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	<title>Les mots sont importants (lmsi.net)</title>
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		<title>Rengainez, on arrive !</title>
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		<dc:date>2013-06-10T07:05:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Mogniss H. Abdallah</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Rengainez, on arrive ! C'est ce slogan que, parmi beaucoup d'autres, Mogniss H. Abdallah a choisi comme titre de son dernier livre, qui propose, en 160 pages, un indispensable retour sur plusieurs moments forts de cet enjeu central qu'est, pour les luttes de l'immigration et des banlieues populaires, le combat contre la violence polici&#232;re et son impunit&#233; &#8211; de l'affaire Abdelkader Lareiche en 1980 &#224; l'affaire Hakim Ajimi en 2008. Voici l'introduction de ce livre, suivie de la table des mati&#232;res. Jeudi (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Des-livres-importants-" rel="directory"&gt;Des livres importants&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rengainez, on arrive !&lt;/i&gt; C'est ce slogan que, parmi beaucoup d'autres, Mogniss H. Abdallah a choisi comme titre de son dernier livre, qui propose, en 160 pages, un indispensable retour sur plusieurs moments forts de cet enjeu central qu'est, pour les luttes de l'immigration et des banlieues populaires, le combat contre la violence polici&#232;re et son impunit&#233; &#8211; de l'affaire Abdelkader Lareiche en 1980 &#224; l'affaire &lt;a href=&quot;http://www.reperes-antiracistes.org/pages/Verite_et_Justice_pour_Hakim_Ajimi_Grasse-8440542.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Hakim Ajimi&lt;/a&gt; en 2008. Voici l'introduction de ce livre, suivie de la table des mati&#232;res. Jeudi 20 juin 2013, &#224; 18h 30, Mogniss H. Abdallah pr&#233;sentera son livre ce livre &#224; la librairie du NPA, La Br&#232;che, 27 rue Taine, 75012 Paris (m&#233;tro Daumesnil).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1961 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH333/grasse-forum-06-86769.jpg' width='500' height='333' alt=&quot;&quot; style='height:333px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Que justice soit faite &#187; : apr&#232;s chaque drame, familles et ami-e-s des victimes de crimes racistes ou s&#233;curitaires sont partag&#233;s entre douleur et r&#233;volte, r&#233;signation apparente et col&#232;re explosive. On esp&#232;re alors une justice immanente, une r&#233;paration symbolique pour la vie irr&#233;m&#233;diablement vol&#233;e. Mais on (re)d&#233;couvre la &lt;i&gt;hagra&lt;/i&gt;, mot d'origine arabe prononc&#233; aussi &#171; hogra &#187;, d&#233;signant un m&#233;lange de m&#233;pris et d'humiliation, d'abus de pouvoir et d'injustice, dans le cadre d'un syst&#232;me fier d'afficher les principes de libert&#233;, d'&#233;galit&#233; et de fraternit&#233; mais qui, en pratique, se crispe dans le d&#233;ni de ses discriminations sociales ou racistes. Et qui pour se couvrir, peut aller jusqu'&#224; absoudre un policier lorsque dans l'exercice de ses fonctions, il tue d'un tir dans le dos. Au mieux conc&#232;de-t-il de &#171; regrettables bavures &#187;, en g&#233;n&#233;ral vite oubli&#233;es par la grande histoire. M&#234;me la mort de Malik Oussekine, tu&#233; par des policiers lors des manifestations &#233;tudiantes de 1986, n'a pas connu d'&#233;pilogue judiciaire &#224; la mesure de l'&#233;moi suscit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Paroxysme d'une exp&#233;rience v&#233;cue au quotidien, la hagra suscite des r&#233;actions contrast&#233;es. &#171; Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, on a toujours tort. &#187; &#171; Militer, &#231;a ne sert &#224; rien &#187; d&#233;plorent ceux qui finissent par se refermer sur eux-m&#234;mes pour encaisser en silence. Mais la confrontation avec la police ou la justice constitue bien souvent le point de d&#233;part d'une prise de conscience individuelle ou collective, d'une expression politique ou culturelle &lt;i&gt;sp&#233;cifique&lt;/i&gt;, et de mobilisations plus ou moins durables dans les cit&#233;s ou quartiers populaires. Avec pour objectif d'obtenir &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Omerta-dans-la-polis&quot; class='spip_out'&gt;v&#233;rit&#233;, justice, reconnaissance&lt;/a&gt;, de rendre hommage aux disparus, d'inscrire leur souvenir dans la m&#233;moire collective et, comme le rappellent avec insistance les familles, de mieux se battre pour les &lt;i&gt;vivants.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors, ces mobilisations et luttes se transforment : au premier abord d&#233;fensives, elles deviennent potentiellement offensives et peuvent contribuer &#224; changer la donne globale, comme l'a d&#233;montr&#233; l'impact de la Marche pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme, malgr&#233; les promesses non tenues et les reculs ult&#233;rieurs. Elles d&#233;bordent du cadre fataliste et n&#233;crologique initial, bousculent habitudes l&#233;galistes et attentisme vis-&#224;-vis de la justice pr&#233;suppos&#233;e &#171; impartiale &#187; : &#171; D&#233;passer les pleurs, on peut le faire ! &#187;, s'enhardissent les m&#232;res, les fr&#232;res, les s&#339;urs lors des rondes des &#171; Folles de la place Vend&#244;me &#187;, et plus tard les &#171; combattant-e-s &#187; du Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Pas de justice, pas de paix ! &#187; Au-del&#224; d'une d&#233;nonciation incantatoire de la &#171; justice &#224; deux vitesses &#187; (libert&#233; ou cl&#233;mence pour les meurtriers racistes ou s&#233;curitaires, d&#233;tention pr&#233;ventive et peines exp&#233;ditives pour les jeunes des cit&#233;s), les mobilisations incitent &#224; &#234;tre plus offensif contre la &lt;i&gt;hagra&lt;/i&gt;, &#224; mieux d&#233;fendre les condamn&#233;s pour des petits d&#233;lits et &#224; se montrer plus solidaires avec les inculp&#233;s pour &#171; outrages ou r&#233;bellion &#187;, les prisonniers, les victimes de la double peine et autres cas r&#233;put&#233;s &#171; ind&#233;fendables &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces luttes peuvent aussi s'&#233;tendre, converger simultan&#233;ment avec d'autres &#171; fronts &#187; comme ceux du logement, de l'&#233;cole, du travail ou du ch&#244;mage : on l'a vu &#224; Nanterre o&#249;, brocard&#233;s comme les &#171; voyous du mouvement beur &#187;, les jeunes de la cit&#233; de transit Gutenberg et leurs familles ont obtenu tout &#224; la fois une r&#233;paration morale, une victoire symbolique avec la condamnation du meurtrier d'Abdennbi Gu&#233;miah &#224; douze ans de r&#233;clusion criminelle, et une victoire sociale concr&#232;te avec le relogement d&#233;cent de l'ensemble des habitants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cet ouvrage, sans pr&#233;tendre &#224; l'exhaustivit&#233;, propose une plong&#233;e dans certaines de ces luttes contre les crimes racistes ou s&#233;curitaires, du point de vue des acteurs et des actrices, en s'appuyant essentiellement sur les archives politiques ou culturelles de leurs protagonistes (chansons, journaux, tracts, dessins, photos, affiches, &#233;missions de radios libres, th&#233;&#226;tre, films, sites Internet, forums de discussions, etc.).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Djamel Aouada, dit Djamel d'Argenteuil, un des h&#233;rauts pr&#233;monitoires de l'&#233;mergence &#224; la fin des ann&#233;es 1970 d'une expression politique et culturelle autonome des enfants d'immigr&#233;s, s'interrogeait dans un &#233;crit autobiographique :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La valeur de mon texte, je ne la connais pas &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, rageur, il soulignait avant de se donner la mort :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ma col&#232;re n'a pas d'&#233;cho ici. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme beaucoup, il doutait de la port&#233;e de sa parole. Au risque d'int&#233;rioriser l'id&#233;e d'une sup&#233;riorit&#233; de l'expertise savante qui a plus facilement droit de cit&#233;, quand bien m&#234;me elle r&#233;interpr&#232;te la parole des gens &#224; l'aune de cat&#233;gorisations institutionnelles. Mais les &#171; principaux concern&#233;s &#187; n'ont pas attendu de validation &#171; scientifique &#187; pour attester de sa puissance d'&#233;vocation et de l'&#233;cho qu'il continue &#224; avoir, tout comme les documents prot&#233;iformes &#8211; aussi artisanaux ou bricol&#233;s soient-ils &#8211; &#224; la base des chroniques qui vont suivre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces chroniques d&#233;butent avec l'action men&#233;e au tout d&#233;but des ann&#233;es 1980 par les copains de Kader, un jeune tu&#233; par un gardien de cit&#233; &#224; Vitry-sur-Seine, &#233;v&#233;nement qui marque sans doute un tournant avec l'irruption des lascars sur la sc&#232;ne publique, et un moment de rupture avec la croyance na&#239;ve en une justice &#171; juste &#187;. &#171; Ils nous la font &#224; l'envers ! &#187; s'&#233;crient les lascars lorsque, t&#233;moins, ils se retrouvent accus&#233;s d'&#234;tre les premiers responsables du sentiment d'ins&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s cette &#233;poque, ils tentent de s'initier aux subtilit&#233;s de l'intervention politico-judiciaire. Pour cela, il leur faut, comme ils disent, &#171; apprendre de nos anciens &#187;. Ils s'inspirent des campagnes autour des affaires Djillali Ben Ali et Mohamed Diab, conduites dans les ann&#233;es 1970 par les militants du Mouvement des travailleurs arabes (MTA), de la troupe de th&#233;&#226;tre Al Assifa et des intellectuels du Comit&#233; Droits-Vie, parmi lesquels Michel Foucault. Ils renouent avec les principes de &#171; l'enqu&#234;te ouvri&#232;re &#187; (&#171; qui n'a pas fait d'enqu&#234;te n'a pas droit &#224; la parole &#187;, disaient les maos) pour r&#233;tablir la v&#233;rit&#233; des faits et leur contexte, se rendent compte de l'importance de la circulation de l'information pour consolider les r&#233;seaux militants et &#233;largir leur audience &#224; d'autres secteurs de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils sillonnent la France, crapahutent sur les pentes de la Croix-Rousse au moment des &#171; rod&#233;os des Minguettes &#187;, rencontrent les Marseillais des quartiers nord qui, par la cr&#233;ation th&#233;&#226;trale, entendent venger leurs amis assassin&#233;s, participent au journal &lt;i&gt;Sans Fronti&#232;re&lt;/i&gt; et aux radios libres o&#249; coexistent des militants de diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations et origines. Dans ces milieux, l'insolence et l'imp&#233;tuosit&#233; des jeunes d&#233;rangent, mais on fait cause commune contre les crimes racistes et les violences polici&#232;res. Ceux-ci se multiplient dans un nouveau contexte politique o&#249;, sur fond de surench&#232;re &#233;lectoraliste, la gauche au pouvoir se convertit &#224; la politique n&#233;olib&#233;rale de rigueur &#233;conomique, c&#232;de &#224; l'emprise s&#233;curitaire et endosse les dogmes de la guerre &#224; l'immigration ill&#233;gale et &#224; la d&#233;linquance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Rengainez on arrive, la chasse est ferm&#233;e ! &#187;, scandaient les Marcheurs pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme &#224; leur arriv&#233;e triomphale &#224; Paris, le 3 d&#233;cembre 1983. Ils apostrophent ainsi l'&#201;tat, mais aussi la soci&#233;t&#233; civile, signifiant sur un air potache l'urgence de sortir d'une logique d'escalade meurtri&#232;re. &#171; D&#233;sarmez les beaufs &#187;, &#171; d&#233;sarmez les milices &#187;, &#171; d&#233;sarmez les flics &#187; : ces exigences maintes fois formul&#233;es dans des mobilisations interlocales, amplifi&#233;es par la Marche, transcendent les fractures raciales. Mais elles sont surtout port&#233;es par les Arabes et les Noirs de France qui ne supportent plus d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &#171; enfants ill&#233;gitimes &#187;, du gibier de potence. &lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand ils r&#233;clament &#171; l'&#233;galit&#233; des droits et la justice pour tous &#187;, ils disent aussi &#171; On est chez nous ! &#187;. &#171; Nous sommes tous des immigr&#233;s de Talbot &#187; rajoutent-ils en solidarit&#233; avec les ouvriers gr&#233;vistes dans l'automobile &#8211; leurs parents parfois &#8211;, attaqu&#233;s par les non-gr&#233;vistes aux cris d'&#171; Au four, &#224; la Seine ! &#187;. Comme un pied de nez aux discours int&#233;grationnistes, ils veulent d&#233;sormais avoir voix au chapitre et ne plus s'entendre dire qu'on n'a pas le droit de se d&#233;fendre soi-m&#234;me. Quand ces crimes continuent en toute &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Permis-de-tuer&quot; class='spip_out'&gt;impunit&#233;&lt;/a&gt;, il devient imp&#233;rieux de se d&#233;fendre. Collectivement. Par tous les moyens n&#233;cessaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1919 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L400xH141/322028291_small-77119.jpg' width='400' height='141' alt=&quot;&quot; style='height:141px;width:400px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tude r&#233;trospective de cette p&#233;riode rappelle les obstacles &#224; la jonction des luttes. Mais elle permet aussi de r&#233;&#233;valuer nombre d'interactions effectives avec le reste de la soci&#233;t&#233; dans la lutte contre les crimes racistes ou s&#233;curitaires, de mettre en &#233;vidence par exemple la place prise par les lyc&#233;ens, mais aussi celle prise par les lascars dans la lutte antifasciste, en particulier au moment de la &#171; rumeur de Bondy &#187; (1980). Elle r&#233;v&#232;le des capacit&#233;s empiriques de r&#233;flexion et d'&#233;laboration th&#233;oriques &#224; contre-courant de &#171; l'antiracisme abstrait &#187;, notamment autour de l'articulation entre racisme, pr&#233;jug&#233;s antijeunes et syndrome s&#233;curitaire, elle d&#233;voile aussi l'existence de ressources et de niveaux d'organisation insoup&#231;onn&#233;s en des lieux improbables. Un peu &#224; l'image des &#171; &lt;i&gt;front-rooms&lt;/i&gt; &#187;, ces salons des petites maisons victoriennes britanniques qui ont servi de lieux informels de r&#233;union et de documentation avant que ne s'&#233;tablissent dans les &#171; &lt;i&gt;inner cities&lt;/i&gt; &#187; populaires les contre-institutions dispensant des cours sur l'histoire noire (&lt;i&gt;Black Studies&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des militants ont fait le d&#233;tour outre-Manche pour &#233;changer leur exp&#233;rience avec le &lt;i&gt;Black Parents Movement&lt;/i&gt; et donner une dimension europ&#233;enne et internationale &#224; leur action. Ils en sont revenus avec une conviction renforc&#233;e qu'il ne faut pas tomber dans le pi&#232;ge des &lt;i&gt;Born again Blacks&lt;/i&gt; qui consid&#232;rent les Noirs comme le seul groupe opprim&#233; et tendent &#224; exclure les autres communaut&#233;s de la lutte. Il est au contraire essentiel pour eux de forger des alliances autonomes de classe avec diff&#233;rentes composantes de la population, et plus particuli&#232;rement celles les plus expos&#233;es &#224; la suspicion polici&#232;re. &#192; la fin des ann&#233;es 1990, le MIB r&#233;affirme ainsi qu'il doit &lt;i&gt;&#171; se mouvoir en terme de regroupement social et non ethnique &#187;&lt;/i&gt;. Sans oublier pour autant que &#171; les banlieues sont h&#233;riti&#232;res du colonialisme &#187;, et que l'&#201;tat perp&#233;tue voire renouvelle des formes de domination coloniale ou &#171; endocoloniale &#187;. L'&#233;tat d'urgence d&#233;cr&#233;t&#233; pour mater les r&#233;voltes de l'automne 2005 illustre ainsi jusqu'&#224; la caricature cette continuit&#233; historique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est malheureusement &#224; pr&#233;voir que &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/La-lepenisation-des-esprits&quot; class='spip_out'&gt;la racialisation des discours publics&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Pour-100-des-musulmans-les&quot; class='spip_out'&gt;l'islamophobie ambiante&lt;/a&gt; provoquent une recrudescence de drames &#224; l'avenir. Et il serait p&#233;remptoire de proclamer que les crimes racistes ou s&#233;curitaires sont derri&#232;re nous. D'autant que la notion de &#171; crime &#187; ne saurait se r&#233;duire &#224; sa forme ultime, le meurtre. D&#233;but ao&#251;t 2012, un &#171; fait divers &#187; vient confirmer cette crainte : &#224; Aigues-Mortes dans le Gard (tristement c&#233;l&#232;bre pour ses &#171; chasses aux Ritals &#187; d'antan), un couple de quadrag&#233;naires passablement &#233;m&#233;ch&#233;s tire &#224; la carabine sur des gens regroup&#233;s &#224; l'heure de la rupture du je&#251;ne de ramadan, blessant l&#233;g&#232;rement une personne. Aussit&#244;t interpell&#233;s, le tireur et sa complice sont d&#233;f&#233;r&#233;s en comparution imm&#233;diate devant la justice qui les condamne &#224; respectivement quatre ans et deux ans de prison fermes. La pr&#233;m&#233;ditation, l'alcool, mais aussi le racisme anti-Maghr&#233;bins et antimusulmans ont &#233;t&#233; retenus comme des circonstances aggravantes. &#171; On a la sensation d'une chasse &#224; l'homme &#187;, s'exclamera le procureur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce type de verdict &#171; exemplaire &#187; repose &#224; nouveau la question de la hi&#233;rarchisation des crimes. D'un c&#244;t&#233;, on aurait des agressions racistes revendiqu&#233;es comme telles par des individus pathologiques souvent solitaires, parfois sous l'emprise du Front national, qui seraient lourdement condamn&#233;s. De l'autre, des &#171; homicides excusables &#187; au nom de la protection de la bonne soci&#233;t&#233;. Cette dichotomie d&#233;douanerait l'&#201;tat de toute responsabilit&#233; en mati&#232;re de racisme, elle lui permettrait m&#234;me de se pr&#233;senter comme un rempart protecteur contre un certain racisme &#171; populaire &#187;. Or, sans bien s&#251;r d&#233;nier toute responsabilit&#233; individuelle, des campagnes comme celle men&#233;e pour que justice soit rendue &#224; Abdel Benyahia (La Courneuve) nous apprennent que &#171; l'intention &#187; raciste r&#233;elle ou suppos&#233;e d'un policier-flingueur ne saurait occulter le racisme institutionnel et les discriminations sociales inscrits dans les dispositifs m&#234;mes de la police et de la justice. Des organisations comme la F&#233;d&#233;ration internationale des droits de l'homme ont, &#224; plusieurs reprises, propos&#233; la m&#234;me conclusion &#224; leurs enqu&#234;tes en France. Il importe d&#232;s lors de s'attacher non &#224; l'exception, mais &#224; la r&#232;gle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Retracer l'histoire de ces luttes est aussi l'occasion d'en rediscuter les contenus, formes et modalit&#233;s d'organisation, d'en souligner les attentes, les dynamiques internes, les acquis et les limites ou contradictions. Il en va ainsi du lien parfois difficile et ambivalent avec les familles des victimes, partag&#233;es entre droit &#224; l'oubli et volont&#233; de m&#233;moire. &#192; ces h&#233;sitations s'ajoutent la versatilit&#233; de militants prompts &#224; &#171; zapper &#187; d'une cause &#224; une autre, mais aussi les tentations int&#233;grationnistes ou s&#233;curitaires parmi les immigr&#233;s et leurs descendants eux-m&#234;mes, certains allant jusqu'&#224; rejoindre les rangs de la police.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans complaisance donc avec &#171; la part de bluff &#187; propagandiste, ces chroniques entendent renouer avec la pratique militante de l'enqu&#234;te et du bilan autocritique, pointer les apparitions m&#233;diatiques spectaculaires mais &#233;ph&#233;m&#232;res, le &#171; travail d'agitation politique sans suite &#187;, les analyses g&#233;n&#233;rales surd&#233;termin&#233;es par une d&#233;nonciation incantatoire sans s'attacher aux r&#233;alit&#233;s complexes et aux singularit&#233;s de chaque situation. Elles interrogent la diversit&#233; des options prises, la coexistence entre critique radicale &#8211; ou pr&#233;tendue telle &#8211; des institutions police/justice et r&#233;formisme pragmatique au sein de mobilisations concr&#232;tes qui cherchent &#224; mieux se coordonner et &#224; b&#226;tir de nouvelles alliances dans des contextes politiques changeants. Avec comme perspective de creuser des pistes pour constituer des rapports de forces plus favorables dans les combats &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rengainez, on arrive ! Chronique des luttes contre les crimes s&#233;curitaires, contre la hagra polici&#232;re et judiciaire des ann&#233;es 1970 &#224; aujourd'hui&lt;/i&gt; est paru aux Editions Libertalia.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une rencontre est organis&#233;e au CICP, 21 ter rue Voltaire, Paris 11&#232;me (m&#233;tro Rue des Boulets) le jeudi 6 d&#233;cembre 2012 &#224; 18H30, avec Mogniss H. Abdallah, Maurice Rajsfus et Mathieu Rigouste, autour des crimes racistes et s&#233;curitaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1920 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:202px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/IMG/gif/artoff263-ef313.gif' width=&quot;202&quot; height=&quot;295&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re partie. Aux origines de la Marche pour l'&#233;galit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Kader Blues &#224; Vitry-sur-Seine - Zone immigr&#233;e, ou le cinoche des lascars - Rock against Police - &#171; La prison ne r&#233;sout rien &#187; - &#199;a travaille, &#231;a travaille et &#231;a ferme sa gueule. Retour sur les ann&#233;es 1970 - Racisme antiarabe et &#171; racisme antijeunes &#187; - La &#171; rumeur de Bondy &#187;, ou quand l'extr&#234;me droite s'en m&#234;le - Un &#171; racisme du vote &#187; - Marseille : Yaoulidi Lahouari, mon fils ! - &#171; Cr&#233;er, &#231;a sera notre fa&#231;on de venger notre ami &#187; - Aux sources de la Marche pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme - La contre-offensive des Minguettes - Le petit Taoufik, tu&#233; pour cause de ramdam &#224; La Courneuve - Les &#171; folles de la place Vend&#244;me &#187; - &#171; &#192; chaque fen&#234;tre, je vois un 22 long rifle &#187; - &#171; Le temps est venu de d&#233;passer les pleurs et de passer &#224; l'action &#187; - Intervenir dans les dossiers, ne pas rester des spectateurs passifs de la justice - Pas de &#171; circonstances att&#233;nuantes &#187; pour les crimes s&#233;curitaires ! - &#171; Je comprends votre lutte contre le racisme, j'en suis par principe solidaire, mais dans le cas de mon fils, ce n'est pas mon combat. &#187; - L'hommage &#224; Abdennbi Gu&#233;miah &#224; Nanterre : gagner respect et dignit&#233; en justice, c'est possible ! - L'affront lyonnais : &#171; Que vaut la vie d'Ahmed Boutelja ? Que vaut la vie de Wahid Hachichi ? &#187; - &#171; La part de bluff dans la mobilisation &#187; - Solidarit&#233; internationale : l'apport du Black Parents Movement (Grande-Bretagne)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me partie : &#171; pas de justice pas de paix &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Abdel, Malik, plus jamais &#231;a &#187; - Le comit&#233; Justice pour Abdel et les autres - &#171; Discrimination raciste dans la d&#233;livrance des mandats de d&#233;p&#244;t &#187;- Un policier &#171; toujours en service &#187; condamn&#233; pour &#171; homicide volontaire &#187; - &#171; Pas de justice, pas de paix &#187; - Le MIB, un &#171; regroupement social et non-ethnique &#187; - Affaire Youssef Kha&#239;f. Haro sur le contre-proc&#232;s d'une &#171; justice coloniale &#187; - Les difficult&#233;s &#224; &#233;largir la mobilisation - &#171; C'est toujours l'action qui prime &#187; - De Dammarie-l&#232;s-lys au Petit-Bard (Montpellier) : &#171; Les banlieues ne sont pas un d&#233;sert politique ! &#187; - Apr&#232;s les r&#233;voltes de novembre 2005, la tentation pragmatique - Entrer dans la police et militer contre ses d&#233;rives, un choix paradoxal - Sortir de la logique de guerre int&#233;rieure, mission impossible ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;publique des propri&#233;taires </title>
