Chères amies, chers amis,
Il y a un mois, je vous avais écrit une lettre d’invitation pour l’événement du 16 février, de la renaissance de ma recherche qui avait été kidnappée par l’État turc il y a 27 ans. Recherche ethnographique sur les dynamiques sociales de la mobilisation kurde en Turquie qui éclaire la préservation longue des ressources socioculturelles en contexte répressif et leur actualisation lors de l’action politique. Recherche volée. Je l’ai sauvée. Je me préparais à vous inviter à m’accompagner à faire monter sur la scène cette parole réflexive.
Mais depuis deux semaines les Kurdes subissent, en Syrie, un massacre, perpétré par une coalition jihadiste renforcée par des milliers d’ex-prisonniers de Daesh. Sous le regard silencieux de la communauté internationale, ces groupes cherchent à se venger de leur défaite face aux Kurdes et à détruire leur mode d’organisation social, en contradiction avec l’ordre jihadiste. Quand il y a une urgence de sauver la vie, y a-t-il du sens à sauver la recherche ? La parole des sciences sociales n’a pas de place dans cette urgence de vie et mort ?
Si. Elle a toute sa place. Car la banalisation de la barbarie, la généralisation des fascismes qui poussent notre planète vers un suicide collectif, s’appuient aussi sur l’absence de la pensée.
Je vous envoie donc ma lettre qui vous appelle à participer à cet événement de réparation et de justice, qui n’aurait pas la force d’empêcher la machine criminelle mais qui renforcera la résistance de la vie.
Pinar



