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« Légèrement mystique »

Apologie de Paul McCartney, pour ses quatre-vingts ans

par Pierre Tevanian
18 juin 2022

Paul McCartney, actuellement en tournée, a quatre-vingts ans aujourd’hui, et mille cordes à son arc. Vocales notamment, on l’oublie souvent, parce qu’on pense d’abord à l’immense mélodiste, compositeur de dizaines de standards repris par les plus grands interprètes [1] – quand il ne fait pas don de ses compositions directement – à sa compagne Linda, à son pote Ringo Starr (la plus belle de toute sa carrière : Six o’clock), à Badfinger (l’irrésistible Come and get it), à Mary Hopkin (Goodbye), à Peggy Lee (Let’s love), aux Everly Brothers (Wings of a nightingale), à Johnny Cash (New moon over Jamaica), à Michael Jackson (The girl is mine), à Kanye West et Rihanna (Four Five Seconds) et à quelques autres. Il est aussi un grand bassiste, un grand producteur et arrangeur, un grand auteur de lyrics, un grand showman (l’auteur de ces lignes a eu la chance de le voir à Paris en 2015 et en 2018) et une « personnalité » sympathique, reconnue mondialement et de longue date par le public, pour un peu toutes ces qualités – mais longtemps sous-estimée par la presse musicale et, aujourd’hui encore, prise de haut par certains grands esprits. Pour un anniversaire qu’on souhaite joyeux, les lignes qui suivent se proposent de revenir aux sources d’une œuvre immense, avant de s’attarder sur quelques malentendus touchant l’homme et l’artiste, pour finalement tenter d’extraire quelques éléments de réponse à cette question : non pas « de quoi Paul McCartney est-il le nom ? », mais plutôt « de quoi devons-nous le remercier ? ». Ce qui nous obligera, on va le voir, à balayer – ou a minima retravailler – plusieurs clichés bêtes et méchants qui l’opposent toujours à son premier compagnon d’armes, John Lennon, presque toujours pour minorer son génie propre : Paul qui rit, John qui pleure. John le tourmenté, Paul le simplet. Paul le doux, John le dur. Paul l’artisan, John l’artiste. Paul la pop-star, John le rockeur. Paul le mondain, John le sauvage. Paul le terrien, John le mystique. Paul le pragmatique, John le rêveur. Paul le bourgeois, John le rebelle. Paul le boutiquier, John l’avant-gardiste. Paul Apollon, John Dionysos…

« Ah ! ces Grecs, ils s’entendaient à vivre : pour cela il importe de rester bravement à la surface, de s’en tenir à l’épiderme, d’adorer l’apparence, de croire à la forme, aux sons, aux paroles, à tout l’Olympe de l’apparence ! Ces Grecs étaient superficiels — par profondeur ! » Friedrich Nietzsche [2]

« Je crois qu’il y a quelque chose d’un peu mystique dans tout ça. Pourquoi ces combinaisons de vibrations nous affectent-elles tant ? Je ne peux pas écouter God only knows des Beach Boys sans être bouleversé. Qu’est-ce qui peut bien me toucher là-dedans ? Les paroles ? Les changements d’accords ? Je n’en sais rien, mais j’aime ce côté inexplicable et légèrement mystique. C’est ce qui me plaît dans la musique, et quand on me demande si je n’en ai pas marre de continuer, je réponds non, car j’aime vraiment cette idée. » Paul McCartney [3].

« Well she was just seventeen, you know what I mean, and the way she moved was way beyond compare ». L’homme qui écrit et chante ces mots n’est pas un vieux dégueulasse mais un gamin lui-même âgé d’à peine vingt ans, s’adressant à ses semblables. Cela figure en ouverture de « Please Please Me », le premier album des Beatles, paru le 22 mars 1963 – et c’en est sans doute le sommet. L’inspirateur évident de ce premier chef-d’oeuvre est le grand maître en songwriting de l’époque, un dénommé Chuck Berry, aussi bien pour la musique que pour ces paroles qui vont à l’essentiel, en mêlant inquiétude, jubilation et espièglerie – des moods que le Paulo visitera et revisitera sans cesse pendant les six décennies qui vont suivre. Cela s’appelle, bien entendu, I saw her standing there, c’est signé Lennon-McCartney (comme tout ou presque de ce que vont chanter les Beatles pendant encore huit ans – à l’exception de quelques reprises et de quelques titres signés Harrison ou Starkey), mais paroles, musique et chant sont de Paul tout seul.

C’est un mode de fonctionnement qui durera jusqu’au bout, avec quelques exceptions : on signe à deux mais chacun écrit ses chansons, paroles et musiques, puis les chante, même si l’autre intervient bien sûr, à la marge, avec des suggestions, des « enjolivements » et bien sûr des harmonies vocales.

Quelques mois plus tard sort un second album, intitulé « With the Beatles », où le Paulo signe et chante un second chef-d’oeuvre, ultra-mélodique, lyrique et délicat, avec un fond mélancolique, dans une veine plus Buddy Holly, son autre grande influence pour ce qui est de l’écriture – à laquelle il faut enfin ajouter, pour les moments de furie dionysiaque, l’immortel Little Richard. Avec toujours le même sens de l’entrée en matière imparable : « Close your eyes and I’ll kiss you, tomorrow I’ll miss you ». Cela s’appelle All my loving, et c’est l’un des possibles actes de naissance de ce que l’on nomme la pop. Bob Dylan, quatre décennies plus tard, trouvera les mots pour décrire ce que toutes et tous nous ressentons et apprécions dans cette chanson, et dans toute l’œuvre de Paul McCartney :

« Je suis en admiration devant McCartney. Il est à peu près le seul qui m’impressionne. Il peut tout faire. Et il n’a jamais lâché. Il a le don pour la mélodie, il a le don pour le rythme, il peut jouer de n’importe quel instrument. Il peut crier et hurler aussi bien que n’importe qui, il peut chanter une ballade aussi bien que n’importe qui. Et ses mélodies sont “évidentes”, “faciles” [effortless], c’est ce qui force l’admiration ».

« Tout ce qui sort de sa bouche est tenu, enveloppé, “encadré” dans de la mélodie. » [framed in melody]

L’année suivante le tempo se ralentit sur une troisième merveille, intitulée And I love her, qui deviendra un véritable standard – repris splendidement par Julie London, Bobby Womack et Brad Mehldau, entre autres, sans que jamais toutefois soit égalée l’intensité et la ferveur du chant de Paul, et la splendeur simplissime de la guitare qui l’accompagne – George, sans doute, même si je n’ai pas vérifié. Sur le même album, intitulé « A Hard Day’s Night », Paul signe un autre chef-d’oeuvre, moins connu : Things we said today. Toujours mélancolique, il repose la fameuse question de Carole King, des Shirelles et de nous tou·te·s : m’aimeras-tu encore demain ? Les grandes chansons servent sans doute un peu à cela : répondre aux questions sans réponse.

Avec « Help ! » et surtout « Rubber Soul » qui sortent l’année suivante, en 1965, Paul commence à s’imposer, presque à égalité avec John Lennon, qui jusque-là composait nettement plus de titres. John chante alors Help ! et Paul Yesterday : l’un hurle et appelle à l’aide, l’autre murmure sur fond de guitare acoustique et de quatuor à cordes (un extraordinaire arrangement de George Martin), mais les deux bouleversent autant, et surtout expriment exactement la même chose (et la même chose aussi que Charles Aznavour un an plus tôt) : ils n’y arrivent plus. Quelque chose s’est cassé. La joie, la force, l’insouciance, l’indépendance qu’ils avaient hier encore, ils ne l’ont plus. John demande « aidez-moi à poser mes pieds par terre » (« help me get my feet back on the ground »), Paul confie qu’il n’est même plus « la moitié » de l’homme qu’il était (« I’m not half the man I used to be »), et c’est poignant. Il n’a alors que vingt-deux ans et ne comprend pas bien d’où lui vient cette inspiration mélancolique, et qui est cette femme qui « a dû partir » sans qu’il sache « pourquoi », parce qu’« elle ne l’a pas dit ». Il mettra des années à admettre que ce départ qui divise en deux l’histoire, et dans le même temps son être et sa puissance, est sûrement celui de sa mère, foudroyée en quelques semaines par un cancer alors qu’il n’avait que quatorze ans.

