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Lever la tête

Présentation d’une recherche interdite sur la résistance kurde

par Pınar Selek
6 février 2026

Rappelons-le à nouveau et inlassablement : la situation de Pınar Selek, sociologue et écrivaine, victime depuis plus de vingt-cinq ans d’un acharnement judiciaire de la part de l’État turc pour avoir refusé de trahir l’éthique de la recherche en livrant les noms des personnes rencontrées dans le cadre de ses travaux sur la question kurde. Malgré quatre acquittements (2006, 2008, 2011, 2014), les poursuites se poursuivent encore aujourd’hui. Son cas constitue une atteinte majeure aux libertés académiques et aux droits fondamentaux, et fait de Pınar Selek une figure internationale de résistance universitaire, intellectuelle et féministe. Le 16 février, elle présentera son livre Lever la tête. La recherche interdite sur la résistance kurde, dans lequel elle revient sur l’enquête ethnographique qu’elle a menée avant son arrestation en 1998 et qui a déclenché contre elle cette violence politique. Nous invitons bien-sûr à assister à cette présentation - une manière de soutenir Pınar Selek, et nous reproduisons un message qu’elle a écrit concernant la situation nouvelle du Rojava et le massacre qui s’y déroule.

Chères amies, chers amis,

Il y a un mois, je vous avais écrit une lettre d’invitation pour l’événement du 16 février, de la renaissance de ma recherche qui avait été kidnappée par l’État turc il y a 27 ans. Recherche ethnographique sur les dynamiques sociales de la mobilisation kurde en Turquie qui éclaire la préservation longue des ressources socioculturelles en contexte répressif et leur actualisation lors de l’action politique. Recherche volée. Je l’ai sauvée. Je me préparais à vous inviter à m’accompagner à faire monter sur la scène cette parole réflexive.

Mais depuis deux semaines les Kurdes subissent, en Syrie, un massacre, perpétré par une coalition jihadiste renforcée par des milliers d’ex-prisonniers de Daesh. Sous le regard silencieux de la communauté internationale, ces groupes cherchent à se venger de leur défaite face aux Kurdes et à détruire leur mode d’organisation social, en contradiction avec l’ordre jihadiste. Quand il y a une urgence de sauver la vie, y a-t-il du sens à sauver la recherche ? La parole des sciences sociales n’a pas de place dans cette urgence de vie et mort ?

Si. Elle a toute sa place. Car la banalisation de la barbarie, la généralisation des fascismes qui poussent notre planète vers un suicide collectif, s’appuient aussi sur l’absence de la pensée.

Je vous envoie donc ma lettre qui vous appelle à participer à cet événement de réparation et de justice, qui n’aurait pas la force d’empêcher la machine criminelle mais qui renforcera la résistance de la vie.

Pinar

P.-S.

La présentation aura lieu le lundi 16 février à 18h au Grand Amphithéâtre de l’Université Paris Cité ; 12 rue de l’École de Médecine, 75006 Paris.

Si vous souhaitez y participer, il vous suffit de vous inscrire ici avant le 9 février.

Le livre Lever la tête est publié aux Editions Paris Cité Editions.