		<link>http://lmsi.net/La-republique-des-proprietaires</link>
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		<dc:date>2013-06-10T00:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sa&#239;d Bouamama</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Extrait de l'indispensable J'y suis j'y vote, publi&#233; il y a maintenant douze ans aux Editions L'Esprit frappeur, le texte qui suit revient, pour la d&#233;mystifier, sur la R&#233;volution fran&#231;aise et sur les mod&#232;les de citoyennet&#233; qu'elle a inaugur&#233;s. Ce faisant, il inscrit utilement le combat toujours en cours pour le droit de vote des &#233;trangers, aux c&#244;t&#233;s des luttes ouvri&#232;res, anti-esclavagistes et f&#233;ministes, dans l'histoire d&#233;j&#224; ancienne d'un m&#234;me enjeu politique : l'instauration d'un suffrage vraiment (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Des-livres-importants-" rel="directory"&gt;Des livres importants&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de l'indispensable &lt;i&gt;J'y suis j'y vote&lt;/i&gt;, publi&#233; il y a maintenant douze ans aux Editions L'Esprit frappeur, le texte qui suit revient, pour la d&#233;mystifier, sur la R&#233;volution fran&#231;aise et sur les mod&#232;les de citoyennet&#233; qu'elle a inaugur&#233;s. Ce faisant, il inscrit utilement le combat toujours en cours pour le droit de vote des &#233;trangers, aux c&#244;t&#233;s des luttes ouvri&#232;res, anti-esclavagistes et f&#233;ministes, dans l'histoire d&#233;j&#224; ancienne d'un m&#234;me enjeu politique : l'instauration d'un suffrage &lt;i&gt;vraiment universel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1958 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:199px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L199xH328/j-y-suis-j-y-vote-la-lutte-pour-les-droits-politiques-aux-residents-etrangers-said-bouamama-9782844051141-2-3f206.gif' width='199' height='328' alt=&quot;&quot; style='height:328px;width:199px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Une-citoyennete-au-masculin&quot; class='spip_in'&gt;Partie pr&#233;c&#233;dente&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise fut &#233;galement une R&#233;publique des propri&#233;taires. Seuls avaient acc&#232;s au droit de vote, les citoyens susceptibles d'acquitter le cens. Il en d&#233;coulait un paradoxe &#233;tonnant pour les femmes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220; Des hommes furent &#233;lecteurs et par cons&#233;quent &#233;ligibles parce que leur &#233;pouse ( l&#233;gitime) leur apportait avec leur dot, le cens requis &#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elles n'avaient pas le droit de vote mais pouvaient transmettre &#224; leurs &#233;poux les &#233;l&#233;ments qui leur manquaient pour acc&#233;der &#224; la citoyennet&#233; active. Au-del&#224; de ce paradoxe, la citoyennet&#233; issue de la R&#233;volution fran&#231;aise, que l'on vante tant aujourd'hui, est une citoyennet&#233; &#224; &#233;tage, l'appartenance &#224; tel ou tel niveau &#233;tant d&#233;termin&#233; par le crit&#232;re de la richesse. Citoyennet&#233; de l'homme et non de la femme, du Blanc et non du Noir, elle est &#233;galement une citoyennet&#233; du riche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La citoyennet&#233; de la R&#233;volution fran&#231;aise est formalis&#233;e par la loi du 22 d&#233;cembre 1789 qui &#233;tablit un suffrage censitaire progressif. Concr&#232;tement cela signifie que la loi fixe les droits des citoyens en fonction des contributions directes pay&#233;es par les citoyens. Il ne s'agit pas simplement de la distinction entre citoyens passifs et citoyens actifs mais de la mise en place de quatre &#233;tages de citoyennet&#233;, marqu&#233;s chacun par un certain acc&#232;s ou non aux droits :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; le premier &#233;tage est constitu&#233; des citoyens passifs, c'est &#224; dire de ceux ne pouvant pas acquitter l'imp&#244;t minimum &#233;quivalent &#224; trois jours de travail (ces citoyens sont exclus de tous droits politiques et n'ont donc pas acc&#232;s au droit de vote) ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; le deuxi&#232;me &#233;tage comporte les citoyens acquittant cet imp&#244;t minimum (ces citoyens &#8220; actifs &#8221; acc&#232;dent aux assembl&#233;es primaires, celles qui &#233;lisent les municipalit&#233;s et les &#233;lecteurs des &#233;tages sup&#233;rieurs) ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; le troisi&#232;me &#233;tage comprend les citoyens payant un imp&#244;t &#233;quivalent &#224; dix jours de travail (ces citoyens disposent alors de tous les droits des &#233;tages inf&#233;rieurs mais peuvent en plus avoir acc&#232;s aux assembl&#233;es &#233;lectorales qui, elles, &#233;lisent les d&#233;put&#233;s, les juges et les membres des administrations de leur d&#233;partement) ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; le quatri&#232;me &#233;tage est compos&#233; des citoyens de l'&#233;tage pr&#233;c&#233;dent mais qui poss&#232;dent une propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et qui paient un imp&#244;t &#233;quivalent &#224; un marc d'argent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous sommes donc bien en pr&#233;sence d'une citoyennet&#233; &#224; plusieurs vitesses ayant comme crit&#232;re central, la richesse :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220; La Cit&#233;, loin d'&#234;tre homog&#232;ne et &#233;galitaire est au contraire profond&#233;ment divis&#233;e et hi&#233;rarchis&#233;e en sous-ensembles distincts dans lesquels &#233;voluent des sujets de droits diff&#233;rents. En bas, se trouve la vie locale qui constitue la sph&#232;re la plus restreinte et que ne peuvent quitter les citoyens actifs. Au milieu, la vie d&#233;partementale que les &#233;lecteurs ne peuvent d&#233;passer et enfin la sph&#232;re la plus importante et la plus vaste ; celle de l'Assembl&#233;e nationale et des d&#233;put&#233;s &#8221; . &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A part les verts qui acceptent l'id&#233;e d'une participation des &#233;trangers &#224; l'ensemble des &#233;lections locales (c'est &#224; dire aux municipales, aux d&#233;partementales et aux r&#233;gionales), les autres partis politiques limitent la question du vote des &#233;trangers au seul &#233;chelon municipal. Force nous est alors de nous poser une question : ce consensus politique ne r&#233;v&#232;le-t-il pas le maintien de cette logique d'une citoyennet&#233; &#224; plusieurs &#233;tages en passant du crit&#232;re de la richesse &#224; celui de la nationalit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;e d'une universalit&#233; de la citoyennet&#233; conduirait au contraire &#224; d&#233;fendre ou &#224; refuser la citoyennet&#233; des &#233;trangers mais &#224; l'ensemble des &#233;chelons et non simplement au niveau municipal. Il s'agit peut-&#234;tre de tactique prenant en compte l'&#233;tat du rapport de force &#224; un moment historique donn&#233;. Mais alors pourquoi ne pas le dire clairement plut&#244;t que de s'enfermer dans des argumentations illogiques ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette conception &#233;tag&#233;e de la citoyennet&#233; est en premier lieu issue du regard particulier que posent les &#233;lites r&#233;publicaines sur le &#8220; peuple &#8221;. Le regard de la majorit&#233; de la classe politique de l'&#233;poque se centre sur l'id&#233;e de capacit&#233;. Comme pour les femmes mais avec des arguments diff&#233;rents l'on estime les pauvres incapables de citoyennet&#233;. Citons une nouvelle fois Si&#232;yes qui a le m&#233;rite de la franchise brutale :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220; Parmi les malheureux vou&#233;s aux travaux p&#233;nibles, producteurs des jouissances d'autrui et recevant &#224; peine de quoi sustenter leur corps souffrant et plein de besoins, dans cette foule immense d'instruments bip&#232;des, sans libert&#233;, sans moralit&#233;, sans intellectualit&#233;, ne poss&#233;dant que des mains peu gagnantes et une &#226;me absorb&#233;e (...). est-ce l&#224; ce que vous appelez des hommes ? On les dit polic&#233;s ! Y-en-a-t-il un seul qui f&#251;t capable d'entrer en soci&#233;t&#233;...? &#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme pour les esclaves le regard pos&#233; sur les pauvres les situe aux confins de l'humanit&#233; dans une zone interm&#233;diaire entre l'animalit&#233; et l'humanit&#233;. Comme pour les femmes ce regard consid&#232;re les pauvres comme porteur d'une soumission absolue aux passions. Comment pourraient-ils &#234;tre dans ces conditions &#8220; capables &#8221; d'exercer le droit de cit&#233; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Citer les propos de Si&#232;yes ne rel&#232;ve pas de la caricature. Celui-ci est repr&#233;sentatif de l'opinion de l'&#233;crasante majorit&#233; des premiers constituants. Celle-ci se maintiendra jusqu'&#224; ce que les luttes sociales imposent la suppression du r&#233;gime censitaire. C'est autour d'une argumentation sur la &#8220; capacit&#233; &#8221; que se construisent les exclusions du droit de vote. Comparons s'il faut nous convaincre, les propos de Fran&#231;ois Guizot justifiant l'exclusion des femmes et des mineurs et celle de Benjamin Constant l&#233;gitimant celle des &#8220; pauvres &#8221;. La m&#234;me comparaison pourrait se faire avec certains discours d'opposition au droit de vote des &#233;trangers aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fran&#231;ois Guizot est sans doute celui qui a le mieux th&#233;oris&#233; la logique capacitaire :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220; Tous ont reconnu qu'au-dessus de la volont&#233; de l'individu plane une certaine loi appel&#233;e raison (...). La soci&#233;t&#233; quelque simple qu'elle soit a d'autres affaires que la famille, et des affaires qui exigent une capacit&#233; que les femmes et les mineurs ne poss&#232;dent point...Il est certain que naturellement et en g&#233;n&#233;ral, ni les femmes ni les mineurs ne sont capables de r&#233;gler, selon la raison, de tels int&#233;r&#234;ts. La providence a vou&#233; les uns &#224; l'existence domestique, les autres n'ont pas encore atteint la pl&#233;nitude de leur existence individuelle et de leurs facult&#233;s. De l&#224; d&#233;rive &#233;videmment la premi&#232;re restriction du droit de suffrage, sa l&#233;gitimit&#233; comme sa n&#233;cessit&#233;. La capacit&#233; est donc le principe naturel, la condition n&#233;cessaire du droit. O&#249; manque la capacit&#233; le droit n'est point &#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La notion de capacit&#233; est donc au c&#339;ur du processus d'exclusion politique dans la mesure o&#249; se sont bien entendu les dominants d'une &#233;poque qui fixent la fronti&#232;re entre &#8220; capable &#8221; et &#8220; incapable &#8221;. Les d&#233;placements de fronti&#232;res ont toujours &#233;t&#233; le r&#233;sultat de rapports de forces et ont historiquement permis l'inclusion des &#8220; pauvres &#8221; et des femmes dans le droit de cit&#233;. Le combat pour le droit de vote des &#233;trangers est en d&#233;finitif une nouvelle phase des luttes pour le d&#233;placement des fronti&#232;res de la sph&#232;re politique. Une fois le d&#233;placement de fronti&#232;re obtenu, l'&#233;galit&#233; n'en sera pas pour autant r&#233;alis&#233;e. De multiples m&#233;canismes agissent pour cantonner l'acc&#232;s aux droits &#224; une dimension formelle et un combat de longue haleine subsiste pour faire entrer cette &#233;galit&#233; formelle dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les propos de Benjamin Constant de 1815 &#224; propos de l'incapacit&#233; de la &#8220; classe laborieuse &#8221; reprennent la m&#234;me logique capacitaire :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220; Je ne veux faire aucun tort &#224; la classe laborieuse, cette classe n'a pas moins de patriotisme que les autres classes. Elle est souvent pr&#234;te aux sacrifices les plus h&#233;ro&#239;ques et son d&#233;vouement est d'autant plus admirable qu'il n'est r&#233;compens&#233; ni par la fortune ni par la gloire. Mais autre est, je le pense, le patriotisme qui donne le courage de mourir pour son pays, autre est celui qui rend capable de bien conna&#238;tre ses int&#233;r&#234;ts. Il faut donc une condition de plus que la naissance et l'&#226;ge prescrit par la loi. Cette condition, c'est le loisir indispensable &#224; l'acquisition des lumi&#232;res, &#224; la rectitude du jugement. La propri&#233;t&#233; seule rend les humains capables de l'exercice des droits politiques &#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette vision des &#8220; classes laborieuses &#8221; conna&#238;tra certes des variantes mais sans remettre en cause l'id&#233;e d'une incapacit&#233;. Les divergences porteront sur le caract&#232;re transitoire ou non de cette incapacit&#233; &#224; la politique. Comme pour les esclaves l'opinion selon laquelle l'&#233;ducation permettrait aux &#8220; pauvres &#8221; d'acc&#233;der &#224; la raison est fr&#233;quente tout au long du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle. Eduquer le peuple plut&#244;t que d'assurer l'&#233;galit&#233; &#233;conomique est, on le voit, une vieille fredaine en France. Nous sommes au c&#339;ur de &#8220; l'&#233;litisme r&#233;publicain &#8221; encore tant pr&#233;sent aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'acc&#232;s &#224; la scolarit&#233; est ainsi pr&#233;sent&#233; au cours de la troisi&#232;me r&#233;publique comme la condition n&#233;cessaire et suffisante &#224; l'int&#233;gration dans la communaut&#233; politique. Dans ce raisonnement la t&#226;che essentielle n'est pas d'assurer l'&#233;galit&#233; pour tous mais de remplacer l'&#233;litisme aristocratique par l'&#233;litisme r&#233;publicain. Tous sont consid&#233;r&#233;s comme pouvant adh&#233;rer &#8220; par l'esprit et par le c&#339;ur &#8221; &#224; la communaut&#233; politique par le biais de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour l'immigration, nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, cette &#8220; &#233;ducation-int&#233;gration &#8221; est pos&#233;e comme condition pr&#233;alable &#224; la naturalisation. C'est donc en toute logique que l'on consid&#233;rera qu'un &#233;tranger (s'il l'est encore c'est donc que l'int&#233;gration n'est pas termin&#233;e) ne peut acc&#233;der aux droits politiques et que l'acc&#232;s &#224; la communaut&#233; politique ne sera possible que par naturalisation. Cette logique de pens&#233;e initi&#233;e par la pens&#233;e des lumi&#232;res et la R&#233;volution fran&#231;aise est largement devenue dominante &#224; droite comme &#224; gauche et agit encore aujourd'hui &#224; propos du droit de vote aux &#233;trangers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les penseurs, que nous avons cit&#233;s, ajoutent par ailleurs une autre dimension sp&#233;cifique &#224; l'immigration. Les &#233;trangers n'auraient aucun int&#233;r&#234;t &#224; la bonne marche de la nation et &#224; sa &#8220; prosp&#233;rit&#233; &#8221;. Leur accorder les droits politiques pourrait dans ce contexte &#234;tre dangereux pour l'int&#233;r&#234;t national. Citons de nouveau Benjamin Constant :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220; ceux que l'indigence retient dans une &#233;ternelle d&#233;pendance et qu'elle condamne &#224; des travaux journaliers ne sont ni plus &#233;clair&#233;s que des enfants sur les affaires publiques, ni plus int&#233;ress&#233;s que les &#233;trangers &#224; une prosp&#233;rit&#233; nationale dont ils ne connaissent pas les &#233;l&#233;ments et dont ils ne partagent qu'indirectement les avantages &#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me &#233;duqu&#233;s les &#233;trangers ne peuvent donc pas acc&#233;der aux droits politiques. Il faut en plus, qu'ils fassent la preuve de leur attachement &#224; l'int&#233;r&#234;t national, c'est &#224; dire qu'ils se naturalisent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La conception dominante de la citoyennet&#233; en France s'est construite autour du concept de &#8220; capacit&#233; &#8221;. Les esclaves, les femmes, les &#8220; classes laborieuses &#8221; ont &#233;t&#233; successivement exclus du droit de vote &#224; partir de cette logique capacitaire. L'id&#233;e que cette &#8220; incapacit&#233; &#8221; est transitoire et peut diminuer puis dispara&#238;tre par l'&#233;ducation et la moralisation s'est inscrite au c&#339;ur de &#8220; l'&#233;litisme r&#233;publicain &#8221; qui a profond&#233;ment marqu&#233; tant la droite que la gauche. Ces aspects expliquent pourquoi les arguments avanc&#233;s pour les esclaves, les femmes et les pauvres ressemblent &#224; quelques variantes pr&#232;s, &#224; ceux mis en avant par le pass&#233; pour s'opposer ou pour limiter les droits politiques des &#233;trangers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'importance de la dimension capacitaire explique &#233;galement que malgr&#233; des principes r&#233;volutionnaires la France fut loin d'&#234;tre la premi&#232;re &#224; abolir l'esclavage, &#224; supprimer le r&#233;gime censitaire et &#224; accorder le droit de vote aux femmes. Pour l'immigration la question ne se pose m&#234;me pas dans cette logique de pens&#233;e. Les &#233;trangers doivent d'abord s'int&#233;grer et une fois la preuve de celle-ci fournie, ils pourront devenir fran&#231;ais (et en &#234;tre fiers bien s&#251;r) et ainsi acc&#233;der au droit de vote.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait de l'indispensable &lt;i&gt;J'y suis j'y vote&lt;/i&gt;, publi&#233; il y a maintenant douze ans aux Editions L'Esprit frappeur. Nous le republions avec l'amicale autorisation de l'auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Une citoyennet&#233; au masculin</title>
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		<dc:date>2013-06-07T00:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sa&#239;d Bouamama</dc:creator>