Sur le même album se trouvent deux autres joyaux, moins connus. D’abord le teigneux The night before, son Hard day’s night à lui, avec ses géniales harmonies vocales inspirées des géniaux Everly Brothers – leur dernière grosse influence, sur ces premières années, avec la guitare d’Hank Marvin des Shadows. Ensuite une extraordinaire miniature ultra-mélodique comme Paul en a le secret : I’ve just seen a face. L’épiphanie amoureuse en deux minutes – une ballade sentimentale jouée en accéléré. Les Ramones avant l’heure, en somme – qui choisiront d’ailleurs leur nom en hommage à Paul McCartney (lequel avait pris pour habitude de signer « Paul Ramon » dans les hôtels, pour passer incognito). Joey Ramone ne cachera jamais son amour éperdu des Beatles, et si l’on écoute bien sa musique, il fut l’un des plus évidents héritiers de Paul McCartney, là où par exemple Kurt Cobain fut héritier de Lennon.

Michelle, paru sur « Rubber Soul » quelques mois plus tard, fait partie de ces chansons qu’on ne présente plus, et qu’on n’écoute plus non plus d’ailleurs, ou plus beaucoup, parce qu’on croit en avoir fait le tour ou parce que, c’est bien connu (et ce n’est pas tout à fait faux), « les Beatles en ont fait tellement de meilleures ». Mais on a bien tort. Je ne regrette pas pour ma part d’avoir si longtemps pris l’habitude de ne plus l’écouter, puisque cela m’aura permis de la redécouvrir, et de ne plus la lâcher. Comme beaucoup de choses dans l’oeuvre de Paul McCartney, c’est faussement « léger », « superficiel », disons que ça ne paye pas de mine, et c’est par là que c’est ésotérique ! Car pour qui prend la peine d’écouter…

Paul signe aussi sur « Rubber Soul » l’ensorcelante trilogie You won’t see me – I’m looking through you – Wait, et l’extraordinaire Drive my car : du rock, du bon, du classique, presque un exercice de style, mais incroyablement malin – ce piano ! ces guitares ! cette citation espiègle de Satisfaction (sorti quelques semaines plus tôt) – et surtout incroyablement efficace, jouissif, sexy. Une histoire de voiture tout à fait métaphorique et érotique, où – détail intéressant – c’est la femme qui tient le volant, l’homme se contentant de s’intéresser vraiment à elle (« I asked a girl what she wanted to be ») puis de se soumettre à ses désirs (« I told that girl I could start right away »). Le fin mot de l’histoire est bien entendu qu’il n’y a pas de bagnole mais seulement du désir : « I got no car and it’s breaking my heart, but I’ve found a driver and that’s a start » – et à cette conclusion malicieuse à la Chuck Berry vient se surajouter une coda à la Little Richard – le fameux « Bip bip, bip bip, yeah ! », en falsetto, qui dit, bien mieux qu’un long discours, de quoi il retourne.

Plus tard il y aura l’incroyable urgence de We can work it out, sa mélodie parfaite, ses ruptures de ton et de rythme, ses chœurs plaintifs, son harmonium sublime, et le bref mais inoubliable passage écrit et chanté par John : « Life is very short and there’s no time for fussing and fighting, my friend » – dont le John aurait pu se souvenir, cinq ans plus tard, au moment de la séparation des Beatles. Puis viendra « Revolver », en 1966, où Paul chante Eleanor Rigby, bouleversante élégie pour les coeurs solitaires – un leitmotiv, une obsession, un beau souci qu’on retrouvera dans Sgt Pepper’s lonely heart’s club band, She’s leaving home, The fool on the hill et bien d’autres œuvres de McCartney : « All the lonely people, where do They all belong ? » [4]. De cet album se détache enfin une œuvre assez unique, ou disons une sorte de suite de Yesterday au clavecin : For no one, une miniature de deux minutes, toute en retenue, et pourtant infiniment mélancolique, et son envers lumineux, sur l’autre face : Here, there and everywhere, une des chansons préférées de Paul lui-même, de John aussi – et de quelques autres, dont je suis. Là encore se forme un « genre », une matrice qui donnera des dizaines de merveilles – appelons cela la ballade d’amour.

Il serait trop long de continuer, d’année en année, jusqu’au fantastique Deep down de 2020 et ce quatre-vingtième anniversaire sur scène, aujourd’hui, car les chefs-d’œuvre sont trop nombreux. Disons seulement que l’année qui suit, 1967, est celle où, pour la première fois, Paul prend sinon le pouvoir, du moins l’ascendant sur le reste du groupe, ce qui sera pour beaucoup dans le long désamour qu’il va affronter dans la presse et une partie du public. John, pour toute une série de raisons plus ou moins pénibles, est en pause, moins motivé, moins productif – on dirait aujourd’hui : en burn out. Brian Epstein, le manager, se suicide. Paul, boulimique, ne pense qu’à la musique et se retrouve donc de facto, à vingt-cinq ans à peine, aux commandes d’une bande désorganisée et déboussolée. Cela lui sera durement et bêtement reproché – mais qu’aurait-il dû faire ? On peut toujours déplorer le « manque de John » sur « Sgt Pepper » puis « Magical Mystery tour », mais il s’absente tout seul, sans que personne ne le pousse dehors, et par ailleurs tout ce que Paul met dans ces disques est tout simplement fantastique – aurait-il dû le garder pour lui ? Il y a notamment cette formidable ouverture fusionnant rock, soul et fanfare, intitulée Sgt Pepper’s lonely heart club band, puis She’s leaving home, nouvelle merveille mélancolique, sur fond de harpe cette fois-ci, puis le faussement léger et vraiment profond When I’m sixty four, puis Lovely Rita, puis une courte mais indispensable contribution, au milieu du chef d’œuvre de Lennon, A day in the life. Si « Sgt Pepper » est unanimement salué, dès sa sortie en juin 67, et pendant les cinq décennies qui suivent, comme l’événement qu’il est, il n’en va pas de même de « Magical mystery tour », son clône enregistré à la fin de la même année, dans la précipitation, pour conjurer le traumatisme de la mort d’Epstein – il est pourtant, pour moi, aussi fort que le précédent.

Tout est splendide en effet dans « Magical mystery tour », notamment la part de Paul, à commencer par la chanson-titre tourbillonnante, sorte de Sgt Pepper’s lonely heart’s club band au carré, en accéléré, avec ses mille directions mélodiques et harmoniques, ses ruptures de rythme, ses cuivres explosifs, la batterie géniale de Ringo, la coda presque free-jazz – j’oubliais de le préciser : depuis 1966 les cuivres ont fait leur grande entrée dans la pop, avec le succès d’Otis Redding et de ses collègues du label Stax, Paul aime ça et, de Got to get you into my life à « Sgt Pepper » et « Magical mystery tour », il en met partout. Sur un fond plus calme de piano et flûte, le poignant The fool on the hill propose une nouvelle méditation, aussi profonde que modeste, sur la solitude et la marginalité. Penny Lane est en général reconnu à sa juste – et très haute – valeur, ce qui n’est pas le cas du faussement idiot Hello goodbye, qui est bien autre chose qu’une leçon d’anglais pour français sous-doués en langues – Milton Nascimento nous aidera, trois décennies plus tard, à le comprendre. Le contraste saisissant entre l’énergie de la ritournelle, l’inquiétude de la voix de Paul, la sauvagerie des guitares et des percussions, les choeurs entêtants de John – « Hello goodbye hello goodbye, hello goodbye, hello goodbye » – produit un mur sonore d’une incroyable puissance. Quant au texte, il suffit de tendre l’oreille et le cerveau : il est tout sauf idiot. Il y a enfin Your mother should know, qui fait partie, comme When I’m sixty four et Lovely Rita, et plus tard Martha my dear, Ob la di ob la da, Honey pie, All together now, Maxwell’s silver hammer, puis en solo ou avec les Wings Teddy boy, Dear boy, Heart of the country, C moon, Mary had a little lamb, You gave me the answer, Let’em in, I’ll give you a ring, Get it, ou English tea, de ces joyeuses comptines ou rengaines de music-hall, d’inspiration jazz, charleston, calypso parfois, qui sont nombreuses – et donc essentielles – dans l’œuvre de McCartney, et qui ont fait le bonheur du public tout en générant beaucoup de dédain du côté de la rock-critique, incapable de comprendre le sérieux du jeu, la puissance de la ritournelle, la nécessité de se reconnecter à l’enfance et à ses joies – et pas seulement à ses traumas. Cette partie de l’œuvre, y compris le mal-aimé Ob la di ob la da, que ne jugent débile que ceux qui n’écoutent pas, ou n’ont ni oreille, ni cœur ni âme, est sans doute celle qui, le plus, reste encore à réévaluer.

