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« je sais identifier un fasciste »

Brighelli au Front : retour sur un ralliement

par Renaud Cornand
22 septembre 2016

Jean-Paul Brighelli, toujours enseignant en Classes Préparatoires au lycée Thiers de Marseille, était aux estivales du Front National les 17 et 18 septembre à Fréjus pour parler éducation – aboutissement logique du parcours d’un individu dont les écrits, une fois gratté le vernis prétentieux du style littéraire, ne sont que racisme, sexisme et réaction. Les lignes qui suivent proposent un retour instructif et amusant sur un contentieux récent avec le personnage.

En 2006, il se disait « de gauche » et prétendait même avoir voté pour l’ « extrême gauche » en 2002. Il allait jusqu’à dire que « si on laisse aujourd’hui à la seule extrême droite le privilège d’énoncer quelques vérités blessantes on fait le lit du racisme ».  [1]

Serait-ce alors aujourd’hui pour mieux les combattre que Brighelli bronze sous le soleil varois avec les militant-e-s du FN ? Qu’il leur explique s’agacer des « 350 000 femmes voilées » qu’il croit voir tous les jours à Marseille ? Qu’il conclut son discours par « un dernier clin d’œil aux électeurs du Front avec une référence à l’ “UMPS” » ?

Quoi qu’il en soit, ses nouveaux petits camarades apprécient :

« Vivats et standing ovation pour le sexagénaire » [2]

Ceux qui visiblement apprécient moins, ce sont ses collègues de travail. Le quotidien La Provence rapporte :

« “On le savait conservateur et réac, mais le FN ?”, s’étrangle ainsi une jeune enseignante. “Je n’aimerais pas être dans la peau du proviseur qui va devoir gérer le problème”, grince un autre. “On est un certain nombre à trouver lourd de voir Thiers associé à ce personnage ”, soupire (...) Tanguy Cornu, prof de sciences économiques et sociales en prépa ».  [3]

On ne peut pas être aimé de tou-te-s.

C’est enfin à une lettre qu’il m’avait personnellement adressée que je ferai référence. Une lettre publiée sur son blog [4] et reprise par des sites de l’ultra droite [5]. Parce que c’est drôle et pathétique. « Salafiste », « cheval de Troie de la grande réconciliation version EEIL », « pauvre cloche », « crétin patenté », me disait-il en réponse à un texte où je dénonçais la violente islamophobie dont il faisait preuve dans son soutien à l’exclusion d’une étudiante voilée d’un amphithéâtre de l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence.

Mais ce sont surtout ses virils propos conclusifs, sur ce qu’est un vrai mec de gauche, qui résonnent aujourd’hui d’une mordante ironie :

« Ce n’était pas toi qui étais à la Mutualité le 21 juin 1973, face aux (vrais) fachos et aux CRS, avec la LCR de l’époque — et une petite organisation qui s’appelait tout bonnement Révolution ! Tu tétais ta mère pendant que je m’exerçais à la guérilla urbaine. »

Il y a là du faux et du vrai, l’un pouvant expliquer l’autre : je n’étais pas à la Mutualité en juin 1973, mais je ne tétais pas ma mère, n’ayant vu le jour que quelques années plus tard.

« Alors, tiens-toi le pour dit : je sais identifier un fasciste quand j’en vois un. » ajoutait le futur intellectuel organique, es-éducation nationale, du Front du même nom. Et de terminer sur une recommandation – vaguement menaçante – à mon endroit :

« Tu devrais te méfier : l’Islam a mauvaise presse, en ce moment. Et d’ici que les RG s’intéressent aux amis des amis des extrémistes… Sans parler de ce qui arrivera quand, grâce à toi, le FN sera aux commandes. »

Grâce à qui ?