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&lt;p&gt;Extrait de l'indispensable J'y suis j'y vote, publi&#233; il y a maintenant douze ans aux Editions L'Esprit frappeur, le texte qui suit revient, pour la d&#233;mystifier, sur la R&#233;volution fran&#231;aise et sur les mod&#232;les de citoyennet&#233; qu'elle a inaugur&#233;s. Ce faisant, il inscrit utilement le combat toujours en cours pour le droit de vote des &#233;trangers, aux c&#244;t&#233;s des luttes ouvri&#232;res, anti-esclavagistes et f&#233;ministes, dans l'histoire d&#233;j&#224; ancienne d'un m&#234;me enjeu politique : l'instauration d'un suffrage vraiment (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Des-livres-importants-" rel="directory"&gt;Des livres importants&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de l'indispensable &lt;i&gt;J'y suis j'y vote&lt;/i&gt;, publi&#233; il y a maintenant douze ans aux Editions L'Esprit frappeur, le texte qui suit revient, pour la d&#233;mystifier, sur la R&#233;volution fran&#231;aise et sur les mod&#232;les de citoyennet&#233; qu'elle a inaugur&#233;s. Ce faisant, il inscrit utilement le combat toujours en cours pour le droit de vote des &#233;trangers, aux c&#244;t&#233;s des luttes ouvri&#232;res, anti-esclavagistes et f&#233;ministes, dans l'histoire d&#233;j&#224; ancienne d'un m&#234;me enjeu politique : l'instauration d'un suffrage &lt;i&gt;vraiment universel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1957 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:240px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L240xH270/2012-11-05suffragettes-a5af8.jpg' width='240' height='270' alt=&quot;&quot; style='height:270px;width:240px;' /&gt;&lt;/span&gt;Nous avons d&#233;crit &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Une-revolution-inachevee&quot; class='spip_in'&gt;pr&#233;c&#233;demment&lt;/a&gt; les errements et contradictions de la pens&#233;e des lumi&#232;res &#224; propos de l'esclavage. Concernant les droits des femmes, les blocages furent encore plus nets et caricaturaux. Au cours du processus r&#233;volutionnaire des voix s'&#233;lev&#232;rent pour exiger l'abolition de la traite. La &#8220; soci&#233;t&#233; des Amis des Noirs &#8221; fut fond&#233;e en 1788 et dispers&#233;e en 1792. Elle r&#233;clamait certes de mani&#232;re unanime l'abolition de la traite. Elle &#233;tait &#233;galement unanime pour ne pas exiger l'acc&#232;s aux droits politiques pour les Noirs. Sa tendance la plus progressiste se contentait alors d'agir pour l'acc&#232;s aux droits politiques des &#8220; sangs m&#234;l&#233;s &#8221;. Soulignons au passage les fondements biologistes de cette approche. Pour les femmes par contre la &#8220; Soci&#233;t&#233; des Amis des Femmes &#8221; ne parvint m&#234;me pas &#224; poser la question publiquement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pens&#233;e des lumi&#232;res est ici aussi enti&#232;rement impliqu&#233;e dans cette n&#233;gation des droits politiques des femmes fond&#233;e sur une argumentation biologiste. De Rousseau aux encyclop&#233;distes, en passant par Buffon, la liste est longue des prises de positions mettant en avant les &#8220; faiblesses &#8221; du corps f&#233;minin : squelette plus petit, os plus mince, cage thoracique plus &#233;troite, bassin plus large, d&#233;marche vacillante, muscles mous et moins d&#233;velopp&#233;s, tissus &#8220; spongieux &#8221; qui s'enflamment facilement, cerveau r&#233;duit, etc.. L'unanimit&#233; des hommes r&#233;publicains &#233;tait telle qu'il ne fut jamais publiquement d&#233;lib&#233;r&#233; &#224; partir de 1789 de la question des droits politiques des femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut pourtant rendre justice &#224; la pens&#233;e des lumi&#232;res dans le sens o&#249; elle remet en cause l'id&#233;e r&#233;actionnaire selon laquelle la femme ne serait qu'un simple r&#233;ceptacle en ce qui concerne la reproduction. Cependant cette remise en cause &#233;tait imm&#233;diatement limit&#233;e par l'affirmation d'une diff&#233;rence physique l&#233;gitimant une in&#233;galit&#233; politique. Diderot &#224; ce sujet pr&#233;cise que :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;la femme porte au-dedans d'elle-m&#234;me un organe susceptible de spasmes terribles, disposant d'elle et suscitant dans son imagination des fant&#244;mes de toute esp&#232;ce (...). Si j'avais &#233;t&#233; l&#233;gislateur...je vous aurais affranchies, je vous aurais mise au-dessus de la loi ; vous auriez &#233;t&#233; sacr&#233;es, en quelque endroit o&#249; vous vous fussiez pr&#233;sent&#233;es.&lt;/i&gt; &#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-dessus de la loi plut&#244;t que dans la loi, voil&#224; une excellente fa&#231;on d'exclure des droits politiques tout en &#8220; valorisant &#8221; la soi-disant sp&#233;cificit&#233; f&#233;minine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces pr&#233;jug&#233;s des penseurs des lumi&#232;res ne furent pas d&#233;mentis par les actes de la R&#233;volution Fran&#231;aise. Malgr&#233; une participation importante des femmes &#224; la r&#233;volution sous la forme de d&#233;clarations, de marches, de participation aux clubs de la r&#233;volution, de p&#233;titions, etc., le d&#233;bat sur les droits politiques des femmes n'eut pas lieu aux assembl&#233;es et le verdict tomba sans appel possible. Rappelons le Conventionnel Amar &#224; ce propos :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;Les fonctions priv&#233;es auxquelles sont destin&#233;es les femmes par la nature m&#234;me, tiennent &#224; l'ordre g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;. Cet ordre social r&#233;sulte de la diff&#233;rence qu'il y a entre l'homme et la femme. Chaque sexe est appel&#233; &#224; un genre d'occupation qui lui est propre ; son action est circonscrite dans ce cercle qu'il ne peut franchir, car la nature qui pose ses limites &#224; l'homme, commande imp&#233;rieusement et ne re&#231;oit aucune loi &lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de simples d&#233;clarations, les actes suivirent rapidement : la d&#233;claration des droits des femmes et de la citoyenne d'Olympe de Gouges de 1791 resta lettre morte ; le premier projet de Code Civil pr&#233;sent&#233; par Cambac&#233;res ( qui proclamait la pleine capacit&#233; de la jeune mari&#233;e, l'&#233;galit&#233; des &#233;poux ) est ajourn&#233; par la convention en ao&#251;t 1793 ; le droit d'association des femmes est interdit ; etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour &#234;tre objectif, il nous faut reconna&#238;tre que quelques hommes n&#233;anmoins s'exprim&#232;rent sur le droit politique des femmes mais cependant sans oser aller r&#233;ellement &#224; contre-courant dans les moments l&#233;gislatifs d&#233;cisifs. Ce fut le cas de Condorcet qui d&#232;s 1788 s'insurge contre l'exclusion sociale et politique des femmes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt; toute exclusion de ce genre expose &#224; deux injustices, l'une &#224; l'&#233;gard des &#233;lecteurs dont on restreint la libert&#233;, l'autre &#224; l'&#233;gard de ceux qui sont exclus et que l'on prive d'un avantage accord&#233; aux autres &lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un autre texte dat&#233; de 1790, Condorcet prend explicitement position pour &#8220; l'admission des femmes au droit de cit&#233; &#8221;. Cependant m&#234;me dans ce texte le plus offensif de l'homme le plus ouvert sur cette question des restrictions sont apport&#233;es. Pour Condorcet en effet seule la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re ouvre droit &#224; la citoyennet&#233;. Il propose en cons&#233;quence de n'accorder le droit de cit&#233; qu'aux seules femmes propri&#233;taires. Le m&#234;me homme se retrouve en 1793 comme r&#233;dacteur du projet de constitution dite girondine. Ce projet passe sous silence la question des droits politiques des femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici d'un reniement mais d'une conception particuli&#232;re de la citoyennet&#233; qui est d&#233;clin&#233;e en deux grandes cat&#233;gories : la citoyennet&#233; passive et la citoyennet&#233; active. C'est Sieyes qui d&#232;s juillet 1789 a th&#233;oris&#233; ce m&#233;canisme permettant d'inclure dans la soci&#233;t&#233; civile l'ensemble des associ&#233;s tout en excluant de la soci&#233;t&#233; politique une partie d'entre-eux :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;tous les citoyens d'un pays doivent jouir des droits de citoyen passif, tous ont droit &#224; la protection de leur personne, de leur propri&#233;t&#233;, de leur libert&#233;, ...mais tous n'ont pas le droit &#224; prendre une part active dans la formation des pouvoirs publics. Les femmes du moins dans l'&#233;tat actuel, les enfants, les &#233;trangers, ceux encore qui ne contribueraient en rien &#224; soutenir l'&#233;tablissement public, ne doivent point influer activement sur la chose publique &lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme nous le verrons dans une autre partie cette distinction entre des citoyens passifs et actifs sera &#233;galement mise en avant pour d&#233;nier aux ouvriers les droits politiques. Elle intervient encore aujourd'hui concernant l'immigration. Si beaucoup d'hommes politiques de droite comme de gauche acceptent aujourd'hui une &#233;galit&#233; des droits sociaux, ils sont &#233;galement nombreux &#224; consid&#233;rer que les droits politiques, eux, ne peuvent pas &#234;tre &#233;largis aux &#233;trangers. Pour Siey&#232;s comme pour une partie non n&#233;gligeable de la classe politique aujourd'hui, il est possible d'accepter l'id&#233;e d'une universalit&#233; civile et sociale mais pas celle d'une universalit&#233; politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; L'ensemble du XIX&#232;me si&#232;cle est marqu&#233; par des luttes des femmes pour l'obtention du droit de vote. Les arguments avanc&#233;s pour s'opposer &#224; cette revendication sont significatifs. En premier lieu on invoque leur soi-disant incapacit&#233; &#224; s'occuper de la chose publique. Voyons comment r&#233;pondent les militantes de 1914 :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;La femme n'est pas assez intelligente pour comprendre quelque chose &#224; la politique. R&#233;ponse : pour admettre un homme &#224; voter, exige-t-on qu'il soit intelligent ? Pourquoi ne poser cette question que lorsqu'il s'agit de femmes ? &lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui encore cet argument est avanc&#233; pour les &#233;trangers sous une forme &#224; peine modifi&#233;e : ils ne seraient pas pr&#233;par&#233;s aux r&#232;gles d&#233;mocratiques. Certains en concluront &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une p&#233;riode probatoire de pr&#233;paration alors que d'autres consid&#233;reront qu'il s'agit d'une incapacit&#233; insurmontable. Pourquoi ne se demande-t-on pas pour un citoyen fran&#231;ais s'il est pr&#233;par&#233; ou non aux r&#232;gles d&#233;mocratiques ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On invoque &#233;galement le bouleversement des &#233;quilibres politiques qu'entra&#238;nerait l'octroi du droit de vote aux femmes. Les radicaux s'illustreront dans ce d&#233;bat en s'opposant &#224; ce droit au pr&#233;texte que les femmes seraient trop influenc&#233;es par les id&#233;es catholiques. Reprenons une nouvelle fois la r&#233;ponse des militantes de 1914 :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;Chose curieuse : l'objection la plus grave vient des &#8220; esprits avanc&#233;s &#8221;. Ils disent : si la femme votait, il en r&#233;sulterait une r&#233;action terrible. R&#233;ponse : d'abord, il n'est pas prouv&#233; que les femmes aient plut&#244;t telle opinion que telle autre. Ensuite, si elles l'ont, &#231;a ne vous regarde pas. Vous ne pouvez d&#233;cemment leur refuser le droit de vote sous pr&#233;texte qu'elles ne voteraient pas bien, c'est &#224; dire comme vous&lt;/i&gt; &#8221; .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le m&#234;me argument est aujourd'hui avanc&#233; &#224; propos de l'immigration mais dans le sens inverse. L'immigr&#233; est consid&#233;r&#233; comme votant naturellement &#224; gauche. Sur cet aspect &#233;galement les opposants au droit de vote pour les &#233;trangers n'ont pas innov&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Il reste enfin l'argument supr&#234;me : les femmes ne veulent pas du droit de vote. Entendons la aussi la r&#233;ponse :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;Reste une objection qui prime toutes les autres, et qui, en derni&#232;re analyse, est la seule s&#233;rieuse : les Fran&#231;aises ne tiennent pas &#224; voter. Si c'est vrai, il n'y a qu'un moyen de le savoir : c'est de leur demander &lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ici aussi le m&#234;me argument a &#233;t&#233; mis en avant pour le droit de vote des &#233;trangers. La r&#233;ponse apport&#233;e pourrait &#234;tre &#233;galement exactement la m&#234;me. La ligue nationale pour le droit de vote des femmes d&#233;cide d'ailleurs de le leur demander en organisant un r&#233;f&#233;rendum parall&#232;le le jour de l'&#233;lection l&#233;gislative du 26 avril 1914. Le r&#233;sultat est clair : 505 972 femmes mettent dans l'urne le bulletin &#8220; je d&#233;sire voter &#8221; et 114 s'expriment contre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Le comble sera atteint avec le Front Populaire qui fait entrer pour la premi&#232;re fois trois femmes au gouvernement comme sous-secr&#233;taires d'&#233;tat. Des femmes &#224; qui l'on refuse le droit de vote sont ainsi reconnues dans le droit d'exercer la fonction de Ministre. Bien entendu nous n'avons pas de ministres &#233;trangers mais nous pouvons trouver aujourd'hui des contradictions aussi importantes. Ainsi en est-il, pour exemple, des militants &#233;trangers des partis politiques. Un militant de nationalit&#233; &#233;trang&#232;re du parti socialiste par exemple participe &#224; l'&#233;laboration des d&#233;cisions et au choix des candidats de son parti. Par contre son propre parti aujourd'hui au gouvernement lui refuse le droit de vote.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La participation des femmes &#224; la r&#233;sistance rend difficile le maintien de la situation ant&#233;rieure. Les arguments du pass&#233; ne sont plus cr&#233;dibles face &#224; l'ampleur des responsabilit&#233;s prises et devant les missions assum&#233;es. Difficile en effet d'affirmer encore que les femmes ne comprennent rien &#224; la vie politique ou qu'elles sont trop d&#233;pendantes de leur &#233;poux ou de leur cur&#233;. Le g&#233;n&#233;ral de Gaulle a par ailleurs au cours de la guerre fait des promesses explicites :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;Une fois l'ennemi chass&#233; du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous &#233;liront l'Assembl&#233;e Nationale&lt;/i&gt; &#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; ces promesses, les femmes ne sont pourtant pas encore au bout de leurs peines. Les d&#233;bats au sein du Conseil National de la R&#233;sistance mettent en &#233;vidence une multitude de propositions allant dans tous les sens :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;Au sein de ce Conseil, les avis sont d'ailleurs divergents sur la question ; droit de vote accord&#233; aux femmes mais sans &#233;ligibilit&#233;, vote familial, vote et &#233;ligibilit&#233;, vote pond&#233;r&#233; et s&#233;lectif... &lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cacophonie de l'&#233;poque et la multitude de propositions visant &#224; restreindre l'acc&#232;s aux droits politiques devenus incontournables n'ont rien &#224; envier &#224; celle d'aujourd'hui concernant les &#8220; conditions &#8221; d'un futur vote des r&#233;sidents &#233;trangers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre janvier et avril 1944, la question du droit de vote est abord&#233;e &#224; plusieurs reprises &#224; l'Assembl&#233;e Consultative d'Alger. Les d&#233;bats indiquent de nombreuses tentatives de restreindre ce droit. Certains proposent d'&#233;lire d'abord une assembl&#233;e constituante ( au suffrage masculin donc) qui d&#233;ciderait ensuite de l'octroi ou non du droit de vote. Un nouvel argument est alors avanc&#233; : le peuple Fran&#231;ais n'est peut-&#234;tre pas encore pr&#234;t. Rappelons que Fran&#231;ois Mitterand avait justifi&#233; l'abandon de sa promesse d'accorder le droit de vote aux &#233;trangers par le m&#234;me argument. Ecoutons la r&#233;ponse que donne le syndicaliste Robert Prigent qui nous semble encore aujourd'hui pertinente pour les r&#233;sidents &#233;trangers :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220; &lt;i&gt;Il ne faut pas renvoyer cette mesure aux calendes grecques, comme on l'a toujours fait dans les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; cette guerre. Les gens prudents diront qu'on ne peut pas prendre une d&#233;cision aussi grave sans avoir la certitude que le peuple lui donnera son accord. Quand il s'agit de jeter les femmes dans le creuset de la guerre, est-ce que nous attendons ? Sera-t-il dit toujours que l'on exigera de nos compagnes l'&#233;galit&#233; devant l'effort de la peine, devant le sacrifice et le courage, jusque devant la mort sur le champ de bataille, et que nous mettrons des r&#233;ticences au moment d'affirmer cette &#233;galit&#233; ? &lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces propos sont encore aujourd'hui d'une douloureuse actualit&#233; : les immigr&#233;s ont l'ensemble des devoirs sans avoir l'ensemble des droits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Finalement le 21 avril 1944 le G&#233;n&#233;ral De Gaulle signait l'ordonnance pr&#233;cisant dans son article 17 :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt; Les femmes sont &#233;lectrices et &#233;ligibles dans les m&#234;mes conditions que les hommes d&#232;s les premi&#232;res &#233;lections apr&#232;s la lib&#233;ration &lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La France &#8220; patrie des droits de l'homme &#8221; a failli &#234;tre la lanterne rouge concernant cette question. Avant elle, le droit de vote avait &#233;t&#233; accord&#233; dans de nombreux &#233;tats : la Su&#232;de en 1863, la Nouvelle-Z&#233;lande en 1893, l'Australie depuis 1902, la Finlande en 1906, l'URSS en 1917, l'Autriche en 1918, l'Allemagne en 1919 les USA en 1920, l'Angleterre en 1928, le Portugal en 1931,la Turquie en 1933.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://lmsi.net/La-republique-des-proprietaires&quot; class='spip_in'&gt;La suite dans quelques jours&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait de l'indispensable &lt;i&gt;J'y suis j'y vote&lt;/i&gt;, publi&#233; il y a maintenant douze ans aux Editions L'Esprit frappeur. Nous le republions avec l'amicale autorisation de l'auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La fin fantasm&#233;e de la domination masculine</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Tissot</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; La fin de la domination masculine a sonn&#233; ! &#187;. C'est ce qu'annonce la quatri&#232;me de couverture de The End of Men : voici venu le temps des femmes, de Hanna Rosin. Vraiment ? Quelle bonne nouvelle. La lecture du livre n'est pourtant gu&#232;re convaincante&#8230; Le livre a suscit&#233; beaucoup de d&#233;bats dans le monde anglo-am&#233;ricain et re&#231;u des critiques plut&#244;t acerbes de la presse de gauche. Celle-ci a soulign&#233; &#224; quel point le th&#232;me du matriarcat faisait partie de la bo&#238;te &#224; outils des anti-f&#233;ministes : le combat des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Quelques-flagrants-delits-de-" rel="directory"&gt;Impostures esth&#233;tiques et intellectuelles&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La fin de la domination masculine a sonn&#233; ! &#187;. C'est ce qu'annonce la quatri&#232;me de couverture de &lt;i&gt;The End of Men : voici venu le temps des femmes&lt;/i&gt;, de Hanna Rosin. Vraiment ? Quelle bonne nouvelle. La lecture du livre n'est pourtant gu&#232;re convaincante&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_2025 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:300px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L300xH450/TheEndOfMenbis-be8af.jpg' width='300' height='450' alt=&quot;&quot; style='height:450px;width:300px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le livre a suscit&#233; beaucoup de d&#233;bats dans le monde anglo-am&#233;ricain et re&#231;u des critiques plut&#244;t acerbes de la presse de gauche. Celle-ci a soulign&#233; &#224; quel point le th&#232;me du matriarcat faisait partie de la bo&#238;te &#224; outils des anti-f&#233;ministes : le combat des femmes est d&#233;pass&#233; puisque celles-ci d&#233;tiennent en fait le pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette fois-ci il ne s'agit pas de dire qu'elles tirent les ficelles du fond des alc&#244;ves ou des antichambres du pouvoir ; elles tiendraient d&#233;sormais au grand jour les r&#234;nes du monde &#233;conomique comme de la maisonn&#233;e : &#171; dans l'entreprise, les jolies femmes &#233;taient des potiches (&#8230;), ici elles sont les &#233;gales des hommes &#187; (p 30). Mieux, &#171; les femmes en sont venues &#224; supplanter les hommes &#187; (p 9). Ou encore dans les banlieues r&#233;sidentielles, &#171; les femmes d&#233;cident de tout et m&#232;nent les hommes &#224; la baguette &#187; (p 73).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A tel point que &#171; les hommes d'aujourd'hui sont t&#233;tanis&#233;s &#187; (p 13).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont les hommes qui trinquent : on aura reconnu ici une autre topique de la rh&#233;torique r&#233;actionnaire. Mais le propos est diff&#233;rent des lamentations masculinistes du type Iacub-Zemmour auxquelles nous sommes habitu&#233;es en France (trag&#233;die des hommes &#233;mascul&#233;s, libertinage r&#233;prim&#233;, DSK jet&#233; en prison etc. etc.). La particularit&#233; de &lt;i&gt;The End of Men&lt;/i&gt; - qui lui donne son l&#233;ger vernis f&#233;ministe -, c'est que l'auteure se r&#233;jouit de la prise de pouvoir des femmes. On ne d&#233;plore pas la &#171; fin des hommes &#187; ; on la c&#233;l&#232;bre. Et nous pourrions &#224; la limite partager son enthousiasme&#8230; si seulement c'&#233;tait vrai !