Accélérons : il y aura ensuite « le double blanc », qu’on considère souvent – plutôt à juste titre cette fois-ci – comme une juxtaposition de trois albums solos (de John, Paul et George, Ringo n’ayant qu’une seule chanson), et possiblement leur meilleur à chacun. À juste titre aussi – voyez plutôt, ci-après, les onze titres de « l’album blanc de Paul » : Back in the USSR, Ob la di ob la da, Martha my dear, Blackbird, Why don’t we do it in the road, I will, Birthday, Mother nature’s son, Helter skelter, Honey pie et l’extraordinaire Rocky Racoon ! Puis c’est la fin : l’année 69, « Abbey road » et « Let it be », et à nouveau Paul, au sommet de son art (c’est le temps de Hey Jude, Golden Slumbers, Get back, Let it be, The long and winding road), qui prend plus de place que John. Et donc les problèmes sérieux qui commencent pour lui : avec la séparation des Beatles va s’installer dans les esprits, sans doute traumatisés et en quête de bouc émissaire, une opposition entre John et Paul, qui survivra bien au-delà du temps de la brouille entre les deux amis, et qui se fera principalement aux dépens du second – même s’il y aura d’autres exutoires, à commencer bien sûr par le dos large de la « Dragon Lady » : Yoko Ono. Au lieu d’apprécier comme il se devait les deux artistes et leurs parcours singuliers, on est alors plus ou moins sommé de choisir son camp, et sur ces bases bêtes et méchantes va peu à peu s’élaborer toute une théorie esthétique, entièrement construite sur le principe de l’opposition binaire : Paul qui rit, John qui pleure. John le tourmenté, Paul le simplet. Paul le doux, John le dur. Paul l’artisan, John l’artiste. Paul la pop-star, John le rockeur. Paul le mondain, John le sauvage. Paul le terrien, John le mystique. Paul le pragmatique, John le rêveur. Paul le bourgeois, John le rebelle. Paul le boutiquier, John l’avant-gardiste. Paul Apollon, John Dionysos…

Dans cette litanie, beaucoup de fausseté, de caricature et d’ignorance, et sans doute aussi un gros imaginaire sexiste – en gros : John le vrai mec (dur, agressif, profond, conscient, engagé dans l’espace public), Paul la gonzesse (douce, superficielle, sentimentale, apolitique) – se mélange à un peu de vérité. Tentons de démêler.

Il n’est pas totalement faux, pour commencer, que Paulo est plus joyeux. Passée l’euphorie de la beatlemania, John le rigolo ne rigole plus beaucoup. Après le suicide de Brian Epstein, surtout, on ne trouve plus grand-chose d’enlevé et d’enjoué dans sa musique – en tout et pour tout une dizaine de titres, en douze ans et une dizaine d’albums (The ballad of John and Yoko, Oh Yoko !, New York city, Bring on the Lucie, Surprise surprise, Whatever gets you three the night, Starting over, Dear Yoko, I’m steppin’out). La musique de Paul en revanche ne cessera jamais d’arpenter les surfaces de la musique légère, lumineuse, énergique. Que le registre soit rock (Lady Madonna, Birthday, Back in the USSR, Helter Skelter, Why don’t we do it in the road ?, Get back, Monkberry moon delight, Hi hi hi, Jet, 1985, Beware my love, If you wanna, Queenie eye, pour ne retenir que mes préférées) ou pop (Two of us, Come and get it, Mrs Vandebilt, Silly love songs, Deliver your children, With a little luck, Press, mes préférées encore), avec au fil des années une touche funky de plus en plus appuyée (She’s my baby, Let’em in, Goodnight tonight, Arrow through me, The other me, Say say say, mes préférées toujours), c’est avant tout d’amour heureux qu’il est question, sur une musique qui nous porte et nous transporte – sans oublier toutes ces joyeuses comptines et ritournelles, dont j’ai déjà parlé.

Appelons ça des feel-good songs, comme il existe des feel-good movies. Cela, bien sûr, jouera beaucoup en sa défaveur, en vertu d’une fameuse et malfaisante équation qui associe bêtement bonheur et idiotie. Très conscient de ce qu’il perdait en « crédibilité » en se construisant comme entertainer plutôt que comme beau ténébreux, Paul aura longtemps souffert des sarcasmes innombrables d’une presse musicale éprise de chair triste, de drogues dures et de rock’n’roll « vénéneux », de héros suicidaires et de conduites ordaliques, de morts précoces, de destins tragiques, d’alcoolisme, de chambres d’hôtel dévastées et de pactes avec le Diable, de bastons générales et pourquoi pas de violences conjugales, mais jamais il n’aura douté de son bon droit. Comme quiconque a dû travailler dur – lutter, même – pour conquérir quelques parcelles de bonheur, il revendique non seulement ledit bonheur comme un droit mais aussi l’optimisme comme un devoir : « Dès lors que j’ai pris conscience de l’influence que j’exerçais à travers mes chansons, j’ai senti que je me devais d’être optimiste – même si cela peut sembler un peu grandiloquent – et ce jusqu’à ce que l’optimisme ne me soit plus possible », confie-t-il dans The lyrics, la formidable anthologie-autobiographie parue il y a quelques mois, et il ajoute :

« C’est beaucoup plus facile de susciter l’admiration des critiques quand on tourne tout en dérision et qu’on passe son temps à lancer des injures : ça donne l’air d’être plus fort. Celui qui s’émerveille : “oh quelle belle journée ! Tout est si agréable ! J’adore la pluie !”, il passe pour un pauvre niais. Alors que celui qui s’exclame “mais quel temps pourri ! C’est hallucinant, putain ! Je hais ce tonnerre de merde ! Je hais ces éclairs, bordel ! Putain mais merde on peut savoir pourquoi Dieu nous balance tout ça ?”, alors là les critiques s’exciteront : “c’est merveilleux !” ».

Un pessimiste est paraît-il, selon une vieille blague, un optimiste informé. Un optimiste peut être, si l’on écoute Paul, un pessimiste qui se soigne, et prend soin surtout des autres. C’est ainsi en tout cas qu’opèrent ses innombrables professions de foi « positives » si souvent jugées simplistes ou moralisatrices, de « We can work it out » à « You say goodbye, I say Hello », de « take a sad song and make it better » dans Hey Jude à « take this broken wings and learn to fly » dans Blackbird, et de « With a little luck we can help it out » au « learn to give » d’Ebony and Ivory – et j’ai ma petite idée aussi sur le mystérieux Fool on the hill, avec son sourire idiot (« the man with the foolish grin »), qui se contente de regarder le coucher de soleil et qui « ne montre jamais ses sentiments », en tout cas ne se soucie pas des gens qui ne l’aiment pas (« they don’t like him »), parce qu’il sait que « ce sont eux les fous » (« he knows that they’re the fools »). Il se pourrait bien, on m’a compris, entre autres lectures possibles – à commencer par des lectures politiques évidentes, qui font de cette chanson un hymne à tous les paumés, exclus, « anormaux », freaks, outsiders – que ledit fou contemplatif souriant, perché sur sa « colline », soit Paul lui-même [5].

