2005, p. 121-138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] M. Small, &lt;i&gt;Villa Victoria, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 116.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Sur les diff&#233;rents usages du terme diversity et les autres mots d'ordre que privil&#233;gient des mouvements de locataires noirs comme celui des &#171; droits &#187; : Ellen C. Berrey, &#171; Divided over Diversity. Political Discourse in a Chicago Neighborhood &#187;, &lt;i&gt;City &amp; Community&lt;/i&gt;, vol. 4, n&#176; 2, 2005, p. 143-170.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Le South End fait partie des deux quartiers de Boston caract&#233;ris&#233;s par une &#171; tr&#232;s forte concentration &#187; de gays (G. Gates et J. Ost, &lt;i&gt;The Gay and Lesbian Atlas&lt;/i&gt;, op. cit.). Le pourcentage de m&#233;nages non form&#233;s de familles est d'ailleurs nettement plus &#233;lev&#233; que sur l'ensemble de la ville : 67,6 % dans le South End (contre 51,9 % &#224; Boston).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Marianne Blidon, &#171; Entre visibilit&#233; et invisibilit&#233;, les formes spatiales gays dans la ville &#187;, in La Forme en g&#233;ographie, 2006, p. 59-63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Il est aussi possible que le recours au milieu communautaire s'av&#232;re moins n&#233;cessaire pour des gays de niveau socio&#233;conomique &#233;lev&#233; que pour des individus plus modestes. Philippe Adam, &#171; Bonheur dans le ghetto ou bonheur domestique ? Enqu&#234;te sur l'&#233;volution des exp&#233;riences homosexuelles &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 128, 1999, p. 56-72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &#171; Je pense qu'il est grand temps de dire aux gens ce que veut vraiment dire SOWA : Severly Overpriviledged White Assholes (des Connards Blancs Gravement Sur-privil&#233;gi&#233;s) &#187;, article post&#233; le 16 octobre 2006. Sur SoWa, voir le quatri&#232;me chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;La couverture du livre, la photo reproduite ici, ainsi que toutes celles du cahier central sont de David Binder. Voir, plus g&#233;n&#233;ralement, son travail sur son &lt;a href=&quot;http://www.davidbinder.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;site&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>