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car bien-s&#251;r, aucun chiffre, aucune enqu&#234;te n'est en mesure d'&#233;tayer la th&#232;se totalement fantaisiste d'un nouveau &#171; matriarcat &#187;. De fait, on ne trouve dans le livre aucune allusion aux violences sexuelles dont sont victimes les femmes, aux in&#233;galit&#233;s de salaire, au plafond de verre, qui est loin de s'&#233;crouler. L'auteure n'a pas tort quand elle &#233;voque des changements dans les comportements sexuels ou dans le monde du travail. Les femmes ont fait leur entr&#233;e dans des fili&#232;res prestigieuses (comme le droit), mais celles-ci m&#232;nent toujours, comme par magie, &#224; des carri&#232;res fortement diff&#233;renci&#233;es, entre les m&#233;tiers lucratifs (avocats d'affaires) et les &#233;ternelles activit&#233;s du care (juge des affaires familiales).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, les femmes ne sont plus toutes des &lt;i&gt;housewives&lt;/i&gt; n&#233;vrotiques et soumises ; mais c'est au prix d'un surcro&#238;t de pressions puisqu'il faut d&#233;sormais assurer sur tous les fronts. Les hommes quant &#224; eux, s'ils se rallient dans les discours (et notamment au sein des franges les plus &#233;duqu&#233;es) &#224; un mod&#232;le &#233;galitaire, continuent &#224; faire syst&#233;matiquement passer leur carri&#232;re avant la prise en charge des t&#226;ches domestiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est troublant de voir l'auteure, au d&#233;tour d'une phrase, reconna&#238;tre que les hommes ne renoncent pas si facilement &#224; leurs privil&#232;ges. On appr&#233;ciera l'anecdote de Steven, homme au foyer, qui laisse sa femme, brillante avocate, nettoyer le caca dont leur enfant a barbouill&#233; les murs de la maison quand elle rentre le soir (sic, p. 62). Face au caca, le patriarcat semble r&#233;sister.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais cela n'&#233;branle pas Hanna Rosin qui, juste au bout du livre, tient son id&#233;e, et la vend bien. Quoi de plus vendeur en effet que de d&#233;cr&#233;ter aujourd'hui que les rapports de pouvoir sont invers&#233;s et que, par cons&#233;quent, le combat f&#233;ministe n'est plus de mise. Est-ce aujourd'hui le prix que doit payer une femme journaliste pour &#233;crire un best-seller ? Cette &#171; fin de la domination masculine &#187; nous laisse un go&#251;t bien amer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; initialement dans la revue &lt;a href=&quot;http://www.regards.fr/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Regards&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Le nom des gens n'est pas important, leur genre et leur religion si</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dina&#239;g Stall</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a dans Le nom des gens, r&#233;cemment c&#233;saris&#233;, une belle id&#233;e : celle de s'inscrire dans un genre &#224; peu pr&#232;s inexistant en France, la com&#233;die identitaire &#8211; c'est-&#224;-dire le traitement comique, et m&#234;me loufoque, &#233;norme, d&#233;lirant (disons entre Blake Edwards et Ally Mc Beal) de questions identitaires, autrement dit familiales, sociales, raciales et sexuelles . Il y a, &#224; l'int&#233;rieur de ce dispositif, un r&#233;el travail d'&#233;criture et de jolies trouvailles, des choses bien vues et des gags qui font vraiment rire. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Cinema-" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a dans &lt;i&gt;Le nom des gens&lt;/i&gt;, r&#233;cemment c&#233;saris&#233;, une belle id&#233;e : celle de s'inscrire dans un genre &#224; peu pr&#232;s inexistant en France, la &lt;i&gt;com&#233;die identitaire&lt;/i&gt; &#8211; c'est-&#224;-dire le traitement comique, et m&#234;me loufoque, &#233;norme, d&#233;lirant (disons entre &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Un-peu-d-elegance-dans-ce-monde-de&quot; class='spip_out'&gt;Blake Edwards&lt;/a&gt; et &lt;i&gt;Ally Mc Beal&lt;/i&gt;) de questions identitaires, autrement dit familiales, sociales, raciales et sexuelles [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='&#192; ne pas confondre avec le genre, sur-d&#233;velopp&#233; en France, de la com&#233;die (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Il y a, &#224; l'int&#233;rieur de ce dispositif, un r&#233;el travail d'&#233;criture et de jolies trouvailles, des choses bien vues et des gags qui font vraiment rire. Sara Forestier est assur&#233;ment une bonne actrice, et elle m&#233;rite son C&#233;sar &#8211; et pourtant... Pourtant un profond malaise, r&#233;current, vient g&#226;cher la f&#234;te. On &#233;touffe un peu dans cette histoire trop bien nou&#233;e-et-d&#233;nou&#233;e, comme Sara Forestier &#233;touffe un peu dans son personnage de fofolle, somme toute assez limit&#233; par rapport &#224; sa propre folie, et dans une assez d&#233;plaisante &lt;i&gt;&#233;troitesse&lt;/i&gt; politique &#8211; tr&#232;s &#233;loign&#233;e, elle aussi, &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=fA4uManUkjI&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;des opinions, autrement plus radicales, courageuses et sens&#233;es, qu'a pu exprimer publiquement la com&#233;dienne, en particulier sur l'Islam et les femmes voil&#233;es&lt;/a&gt;. C'est ce malaise, ces limites, ce moralisme de gauche qu'explore Dina&#239;g Stall dans le texte qui suit [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Les intertitres ont &#233;t&#233; rajout&#233;s par le Collectif Les mots sont (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1419 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH342/isoloir-01743.jpg' width='500' height='342' alt=&quot;&quot; style='height:342px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que le film &lt;i&gt;Le nom des gens&lt;/i&gt; vient de se voir d&#233;cerner le C&#233;sar du meilleur sc&#233;nario (sign&#233; Michel Leclerc et Baya Kasmi), il n'est peut-&#234;tre pas tout &#224; fait inutile de se pencher sur ce qui s'y dit, et sur les repr&#233;sentations qu'il offre &#224; la fois des rapports de genre et du racisme en France aujourd'hui. En effet, alors que le film met en sc&#232;ne un personnage f&#233;minin issu de l'immigration qui semble s'extraire de bien des clich&#233;s, il ressort h&#233;las assez rapidement qu'il ne fait que d&#233;placer un peu les lignes de partage, sans remettre fondamentalement en cause les rapports d'oppression constitutifs de notre ch&#232;re R&#233;publique Fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait m&#234;me dire que le film est assez &#233;clairant de la fa&#231;on dont s'est d&#233;velopp&#233;e (et dont s'affirme haut et fort) une &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Une-revolution-conservatrice-dans&quot; class='spip_out'&gt;islamophobie&lt;/a&gt; &#171; de gauche &#187;, c'est-&#224;-dire qui &#8211; contrairement &#224; sa compagne &#171; de droite &#187; &#8211; ne sert pas simplement de cache-mis&#232;re &#224; un racisme plus g&#233;n&#233;ralis&#233;, mais rel&#232;ve bel et bien d'une phobie de l'Islam : ce ne sont plus tous les Arabes qui sont en ligne de mire, mais uniquement les musulmans pratiquants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit r&#233;sum&#233; du film&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'abord, il y a Arthur, gentil quadra (quinca ?) socialo fan de Jospin envers et contre tout (ce qui nous vaut un cam&#233;o dudit homme-retir&#233;-de-la-vie-politique &#8211; mais pas m&#233;diatique il faut croire). Arthur s'appelle Martin, et apparemment c'est un nom dur &#224; porter car tout le monde pense qu'il a &#224; voir avec le cuisiniste (le r&#233;alisateur s'appelant Michel Leclerc, cette difficile souffrance semble assez autobiographique, l'histoire ne disant pas s'il est facile de s'appeler Papon).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce patronyme franco-fran&#231;ais cache en r&#233;alit&#233; une histoire bien plus sombre puisque la m&#232;re d'Arthur Martin s'appelait plut&#244;t Cohen avant d'&#234;tre cach&#233;e dans un &#233;tablissement catholique pendant que ses parents &#233;taient d&#233;port&#233;s. Seulement tout cela &#8211; les origines juives, l'Occupation, la d&#233;portation et les chambres &#224; gaz &#8211; on n'en parle jamais chez les Martin, on peut m&#234;me dire qu'on le tait d'une fa&#231;on particuli&#232;rement maladive. C'est sans doute cette lourde histoire familiale qui fait d'Arthur un homme &#224; la fois attachant et sensible mais assez terne et peu apte &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis il y a la (beaucoup plus) jeune et exub&#233;rante Bahia Benmahmoud, n&#233;e de m&#232;re fran&#231;aise et de p&#232;re alg&#233;rien, qui ne &#171; fait pas &#187; reubeu et &#171; passe &#187; donc pour 100% AOC Fran&#231;aise (comme on dit de certains homos qu'ils &#171; passent &#187; pour h&#233;t&#233;ro et &#233;chappent ainsi &#224; la discrimination) [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ou encore, comme on dit de personne trans' qui &#171; passent &#187; pour (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Farouchement &#171; de gauche &#187; (c'est en tous cas ainsi qu'elle se d&#233;finit), elle a pour tactique, pour rendre le monde un peu moins con et un peu moins &lt;i&gt;prejudiced&lt;/i&gt;, de coucher avec l'ennemi, &#224; savoir le gars de droite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apparemment, c'est une technique totalement infaillible pour &#233;branler les convictions du plus ind&#233;crottable militant UMP, m&#234;me si le film n'entre pas dans les d&#233;tails de cette m&#233;tamorphose &#8211; bien qu''il se livre &#224; une constante (et extr&#234;mement conventionnelle) &#233;rotisation du corps de la jeune et mince interpr&#232;te Sara Forestier. Il ne semble pas non plus que Bahia travaille &#224; convertir les femmes, mais cela r&#233;v&#232;le sans doute juste un certain &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Qu-est-ce-que-l-heterosexisme&quot; class='spip_out'&gt;h&#233;t&#233;rosexisme&lt;/a&gt; du film, la question ne se posant tout simplement pas : elle est une femme, elle s&#233;duit donc les hommes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1417 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L410xH426/nom_des_gens-6b6d2.jpg' width='410' height='426' alt=&quot;&quot; style='height:426px;width:410px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis voil&#224;, ces deux-l&#224; se rencontrent, ils se plaisent, ils parlent de politique, de sexe, et de l'int&#233;r&#234;t de celui-ci pour changer celle-l&#224;. Parfois, ils ont m&#234;me de jolies r&#233;pliques &#8211; bienvenues en ces temps de &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Cinq-belles-reponses-a-une-vilaine&quot; class='spip_out'&gt;&#171; d&#233;bat sur l'identit&#233; nationale &#187;&lt;/a&gt; &#8211; sur l'opportunit&#233; de b&#226;tardiser le monde, histoire qu'on en finisse avec les id&#233;aux de puret&#233; quels qu'ils soient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L&#224; o&#249; le b&#226;t blesse, c'est que ladite b&#226;tardisation tend &#224; devenir une nouvelle &lt;i&gt;norme&lt;/i&gt; et que, malgr&#233; des dialogues et situations parfois assez dr&#244;les et une interpr&#233;tation qui fait passer bien des incongruit&#233;s, voire des invraisemblances (Sara Forestier n'a pas vol&#233; son prix d'interpr&#233;tation), le film r&#233;introduit assez rapidement des dichotomies des plus d&#233;plaisantes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; fougue et na&#239;vet&#233; f&#233;minines &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; pond&#233;ration et recul masculins ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; immigr&#233;s ath&#233;es, int&#233;gr&#233;s et progressistes &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; musulmans communautaristes et r&#233;trogrades.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Putain e(s)t la Maman&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Int&#233;ressons-nous d'abord au sexisme larv&#233; : Bahia est une jeune fille qui dispose librement de son corps et l'utilise m&#234;me comme une arme pour faire changer d'opinion ses adversaires politiques. Cet usage d&#233;lib&#233;r&#233; de son corps n'est n&#233;anmoins pas pr&#233;sent&#233; comme normal (m&#234;me si le film ne le rejette pas non plus, on parle bien d'un sexisme &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt;). Il est la cons&#233;quence de sa rencontre, plus petite, avec un professeur de piano p&#233;dophile qui ne lui a pas appris grand-chose question musique. Elle a choisi cette option apr&#232;s avoir entendu une psy parler &#224; la t&#233;l&#233;vision des cons&#233;quences psychologiques de ce genre de traumatisme une fois l'enfant devenu adulte. Ce qu'elle r&#233;sume en une formule assez dr&#244;le :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'avais le choix entre p&#233;dophile et pute, j'ai choisi pute &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce d&#233;but des plus int&#233;ressants, o&#249; l'assignation sociale &#224; un d&#233;terminisme d&#233;primant est transform&#233;e par l'individu-e en un choix revendiqu&#233; et utilis&#233; &#224; des fins politiques, aurait permis bien des d&#233;veloppements sc&#233;naristiques, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du genre de la com&#233;die romantique (certain-e-s r&#233;alisateurs-trices am&#233;ricain-e-s sont d'ailleurs assez fort-e-s dans l'utilisation de ce genre dit &#171; mineur &#187; pour d&#233;velopper des repr&#233;sentations nuanc&#233;es et/ou subversives des rapports de genre).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;H&#233;las l'&#233;volution que le film propose au personnage est en fait un retour &#224; la normalit&#233; la plus conservatrice : un homme m&#251;r, forc&#233;ment plus sage (on n'y pr&#234;te m&#234;me plus attention, tant ce type d'&#233;cart est syst&#233;matique dans le cin&#233;ma fran&#231;ais, mais tout de m&#234;me : Jacques Gamblin a &lt;i&gt;trente ans de plus&lt;/i&gt; que Sara Forestier !) et blanc (ce qui a beaucoup de sens au vu de l'islamophobie du film sur laquelle on reviendra) la ram&#232;ne &#224; plus de rationalit&#233; et de bon sens, la cadre affectivement et la fait revenir &#224; la monogamie et &#224; un usage raisonnable de son corps : l'aboutissement du raisonnable et du v&#233;ritable &#233;panouissement r&#233;sidant &#233;videmment, pour un corps f&#233;minin, dans la conjugalit&#233; et la maternit&#233;. On notera d'ailleurs que ce passage de la Putain &#224; la Maman donne finalement &#224; Sara Forestier la possibilit&#233; de conserver ses v&#234;tements sans qu'un sein ne s'&#233;chappe plus de son d&#233;collet&#233; chaque fois qu'elle tourne la t&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1414 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L347xH194/Supermarche-3f0db.jpg' width='347' height='194' alt=&quot;&quot; style='height:194px;width:347px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plusieurs sc&#232;nes illustrent la n&#233;cessit&#233; de cadrer la fougue juv&#233;nile et quasi-animale de Bahia, les plus embl&#233;matiques &#233;tant sans doute celle o&#249; elle se retrouve nue dans le m&#233;tro, et celle des tourteaux. Dans la premi&#232;re, Bahia passe plusieurs coups de fil successifs tout en vaquant &#224; diverses occupations, et finit par sortir de son appartement nue comme un ver et par prendre le m&#233;tro sans s'en rendre compte. Jusqu'&#224; ce qu'elle s'assoie face &#224; un couple au bord de l'apoplexie&#8230; d'Arabes bien arch&#233;typaux : l'homme est tr&#232;s barbu et la femme tr&#232;s voil&#233;e &#8211; et ce choix sc&#233;naristique tr&#232;s retors. C'est leur regard d&#233;sapprobateur qui lui fait enfin r&#233;aliser son &#233;tourderie &#8211; mais heureusement le toujours valeureux Arthur, qui l'a vue passer de la caisse du supermarch&#233; o&#249; elle l'avait &#233;galement oubli&#233;, arrive &#224; la rescousse et la couvre pudiquement de sa veste afin de lui faire retrouver un semblant de d&#233;cence. Pour ceux qui croyaient que le cerveau des femmes &#233;tait multi-t&#226;ches parce qu'elles peuvent soutenir une conversation en changeant des couches, voil&#224; bien un d&#233;menti cinglant !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la seconde sc&#232;ne, Bahia ach&#232;te au march&#233; des tourteaux vivants qu'elle demande alors &#224; Arthur de rapporter au plus vite en voiture au bord de la mer afin de les remettre &#224; l'eau et qu'ils retrouvent leur libert&#233;. Puis elle s'inqui&#232;te de son choix, r&#233;alisant qu'avec la m&#234;me somme, elle aurait pu acheter et donc sauver bien plus de crevettes. Touchante attention&#8230; si elle avait eu six ans. On peut d'ailleurs noter que la r&#233;alisation dote cette sc&#232;ne d'un faux effet &#171; film de vacances en super 8 &#187; qui renforce l'impression d'une &lt;i&gt;retomb&#233;e en enfance&lt;/i&gt; et ach&#232;ve l'infantilisation du personnage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1413 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH377/le-nom-des-gens_2010_Bahia_Benmahmoud-bb68d.jpg' width='500' height='377' alt=&quot;&quot; style='height:377px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est donc ni la complexit&#233; du raisonnement ni le discernement qui l'&#233;touffent, cette Bahia &#224; qui l'&#233;motion tient lieu de seul guide&#8230; mais n'est-ce pas l&#224; le lot des femmes ? N'est-ce pas en cela qu'elles sont si &#171; compl&#233;mentaires &#187; &#224; la peu sexy mais si n&#233;cessaire logique des hommes ? Si Arthur gagne &#233;videmment un peu de folie et de libert&#233; au contact de Bahia, rompant avec son morne quotidien de fonctionnaire du risque z&#233;ro, ne reste-t-il pas le pilier sur lequel elle peut s'appuyer afin de ne pas tomber dans les exc&#232;s auxquels sa nature la voue ? On voit bien qu'il y a encore du chemin &#224; faire avant d'en arriver &#224; une repr&#233;sentation un tant soit peu &#233;galitaire&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du vin dans son eau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un mot sur l'islamophobie &#224; pr&#233;sent, que l'on ne peut gu&#232;re qualifier ici de larv&#233;e tant elle est tranquillement affich&#233;e, et qui a elle aussi sa sc&#232;ne-clef. Ladite sc&#232;ne se d&#233;roule comme suit : Arthur, la famille de Bahia et des amis proches (dont on ne saura rien sinon qu'au moins une personne se pr&#233;sente imm&#233;diatement comme ath&#233;e) regardent le passage &#224; la TV d'un repr&#233;sentant de leur communaut&#233;, dans une ambiance d&#233;contract&#233;e o&#249; tout le monde boit du vin pour qu'on voie bien que personne parmi ces gens tol&#233;rants et de bon go&#251;t n'a l'id&#233;e saugrenue de bouder nos valeurs viticoles fran&#231;aises ni de pratiquer la religion musulmane.