Là où les choses se complexifient, c’est dans l’autre moitié de l’oeuvre, qui a autant voire plus fait pour le succès, aussi bien public que critique, de Paul McCartney, et qui semble avoir pris de plus en plus de place au fil des années : les balladesAnd I love her, I’ll follow the sun, Michelle, Here there and everywhere, I will, My Love, Warm and beautiful, I’m carrying, No more lonely nights, Only love remains, Golden earth girl, Heaven on Sunday, This never happened before, You tell me, My Valentine, Hand in Hand (je ne cite, là encore, que quelques-unes de mes préférées, parmi des dizaines d’autres merveilles). En général, la tonalité est paisible, douce, légère – à l’exception d’une poignée de ballades cafardeuses, d’une infinie mélancolie, qui méritent de figurer dans le grand répertoire des torch songs : Yesterday et For no one bien sûr, mais aussi les deux chansons d’amour adressées à John : Dear friend au lendemain de la brouille, Here today au lendemain de sa mort. La plupart du temps, le registre de prédilection de McCartney reste celui de la sérénade : la déclaration d’amour heureuse, solaire, où se mêlent une forme de sérénité, une joie d’aimer, et d’avoir trouvé un être à aimer, mais aussi, et c’est ici que tout se complique, une espérance, avec son revers, l’inquiétude.

La joie n’est pas pure, déchaînée, festive, comme elle pouvait l’être dans ses premiers classiques, avec les Beatles, entre 62 et 65 (I saw her standing there, Hold me tight, From me to you, I wanna be your man, Can’t buy me love, Eight days a week), mais toujours mêlée de gravité, et même tempérée – ou plutôt transmuée, « musicalement modifiée » – par un fond mélancolique. Comme dans la matrice déjà évoquée (Will you love me tomorrow ?, écrit par Carole King, créé par les Shirelles, adoré par John et Paul), cette « épaisseur mélancolique » est présente dans toutes les ballades de Paul McCartney, aussi bien en négatif – la fébrilité, l’impatience, la gloutonnerie avec laquelle notre Paul se jette sur chaque occasion, chaque fragment, chaque morceau de bonheur qui se présente – qu’en positif : ces accords de piano ou de guitare, et ce chant qui a toujours, dans ces ballades d’amour solaire, quelque chose de doucement plaintif. On ne prend pas assez la mesure, j’ai l’impression, ou on ne rend pas assez grâces, du bien que fait cette pâte étrange devenue si familière, fusionnant dans des rengaines de quatre ou cinq minutes toute la mélancolie qui nous habite et toute la joie qui nous appelle.

Il semble évident, ensuite, que McCartney est un « doux », tandis que Lennon a dès son plus jeune âge été un « dur », y compris aux plus mauvais sens du terme : « bagarreur » et « cogneur de femmes » selon ses propres mots. Et même lorsqu’il s’est efforcé de renier et réparer cette faute originelle, et qu’il s’est ouvert à la douceur, Lennon n’a pas résisté à la tentation du clash – confère la manière brutale et même ordurière dont il règle le contentieux avec Paul dans ses interviews en 1970 et 1971, mais aussi dans son fameux How do you sleep ? sur le si pacifique « Imagine », et la manière bien plus euphémisée, sublimée, tout simplement plus délicate, fair play, dont Paul gère le contentieux : d’abord ses griefs dans Too many people, ensuite sa « réponse à la réponse » dans Dear friend. Il ne me parait pas indispensable de développer, mais il semble bien que Paul se soit plus tôt que John affranchi des codes masculinistes les plus basiques, et que par ailleurs sa musique, en dehors de quelques rocks survoltés mais pas fondamentalement agressifs, brille en effet par sa douceur – que le tempo soit lent ou rapide. De là vient d’ailleurs une autre part de ses malheurs : cette image de « gentil », entendre « trop bon trop con », à laquelle il a su n’accorder pas plus d’importance qu’à celle d’imbécile heureux – je renvoie à l’irrésistible Silly love songs, véritable Art poétique de Paul, qui retourne admirablement le stigmate, avec son malicieux « What’s wrong with that ? I’d like to know » et son final d’une profondeur insoupçonnée :

« It isn’t silly, love isn’t silly, love isn’t silly at all ».

Là où les choses se compliquent tout de même un peu, cela dit, c’est que, malgré quelques « rechutes », John Lennon s’est efforcé, à partir de sa rencontre avec Yoko, de « se brancher sur la paix » (selon ses propres mots), de combattre ses penchants bagarreurs, et de faire de son art une sorte de « publicité pour la douceur », « la paix » et « l’amour ». À quel point il y est arrivé, j’ai déjà essayé d’en parler dans un écrit antérieur.

Pour ce qui est de la « mondanité », s’il est vrai que, d’après tous les témoignages connus (celui de Pete Townshend par exemple, que je lisais il y a peu), Paul a été, dès les premières années des Beatles, le plus « affable » des quatre, et John le plus « caustique », le plus « provocateur », parfois le plus mufle, cela n’épuise pas la question – l’essence de la mondanité se situant moins dans l’affabilité que dans un certain « savoir-être-odieux ». John semble avoir goûté au moins autant que Paul aux joies de la mondanité – en particulier dans les parties de la jet set new-yorkaise, y compris pendant sa période militante (des soirées avec Jerry Rubin, Abbie Hoffman et Tariq Ali, ce n’est pas ce qu’on peut imaginer de moins « mondain » en termes d’engagement gauchiste). Paul, à la même époque, vit retiré dans sa ferme, avec sa femme et ses jeunes enfants – de cette « distance raisonnable » qu’il entend tenir avec le « beau monde », il tirera une fantastique chanson, sur « Band on the run » : Mrs Vandebilt. Et plus tard, revenant sur son rapport à la fois apaisé et distancié avec ce « beau monde » dont il n’est pas du tout issu, mais duquel son extraordinaire succès l’a plus ou moins rapproché, il confessera avec un joli sens de la formule : « les soirées des Vandebilt j’aime bien y aller, mais juste une fois » [6].

Le rapport respectif de John et Paul à la « bourgeoisie » me parait quant à lui assez similaire. On a beaucoup dit, à juste titre, que les Beatles étaient des prolos endimanchés, et les Rolling Stones des bourgeois encanaillés. J’ajouterais, dans le même ordre d’idées, que dans ce « monde du rock » où tant de mecs très ordinaires performent de toutes leurs forces l’excentricité et l’inquiétante étrangeté, Paul McCartney a passé sa vie, envers et contre tout (son génie extraordinaire, son succès et son ascension sociale sans pareille) à s’efforcer de rester ordinaire. Et qu’il y est parvenu, autant qu’il est possible quand on atteint son niveau de fortune. Dans son personnage, son ethos, son mode d’apparition publique, Paul a toujours exprimé et cultivé un attachement profond à la classe ouvrière dont il vient (plus encore que John, qui était, des quatre Beatles, celui qui était issu du milieu le plus « aisé » – même si tout est relatif). Dans de nombreux entretiens, Paul est souvent revenu sur sa socialisation, ce qu’il en a retenu, aimé, et qui continue d’inspirer son écriture : cette forme particulière de simplicité, de bonhomie, de dérision, de fatalisme et d’hédonisme – en des termes qui rejoignent souvent la description d’un autre transfuge de classe : Richard Hoggart, l’auteur du célèbre The uses of literacy : aspects of working class life [7].