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce repr&#233;sentant est invit&#233; pour donner son avis &#224; la t&#233;l&#233;vision, dans une &#233;mission type &#171; C dans l'air &#187;, et a pour principal contradicteur un jeune homme bien plus charismatique. Le premier s'embrouille dans un discours d'un flou total, tentant en gros de dire qu'il a bien des racines musulmanes mais qu'elles ne suffisent pas &#224; le d&#233;finir. Il semble vouloir lutter contre l'assignation &#224; une communaut&#233; religieuse, ce qui est tout fait l&#233;gitime, mais on ne comprend &#224; vrai dire pas bien ce qu'il est venu dire l&#224; exactement, ni la fa&#231;on dont il analyse cette assignation. D'ailleurs la petite assembl&#233;e face au poste le d&#233;plore &#224; plusieurs reprises, regrettant qu'il s'exprime si mal &#224; l'antenne et se laisse d&#233;contenancer par l'autre invit&#233;. Tout le monde semble savoir ce qu'il pense &#171; en vrai &#187; et partager sa pens&#233;e, mais la situation permet habilement au film d'&#233;luder le fait d'exprimer cette pens&#233;e de fa&#231;on convaincante et structur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les quelques phrases que l'on entend &#233;nonc&#233;es par son contradicteur [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce personnage est une esp&#232;ce de condens&#233; de trois figures m&#233;diatiques (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;] dressent quant &#224; elles un &#233;tat concis et sans concession de la situation de la jeunesse issue de l'immigration en France, prise sans cesse dans un &lt;i&gt;double bind&lt;/i&gt; insoluble : somm&#233;s de &#171; s'int&#233;grer &#187; &#224; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, les enfants et petits-enfants d'immigr&#233;s sont pourtant condamn&#233;s &#224; n'y &#234;tre jamais accept&#233;s &#224; &#233;galit&#233; avec les Blancs et &#224; rester des &#233;trangers de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce discours, peu d&#233;velopp&#233; mais que l'on pourrait &#234;tre tent&#233; de trouver convaincant, est imm&#233;diatement d&#233;nonc&#233; par le film comme le &#171; mauvais objet &#187; par excellence. Bahia balaie l'argument d'un &lt;i&gt;&#171; Communautariste ! &#187;&lt;/i&gt; assen&#233; avec le m&#234;me d&#233;dain qu'un &#171; Communiste ! &#187; dans un salon du 16&#232;me arrondissement parisien. Ce mot &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Etes-vous-communautaristes&quot; class='spip_out'&gt;communautarisme&lt;/a&gt; n'est &#233;videmment pas choisi par hasard, et l'on sait sa force d'intimidation en France, o&#249; il d&#233;signe le danger ultime pour notre salvateur &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Un-universalisme-si-particulier&quot; class='spip_out'&gt;universalisme&lt;/a&gt; r&#233;publicain. Bahia va m&#234;me plus loin, reprochant &#224; l'invit&#233; cens&#233; repr&#233;senter les musulmans pratiquants d'&#234;tre un &#171; facho &#187; et de &#171; faire le jeu de l'extr&#234;me-droite &#187;. Le film nous a habitu&#233;s &#224; un usage large du terme &#171; facho &#187; par le personnage, mais il nous a aussi habitu&#233;s &#224; y voir une part non n&#233;gligeable de v&#233;rit&#233;&#8230; L&#224; encore, le retournement de la responsabilit&#233; de la discrimination contre ceux qui en sont les victimes est un grand classique de la pens&#233;e r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1415 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH360/_a_nom_des_gens-e3d93.jpg' width='500' height='360' alt=&quot;&quot; style='height:360px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par la suite, l'orateur en question va devenir la cible de la jeune femme pour une intensive cure politique &#224; l'horizontale. Il est d'ailleurs dr&#244;le de voir comme le film, qui ne manque pas une occasion de valoriser l'ath&#233;isme, a foi en la capacit&#233; de son h&#233;ro&#239;ne &#224; convertir les hommes &#224; ce nouveau type de cat&#233;chisme ! Sauf que l&#224;, la conversion va passer par une phase diff&#233;rente (ces musulmans seraient-ils particuli&#232;rement coriaces ?), o&#249; Bahia va jouer le jeu de son opposant, celui-ci exigeant forc&#233;ment d'elle qu'elle porte le voile. Et y a-t-il plus efficace, en France, aujourd'hui, pour marquer un personnage du sceau de l'infamie, que d'en faire un de ces odieux religieux forc&#233;ment antis&#233;mites-sexistes-et-homophobes [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce triple reproche &#8211; &#171; Antis&#233;mite ! &#187;, &#171; Sexiste ! &#187;, &#171; Homophobe ! &#187; &#8211; est (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;] qui voilent les femmes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arthur rend donc visite &#224; une Bahia m&#233;tamorphos&#233;e, qui se tient servilement en retrait et sert le th&#233; aux hommes dans le silence. Et peu importe qu'ensuite ils parlent tous deux seuls dans la rue (ce qui tendrait &#224; contredire quelque peu l'id&#233;e de servilit&#233; absolue puisqu'elle est autoris&#233;e &#224; para&#238;tre dans l'espace public en compagnie d'un homme qui n'est pas son conjoint et avec qui elle peut parler librement), l'image de la femme soumise et d&#233;poss&#233;d&#233;e d'elle-m&#234;me a imprim&#233; la r&#233;tine du spectateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un film de gauche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut cependant dire que le film propose aussi quelques sc&#232;nes atypiques qui le rendent moins univoque, comme justement cette sc&#232;ne de conversation entre une Bahia voil&#233;e et un Arthur abasourdi qui lui demande comment elle peut accepter de se soumettre ainsi. Elle lui r&#233;pond alors que depuis qu'elle porte le voile et pour la premi&#232;re fois de sa vie, elle qui a toujours &#233;chapp&#233; aux regards racistes de par sa peau blanche, elle les sent dirig&#233;s contre elle et que cela lui fait du bien de comprendre &#171; du dedans &#187; ce que son p&#232;re vit au quotidien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce court dialogue nomme enfin la discrimination, et refuse de stigmatiser les femmes qui couvrent leurs cheveux comme les responsables de leur propre oppression. Il le fait n&#233;anmoins apr&#232;s que le film a donn&#233; au spectateur blanc bien des gages d'innocuit&#233;, ce qui fait qu'il est tr&#232;s facile de mettre &#224; la place des oppresseurs les vilains pr&#233;dicateurs islamistes communautaristes qui imposent le voile aux femmes et non les blanc-he-s racistes. Et il semble &#233;galement entendu que ce sont ces vilains pr&#233;dicateurs qui repr&#233;sentent les musulmans en France. Pas les Arabes, certes, qui eux peuvent &#234;tre des gens tr&#232;s bien, bon-vivants et amateurs de pinard, parmi lesquels l'homme blanc de gauche peut m&#234;me se faire de v&#233;ritables amis&#8230; Mais les musulmans, eux, sont &#233;rig&#233;s par le film en un groupe homog&#232;ne et structur&#233; derri&#232;re des &lt;i&gt;leaders&lt;/i&gt; dont les pratiques sont incompatibles avec la r&#233;publique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On peut alors se demander si ce n'est pas finalement &#224; une certaine pens&#233;e &#171; de gauche &#187; que l'islamophobie est la plus utile politiquement en ce qu'elle fournit une grille tr&#232;s simple pour s&#233;parer le bon grain de l'ivraie parmi les immigr&#233;s : le bon immigr&#233;, c'est l'ath&#233;e, et le mauvais le musulman (pour la pens&#233;e de droite, c'est plus simple, un bon immigr&#233; est un immigr&#233; expuls&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant &#224; la question de l'oppression &#233;conomique dont peuvent &#234;tre victimes les immigr&#233;s et leurs enfants, il n'en est question que de fa&#231;on tr&#232;s d&#233;tourn&#233;e et sans port&#233;e revendicatrice, avec qui plus est une r&#233;solution dont le paternalisme laisse coi. Le p&#232;re de Bahia, peintre en b&#226;timent de son m&#233;tier et peintre tout court &#224; ses heures, a tellement int&#233;gr&#233; &#171; sa place &#187; dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise qu'il ose &#224; peine passer du temps &#224; peindre ses toiles, convaincu qu'il est qu'un homme comme lui ne peut se livrer &#224; une activit&#233; aussi socialement inutile &#8211; et ne peut vivre qu'en &lt;i&gt;rendant des services&lt;/i&gt; aux autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1418 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L449xH298/a_a_a_nom-3b029.jpg' width='449' height='298' alt=&quot;&quot; style='height:298px;width:449px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela met en rage sa fille qui le consid&#232;re comme un Picasso (ce dont on peut se permettre de douter &#224; la vue des toiles) et qui voudrait qu'il acc&#232;de &#224; la reconnaissance qu'il m&#233;rite, mais &#224; laquelle, en tant qu'ouvrier arabe, il peut difficilement pr&#233;tendre dans le monde de l'art. Elle couche m&#234;me avec un galeriste pour le voir exposer au milieu de toiles c&#233;l&#232;bres, ce qui laisse son p&#232;re de marbre &#8211; mais elle ne parvient pas &#224; comprendre que peut-&#234;tre ce type de reconnaissance n'est pas ce qu'il recherche en peignant. La solution viendra alors &#224; nouveau d'Arthur Martin qui passera commande au p&#232;re de plusieurs dizaines de toiles pour son bureau, commande qu'il pr&#233;sente de fa&#231;on &#224; lui laisser croire qu'il lui rend service et se contente de boucher les trous sur les murs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc l&#224; encore &#224; la gentillesse et l'intelligence d'un homme blanc qu'il faut s'en remettre pour que justice soit faite&#8230; Rien ne sert de revendiquer quoi que ce soit, c'est en restant humblement &#224; sa place et en prouvant sa valeur d'ouvrier m&#233;ritant que l'on acc&#232;de &#224; un petit bout de reconnaissance de la part des dominants. La g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente l'avait bien compris, pourquoi les enfants d'immigr&#233;s ne peuvent-ils pas avoir cette clairvoyance ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait analyser encore bien des aspects du film, notamment la fa&#231;on dont sont pr&#233;sent&#233;es la m&#232;re de Bahia et ses activit&#233;s militantes, r&#233;guli&#232;rement raill&#233;es par l'outrance m&#234;me avec laquelle elle les met en &#339;uvre. Mais l'on peut d&#233;j&#224; voir en quoi le film, qui pourtant affiche clairement sa volont&#233; d'&#234;tre &#171; de gauche &#187; et de d&#233;noncer la politique de Nicolas Sarkozy et de ses gouvernements successifs en mati&#232;re d'immigration, partage en r&#233;alit&#233; bien des pr&#233;suppos&#233;s politiques avec cet adversaire d&#233;clar&#233;. Et si ce constat peut sembler s&#233;v&#232;re, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est insupportable de voir r&#233;it&#233;r&#233;s, dans un film &#171; de gauche &#187;, des discours et repr&#233;sentations r&#233;actionnaires &#224; peine euph&#233;mis&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le nom des gens&lt;/i&gt; montre &#224; quel point, dans la France d'aujourd'hui, l'id&#233;e que la libert&#233; de chacun-e &#224; croire ou ne pas croire en la confession de son choix ne devrait pas &#234;tre &#224; g&#233;om&#233;trie variable selon le culte concern&#233;, cette id&#233;e (pourtant au fondement d'une certaine loi de 1905 sur la s&#233;paration des Eglises et de l'Etat) devient une pens&#233;e radicale, voire extr&#233;miste ou &#8211; pire encore ! &#8211; &#171; communautariste &#187;. Il montre &#233;galement que l'islamophobie et le sexisme, contre lequel on pr&#233;tend lutter en promulguant des lois racistes, peuvent faire fort bon m&#233;nage dans nos repr&#233;sentations du monde, au point de devenir quasiment invisibles : les r&#233;alisateur et sc&#233;nariste, qui se sont inspir&#233;s de leur propre histoire pour &#233;crire le film, seraient sans aucun doute horrifi&#233;s de se voir taxer de l'un ou de l'autre. Ce qui pose bien, une fois de plus, la question de la &#171; &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Limites-et-mA-c-rites-de-la-tolA-c&quot; class='spip_out'&gt;tol&#233;rance&lt;/a&gt; &#187; : &#224; se croire tol&#233;rant, on en occulte que, pour avoir quelque chose &#224; tol&#233;rer, il faut bien avoir construit auparavant son alt&#233;rit&#233; irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &#192; ne pas confondre avec le genre, sur-d&#233;velopp&#233; en France, de la &lt;i&gt;com&#233;die ethnographique&lt;/i&gt;, type &lt;i&gt;Rabbi Jacob&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Black Mic Mac&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Salut Cousin !&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La v&#233;rit&#233; si je mens !&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Ciel, les Oiseaux et Ta M&#232;re !&lt;/i&gt; ou m&#234;me &lt;i&gt;Bienvenue chez les Chtis&lt;/i&gt;, qui aborde les identit&#233;s &lt;i&gt;de l'ext&#233;rieur&lt;/i&gt; (souvent d'ailleurs par l'entremise d'un &lt;i&gt;outsider&lt;/i&gt; : un goy chez les feuj, un gaulois chez les muslims ou un bl&#233;dard chez les int&#233;gr&#233;s, un babtou chez les reunois, un proven&#231;al mut&#233; dans le Nord-Pas de Calais...), sans vraiment les questionner, et cherche plut&#244;t &#224; nous faire rire &lt;i&gt;des &#233;carts identitaires entre les diff&#233;rents personnages&lt;/i&gt;, de trois mani&#232;res : en se moquant de l'alt&#233;rit&#233; de l'autre (cela donne des com&#233;dies racistes), en construisant des quiproquos et autres interactions cocasses li&#233;s auxdits &#233;carts identitaires (cela donne des com&#233;dies raciales mais non racistes), ou enfin en nous faisant rire de l'intol&#233;rance, des pr&#233;jug&#233;s et de toute la bassesse humaine que lesdits &#233;carts et lesdites interactions peuvent r&#233;v&#233;ler en nous (cela donne des com&#233;dies antiracistes) &#8211; les trois registres pouvant naturellement coexister, d'un gag &#224; l'autre et dans des proportions variables, &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me film.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &lt;i&gt;com&#233;die identitaire&lt;/i&gt;, au contraire, aborde le probl&#232;me &lt;i&gt;de l'int&#233;rieur&lt;/i&gt;, en nous faisant rire du &lt;i&gt;rapport &#224; soi&lt;/i&gt; que d&#233;veloppe chaque personnage, de &lt;i&gt;ses propres &#233;carts intimes&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de son &lt;a href=&quot;http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/lexique/h/habitusclive.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;habitus cliv&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ou de ses failles, des volte-faces, des acrobaties et souvent du &lt;i&gt;grand &#233;cart&lt;/i&gt; qu'il est amen&#233; &#224; faire &lt;i&gt;entre lui-m&#234;me et lui-m&#234;me&lt;/i&gt; (ou plus exactement entre des composantes &lt;i&gt;d&#233;pareill&#233;es&lt;/i&gt; de lui-m&#234;me : identit&#233; r&#233;elle et identit&#233; fantasm&#233;e, h&#233;ritage familial et d&#233;sir d'&#234;tre un-e autre, r&#234;ve d'autonomie et injonctions du monde ext&#233;rieur, mobilit&#233; sociale et fid&#233;lit&#233; aux origines, h&#233;ritage paternel et maternel...) &#8211; en nous faisant rire en somme de ses machineries identitaires qui tombent en panne ou qui s'emballent comme les machines folles de Charlot ou Buster Keaton &#233;chappent &#224; leur inventeur. Pour reprendre, en la sp&#233;cifiant, une c&#233;l&#232;bre formule de Bergson, le rire r&#233;sulte alors de cette &#233;quation : &#171; de la m&#233;canique identitaire dans du vivant &#187;. Dans &lt;i&gt;Le nom des gens&lt;/i&gt;, par exemple, les sc&#233;naristes s'&#233;vertuent &#8211; et parviennent quand m&#234;me assez souvent &#8211; &#224; nous faire rire ou sourire de six personnages, incarnant six &lt;i&gt;machines identitaires&lt;/i&gt; qui sont aussi, pour la plupart d'entre eux, des machines de survie :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/squelettes-dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; class=&quot;puce&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; le &lt;i&gt;blindage&lt;/i&gt; d'Arthur Martin, tout entier carapac&#233; dans son identit&#233; professionnelle d'expert &lt;i&gt;es-principe de pr&#233;caution&lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/squelettes-dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; class=&quot;puce&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; le &lt;i&gt;d&#233;ni&lt;/i&gt;, l'amn&#233;sie et le mutisme de sa m&#232;re juive et de son p&#232;re goy ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/squelettes-dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; class=&quot;puce&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; le &lt;i&gt;sacerdoce&lt;/i&gt; politico-sexuel de Bahia, la semi-arabe blanche de peau, abus&#233;e dans sa petite enfance par son prof de piano et devenue une pute militante, qui couche &#224; droite pour servir la gauche ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/squelettes-dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; class=&quot;puce&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; l'&lt;i&gt;hyst&#233;rie&lt;/i&gt; de sa m&#232;re gauchiste, en rupture avec sa classe (bourgeoise) et sa race (blanche) ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/squelettes-dist/puce.gif&quot; width=&quot;8&quot; height=&quot;11&quot; class=&quot;puce&quot; alt=&quot;-&quot; /&gt; l'&lt;i&gt;effacement&lt;/i&gt; hyperbolique de son p&#232;re arabe, son jusqu'au-boutisme dans l'abn&#233;gation et sa discr&#233;tion tous azimuts, aussi bien dans le monde social (c'est le seul ouvrier du film) que dans ses loisirs (il peint mais &lt;i&gt;ne montre pas&lt;/i&gt; ses toiles), dans sa vie familiale et amicale (son bon plaisir s'efface syst&#233;matiquement, m&#233;caniquement, devant autrui &#224; qui il faut &lt;i&gt;rendre service&lt;/i&gt;) et jusque dans son propre corps (tout en lui est doux, il parle doucement, il bouge doucement, il r&#233;siste m&#234;me &lt;i&gt;doucement&lt;/i&gt; aux interpellations de sa fille)... et m&#234;me, de mani&#232;re involontaire, dans le corps de sa fille (son arabit&#233; ne s'est pas inscrite suffisamment sur la face de Bahia pour qu'elle soit identifi&#233;e comme une arabe).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacune de ces six strat&#233;gies identitaires est caricatur&#233;e &#224; l'extr&#234;me, de mani&#232;re &#224; produire des situations &lt;i&gt;absurdes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;burlesques grotesques ou pittoresques&lt;/i&gt;, bref : &#224; rendre chaque personnage comique &lt;i&gt;sans pour autant le m&#233;priser et le ridiculiser&lt;/i&gt; &#8211; sans doute parce que, manifestement, ces six personnages sont directement inspir&#233;s des deux sc&#233;naristes eux-m&#234;mes et de leurs parents respectifs. L&#224; o&#249; en revanche la caricature perd toute bienveillance, toute finesse mais aussi toute fantaisie, toute outrance, toute d&#233;mesure, bref toute dr&#244;lerie, c'est lorsqu'on sort de ce &lt;i&gt;roman familial&lt;/i&gt; et, notamment, lorsque sont abord&#233;s, &#224; travers la figure du pr&#233;dicateur musulman, les constructions identitaires de la jeunesse arabe d'aujourd'hui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Note du Collectif Les mots sont importants)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb2'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Les intertitres ont &#233;t&#233; rajout&#233;s par le Collectif Les mots sont importants&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Ou encore, comme on dit de personne trans' qui &#171; passent &#187; pour bio/cisgenre et &#233;chappent ainsi &#224; une forme de stigmatisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Note du Collectif Les mot sont importants)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb4'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Ce personnage est une esp&#232;ce de condens&#233; de trois figures m&#233;diatiques manifestement honnies des sc&#233;naristes : Farid Abdelkrim, &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/L-Arabe-est-fourbe&quot; class='spip_out'&gt;Tariq Ramadan&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Petite-lecon-de-francais-d-une&quot; class='spip_out'&gt;Houria Bouteldja&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Note du Collectif Les mots sont importants)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb5'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Ce triple reproche &#8211; &lt;i&gt;&#171; Antis&#233;mite ! &#187;, &#171; Sexiste ! &#187;, &#171; Homophobe ! &#187;&lt;/i&gt; &#8211; est express&#233;ment formul&#233; &#224; l'encontre du pr&#233;dicateur, par Bahia, en qui tout le film nous a habitu&#233; &#224; avoir une enti&#232;re confiance, au moins sur ce plan-l&#224; : savoir rep&#233;rer le r&#233;ac ou le facho... Moyennant quoi &lt;i&gt;Le Nom des Gens&lt;/i&gt; nous offre ici, &#224; l'&#233;tat pur, une d&#233;clinaison du &#171; Syndr&#244;me d'Arcady &#187;, dont Faysal Riad (&#224; partir d'une analyse du film &lt;i&gt;L'union Sacr&#233;e&lt;/i&gt;) a donn&#233; la formulation suivante :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le proc&#233;d&#233; est aussi simple que redoutable : le st&#233;r&#233;otype raciste (les musulmans pratiquants sont potentiellement dangereux) est r&#233;activ&#233; en m&#234;lant des caract&#233;ristiques qui ne sont g&#234;nantes que pour des racistes (&#234;tre fier de ses origines, savoir parler l'arabe, refuser de boire de l'alcool) &#224; des caract&#233;ristiques effectivement ignobles (&#234;tre antis&#233;mite, sexiste, assassin)... Cette imagerie exclusive (nulle place dans ce type de film pour un &lt;i&gt;pratiquant gentil mais indocile&lt;/i&gt;, qui refuserait d'&#234;tre maltrait&#233; par ses patrons) contribue &#224; forger une repr&#233;sentation fig&#233;e de l'alt&#233;rit&#233; musulmane : des &lt;i&gt;bons&lt;/i&gt; (forc&#233;ment assimil&#233;s, et qui plus est, forc&#233;ment &lt;i&gt;par le bas&lt;/i&gt;) et des &lt;i&gt;mauvais&lt;/i&gt; musulmans (pratiquants, et de ce fait forc&#233;ment dangereux et sournois). &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cf. Faysal Riad, &lt;a href=&quot;http://lmsi.net/Un-truc-de-malade&quot; class='spip_out'&gt;&#171; Un truc de malade &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(Note du Collectif Les mots sont importants)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De musicien et de r&#244;deur</title>
		<link>http://lmsi.net/De-musicien-et-de-rodeur</link>
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		<dc:date>2013-05-23T14:56:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Tissot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;George Moustaki est mort ce jeudi 23 mai. Auteur de chansons qui comptent parmi les plus belles du r&#233;pertoire fran&#231;ais, il a chant&#233; la libert&#233; en l'incarnant dans la figure de l'homme solitaire, voyageur, apatride et rebelle, refusant les attaches, aussi bien mat&#233;rielles qu'affectives. Cette posture &#224; la fois existentielle, po&#233;tique et politique, on la retrouve dans la chanson &#233;ponyme, mais aussi dans Le m&#233;t&#232;que, Ma solitude, Gaspard ou encore Il est trop tard o&#249; il dit le prix &#224; payer de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Hommages,164-" rel="directory"&gt;Hommages&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;George Moustaki est mort ce jeudi 23 mai. Auteur de chansons qui comptent parmi les plus belles du r&#233;pertoire fran&#231;ais, il a chant&#233; la libert&#233; en l'incarnant dans la figure de l'homme solitaire, voyageur, apatride et rebelle, refusant les attaches, aussi bien mat&#233;rielles qu'affectives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_2019 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:500px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH500/3049467057_1_3_3X8cqgrT-8d892.jpg' width='500' height='500' alt=&quot;&quot; style='height:500px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;Cette posture &#224; la fois existentielle, po&#233;tique et politique, on la retrouve dans la &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=G4TBlPc18SM&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;chanson &#233;ponyme&lt;/a&gt;, mais aussi dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=46OKq8Fs-f0&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Le m&#233;t&#232;que&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=QvFLBs9S8FY&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Ma solitude&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Gaspard&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=slhYI5Z9fmw&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Il est trop tard&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; o&#249; il dit le prix &#224; payer de l'insouciance, du r&#234;ve, du go&#251;t du plaisir et du refus des vies conventionnelles : la solitude et le temps qui passe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La libert&#233; de George Moustaki n'est en effet pas incantation niaise, prise de position gratuite. Elle est &#233;troitement li&#233;e &#224; une vie marqu&#233;e par des origines multiples (juives, grecques, &#233;gyptiennes), l'exp&#233;rience de la migration et l'engagement politique (des sans papiers expuls&#233;s de l'&#233;glise Saint Bernard en 1996 au soutien au candidat du NPA en 2012 pour les plus r&#233;cents).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;George Moustaki n'est certes pas un chanteur politique, m&#234;me s'il a chant&#233; la &#171; r&#233;volution permanente &#187; (&lt;i&gt;Sans la nommer&lt;/i&gt;) ou le combat contre la dictature et l'empire colonial (&lt;i&gt;Portugal&lt;/i&gt;). Il chante avant tout l'amour, en faisant passer le d&#233;sir avant le couple, &#171; sans projets et sans habitudes &#187; (&lt;i&gt;Le temps de vivre&lt;/i&gt;). La femme, &#171; sa douce captive, son &#226;me s&#339;ur, sa source vive &#187; (&lt;i&gt;Le m&#233;t&#232;que&lt;/i&gt;), y reste objet d'une &#171; faim jamais assouvie &#187;, mais sans la misogynie ou le virilisme qui caract&#233;rise tant d'autres chanteurs fran&#231;ais (de Brassens &#224; Brel, sans parler de Ferr&#233;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'heure sinistre o&#249; un gouvernement &#171; socialiste &#187; s'acharne contre les roms, les musulmans, les sans papiers, et plus largement contre les &#171; immigr&#233;s &#187;, rappelons-nous avec &#233;motion, amour, et gratitude, la douceur et la grandeur d'&#226;me de ses hymnes &#224; l'errance, &#224; la libert&#233;, &#224; l'amiti&#233; et &#224; la f&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rappelons nous George Moustaki, sa &#171; gueule de m&#233;t&#232;que, de juif errant, de p&#226;tre grec, de voleur et de vagabond &#187;, ses &#171; mains de maraudeur, de musicien et de r&#244;deur qui ont pill&#233; tant de jardins &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_2020 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH500/0000294577_500-2d857.jpg' width='500' height='500' alt=&quot;&quot; style='height:500px;width:500px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'industrie de la punition</title>
		<link>http://lmsi.net/L-industrie-de-la-punition</link>
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		<dc:date>2013-05-23T00:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Tevanian</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;A l'heure du tout s&#233;curitaire et des &quot;centres ferm&#233;s&quot;, alors que la population carc&#233;rale atteint en France un niveau sans pr&#233;c&#233;dent (elle est pass&#233;e de 47000 en f&#233;vrier 2001 &#224; pr&#232;s de 68000 en mai 2013), le livre de Nils Christie constitue un antidote plus qu'utile, qui permet de poser mieux les probl&#232;mes li&#233;s &#224; &quot;la d&#233;linquance&quot; et &#224; la &quot;criminalit&#233;&quot;, et de mesurer la gravit&#233; de ce qu'on nomme couramment une &quot;d&#233;rive s&#233;curitaire&quot;, et qui est peut-&#234;tre un changement de civilisation. Christie est un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Des-livres-importants-" rel="directory"&gt;Des livres importants&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'heure du tout s&#233;curitaire et des &quot;centres ferm&#233;s&quot;, alors que la population carc&#233;rale atteint en France un niveau sans pr&#233;c&#233;dent (elle est pass&#233;e de 47000 en f&#233;vrier 2001 &#224; pr&#232;s de 68000 en mai 2013), le livre de Nils Christie constitue un antidote plus qu'utile, qui permet de poser mieux les probl&#232;mes li&#233;s &#224; &quot;la d&#233;linquance&quot; et &#224; la &quot;criminalit&#233;&quot;, et de mesurer la gravit&#233; de ce qu'on nomme couramment une &quot;d&#233;rive s&#233;curitaire&quot;, et qui est peut-&#234;tre un changement de civilisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Christie est un criminologue norv&#233;gien, mais son livre prend pour objet l'ensemble des pays dits occidentaux, dans une perspective comparatiste. Son livre constitue, de ce point de vue, un utile compl&#233;ment aux analyses de Lo&#239;c Wacquant sur le lien entre le d&#233;sengagement de l'&#201;tat social et le sur-d&#233;veloppement de l'&#201;tat p&#233;nal. Des analyses qu'il confirme largement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le point de d&#233;part de Christie est ce postulat sociologique : la r&#233;alit&#233; sociale n'est pas un donn&#233; brut, mais une construction. Traduction : la d&#233;linquance et le crime ne sont pas des donn&#233;es objectives invariantes ; leur d&#233;finition varie consid&#233;rablement, suivant les lieux et les &#233;poques, en fonction de ce qu'une soci&#233;t&#233; choisit de criminaliser ou de ne pas criminaliser. Le chiffre de la population carc&#233;rale nous en apprend donc davantage sur la politique p&#233;nale d'un &#201;tat que sur la r&#233;alit&#233; sociale du pays : la population carc&#233;rale &#233;tait par exemple quatre fois plus &#233;lev&#233;e dans la Russie sovi&#233;tique de 1950 que dans la Russie de 1989. Et aujourd'hui, le taux d'incarc&#233;ration est plus de cinq fois plus &#233;lev&#233; aux &#201;tats Unis que dans le pays voisin, le Canada.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, tout autant que ces &#233;carts, ce sont les ressemblances qui donnent &#224; r&#233;fl&#233;chir. Christie souligne en effet qu'un mouvement g&#233;n&#233;ral a &#233;t&#233; amorc&#233;, &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970, dans le sens d'un durcissement et d'un renforcement du traitement p&#233;nal des probl&#232;mes sociaux, au d&#233;triment du traitement social. Ce mouvement s'est traduit, aux Etats-Unis, pays pionnier en la mati&#232;re, par le quintuplement en dix ans de la population carc&#233;rale, et c'est ce m&#234;me mouvement qui s'acc&#233;l&#232;re en France depuis septembre 2001. L'un des apports du livre de Christie est qu'il met bien en &#233;vidence le r&#244;le jou&#233; par des groupes &#233;conomiques dans ce mouvement de p&#233;nalisation toujours plus large et plus dure : il nous d&#233;crit un v&#233;ritable march&#233; de la punition, qui inclut la construction des prisons, leur gestion, mais aussi l'exploitation des prisonniers par des firmes priv&#233;es, dans des conditions qui d&#233;rogent aux r&#232;gles du Droit du travail, et qui se rapprochent du travail non-r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plusieurs autres points m&#233;riteraient d'&#234;tre abord&#233;s plus longuement, notamment les analyses que propose Christie pour comprendre la mutation qui s'est op&#233;r&#233;e aux Etats-Unis, ou encore les rapprochements qu'il &#233;tablit entre l'industrie de la punition et les logiques totalitaires. Il y aurait sans doute l&#224; mati&#232;re &#224; discussion, mais Christie pose un vrai probl&#232;me : si les d&#233;mocraties occidentales ne peuvent &#224; l'&#233;vidence pas &#234;tre assimil&#233;es aux r&#233;gimes nazis et staliniens (eux-m&#234;mes diff&#233;rents l'un de l'autre), on ne peut pas non plus se contenter de les opposer comme s'ils &#233;taient absolument antith&#233;tiques, et c'est &#224; juste titre que Christie nous met en garde sur la direction que prennent ces d&#233;mocraties.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'industrie de la punition. Prison et politique p&#233;nale en Occident&lt;/i&gt; est paru aux &#201;ditions Autrement, collection &quot; Fronti&#232;res &quot;, en 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>De l'interpr&#233;tation et des livres noirs</title>
		<link>http://lmsi.net/De-l-interpretation-et-des-livres</link>
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		<dc:date>2013-05-21T10:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Tevanian</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le texte qui suit est compos&#233; de deux extraits (le chapitre 6 et le chapitre 10) de La haine de la religion, qui vient de para&#238;tre aux &#233;ditions La D&#233;couverte, et qui fera l'objet d'une rencontre-d&#233;bat ce 23 mai &#224; Paris. Une fois admis que le croyant n'est pas n&#233;cessairement un zombie l&#233;gitimiste et servile, une fois rappel&#233; que sa &#171; came &#187; peut aussi bien faire de lui un activiste capable de dire &#171; fuck &#187;, une nouvelle objection ne manque pas de surgir : c'est justement ce dynamisme et cet activisme qui (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Divers-" rel="directory"&gt;Divers&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit est compos&#233; de deux extraits (le chapitre 6 et le chapitre 10) de &lt;i&gt;La haine de la religion&lt;/i&gt;, qui vient de para&#238;tre aux &#233;ditions La D&#233;couverte, et qui fera l'objet d'une rencontre-d&#233;bat ce 23 mai &#224; Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_2004 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:315px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L315xH475/La_haine_de_la_religion-2-9dde7.jpg' width='315' height='475' alt=&quot;&quot; style='height:475px;width:315px;' /&gt;&lt;/span&gt;Une fois admis que le croyant n'est pas n&#233;cessairement un zombie l&#233;gitimiste et servile, une fois rappel&#233; que sa &#171; came &#187; peut aussi bien faire de lui un activiste capable de dire &#171; fuck &#187;, une nouvelle objection ne manque pas de surgir : c'est justement ce dynamisme et cet activisme qui posent probl&#232;me, puisqu'ils transforment le monde, certes, mais dans le sens du pire &#8211; le fondement religieux de cet activisme &#233;tant forc&#233;ment r&#233;actionnaire. Bref : d'une libert&#233; que la religion, loin d'annihiler, viendrait alimenter, le croyant ferait un mauvais usage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question peut se formuler en ces termes : si l'on admet que, finalement, l'opium religieux peut faire du bien au croyant et le rendre hyperactif, ne doit-on pas malgr&#233; cela &#8211; ou mieux : &#224; cause de cela &#8211; s'en m&#233;fier ? Cet opium ne conduit-il pas l'opiomane &#224; empi&#233;ter sur le bonheur d'autrui ? Ne d&#233;truit-il pas le cerveau, ne rend-il pas b&#234;te et m&#233;chant, n'introduit-il pas au c&#339;ur de la pens&#233;e le poison de la r&#233;action, de l'intol&#233;rance, du sexisme ou de l'homophobie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce genre d'interrogations, ou plut&#244;t le besoin d'y apporter une r&#233;ponse aussi sommaire qu'exp&#233;ditive, qui fait le succ&#232;s de tous les &#171; livres noirs &#187; de la religion en g&#233;n&#233;ral ou de l'islam en particulier &#8211; dont la version la plus caricaturale est sans doute l'infect best-seller de Michel Onfray, &lt;i&gt;Trait&#233; d'ath&#233;ologie &lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'interpr&#233;tation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce livre r&#233;v&#232;le en effet plus clairement &#8211; et cruellement &#8211; que tout autre le fond proprement d&#233;lirant des approches essentialistes du &#171; poison religieux &#187; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'islam refuse par essence l'&#233;galit&#233; m&#233;taphysique ontologique, religieuse, donc politique. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; On peut se r&#233;clamer aujourd'hui du Proph&#232;te et boire de l'alcool, manger du porc, r&#233;cuser le voile, refuser la charia, jouer aux courses, aimer le football, adh&#233;rer aux droits de l'homme, vanter les Lumi&#232;res europ&#233;ennes &#8211; comme le pr&#233;tendent ceux qui veulent moderniser la religion musulmane, vivre un islam la&#239;que, moderne, r&#233;publicain, et autres billeves&#233;es intenables. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Outre qu'on ne voit pas en quoi un islam progressiste et &#233;galitaire devrait n&#233;cessairement, comme le sugg&#232;re Onfray, aller de pair avec la consommation de porc et d'alcool, le rejet du voile ou l'all&#233;geance a-critique aux &#171; Lumi&#232;res europ&#233;ennes &#187; (qui furent majoritairement, rappelons-le tout de m&#234;me, esclavagistes et colonialistes ), il est assez remarquable que notre professeur d'ath&#233;isme d&#233;cr&#232;te &#171; intenables &#187; des pratiques dont il reconna&#238;t lui-m&#234;me, dans la m&#234;me phrase, qu'elles font partie de ce qu'&#171; on peut &#187; faire ! On peut, mais c'est intenable : on ne saurait mieux dire que nous avons ici d&#233;sert&#233; la r&#233;alit&#233; terrestre pour le ciel des id&#233;es. &#192; rebours des lois les plus &#233;l&#233;mentaires de la logique et du vocabulaire, la disqualification d'un islam liberticide et in&#233;galitariste &#171; par essence &#187; est &#233;tay&#233;e non pas par un constat empirique sur ce qui est (le constat, en l'occurrence, qu'il serait impossible de trouver un musulman progressiste, d&#233;mocrate ou libertaire), mais par une opinion personnelle de notre &#171; ath&#233;ologue &#187; sur ce qui doit &#234;tre (certains possibles &#233;tant d&#233;cr&#233;t&#233;s intenables).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'on d&#233;m&#234;le les fils du raisonnement tortueux de Michel Onfray, et si l'on s'astreint &#224; un minimum de rigueur dans les termes, ce n'est en r&#233;alit&#233; pas &#171; l'islam par essence &#187; qui doit &#234;tre d&#233;cr&#233;t&#233; r&#233;tif &#224; l'id&#233;e m&#234;me d'&#233;galit&#233;, mais un islam bien particulier : l'islam &#171; l&#233;gitime &#187;, d&#233;fini comme l'islam qu'on &#171; doit &#187; pratiquer pour complaire aux exigences de &#171; coh&#233;rence &#187; du Grand Mufti Michel Onfray &#8211; lisez plut&#244;t :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le Coran ne permet pas la religion &#224; la carte. Rien ne l&#233;gitime qu'on &#233;carte d'un revers de la main toutes les sourates qui g&#234;nent une existence confortable, bourgeoise et int&#233;gr&#233;e dans la post-modernit&#233;. En revanche, rien n'interdit, tout l'autorise m&#234;me, une lecture scrupuleuse &#224; partir de laquelle se justifient toutes les exactions auxquelles invite le texte sacr&#233; : personne n'est oblig&#233; d'&#234;tre musulman, mais quand on se proclame tel, on doit adh&#233;rer &#224; la th&#233;orie, aux enseignements et pratiquer en cons&#233;quence. Il en va du pur et simple principe de coh&#233;rence. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce jeu proprement pervers sur la polys&#233;mie du verbe &#171; permettre &#187;, ce glissement de &#171; ce que le Coran permet &#187;, au sens moral du terme (ce que des textes d&#233;clarent licite, conforme aux prescriptions divines), &#224; &#171; ce que le Coran permet &#187;, au sens mat&#233;riel du terme (ce qui demeure possible), qui conduit notre &#171; ath&#233;ologue &#187; &#224; incriminer &#171; le musulman &#187;, en lieu et place d'une certaine lecture , s&#233;lective et litt&#233;raliste, du Coran :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le musulman n'est pas fraternel : fr&#232;re du coreligionnaire, oui, mais pas des autres, tenus pour rien, quantit&#233;s n&#233;gligeables ou d&#233;testables &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ici Nietzsche, plut&#244;t que Marx, qu'on a envie d'appeler au secours. Car loin des sophismes d'Onfray ou de son ami Robert Redeker (d&#233;cr&#233;tant que &#171; l'islam installe au plus intime de chaque musulman la paralysie de l'intelligence &#187;), l'auteur de &lt;i&gt;L'Ant&#233;christ&lt;/i&gt; a toujours su prendre en compte la diff&#233;rence entre &#171; une id&#233;e &#187; et &#171; les forces qui s'en emparent &#187;, et combiner ses attaques f&#233;roces contre le corpus dogmatique chr&#233;tien avec un minimum de bon sens &#8211; moyennant quoi, par exemple, lorsqu'il d&#233;nonce la morbidit&#233; du c&#233;l&#232;bre &#171; Si ton &#339;il est pour toi une source de tentation, arrache-le ! &#187;, il ajoute avec malice :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Heureusement qu'aucun chr&#233;tien ne suit ce pr&#233;cepte ! &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, Marx nous aide beaucoup, sur ce point aussi, lorsqu'il invite &#224; &#171; redescendre sur terre &#187;, en d'autres termes &#224; se fonder sur une analyse des r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles et des pratiques concr&#232;tes plut&#244;t que sur les id&#233;es que peuvent s'en faire aussi bien les int&#233;ress&#233;s (en l'occurrence les croyants) que les observateurs ext&#233;rieurs (en l'occurrence les ath&#233;es). Car d&#232;s qu'on adopte cette posture &#8211; que Marx nomme mat&#233;rialiste &#8211;, on est oblig&#233; de renoncer aux axiomes trop cat&#233;goriques, aussi bien &#171; la religion rend passif et r&#233;sign&#233; &#187; que &#171; la religion rend conservateur ou r&#233;actionnaire &#187;, et &#224; observer au contraire une pluralit&#233; d'usages sociaux diff&#233;rents, divergents voire antagonistes, de la croyance religieuse, qui s'enracinent dans une id&#233;e plus ou moins &#171; progressiste &#187;, &#171; sociale &#187;, &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de la Justice divine &#8211; et donc dans des conceptions tr&#232;s diverses de &lt;i&gt;ce que Dieu attend de nous&lt;/i&gt;. Pour les uns, Dieu nous demande le respect de l'autorit&#233; en place, pour les autres, il ordonne une vie sans histoires loin des vicissitudes de la politique, pour d'autres encore, il attend de nous l'engagement dans la cit&#233; et la contestation des pouvoirs terrestres &#8211; sur des bases politiques qui peuvent aller, pour le dire vite, de l'extr&#234;me droite &#224; l'extr&#234;me gauche .