Si John ne fut pas moins « bourgeois » que Paul du point de vue social, ni avant le succès et l’ascension sociale, ni évidemment après, n’a-t-il pas en tout cas été plus « rebelle » que le débonnaire McCartney ? Ce dernier ne s’est-il pas contenté de gérer sa petite entreprise familiale nommée Wings, à l’heure où John, harcelé par le FBI, chantait et manifestait dans les rues de New York contre la guerre du Vietnam, pour la cause Irlandaise, pour Angela Davis, pour John Sinclair, pour le féminisme et tant d’autres causes ? Sans doute y a-t-il une part de vrai dans cette opposition, si toutefois on se concentre sur une courte période – entre 70 et 73, en gros. Mais après, John se retirera de l’arène politique, et sur la période précédente (62-70), Paul a manifesté ni plus ni moins que John son opposition à la guerre du Vietnam, ses sympathies pour la lutte des Noirs ou ses penchants libertaires – c’est lui par exemple qui, en 1966, fait scandale en déclarant très franchement que oui, il lui arrivait de consommer des drogues.

Plus récemment, en fait depuis l’assassinat de John, Paul s’est engagé activement contre les ventes d’armes. Puis sur l’écologie et l’anti-spécisme. À la fin des années 1980, on l’oublie souvent, il participait aussi à une marche contre la fermeture d’un hôpital public en Grande-Bretagne – il consacrera d’ailleurs le clip d’All My Trials à une aile d’hôpital fermée en raison de coupes budgétaires. Bref : Paul mcCartney n’est pas aussi apolitique qu’il n’y parait. Et il l’est moins encore si l’on entre dans son monde esthétique, son mode d’expression euphémique, métaphorique, souvent indirect – nous allons y venir. Le volontarisme pacifiste de son sublime Pipes of peace n’est en tout cas pas moins « radical », et pas plus « sommaire », que celui de Give peace a chance ou All you need is love de Lennon – je trouve même une très grande force politique dans les passages sur les enfants, et notamment ce « help them to learn songs of joy instead of burn, baby burn ». Ebony and Ivory n’est pas plus « naïf » ou « gentillet qu’Imagine ou Happy X-mas / War is over. Et Give Ireland back to the irish n’est pas moins frontal, caustique et cinglant que The luck of the Irish de John, sur la même cause, les mêmes positions, le même mois de la même année (1972). Too many people enfin ne dit pas tellement autre chose que Revolution, Sexy Sadie ou God de John. C’est le même message « dylanien » : « don’t follow leaders » – Paul se permet juste d’aller au bout de la longue litanie de God, après « I don’t believe in Jesus, Kennedy, Elvis, Zimmerman » et « I don’t believe in Beatles », en ajoutant à mots couverts un espiègle « I don’t believe in Lennon ».

Il reste que Paul aura bel et bien été moins « rebelle » dans « l’attitude », qu’il aura commis « l’erreur », en 1971, de poser, dans sa ferme, son bébé sur les genoux, à l’heure où John, en treillis militaire, défilait dans les rues de New York avec la gauche radicale. Il est vrai surtout que Paul a rompu bien plus tôt que John avec l’imagerie de la rébellion, dont Joy Press et Simon Reynolds analysent très bien le fond masculiniste – dans leur indispensable ouvrage intitulé Sex revolts, et sous-titré Rock’n’roll, genre et rebellion. C’est, il me semble, l’une des principales raisons – voire la principale – pour lesquelles la route a été si longue dans son cas, comme dans celui d’un Brian Wilson ou celui des Bee Gees, pour que la rock-critique passe du ricanement au respect puis à la juste mesure du génie. La raison fut, me semble-t-il, la même à chaque fois : ils avaient le génie mais pas « l’attitude ». Ils n’étaient pas « rebelles », entendez : ils n’arboraient pas une moue méprisante sur leurs pochettes d’album, ne défenestraient pas des téléviseurs dans des chambres d’hôtel de luxe, ne déclenchaient pas de bagarres dans les boites de nuit, et surtout ne crachaient pas leur mépris ou leur haine des femmes dans leurs chansons ou leurs interviews. C’est me semble-t-il pour n’avoir jamais joué ce jeu masculiniste que Paul fut si longtemps méprisé dans le monde merveilleux de la presse rock, comme « chanteur pour minettes », ou comme figure de « Papa » dévirilisé – celle-là même qui, comme le rappellent Joy Press et Simon Reynolds, sert de repoussoir pour la révolte « filiarcale » de James Dean dans La fureur de vivre.

Quant à savoir si Paul est la pop-star et John le rockeur, tout dépend évidemment de ce qu’on met sous ces différents mots. Les deux ont adoré le rock’n’roll, ont écouté puis repris, avec les Beatles et en solo, les mêmes artistes préférés (Elvis, Chuck Berry, Little Richard, Buddy Holly). Je pense l’avoir déjà signifié : les deux ont été capables, en hurlant du Little Richard ou en psalmodiant du Buddy Holly, d’égaler leurs maîtres et de franchir le mur du son. Paul reprenant Long tall Sally n’est pas moins sauvage que John reprenant Dizzy miss Lizzy, Paul éructant I’m down n’est pas moins renversant que John braillant Twist and shout. Et quand John, quelques années plus tard, invente le punk-rock avec Polythene Pam, et le grunge avec I’m so tired, Paul invente le heavy metal avec le sidérant Helter skelter, et signe les rocks les plus carrés de la dernière période des Beatles : Lady Madonna, Birthday, Back in the USSR, Get back – sans parler du déjanté Why don’t we do it in the road ?. Et pareillement après la séparation – il suffit d’écouter Monkberry moon delight en 1971, Hi hi hi, Jet ou Band on the run en 1973, Ballroom dancing en 1982 ou Figure of eight en 1989, Young boy ou If you wanna en 1997, I only got two hands en 2005, Queenie eye en 2013, Come on to me en 2018, sans oublier les impressionnantes envolées bruitistes de Sing the changes, avec The Fireman : depuis cinq décennies, Paul continue de faire du très beau boucan.

Bref : les deux sont des rockeurs ! Et les deux ont été des stars. Tous deux en ont apprécié les avantages, en ont souffert parfois, et l’ont exprimé. Tous deux ont eu sans doute « des caprices de stars », mais à ce que je sais, là encore, c’est plutôt John qui semble avoir été plus loin en la matière. Il n’est pas faux enfin, pour revenir à la musique, que tout ce qu’on associe à « la pop », avec ou sans nuance péjorative, correspond un peu mieux à la production de Paul qu’à celle de John. Rien n’est plus faux en revanche – ou pas grand-chose ! – que l’image d’un Paul artisan, « faiseur » talentueux mais sans génie, prodigue en tubes « efficaces » mais pas foncièrement « originaux », faisant face à un John « artiste », produisant des choses plus singulières, plus « difficiles » mais aussi plus « précieuses ». Je n’ai plus forcément le temps d’argumenter en détail si je veux publier cet hommage avant ce soir minuit, mais il me paraît évident d’abord que John, même au plus fort de sa période militante, a toujours aimé le succès – et recherché le tube ! Et qu’il a tout fait pour : Imagine et Happy X-Mas / War is over ne sont pas moins « commerciales » que le My love de McCartney – ou que ce splendide Another day épinglé par John dans How do you sleep ?. Et de même quelques années plus tard, en 1974, quand John sort Whatever gets you thru the night, ou en 1980 quand il « répond » au petit succès de Coming up avec Starting over et Woman, parfaitement calibrés pour les charts.