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les uns se caleront sur les contenus et les interpr&#233;tations les plus &#233;troitement autoritaristes, familialistes, traditionalistes, h&#233;t&#233;rosexistes des textes de r&#233;f&#233;rence, les autres mettront l'accent sur les appels &#224; la tol&#233;rance, &#224; l'amour et &#224; la mis&#233;ricorde que contiennent &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; lesdits textes de r&#233;f&#233;rence, voire sur une dimension &#233;galitaire et libertaire &#8211; en valorisant par exemple, dans le cas de l'islam, le fameux &#171; Pas de contrainte en religion &#187; &#8211; et l'ensemble des versets &#171; &#224; port&#233;e universelle &#187;, posant des &#171; valeurs &#233;thiques intemporelles &#187; comme &#171; la justice, l'&#233;quit&#233; ou le respect de la dignit&#233; humaine &#187; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Zahra Ali, F&#233;minismes islamiques, Editions La Fabrique, 2012' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Bref, au professoral &#171; On peut mais c'est intenable &#187; de Michel Onfray, la r&#233;alit&#233; oppose un cinglant &#171; C'est peut-&#234;tre intenable mais on peut ! &#187; &#8211; et tout cela n'a rien de sp&#233;culatif : c'est ce que font au quotidien et depuis les origines tous les fid&#232;les de toutes les religions, et qui explique qu'il y a des croyants de droite et d'autres de gauche, un usage bourgeois et conservateur de la religion (&#171; Dieu veut qu'on accepte son sort &#187;) et un usage populaire et r&#233;volutionnaire (&#171; Dieu veut qu'on se r&#233;volte &#187;), des usages racistes de la religion (&#171; Dieu b&#233;nit l'esclavage &#187;) comme des usages antiracistes (&#171; L'esclavage viole la loi divine &#187;), des usages sexistes comme des usages antisexistes&#8230; &#171; Dieu nous a voulus &#233;gaux &#187; versus &#171; Dieu nous a voulus in&#233;gaux &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des livres noirs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout cela devrait &#234;tre &#233;vident, mais justement ne l'est pas &#8211; c'est tout le probl&#232;me. Et c'est d'autant plus un probl&#232;me &#224; gauche, et plus encore dans la gauche anticapitaliste de tradition marxiste, qui est en principe la mieux plac&#233;e pour comprendre ce type d'&#233;vidence. D'abord, on l'a vu, parce que l'approche mat&#233;rialiste qui est cens&#233;e pr&#233;valoir dans cette gauche consiste justement &#224; d&#233;porter son regard du ciel &#224; la terre, des id&#233;es au r&#233;el social, des repr&#233;sentations subjectives aux rapports de force objectifs, des textes aux contextes. Ensuite parce que les ressorts id&#233;ologiques qui aboutissent &#224; d&#233;contextualiser et essentialiser &#171; l'islam &#187; ou &#171; la religion &#187;, pour ensuite disqualifier tout individu qui s'en r&#233;clame, sont &#224; peu de chose pr&#232;s les m&#234;mes qui ont servi depuis quelques d&#233;cennies &#8211; disons depuis le triomphe des &#171; Nouveaux Philosophes &#187; pour ce qui concerne la France &#8211; &#224; disqualifier tout ce qui, de pr&#232;s ou de loin, pouvait s'apparenter &#224; une r&#233;f&#233;rence marxiste ou communiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question se pose en somme en ces termes : comment peut-on, quand &#224; juste titre on soutient que les &#171; livres noirs du communisme &#187; ne disent pas tout de ce qu'a &#233;t&#233; et demeure l'engagement communiste, ne pas avoir le m&#234;me raisonnement sur l'islam ou plus g&#233;n&#233;ralement sur la religion ? Comment peut-on, quand on est communiste et qu'on a soi-m&#234;me eu &#224; subir le m&#234;me type d'amalgames et d'anath&#232;mes, prendre pour argent comptant les &#171; livres noirs de l'islam &#187; et les &#171; livres noirs de la religion &#187; qui prosp&#232;rent aujourd'hui et faire comme s'ils nous disaient tout de l'engagement religieux ? Si Jean-Pierre Vernant ou Missak Manouchian, qui ont r&#233;sist&#233; au nazisme au nom de leur id&#233;al communiste, ont voix au chapitre quand il s'agit d'appr&#233;hender &#171; le communisme &#187;, pourquoi les figures de Martin Luther King, Malcolm X ou Desmond Tutu ne viennent-elles pas relativiser les condamnations unilat&#233;rales de &#171; la religion &#187; ? Et si l'on veut reprocher aux &#171; th&#233;ologiens de la lib&#233;ration &#187; une vision trop &#233;troite du combat social, oublieuse ou ambivalente sur l'&#233;galit&#233; entre les sexes et entre les sexualit&#233;s, que dire de la mani&#232;re dont le mouvement communiste a pu lui aussi m&#233;conna&#238;tre, minimiser et souvent m&#234;me bafouer ces dimensions de l'&#233;galit&#233; sociale ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pose la question autrement : si les chasses aux sorci&#232;res sont bel et bien une exp&#233;rience chr&#233;tienne, et si dans certains pays certains tribunaux islamiques peuvent y &#234;tre compar&#233;s, il existe aussi des formes s&#233;cularis&#233;es de ces chasses aux sorci&#232;res, que les communistes sont bien plac&#233;s pour conna&#238;tre puisque ce sont des communistes qui les ont aussi bien subies que pratiqu&#233;es &#8211; je pense bien s&#251;r aux proc&#232;s de Moscou et autres purges staliniennes, aux &#171; tribunaux populaires &#187; et aux &#171; autocritiques &#187; de la Chine mao&#239;ste, mais aussi &#224; l'&#233;pisode du maccarthysme aux &#201;tats Unis. Cette m&#233;moire pourrait et devrait rendre les communistes, et plus largement les progressistes, particuli&#232;rement sensibles, vigilants et r&#233;actifs face aux formes analogues que prennent aujourd'hui, en Europe et aux &#201;tats-Unis, la &#171; guerre au terrorisme islamique &#187; ou le &#171; combat la&#239;c &#187; &#8211; et je pense aussi bien aux lois antivoile de 2004 et 2010 qu'aux lois d'exception visant l'appartenance &#224; &#171; une organisation &#224; vis&#233;e terroriste &#187; ou aux licenciements collectifs des bagagistes de Roissy, en d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne fais ici que rappeler un principe que nous avons tous et toutes entendu d&#232;s le plus jeune &#226;ge, et que nous n'avons eu aucune difficult&#233; &#224; comprendre et adopter &#8211; un principe pourtant que quelques centim&#232;tres de tissu mal plac&#233;s, sur les mauvaises t&#234;tes, font voler en &#233;clats. Ce principe, amis communistes, dit : ne fais pas &#224; autrui ce que tu n'aimerais pas qu'il te fasse &#8211; et je dirais plut&#244;t, en l'occurrence : ce que tu n'as pas aim&#233; quand on te l'a fait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus simplement encore, j'ai souvent entendu, pour justifier des attitudes injustifiables &#224; l'&#233;gard des lyc&#233;ennes, des &#233;tudiantes ou plus largement des femmes musulmanes portant le foulard, des cris du c&#339;ur qui tournaient autour de l'id&#233;e suivante :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Tu comprends, moi, quand je vois un voile, je vois les femmes iraniennes oblig&#233;es de porter le hijab, les Afghanes emmur&#233;es de force dans leur burqa, les Alg&#233;riennes tu&#233;es ou vitriol&#233;es parce qu'elles ne portaient pas le voile, le Code de la famille, les lapidations&#8230; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et en fait non, je ne comprends pas. Je ne comprends pas, d'abord, ce moi qui tr&#244;ne en d&#233;but de phrase et qui devient l'alpha et l'om&#233;ga d'un positionnement politique ou d'un choix &#233;thique qui engage aussi autrui &#8211; et pour &#234;tre plus pr&#233;cis : qui engage aussi, et d'abord, des jeunes femmes qui endurent l'injure, la stigmatisation et l'exclusion scolaire et sociale. Cultive ton moi, ch&#233;ris-le, sois toi-m&#234;me et vois dans leur voile ce que ton moi veut y voir, mais fous-leur la paix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne comprends pas non plus pourquoi ce sont des voiles et seulement des voiles que tu vois, et pas des femmes qui, accessoirement, et parmi un milliard d'autres attributs tout aussi ostensibles, portent un voile. Je ne comprends pas davantage pourquoi la vision dudit voile te t&#233;l&#233;porte en Alg&#233;rie, en Iran ou en Afghanistan &#8211; ni pourquoi ce sont des femmes ici qui doivent au final payer pour les m&#233;faits des hommes l&#224;-bas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce que surtout je ne comprends pas, c'est que cette arrogance du moi, cette n&#233;gation de l'autre, cette focalisation sur le symbole, cet &#233;crasement des distances spatio-temporelles, bref ces amalgames b&#234;tes et m&#233;chants, soient aussi r&#233;pandus dans les rangs d'organisations comme Lutte Ouvri&#232;re, le PCF ou m&#234;me feu la LCR et le tout nouveau NPA, qui d&#233;filent depuis des d&#233;cennies sous des banderoles rouges, des faucilles et des marteaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous ne me voyez pas venir ? Allez demander &#224; un rescap&#233; du g&#233;nocide cambodgien ce que lui &#233;voquent ce rouge, ces faucilles et ces marteaux. Pensez aux millions de d&#233;port&#233;s en Union sovi&#233;tique ou en Chine. &#171; Moi, quand je vois ce rouge, cette faucille, ce marteau, je pense &#224; eux, et je vois le goulag, la Stasi, les ge&#244;les de Ceaucescu , les massacres des Khmers Rouges &#187; : les raisons seraient au moins aussi nombreuses que pour le voile de condamner sans d&#233;lais et sans appel, d'interdire lesdites couleurs et lesdits symboles, et de r&#233;primer sans merci les dangereux salari&#233;s qui d&#233;filent pour sauver leurs retraites, leur salaires ou leurs emplois en arborant sans vergogne &#8211; et l&#226;chons le mot : ostensiblement &#8211; ces symboles inf&#226;mes du totalitarisme et du massacre de masse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; tel point, je le confesse, qu'il m'arrive, quand pour la douze-milli&#232;me fois j'entends dans cette gauche le sempiternel &#171; Pense aux femmes alg&#233;riennes &#187;, quand pour la treize-milli&#232;me fois j'entends le sempiternel &#171; Pense aux femmes iraniennes &#187;, quand pour la trente-milli&#232;me fois j'entends le sempiternel &#171; Pense aux femmes afghanes &#187;, d'appeler Mac Carthy &#224; la rescousse et de m'imaginer une gigantesque chasse aux communistes qui d&#233;ferlerait sur la France de 2013 sur fond de &#171; Pense aux Cambodgiens &#187;. Pour de rire, bien entendu, juste en r&#234;ve. Pour le simple plaisir de faire subir &#8211; et donc sentir &#8211; &#224; mes interlocuteurs antivoile l'injustice qu'en toute bonne conscience ils sont en train de commettre &#8211; et pas seulement en r&#234;ve, pour le coup.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cf. Zahra Ali, &lt;i&gt;F&#233;minismes islamiques&lt;/i&gt;, Editions La Fabrique, 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rencontre-d&#233;bat avec Pierre Tevanian autour du livre &lt;i&gt;La haine de la religion&lt;/i&gt; : jeudi 23 mai &#224; 19h30 &#224; la librairie R&#233;sistances, 4 Villa Compoint 75017 Paris (M&#233;tro Guy M&#244;quet ou Brochant)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La haine de la religion</title>
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		<dc:date>2013-05-21T00:33:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre Tevanian</dc:creator>



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&lt;p&gt;La religion est l'opium du peuple : relisez Marx ! C'est en ces termes qu'au d&#233;but de l'ann&#233;e 2010, le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) fut renvoy&#233; &#224; ses ch&#232;res &#233;tudes par un ch&#339;ur unanime compos&#233;, entre autres, d'Aur&#233;lie Filippetti, Nadine Morano, Laurent Fabius et Michel Onfray. Le motif ? La candidature, jug&#233;e saugrenue, d'une jeune militante du Vaucluse qui avait le mauvais go&#251;t d'&#234;tre musulmane et de porter un foulard. C'est ce sarcastique conseil de lecture que Pierre Tevanian a choisi de prendre au (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Opium-" rel="directory"&gt;Opium&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La religion est l'opium du peuple : relisez Marx ! C'est en ces termes qu'au d&#233;but de l'ann&#233;e 2010, le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) fut renvoy&#233; &#224; ses ch&#232;res &#233;tudes par un ch&#339;ur unanime compos&#233;, entre autres, d'Aur&#233;lie Filippetti, Nadine Morano, Laurent Fabius et Michel Onfray. Le motif ? La candidature, jug&#233;e saugrenue, d'une jeune militante du Vaucluse qui avait le mauvais go&#251;t d'&#234;tre musulmane et de porter un foulard. C'est ce sarcastique conseil de lecture que Pierre Tevanian a choisi de prendre au s&#233;rieux dans son dernier livre &lt;i&gt;La haine de la religion&lt;/i&gt; &#8211; et l'exp&#233;rience se r&#233;v&#232;le fort instructive. On d&#233;couvre en chemin qu'il est fort difficile d'enr&#244;ler post-mortem l'auteur du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; dans la cabale &#233;radicatrice des chasseurs de voile, d'Islam ou de religion &#8211; et pas davantage Engels, L&#233;nine, Trotsky ou Rosa Luxembourg. On d&#233;couvre m&#234;me qu'un des grands apports th&#233;oriques et pratiques du mouvement socialiste d'inspiration marxiste au combat progressiste est d'avoir point&#233; les limites du combat antireligieux issu de la tradition des Lumi&#232;res et de l'avoir rel&#233;gu&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan, en le d&#233;non&#231;ant comme un &#233;cueil, un id&#233;alisme ou une ruse de la bourgeoisie. On d&#233;couvre que Marx et les marxistes ont m&#234;me th&#233;oris&#233; et pratiqu&#233; l'alliance entre &#171; celui qui croit au Ciel et celui qui n'y croit pas &#187;. On r&#233;alise enfin la malicieuse actualit&#233; de leurs analyses : c'est aujourd'hui l'ath&#233;isme et le combat antireligieux, l'irr&#233;ligion en somme, qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &lt;i&gt;l'opium du peuple de gauche.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1993 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:126px;'&gt;&lt;a href=&quot;http://lmsi.net/IMG/jpg/image_lmsi.jpg&quot; type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L388xH465/image_lmsi-a5f4c.jpg' width='388' height='465' alt='JPEG' style='height:465px;width:388px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;C'est l'&#233;tonnement, dit Aristote, qui conduit les hommes &#224; philosopher. C'est en tout cas l'&#233;tonnement qui est &#224; l'origine de ce livre. Un &#233;tonnement m&#234;l&#233; de perplexit&#233;, de stupeur, souvent de col&#232;re. Un &#233;tonnement qui me saisit, depuis maintenant de longues ann&#233;es, face &#224; l'extravagante animosit&#233; &#8211; mais aussi, et c'est plus grave, la violence en actes &#8211; que suscite dans de multiples espaces, &#224; droite mais aussi &#224; gauche, la simple pr&#233;sence d'une adolescente ou d'une femme musulmane portant un foulard. J'ai beaucoup lu ou entendu &#8211; il est difficile &#224; vrai dire d'y &#233;chapper &#8211; les bonnes raisons qui sont invoqu&#233;es pour justifier cette animosit&#233; et cette violence, mais loin de dissiper mon incompr&#233;hension, ces argumentaires n'ont fait que la redoubler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me suis &#233;tonn&#233;, notamment, de la mani&#232;re dont depuis deux d&#233;cennies le f&#233;minisme et la la&#239;cit&#233; ont &#233;t&#233; subitement red&#233;couverts et r&#233;investis, de l'extr&#234;me gauche &#224; l'extr&#234;me droite, pour justifier presque toujours des attitudes &#8211; mais aussi des lois et des politiques publiques &#8211; dont il me para&#238;t assez patent qu'elles ont peu &#224; voir avec l'&#233;mancipation des femmes ou la s&#233;paration des autorit&#233;s religieuses et politiques, et beaucoup avec l'obscurantisme et la chasse aux sorci&#232;res [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pierre Tevanian, D&#233;voilements. Du hijab &#224; la burqa : les dessous d'une (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur tout cela j'ai beaucoup &#233;chang&#233;, cogit&#233;, &#233;crit, mais un autre motif d'&#233;tonnement, de stupeur et de col&#232;re s'est impos&#233; au fil des ann&#233;es, auquel il me para&#238;t aujourd'hui urgent de r&#233;fl&#233;chir : la mani&#232;re dont, &#224; gauche cette fois-ci et non dans l'ensemble du spectre politique, le rejet des femmes voil&#233;es &#8211; et plus largement des musulmans &#8211; s'adosse &#224; un registre argumentatif sp&#233;cifique qui n'est ni celui de la la&#239;cit&#233; en tant que telle, ni celui du f&#233;minisme, mais celui du combat antireligieux. Ce ne sont plus seulement les institutions &#233;tatiques qu'il s'agit de prot&#233;ger, mais les institutions et les espaces politiques propres du &#171; peuple de gauche &#187; : les partis, les syndicats, les associations, les mouvements sociaux &#8211; et m&#234;me leurs espaces symboliques ou id&#233;ologiques : l'altermondialisme, l'antilib&#233;ralisme, l'anticapitalisme, l'anarchisme, le f&#233;minisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce n'est plus seulement la la&#239;cit&#233; qui est revendiqu&#233;e, mais l'ath&#233;isme. Et ce n'est plus la figure tut&#233;laire de Jules Ferry qui est invoqu&#233;e, mais l'autorit&#233; d'une figure plus radicale, marqu&#233;e, &lt;i&gt;situ&#233;e&lt;/i&gt; sur l'&#233;chiquier politique : celle de Marx, dont on r&#233;p&#232;te, jusqu'&#224; la naus&#233;e, la c&#233;l&#232;bre formule sur la religion, &#171; opium du peuple &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette posture antireligieuse n'est pas nouvelle, mais elle a connu &#224; gauche, au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, un regain analogue &#224; celui des postures la&#239;cistes et f&#233;ministes dans l'ensemble du champ politique. Depuis qu'il y a en France des &#171; affaires de voile &#187;, et plus largement une &#171; question musulmane &#187;, j'entends de plus en plus, dans tous les &#171; milieux progressistes &#187; que je traverse, des manifestations unitaires aux meetings du Front de gauche, du NPA ou d'Europe Ecologie, en passant par les espaces libertaires, sans oublier les salles des profs, des discours de rejet de l'Islam et des musulmans, du voile et des femmes qui le portent, dont le principal ressort argumentatif n'est pas la la&#239;cit&#233; ou le f&#233;minisme mais une profession de foi ath&#233;iste et antireligieuse. Et dans tous ces territoires du peuple de gauche revient inlassablement, comme dans un rituel religieux justement, la c&#233;l&#232;bre citation de Marx.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce regain antireligieux n'a certes pas connu la promotion m&#233;diatique ininterrompue ou quasi-ininterrompue qu'ont pu conna&#238;tre les postures n&#233;o-la&#239;cistes et n&#233;o-f&#233;ministes &#8211; pour la simple raison que &lt;i&gt;ce qui se passe &#224; gauche&lt;/i&gt; est moins m&#233;diatis&#233; que les avatars divers du &lt;i&gt;consensus national.&lt;/i&gt; Mais au fil des ann&#233;es, il est plusieurs fois sorti de l'espace invisible des meetings, des r&#233;unions de cellule ou des salles des profs pour se retrouver sous le feu des projecteurs. En 2005 notamment, avec la publication, la surm&#233;diatisation et finalement le succ&#232;s colossal d'un pamphlet ciblant &#171; les trois grands monoth&#233;ismes &#187; : le &lt;i&gt;Trait&#233; d'ath&#233;ologie&lt;/i&gt; de Michel Onfray (l'ouvrage se serait vendu &#224; 300000 exemplaires).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2010 &#233;galement, avec ce qu'il est d&#233;sormais convenu d'appeler &#171; l'affaire Ilham Moussa&#239;d &#187; : pendant plusieurs semaines, au d&#233;but de la campagne des &#233;lections r&#233;gionales, une candidate du NPA &#8211; r&#233;pondant donc au nom d'Ilham Moussa&#239;d &#8211; fut livr&#233;e &#224; la vindicte publique au seul motif qu'elle &#233;tait musulmane et qu'elle couvrait ses cheveux d'un foulard. Cette affaire fut pr&#233;cis&#233;ment l'occasion, pour l'ensemble du monde politique et m&#233;diatique, d'attaquer le parti anticapitaliste sur un point plus sensible que la la&#239;cit&#233; et le f&#233;minisme, en le renvoyant &#224; un principe politique cens&#233; lui &#234;tre plus sp&#233;cifique : son identit&#233; marxiste, mat&#233;rialiste et irr&#233;ligieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous reviendrons, dans ce livre, sur le &#171; cas Moussa&#239;d &#187;, mais ce n'est pas de la personne d'Ilham Moussa&#239;d qu'il sera question &#8211; celle-ci a amplement m&#233;rit&#233;, apr&#232;s la cur&#233;e de 2010, qu'on lui foute un peu la paix &#8211; ni m&#234;me de l'incons&#233;quence du NPA ou de sa complaisance coupable avec l'islamophobie ambiante. Car si la gestion interne de cette affaire et son triste d&#233;nouement (la d&#233;mission d'Ilham Moussa&#239;d [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Quelques mois apr&#232;s &#171; l'affaire &#187;, &#224; la fin de l'ann&#233;e 2010, fut rendu public le (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]) m&#233;ritent assur&#233;ment les critiques les plus s&#233;v&#232;res, on ne doit pas oublier que c'est en l'occurrence toute la gauche qui s'est lev&#233;e comme un seul homme pour rappeler que la militance et la repr&#233;sentation politique &#233;taient des domaines r&#233;serv&#233;s, interdits en tout cas aux femmes voil&#233;es. Et s'il n'y a pas eu d'Affaire Moussa&#239;d &#224; Lutte Ouvri&#232;re, au PCF ou au Front de Gauche, c'est sans doute parce que la chape antireligieuse y est encore plus implacable, au point qu'aucune femme voil&#233;e n'a pu jusqu'&#224; pr&#233;sent y concevoir ne serait-ce que le projet d'une adh&#233;sion et d'une candidature.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je le r&#233;p&#232;te : le rejet visc&#233;ral de la religion, l'allergie revendiqu&#233;e, la d&#233;fiance ou le m&#233;pris affich&#233;s &#224; l'&#233;gard des croyants, mais aussi la mani&#232;re fort cavali&#232;re dont ces attitudes parviennent &#224; se l&#233;gitimer gr&#226;ce &#224; un c&#233;l&#232;bre texte de Marx invoqu&#233; comme une formule magique, tout cela n'est pas marginal mais au contraire central, omnipr&#233;sent, quasi-h&#233;g&#233;monique dans l'ensemble de la gauche fran&#231;aise, de la plus &#171; mod&#233;r&#233;e &#187; &#224; la plus &#171; radicale &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc cette haine de la religion qui m'a int&#233;ress&#233; &#8211; plut&#244;t que la haine d&#233;clar&#233;e des arabes ou des musulmans. Il est vrai que, dans le contexte sociopolitique sp&#233;cifique de la France des ann&#233;es 2010, ces diff&#233;rentes haines sont loin d'&#234;tre toujours discernables &#8211; et une formule est d'ailleurs revenue souvent sous ma plume pour &lt;i&gt;nommer le probl&#232;me&lt;/i&gt; : &#171; Le voile, l'islam ou la religion en g&#233;n&#233;ral &#187;. De fait, je ne peux souvent pas mieux dire car la plupart du temps nous sommes dans l'incertain et l'ind&#233;cidable. Quelle est par exemple la question exacte qu'a pos&#233;e Ilham Moussa&#239;d ? Qu'est-ce qui bloque ? Qu'est-ce qui est si difficile &#224; accepter ? La religion ? Le voile ? L'islam ? Les Arabes ? Les &#171; quartiers &#187; ? La casuistique est ici n&#233;cessaire : il faut voir au cas par cas. Disons pour le moment ceci :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; d'abord qu'il existe effectivement quelques vrais antireligieux qui le sont aussi primairement, b&#234;tement et m&#233;chamment face &#224; des chr&#233;tiens ou face &#224; des juifs que face &#224; des musulmans ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; ensuite que ces antireligieux cons&#233;quents et non racistes ne sont pas si nombreux que &#231;a ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; troisi&#232;mement, que m&#234;me si elles ne sont pas racistes, la plupart des haines antireligieuses n'en demeurent pas moins b&#234;tes et m&#233;chantes ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; quatri&#232;mement, qu'une tradition anticatholique qui s'enracine dans une s&#233;quence historique de lutte contre un Clerg&#233; puissant et &#233;troitement li&#233; &#224; l'appareil d'Etat ne saurait trouver son &#233;quivalent contemporain dans une islamophobie dont les premi&#232;res victimes sont les simples fid&#232;les d'une religion minoritaire ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; cinqui&#232;mement, que m&#234;me lorsque le fondement d'une posture antireligieuse n'est pas raciste, l'irr&#233;ligieux pas davantage qu'un autre ne vit en dehors de la soci&#233;t&#233;, d'un contexte politique o&#249; la religion et l'irr&#233;ligion sont massivement mobilis&#233;s et agenc&#233;s dans une construction rh&#233;torique raciste dont le nom est islamophobie ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; que de ce fait le premier r&#233;flexe de l'authentique irr&#233;ligieux, s'il est aussi antiraciste qu'antireligieux, doit &#234;tre de refuser qu'&lt;i&gt;en son nom&lt;/i&gt; soit justifi&#233; l'injustifiable (et je parle ici de choses tr&#232;s concr&#232;tes : l'injure quotidienne, l'exclusion sociale des femmes voil&#233;es, la discrimination, &#224; l'embauche notamment, fond&#233;e sur l'appartenance r&#233;elle ou suppos&#233;e &#224; l'islam et plus encore sur la visibilit&#233; d'une pratique musulmane) ;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; et enfin que, malheureusement, peu d'antireligieux adoptent cette posture de refus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il en va en somme pour l'irr&#233;ligieux comme pour les la&#239;ques ou les f&#233;ministes : il doit s'&#233;lever contre l'instrumentalisation de &#171; sa chose &#187;. Et ce n'est pas d'un devoir moral que je parle ici mais d'une n&#233;cessit&#233; m&#233;canique : l'amour pour une cause, comme l'amour pour une personne, a pour traduction et pour preuve la plus imm&#233;diate l'attention jalouse qu'on lui porte, ou plut&#244;t le refus visc&#233;ral que n'importe quoi se dise ou se fasse &#224; son sujet [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Leila, dans Ismahane Chouder, Malika Latr&#232;che, Pierre Tevanian, Les (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Je n'accuse donc pas tous les antireligieux d'&#234;tre racistes, si on me lit bien, mais j'interpelle pourtant tous les antireligieux. D'une part sur le plan intellectuel, en opposant &#224; la centralit&#233; qu'ils accordent &#224; la question religieuse une analyse qui vient de Marx et qui me para&#238;t plus pertinente. D'autre part sur le plan politique, en leur reprochant de se contenter au mieux, dans leur &#233;crasante majorit&#233;, de &#171; taper autant sur toutes religions &#187;, bref de &lt;i&gt;ne pas &#234;tre racistes&lt;/i&gt;, en des temps et des lieux o&#249; l'on attendrait d'eux qu'ils soient &lt;i&gt;antiracistes&lt;/i&gt; &#8211; ce qui concr&#232;tement veut dire par exemple : qu'ils ne se contentent pas de se tenir &#224; distance des activistes islamophobes mais qu'ils prennent part aux mobilisations contre l'islamophobie, aux c&#244;t&#233;s des musulmans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai cela dit choisi, dans ce livre, de me concentrer sur la question religieuse, en la prenant au s&#233;rieux, en ne discutant donc pas &#8211; et en ne mettant pas m&#234;me en doute &#8211; les professions de foi antiracistes des irr&#233;ligieux que je critique. J'ai exprim&#233; des doutes &#8211; et m&#234;me davantage que des doutes &#8211; lors des pr&#233;c&#233;dentes affaires de voile [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. Pierre Tevanian, D&#233;voilements. Du hijab &#224; la burqa : les dessous d'une (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;], mais je me contenterai ici d'interroger en lui-m&#234;me le parti-pris antireligieux, l'intol&#233;rance et l'ostracisme qu'il provoque, ses fondements et son co&#251;t politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Cf. Pierre Tevanian, &lt;i&gt;D&#233;voilements. Du hijab &#224; la burqa : les dessous d'une obsession fran&#231;aise,&lt;/i&gt; Libertalia, 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb2'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Quelques mois apr&#232;s &#171; l'affaire &#187;, &#224; la fin de l'ann&#233;e 2010, fut rendu public le d&#233;part d'Ilham Moussa&#239;d et de neuf de ses camarades du Comit&#233; NPA d'Avignon, accompagn&#233; d'une lettre de d&#233;mission &#233;voquant l'&#233;puisant et insupportable climat de suspicion, d'hostilit&#233;, de proc&#232;s d'intention et de cabales diverses qui a pouss&#233; &#171; la voil&#233;e et ses amis &#187; &#224; s'&#233;loigner eux-m&#234;mes d'un parti o&#249; ils n'&#233;taient, pour le moins, pas les bienvenus. Pour un aper&#231;u des d&#233;bats internes du NPA sur la candidature Ilham Moussa&#239;d, avant et apr&#232;s le Congr&#232;s de f&#233;vrier 2011, cf. &lt;a href=&quot;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?mot6425&quot; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?mot6425&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb3'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Cf. Leila, dans Ismahane Chouder, Malika Latr&#232;che, Pierre Tevanian, &lt;i&gt;Les filles voil&#233;es parlent,&lt;/i&gt; &#201;ditions la Fabrique, 2008 :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mais ils ont fini par comprendre que j'en avais marre d'&#234;tre sans arr&#234;t renvoy&#233;e au voile et &#224; l'Islam, parce que, sans m'en rendre compte, je renvoie quelque chose d'agressif quand on me dit n'importe quoi. Mais c'est normal ! Par exemple, je suis passionn&#233;e de Basket, et quand on me dit que Dwayne Wade est un bourrin, je me f&#226;che. Il est athl&#233;tique, nuance ! Bref, je n'aime pas qu'on dise n'importe quoi sur quelque chose qui me tient &#224; c&#339;ur, et je crois que tout le monde est comme &#231;a. Sur mon foulard et sur l'Islam, c'est pareil. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id='nb4'&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Cf. Pierre Tevanian, &lt;i&gt;D&#233;voilements. Du hijab &#224; la burqa : les dessous d'une obsession fran&#231;aise&lt;/i&gt;, &#201;ditions Libertalia, 2012 et Faysal Riad, &#171; Qu'est-ce qu'un musulman ? &#187;, lmsi.net&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est l'introduction de &lt;i&gt;La haine de la religion&lt;/i&gt;, qui vient de para&#238;tre aux Editions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Table des mati&#232;res : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Prologue : Relire Marx, disent-ils&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1. Des le&#231;ons de marxisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2. Du Ciel &#224; la Terre&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3. De la Terre au Ciel&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4. Des bienfaits de l'opium&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5. De la soumission&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6. De l'interpr&#233;tation&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7. Du patriarcat&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8. De l'homophobie&lt;/p&gt; &lt;p&gt;9. Du luth&#233;rogauchisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;10. Des livres noirs&lt;/p&gt; &lt;p&gt;11. De l'inqui&#233;tude&lt;/p&gt; &lt;p&gt;12. De la diversion&lt;/p&gt; &lt;p&gt;13. De l'irr&#233;ligion selon L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt; &lt;p&gt;14. Des minorit&#233;s&lt;/p&gt; &lt;p&gt;15. De la la&#239;cit&#233;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;16. De l'islamobolchevisme&lt;/p&gt; &lt;p&gt;17. Retour vers le pr&#233;sent&lt;/p&gt; &lt;p&gt;18. De la croyance, du choix et de l'h&#233;ritage&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;pilogue : Quand les bl&#233;s sont sous la gr&#234;le&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'&#233;l&#233;phant (socialiste) dans le magasin de porcelaine</title>
		<link>http://lmsi.net/L-elephant-socialiste-dans-le</link>
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		<dc:creator>Val&#233;rie Amiraux et Alana Lentin</dc:creator>



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&lt;p&gt;La semaine derni&#232;re, l'Assembl&#233;e nationale a adopt&#233; une proposition de loi du Front de gauche supprimant le mot &quot;race&quot; de la l&#233;gislation fran&#231;aise : un combat bien d&#233;risoire et bien illusoire alors que le racisme, lui, ne fait pas l'objet de la m&#234;me attention. C'est l'occasion de republier cet article de Val&#233;rie Amiraux et Alana Lentin, &#233;crit avant l'&#233;lection de Fran&#231;ois Hollande. Il n'y a aucun doute : la campagne pour les pr&#233;sidentielles 2012 a fait de la diversit&#233; culturelle, et en particulier de celle (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://lmsi.net/-Racisme-" rel="directory"&gt;Race et racisme&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La semaine derni&#232;re, l'Assembl&#233;e nationale a adopt&#233; une proposition de loi du Front de gauche supprimant le mot &quot;race&quot; de la l&#233;gislation fran&#231;aise : un combat bien d&#233;risoire et bien illusoire alors que le racisme, lui, ne fait pas l'objet de la m&#234;me attention. C'est l'occasion de republier cet article de Val&#233;rie Amiraux et Alana Lentin, &#233;crit avant l'&#233;lection de Fran&#231;ois Hollande.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_2018 spip_documents spip_documents_left' style='float:left; width:318px;'&gt;
&lt;img src='http://lmsi.net/local/cache-vignettes/L318xH465/59653-a07ab.jpg' width='318' height='465' alt=&quot;&quot; style='height:465px;width:318px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y a aucun doute : la campagne pour les pr&#233;sidentielles 2012 a fait de la diversit&#233; culturelle, et en particulier de celle qu'incarnent les musulmans de France, un sujet central des positionnements de tous les protagonistes. Cette aga&#231;ante &#233;vidence a mu&#233; en quelque chose de r&#233;pugnant &#224; mesure que se sont d&#233;ploy&#233;s les tirs crois&#233;s d'une v&#233;ritable guerre culturelle engag&#233;e pour sauver les valeurs de la R&#233;publique et prot&#233;ger les citoyens fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les rires de Claude Gu&#233;ant &#233;coutant Serge L&#233;tchimy &#224; l'Assembl&#233;e nationale, la moue mais l'absence de commentaires de Marine Le Pen confront&#233;e, sur le plateau de Canal Plus, aux images de son p&#232;re &#233;coutant des commentaires sur le nez pro&#233;minent du candidat Sarkozy qui &#171; rappellerait &#187; ses origines&#8230;.tout cela est loin d'&#234;tre insignifiant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce contexte, les r&#233;centes d&#233;clarations autour de la suppression du terme race dans la Constitution, proposition faite par Fran&#231;ois Hollande et critiqu&#233;e par Nicolas Sarkozy, sont plut&#244;t b&#233;n&#233;fiques : en mettant sur le devant de la sc&#232;ne un terme suppos&#233;ment interdit au motif que ses fondements scientifiques n'ont aucune valeur, elles nous permettent de dire les choses en utilisant la bonne terminologie, d'attirer l'attention sur les glissements que permet l'interdiction de parler de race dans un contexte o&#249;, si elle n'a aucun signification biologique et juridique, elle n'en conserve pas moins une pertinence sociale et in fine politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la guerre culturelle est aussi explicitement engag&#233;e dans ces pr&#233;sidentielles 2012, c'est parce qu'insidieusement, &#224; notre corps d&#233;fendant et sans que nous ne puissions le nommer, une racialisation des diff&#233;rences culturelles - notamment religieuses &#8211; s'intensifie en France sur le terreau d'un racisme qui peine d'autant plus &#224; dire son nom qu'il vise ici tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment une population, celle des musulmans, pr&#233;sent&#233;e comme ill&#233;gitime sur le plan de ses attributs culturels. Pourtant, C. Gu&#233;ant nous avait bien assur&#233;, et &lt;i&gt;le Monde&lt;/i&gt; l'avait cru qui titrait en synth&#232;se d'une entrevue avec le susdit le 2 janvier dernier : &#171; &lt;i&gt;L'islam ne doit pas &#234;tre un sujet d'empoignades en 2012 &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; des positions tranch&#233;es, sur un sujet d'importance. D'un c&#244;t&#233;, Fran&#231;ois Hollande, candidat socialiste &#224; la pr&#233;sidence, partisan d'un retrait du mot race de la Constitution. De l'autre, Nicolas Sarkozy, candidat &#224; sa propre succession, qualifiant sur Europe 1 cette proposition de ridicule. Depuis 2004, gauche et droite font pourtant globalement front uni dans la lutte contre l'islamisation potentielle de la France et tranchent dans le vif, en l&#233;gif&#233;rant sur ce qui appert comme le plus consensuellement l&#233;gitime d'exclure et multipliant les d&#233;clarations sur ce qui &#171; d&#233;passe &#187; et contrevient aux r&#232;gles de la vie en R&#233;publique, visiblement (les pri&#232;res de rue) ou non (la viande halal).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On pourrait, par extension, rapatrier dans ce fourre tout les arguments qui, par procuration, ont &#233;t&#233; rattach&#233;s &#224; ce d&#233;bat. La violence des jeunes dans les banlieues, l'islamisation des quartiers, la polygamie, la violence contre les femmes et l'homophobie des musulmans, les bruits et les odeurs. Ah non pardon, &#231;a c'&#233;tait quelqu'un d'autre. Un joyeux murmure, une petite musique doucereuse, confort&#233;e par les propos sur le mur pour emp&#234;cher l'immigration de A. Klarsfeld (celui qui dirige l'Office de l'immigration et de l'int&#233;gration), les civilisations de C. Gu&#233;ant (celui qui fait des blagues sur les Auvergnats), la la&#239;cit&#233; &#171; positive &#187; de Guaino et consorts (celui qui &#233;crivit les discours de Riyad et Rome).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'est-il arriv&#233; &#224; la race en France ? Elle a tout d'abord &#233;t&#233; s&#233;par&#233;e efficacement de la religion, au m&#233;pris d'une donn&#233;e de l'histoire significative, celle de la mission colonisatrice dont on oublie aussi qu'elle fut une mission de s&#233;cularisation, par exemple dans une Alg&#233;rie dont on allait conqu&#233;rir les femmes, qu'il fallait, dit Fanon, aller chercher &#171; derri&#232;re le voile o&#249; elles se dissimulent et dans les maisons o&#249; l'homme les cache. &#187; Le d&#233;nigrement de l'islam (et des musulmans) s'inscrit aussi dans ces traces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'expression du d&#233;go&#251;t n'est pas valid&#233; en termes th&#233;ologiques ou culturels, car ici le principe de neutralit&#233; constitutif du r&#233;gime de la&#239;cit&#233; permet l'&#233;galit&#233; entre les cultes, mais bien incarn&#233; par le rejet de mani&#232;res d'&#234;tre et de faire qui n'ont pas disparu, &#171; malgr&#233; &#187; la puissance de la contrainte coloniale. De fait, les musulmans ont &#233;t&#233; exclusivement associ&#233;s &#224; une s&#233;rie de comportements socialement inacceptables (sexisme, violence conjugale, homophobie, cruaut&#233; envers les animaux) et mena&#231;ant la coh&#233;sion sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes les statistiques du monde ne suffisent pas &#224; inverser la machine. L'institutionnalisation des in&#233;galit&#233;s hommes-femmes sur le march&#233; du travail, le maintien des in&#233;galit&#233;s de salaire et d'avancement de carri&#232;re sont toujours moins importantes que la menace musulmane, celle des burqas, des burkinis, des horaires am&#233;nag&#233;s dans les piscine ou du choix du sexe de son gyn&#233;cologue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Toutes les explications sur la r&#233;elle signification du terme de la&#239;cit&#233;, sur le fonctionnement de ses principes fondateurs et de ses finalit&#233;s ne servent &#224; rien. La sc&#232;ne est bien plant&#233;e et le pr&#233;sident sortant, chantant en canon avec le Front national, y contribue activement. Au point qu'une proposition d'accorder le droit de vote aux &#233;trangers au niveau local mute en une journ&#233;e en d&#233;bat sur la viande halal consomm&#233;e en r&#233;gion parisienne &#224; l'insu des consommateurs. Y compris &#224; l'&#201;lys&#233;e ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce que permet l'irruption du terme de race dans ce contexte ? De faire le lien et d'affirmer la chose suivante : le sens produit par ce magma de d&#233;clarations publiques, en continu depuis 2007 et en acc&#233;l&#233;r&#233; depuis le d&#233;but de la campagne &#233;lectorale, et de d&#233;cisions juridiques qui stigmatisent les musulmans en France ne doit plus &#234;tre euph&#233;mis&#233;. C'est du racisme. Et la diff&#233;rence culturelle, visible ou non, associ&#233;es aux musulmans joue ici comme race.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La man&#339;uvre de prestidigitateur propos&#233;e par Hollande nous place en r&#233;alit&#233; dans une impasse. Il ne s'agit pas pour nous de revenir sur l'enjeu juridique. L'affirmation constitutionnelle feint d'ignorer la race pour mieux exprimer la volont&#233; d'en nier la valeur juridico-politique. Au-del&#224; du constat, triste mais lucide, que la suppression du mot race ne supprimerait pas le racisme, il y a dans l'usage du terme race, comme dans celui du terme de civilisation, toute la prudence &#224; apporter lorsque l'on mobilise un terme dot&#233; simultan&#233;ment d'une signification analytique pour ceux qui observent le social et d&#233;crivent notamment les relations d'in&#233;galit&#233;s et de pouvoir entre les individus dans les soci&#233;t&#233;s, et d'un sens &#233;tablissant une hi&#233;rarchie des valeurs reprise ad nauseam par tout un chacun, &#233;lu ou anonyme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'opposition au terme de race n'est pas une nouveaut&#233;. C'est, on le sait, la r&#233;ponse choisie apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale apr&#232;s la d&#233;couverte des camps de concentration, inscrite dans le droit &#224; diff&#233;rents niveaux dans un contexte, rappelons-le, toujours colonial pour la France et s&#233;gr&#233;gationniste aux Etats-Unis. En d&#233;niant la signification d'une pens&#233;e raciale et refusant d&#233;sormais l'usage du terme race au motif de la condamnation des sciences raciales, les vainqueurs de l'Allemagne nazie pensent alors &#233;radiquer la source principale du nazisme. On conna&#238;t plus particuli&#232;rement en France le r&#244;le jou&#233; par Claude Levi-Straus dans le projet de l'UNESCO des ann&#233;es 50 de substituer ethnicit&#233; ou culture &#224; la notion de race.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce jeu de passe-passe lexical n'a pourtant occult&#233; ni la discrimination ni le racisme : la conviction de la sup&#233;riorit&#233; de certains groupes sur d'autres, qu'on se r&#233;f&#232;re pour le faire &#224; la notion de race, d'ethnicit&#233;, de culture, de religion ou de &#8230;.civilisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car c'est bien le racisme qui continue de donner tout son sens &#224; la race. D&#233;sormais pens&#233; de mani&#232;re totalement dissoci&#233;e de l'id&#233;e de la validit&#233; diff&#233;rentiation biologique entre les groupes humains, il continue d'op&#233;rer en inf&#233;rant que les diff&#233;rences entre les individus sont naturelles et ind&#233;passables, inscrites au patrimoine g&#233;n&#233;tique des cultures et des religions plut&#244;t que des races, mot socialement tabou et politiquement peu correct.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De deux choses l'une : soit F. Hollande se pense magicien et voit la Constitution comme une baguette magique (&#224; deux reprises : en constitutionnalisant le principe de la&#239;cit&#233; et en retirant le terme de race), soit il est na&#239;f (supprimer la race an&#233;antirait le racisme ?), ce que nous ne pouvons croire. La d&#233;claration saura s&#233;duire les ind&#233;cis, ceux qui attendent un geste, un mot plus fort que la litanie naus&#233;abonde des membres et proches du gouvernement. Mais ils ne doivent pas s'y tromper : Hollande ne s'engage pas dans une lutte corps et &#226;me contre le racisme et la discrimination. Il ne renverse pas la machine raciste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au contraire, il se range avec Sarkozy et ses sbires dans le camp de ceux qui, de fa&#231;on cosm&#233;tique et opportuniste, flattent une diversit&#233; relative, s&#233;lective et &#233;lectoralement commode. En faisant cette proposition, Hollande aplanit tout d&#233;sir de r&#233;fl&#233;chir au pr&#233;sent &#224; la contribution de l'exp&#233;rience coloniale &#224; la naturalisation de la racialisation des alt&#233;rit&#233;s culturelles et religieuses. Il s'engage sur la voie du d&#233;ni de leurs effets discriminants v&#233;cus au quotidien par des femmes, des hommes et des enfants qui, si cette proposition devenait r&#233;alit&#233; au lendemain de la victoire socialiste, demanderont avec raison des comptes &#224; un pr&#233;sident incons&#233;quent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Val&#233;rie Amiraux est professeur de sociologie, Universit&#233; de Montr&#233;al&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaire de recherche en &#233;tude du pluralisme religieux (CEETUM)&lt;br class='autobr' /&gt;
Valerieamiraux.com&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alana Lentin est ma&#238;tre de conf&#233;rences, Universit&#233; de Sussex.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alanalentin.net&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce texte est paru initialement en avril 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une version plus courte de cet article a &#233;t&#233; publi&#233;e dans Le Monde. Nous reproduisons la version originale avec l'accord des deux auteures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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