Il me semble aussi que, quoi qu’ait pu dire John dans How do you sleep ? (cette fameuse punchline sur « le son que tu fais », qui ne sonnerait que comme de la « muzak »), Paul a été, d’un strict point de vue musical, beaucoup plus « artiste » que John, si l’on inclut dans l’idée d’artiste celles d’innovation, d’expérimentation et de « sortie de route ». Comme John il a produit ses œuvres « expérimentales » (notamment les trois – bons – albums au sein du collectif « The Fireman »), et bien plus que John, il a été celui qui s’est ouvert – et a ouvert son art – à toutes les influences, du music-hall des années 30-40 à la musique classique contemporaine ou baroque, en passant par les musiques africaines et caraïbéennes, la country, le reggae, la soul, le funk, la disco, là où John – il ne s’en est jamais caché – est presque toujours resté, en tout cas après la parenthèse psychédélique sous l’égide de George Martin (et avec l’aide de Paul !), dans un cadre beaucoup plus strict : celui du blues, de la ballade doo-wop et du « bon vieux rock’n’roll ». John semble en somme avoir été, d’après ce que j’ai pu lire, moins éclectique et curieux dans ses goûts musicaux, moins curieux en tout cas de ce que ça pourrait donner une fois injecté dans sa propre musique. Et il est tout de même bon de le rappeler : Paul est pour beaucoup dans l’élaboration sonore de certaines compositions de John au sein des Beatles – je pense par exemple aux incroyables lignes de basse sur Come together ou Hey Bulldog, ou aux saisissants bruitages et effets spéciaux « psychédéliques » de Tomorrow never knows ou A day in the life. Qu’on ré-écoute aussi « Magical mystery tour », ou l’extraordinaire suite finale d’« Abbey Road »...

De toutes les oppositions binaires évoquées, la plus pertinente est finalement la plus « philosophique » : apollinisme versus dionysisme. Cette opposition, telle que Nietzsche a pu la théoriser dans La naissance de la tragédie (entre profondeurs dionysiaques et surfaces et masques apolliniens ; élans dionysiaques et apaisements apolliniens ; ivresse dionysiaque et raison apollinienne ; chaos pulsionnel dionysiaque et mise en ordre apollinienne ; pulsations dionysiaques et harmonie apollinienne ; force dionysiaque et souci apollinien de la belle forme) a le mérite de synthétiser tous les éléments de vérité éparpillés dans les autres oppositions, de ne pas jouer John contre Paul ou Paul contre John (puisque les deux pôles dionysiaque et apollinien sont complémentaires, et d’égale dignité), et surtout de nous ramener de plein pied dans le champ esthétique. Car s’il est vrai que les deux puissances, apollinienne et dionysiaque, coexistent évidemment chez les deux artistes (sans quoi il ne saurait y avoir d’oeuvre d’art à proprement parler), il est vrai aussi que la tourmente dionysiaque affleure plus rarement chez Paul, et le plus souvent par brèves décharges au milieu d’autre chose, sous forme de cris au refrain ou en coda de jolies berceuses (Golden Slumbers), de sérénades au piano (Maybe I’m amazed), d’hymnes optimistes (« Ju-Ju-de-Jude ! ») ou de longues pièces de blues (Oh darling ou I got a feeling) – et dans quelques rocks en effet « possédés » par l’esprit de Dionysos : le très sexuel Why don’t we do it in the road ? et le furieux Helter Skelter.

Ce qui est vrai surtout est que la dimension apollinienne est beaucoup plus affirmée chez Paul, même si John évidemment organise son chaos et aime la belle forme. Ce qui pourrait être vrai est que les deux compères n’ont pas pour rien été amis, qu’ils partageaient énormément (un background social, un amour partagé pour le rock’n’roll, mais aussi des traumatismes familiaux, une immense soif d’amour, un penchant à la « rêverie » et à l’idéalisme, un goût de la « dérision », une sensibilité de gauche, un fort ego aussi, et sans doute bien d ‘autres points communs), qu’ils ont souvent exploré les mêmes territoires émotionnels, parfois en même temps (les rêveries mystiques, la découverte de l’amour, puis bien sûr le deuil des Beatles), parfois en décalé (la paternité et des formes de « retraite »), mais que tout ce que John a fait de manière brute et frontale, Paul l’a fait en biais et avec des – belles – courbes. « Framed in melody », comme disait Dylan.

Pour le dire plus simplement peut-être, avec d’autres concepts, ce qui pour Paul, sauf rare exception, doit toujours l’emporter – et nous porter – est le « beau », dans une conception conforme à celle que développait deux siècles plus tôt son compatriote philosophe Edmund Burke : une recherche du « sweet, soft and smooth » (sucré, tendre, soyeux), qui vient « caresser » nos sens et notre âme, plutôt qu’une quête du « sublime », qui bouscule, impressionne et « terrifie » de manière « délicieuse » [8]. Sa musique est comme un massage régénérant pour nos coeurs cassés, nos âmes brisées et nos corps déglingués, ce n’est pas le grand frisson du saut à l’élastique, pour lequel nous ne sommes pas toujours prêts. Je déforme à peine, tels sont les mots de Burke : le beau est idéalement ce qui provoque dans l’âme, et par l’entremise de n’importe le(s)quel(s) des cinq sens, l’équivalent de la caresse d’une chair tendre et douce (Burke dit : par exemple, celle des seins) – et c’est effectivement quelque chose de cet ordre que produit dans nos oreilles, dans nos têtes et dans nos corps la musique de Paul McCartney.

Ce qui pourrait être vrai serait donc quelque chose comme : John l’impudique, Paul le pudique – si toutefois on s’entend bien, je le répète, pour ne pas jouer l’un contre l’autre. Ce que je voudrais suggérer est plutôt que le paroxysme de la pudeur chez Paul et son dépassement chez John sont deux modalités différentes et opposées, mais égales en puissance, de la générosité. John est généreux par ce qu’il nous livre de lui, par sa sincérité, par l’abandon de toute une série de masques, de poses et de codes culturels, par la confiance qu’il nous manifeste ainsi, et par les échos bouleversants qu’il accepte ainsi de provoquer en nous. En se confiant il nous traite en amis – ce fameux « dear friends » à la fin de God, sur l’album « Plastic Ono Band » (1970). Paul est généreux, mais autrement, sans se livrer – ou, disons, en livrant des mélodies.

Si Lennon et McCartney peuvent être pensés et ressentis comme deux pôles opposés, en dépit de tous leurs points communs, c’est au fond pour cela : ils incarnent deux modes différents mais égaux d’extraversion et de générosité : ce qui rend l’art de Lennon si précieux est que John « sort ses tripes », exprime ses douleurs, ses peurs, ses doutes, et nous livre sous une forme brute des choses que Paul n’exprime qu’à travers milles détours, mille biais, milles filtres et mille contrefeux : des euphémismes, des litotes, des métaphores, des mises en scène, des récits à la troisième personne, de la sagesse populaire (tous ces aphorismes qui parsèment son œuvre, de « we can work it out » à « let it be » en passant par « Ob la di ob la da, life goes on » ou « What’s the use of worrying ? » dans Mrs Vandebilt), des refrains enjoués, des chœurs enfantins, des cuivres, de la flûte, de l’harmonium ou des clochettes, bref : tout un travail de sublimation et de mise en forme, d’une toute autre amplitude que ce que produit John – qui n’est évidemment pas moins fort, mais différent. Chez Paul, le fond mélancolique est bien là, pas moins que chez John (comment ne pas l’entendre ?), mais tout est sublimé dans la mélodie – non pas « dépassé » mais fondu dans la mélodie, en une matière aussi légère et insondable que bouleversante émotionnellement, même si, pour parler par métaphores, il manque les sous-titres. Les chansons de Paul – et sans doute l’homme a-t-il été ainsi, d’après les témoignages que j’ai pu lire – ne sont pas moins sincères, ni moins expressives, elles sont juste plus opaques. Paul donne autant que John de sa personne, mais il donne autre chose.

Pour bien saisir cette opposition non hiérarchique entre la manière Lennon et la manière McCartney (même si on ne manquera pas de trouver quelques contre-exemples), il n’y a qu’à comparer Across the universe ou Oh my love de Lennon et Mother nature’s son de Paul : le thème des deux chansons est assez proche – le « sentiment océanique », l’émerveillement devant la splendeur de Mère Nature – mais Lennon l’exprime de manière directe, à la première personne, là où McCartney introduit le point de vue d’un « personnage », jeune paysan « né à la campagne », qu’il n’est pas (« Born a poor young country boy »).

Ou bien l’hommage explicite de John à Angela Davis (Angela), et celui, plus discret, plus métaphorique, de Paul à des militants plus anonymes des droits civiques (Blackbird). Ou encore l’hymne féministe de John, Woman is the nigger of the world, et la manière très indirecte mais profonde et continuelle dont Paul s’intéresse à la condition féminine – ces fameux récits singuliers et en troisième personne, toujours, avec des personnages, tous marqués par la solitude : Eleanor Rigby d’abord, puis la fugueuse de She’s leaving home, la dépressive d’Another day, l’introvertie aphasique plus tard, dans She’s given up talking.

Ou encore cette manière malicieuse et discrète, « légère », dont Drive my car, dès 1965, joue avec les stéréotypes machistes les plus éprouvés, pour finalement les retourner : « Baby you can drive my car, and maybe I love you » – tout y est : l’adresse « baby », la bagnole, l’autorité souveraine du « you can », et ce vicieux « maybe I love you », sauf que c’est la fille qui le dit, tandis que le gars se contente d’accepter de bon cœur, et d’endosser « tout de suite » son rôle de chauffeur.

On pourrait multiplier les exemples. Je pense pour finir au « Mother, you had me, I never had you » de Lennon, d’un côté, avec son final déchirant, « Mama don’t go, daddy come home ! », et de l’autre, la même année, la présence mystérieuse de Mary McCartney – devenue simplement « Mother Mary » – dans Let it be, le message « positif » qui accompagne ses apparitions, enveloppées dans un halo d’imagerie chrétienne (entretenu par la musique gospel) et de sagesse stoïcienne – les fameux « words of wisdom » : « Let it be, let it be, let it be, let it be… ».

Et lorsqu’en 1998 le sort frappe à nouveau brutalement, avec la mort prématurée de sa compagne Linda (d’un cancer, comme Mary McCartney), Paul, incapable d’organiser son chaos intérieur, ne produit aucune expression propre : il met toute son énergie dans la finalisation d’un album de Linda (« Wide prairie »), en assemblant et en retravaillant quelques (très jolies) bandes enregistrées au fil de trois décennies de vie commune, dans une tonalité évidemment légère. Et pour épancher son état de dévastation intérieure, il emprunte le biais malin – et le seul viable pour lui – de « l’album de reprises », offrant un « terrain hétérotopique » propice à la fois pour la mise à distance d’un présent insupportable et pour une décharge émotionnelle autorisée, dans la forme consacrée du « rock primitif » – ses séances de « cri primal » à lui, sans le dire, desquelles vont émerger un Lonesome Town glaçant de douleur, et un aussi lugubre que superbe « No other baby can thrill me like you do ».

Il y a en somme un paradoxe absolu dans l’art de McCartney, une forme exacerbée de mystère sous des dehors simples et « ordinaires » : l’extrême pudeur du texte coexiste avec l’extrême expressivité de la musique, ce qui, de manière troublante, rend sa personne à la fois infiniment secrète, distante, étrangère, et infiniment proche, amicale, familière. Cette discrète et déroutante étrangeté qui ne passe que par la musique, les propos de Paul cités en exergue la cernent finalement assez bien : c’est de « quelque chose de légèrement mystique » qu’il s’agit. À comprendre dans les deux sens du terme : quelque chose d’un peu mystique, mais aussi quelque chose qui n’existe comme mystique que dans et par une certaine légèreté, celle de la ritournelle. La musique de Paul est comme cette sorte d’ami – nous en connaissons tous, amis ou parents – qui livre peu de soi-même, mais dont la générosité immense se résume à une forme unique mais radicale, qu’on peut nommer la consolation : être toujours là quand nous en avons besoin, pour nos relever, nous faire un café ou un plat de pâtes, nous écouter, nous glisser quelques mots qui réconfortent – des mots qui peuvent être très généraux, et paraître banals, aussi banals que « we can work it ou » ou « don’t carry the world upon your shoulder », mais sont à chaque fois les bons. Sauf qu’en lieu et place de « je t’ai fait des pâtes » ou « un café », Paulo nous dit « je t’ai fait une mélodie » – et c’est une putain de mélodie : Hey Jude, Blackbird, Let it be, Somebody who cares, No more lonely nights…. Il faudrait parler plus que je n’ai le temps de ce miracle intitulé Hey Jude, écrit pour réconforter le petit Julian Lennon après le départ de son père en 1968, et qui depuis cinq décennies a réconforté des millions d’âmes perdues – rien que moi : un million de fois. Un ami, pour un peu toutes ces raisons, avait eu l’intuition géniale de surnommer McCartney « le Grand Consoleur », et je crois que c’est en effet ce mot, s’il n’en fallait qu’un, qui condense tout ce que Paul fait pour nous sur le plan émotionnel, comme le mot « mélodiste » capte l’essence de son génie en des termes plus strictement musicaux.

Un autre artiste de génie est comme ça : Stevie Wonder – son homologue afro-américain, à peu près du même âge, qui n’a pas pour rien enregistré avec lui (et à qui Paul n’a pas pour rien dédié un album des Wings : Red Rose Speedway). Là où un Marvin Gaye, par exemple, nous ouvre grand son cœur pour se confier, comme Lennon a pu le faire [9].

Minuit approche, il est l’heure de conclure. Pour avoir su comme peu d’autres, si longtemps, si joliment, si justement, chanter et consoler la solitude, pour nous avoir reconnectés sans cesse à l’enfance, pour ces ritournelles swingantes faussement naïves et superficielles, pour ces « rocks endiablés » dénués de toute diablerie, pour ces « silly love songs » enfin, dont l’idiotie est bien plus sage qu’il n’y paraît, pour cette douceur et cette joie « légèrement mystique » injectée dans nos existences, qui nous a aidé et nous aidera à « porter nos fardeaux encore longtemps », et pour Rocky Racoon, merci et longue vie au Grand Mélodiste, au Grand Consoleur, notre grand ami, notre compagnon de route longue et venteuse, Paul McCartney.

P.-S.

Et bien entendu : Happy birthday to you ! !

Discographie sélective

Dix albums des Beatles : « With the Beatles » (1963), « A Hard day’s night » (1964), « Help » (1965), « Rubber soul » (1965), « Revolver » (1966), « Sgt Pepper’s lonely heart club band » (1967), « Magical mystery tour » (1967), « The Beatles » (1968), « Abbey Road » (1969), « Let it be » (1970).

Dix autres albums : « Ram » (1971), « Red rose speedway » (Wings, 1973), « Band on the run (Wings, 1973), « Venus and mars » (Wings 1975), « Wings at the Speed of sound » (1976), « London town » (Wings, 1978), « Tug of war (1982), « Pipes of peace » (1984), « Flaming pie » (1997), « Chaos and creation in the backyard » (2005)

Cent chansons préférées, par ordre chronologique, de 1960 à 2020 :

1. I saw her standing there (1963)
2. All my loving (1963)
3. And I love her (1964)
4. Things we said today (1964)
5. The night before (1965)
6. I’ve just seen a face (1965)
7. Yesterday (1965)
8. Drive my car (1965)
9. You won’t see me (1965)
10. Michelle (1965)
11. We can work it out (1966)
12. Eleanor Rigby (1966)
13. Here, there and everywhere (1966)
14. For no one (1966)
15. Sgt Pepper’s lonely heart club band (1967)
16. She’s leaving home (1967)
17. When I’m sixty four (1967)
18. Lovely Rita (1967)
19. Magical mystery tour (1967)
20. The fool on the hill (1967)
21. Your mother should know (1967)
22. Hello goodbye (1967)
23. Penny Lane (1967)
24. Hey Jude (1967)
25. Back in the USSR (1968)
26. Martha my dear (1968)
27. Ob la di ob la da (1968)
28. Blackbird (1968)
29. Rocky Racoon (1968)
30. Mother Nature’s son (1968)
31. Why don’t we do it in the road ? (1968)
32. All together now (1968)
33. Maxwell’s silver Hamer (1968)
34. Oh ! Darling (1969)
35. You never give me your money (1969)
36. She came in through the bathroom window (1969)
37. Golden slumbers/Carry that weight/The end (1969)
38. Two of us (1970)
39. I’ve got f feeling (1970)
40. The long and winding road (1970)
41. Get back (1970)
42. Let it be (1970)
43. Come and get it (1970)
44. Maybe I’m amazed (1970)
45. Junk (1970)
46. Another day (1971)
47. Dear boy (1971)
48. Heart of the country (1971)
49. Monkberry moon delight (1971)
50. Dear friend (1971)
51. Tomorrow (1971)
52. Give Ireland back to the Irish (1972)
53. C moon (1972)
54. My love (1973)
55. Mary had a little lamb (1973)
56. When the night (1973)
57. Live and let die (1973)
58. Band on the run (1973)
59. Mrs Vandebilt (1973)
60. 1985 (1973)
61. Listen to what the man said (1975)
62. Let’s love (1975)
63. Love in song (1975)
64. She’s my baby (1976)
65. Let’em in (1976)
66. Beware my love (1976)
67. Silly love songs (1976)
68. Warm and beautiful (1976)
69. Deliver your children (1978)
70. I’m carrying (1978)
71. With a little luck (1978)
72. Goodnight tonight (1979)
73. Arrow through me (1979)
74. Summer’s day song (1980)
75. Ebony and ivory (1982)
76. Somebody who cares (1982)
77. I’ll give you a ring (1982)
78. The other me (1983)
79. Say say say (1983)
80. The pipes of peace (1983)
81. No more lonely nights (1984)
82. Press (1986)
83. Only love remains (1986)
84. Distractions (1989)
85. Golden Earth Girl (1993)
86. Beautiful Night (1997)
87. Heaven on Sunday (1997)
88. Little willow (1997)
89. Heather (2001)
90. Jenny Wren (2005)
91. This never happened before (2005)
92. I only got two hands (2005)
93. Follow me (2005)
94. Too much rain (2005)
95. You tell me (2007)
96. House of wax (2007)
97. My Valentine (2012)
98. Queenie eye (2013)
99. Hand in hand (2017)
100. Deep down (2020)

Et enfin 100 compositions de McCartney interprétées par d’autres, par ordre d’écriture :

1. I saw him standing there by the Supremes
2. I saw her standing there by Little Richard
3. Hold me tight by the Treasures
4. Can’t buy me love by the Supremes
5. And I love him by Julie London
6. And I love him by Diana Krall
7. And I love her by Brad Mehldau
8. And I love her by the Miracles
9. And I love her by Bobby Womack
10. Drive my car by Black Heat
11. You won’t see me by Ernest Ranglin
12. Yesterday by Lee Morgan
13. Yesterday by Chris Farlowe
14. Yesterday by Frank Sinatra
15. Yesterday by the Impressions
16. Yesterday by Donny Hathaway
17. Yesterday by Ray Charles
18. Yesterday by Marvin Gaye
19. Michelle by the Four Tops
20. You won’t see me by the Bee gees
21. We can work it out by Stevie Wonder
22. Eleanor Rigby by the Four Tops
23. Eleanor Rigby by Kim Weston
24. Eleanor Rigby by PP Arnold
25. Eleanor Rigby by Aretha Franklin
26. Eleonor Rigby by Ray Charles
27. Eleonor Rigby by Richie Havens
28. For no one by Caetano Veloso
29. For no one by Rickie Lee Jones
30. Here there and everywhere by the Charles Lloyd Quartet
31. Here there and everywhere by Roberta Flack
32. Here there and everywhere by Helen Merrill
33. Here there and everywhere by Bobbie Gentry
34. Sgt Pepper’s lonely heart club band by Jimi Hendrix
35. With a little help from my friends by the Beach Boys
36. She’s leaving home by Harry Nilsson
37. She’s leaving home by Syreeta
38. She’s leaving home by Richie Havens
39. She’s leaving home by McCoy Tyner
40. Lovely Rita by Fats Domino
41. The fool on the hill by the Impressions
42. The fool on the hill by the Four tops
43. The fool on the hill by Aretha Franklin
44. Your mother should know by Bud Shank
45. Hello goodbye by Milton Nascimento
46. Lady madonna by Caetano Veloso
47. Lady madonna by Fats Domino
48. Lady madonna by Richie Havens
49. Mother Nature’s son by Brad Mehldau & Joel Frahm
50. Mother Nature’s son by Helen Merrill
51. Mother Nature’s son by Harry Nilsson
52. Mother Nature’s Son by Bobbie Gentry
53. Martha my dear by Madeleine Peyroux
54. Martha my dear by Brad Mehldau
55. Blackbird by Brad Mehdau
56. Blackbird by Billy Preston
57. Rocky Raccoon by the The Moments
58. Rocky Racoon by Ramsey Lewis
59. Rocky Racoon by Richie Havens
60. Ob la di ob la da by Arthur Conley
61. I will by Hugh Masekela
62. Hey Jude by Yusef Lateef
63. Hey Jude by the Supremes
64. Hey Jude by the Temptations
65. Hey Jude by Wilson Pickett
66. Hey Jude by Lloyd Price
67. Hey Jude by Tom Jones
68. Hey Jude by Edu Lobo
69. She came in Through The Bathroom Window by Joe Cocker
70. You never give me your money/Carry that weight by Dobby Dobson
71. Golden slumbers/Carry that weight/The End/Here comes the sun/Come together by Booker T & the Mg’s
72. Golden slumbers by George Benson
73. Golden slumbers by Helen Merrill
74. Golden slumbers by KD Lang
75. Golden slumbers by Jackson Browne & Jennifer Warnes
76. Two of us by Aimée Mann
77. The long and winding road by George Benson
78. The long and winding road by Diana Ross
79. The long and winding road by Aretha Franklin
80. The long and winding road by Ray Charles
81. The long and winding road by Richie Havens
82. Let it be by Richie Havens
83. Let it be by Bill Withers
84. Let it be by Gladys Knight
85. Let it be by Ike & Tina Turner
86. Let it be by Aretha Franklin
87. Let it be by Joshua Redman
88. Get back by Al Green
89. Get back by Ike & Tina Turner
90. Come and get it by Toots Hibbert
91. Goodbye by Mary Hopkin
92. Maybe I’m amazed by the Faces
93. Mine for me by Rod Stewart
94. Let’s love by Peggy Lee
95. Six o’clock by Ringo Starr
96. Band on the run by Richie Havens
97. Wings of a nightingale by the Everly Brothers
98. New moon over Jamaica by Johnny Cash
99. Love in song by Helen Merrill
100. Four five seconds by Kanye West and Rihanna

Notes

[1Voir ci-dessous, en post-scriptum, une playlist de ces reprises – du moins quelques favorites.

[2Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, « Avant-propos », 1882

[3Paul McCartney, Entretien avec Muziq, 2005

[4Sur la centralité de la solitude dans la pensée des Beatles, lire Pacôme Thiellement : en particulier Poppermost. Considérations sur la mort de Paul McCartney, Éditions MF, 2013 ; La Victoire des sans roi. Révolution gnostique, Presses Universitaires de France, 2017 ; « Neuf révélations », rock et Folk, octobre 2009.

[5Je me rends compte à la relecture que Paul lui-même le suggère très explicitement dans le film Magical mystery tour, puisque, sur cette chanson, il ne prend pas le rôle du chanteur-narrateur, mais incarne le personnage du fou sur la colline, qui se contente de regarder le coucher de soleil.

[6Paul McCartney, The lyrics, 2021

[7Richard Hoggart, The uses of literacy : aspects of working class life, 1957. Traduction française : La culture du pauvre, Éditions de minuit, 1970

[8Edmund Burke, A Philosophical Enquiry into the Origin of Our Ideas of the Sublime and Beautiful, 1757. Traduction française : Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, Éditions Jules Vrin, 2009

[9Marvin Gaye, il est vrai, a repris Yesterday splendidement – c’est la version préférée de Paul McCartney, et la mienne aussi, avec celles de Ray Charles et de Frank Sinatra. Mais c’est, nous l’avons vu, une chanson à part dans l’œuvre de McCartney.