Le 1er décembre 2025, l’Atelier d’écologie politique de Toulouse lançait un manifeste, aussitôt signé massivement par des membres de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) et de l’éducation nationale (EN) déclarant adopter une posture d’objection de conscience face au déploiement des technologies d’IA générative (IAg) dans leurs institutions. Le manifeste, que nous vous incitons à signer, justifie cette position par trois considérations majeures : le gouffre énergétique et matériel qu’implique le développement de l’IA, et dans le contexte de crise climatique, son caractère écocidaire ; les désastres sociaux, géopolitiques, économiques qu’engendre cet accélérateur des infrastructures industrielles ; enfin le futur dystopique (désinformation, dépendance, attaques contre la démocratie…) que nous promettent les mégafirmes aux commandes du développement de l’IA. Depuis le lancement de ce manifeste, l’Atecopol (Atelier d’Écologie Politique de Toulouse) s’est lancé dans un travail politique et pédagogique non seulement remarquable mais absolument indispensable. Nous n’entrevoyons qu’une minime partie des conséquences que pourrait avoir l’éclatement de la bulle financière liée à l’IA, mais les manifestations du réchauffement climatique – qu’accélèrent à une vitesse inouïe les data centers nécessaires à l’IA – sont, cet été, d’ores et déjà très concrètes. C’est ce qui nous amène à reproduire, avec son autorisation, l’argumentaire détaillé produit par l’Atecopol. Comprenant 12 réponses à des objections entendues régulièrement (au-delà de la cantine ou de la salle des profs), il constitue un outil précieux pour mener le combat contre l’adhésion à toutes sortes de mythes et de mensonges. Il contribue aussi et surtout à construire un autre imaginaire politique, à dessiner un monde différent que celui que nous promet l’IA : entreprise à laquelle le Collectif Les mots sont importants s’associe pleinement.
Lire le contre argumentaire précédent
La question de notre rôle d’éducateur·ices face à l’avènement de l’IAg est cruciale et mérite quelques développements.
Tout d’abord, le constat de l’existence d’une pratique dans la société civile n’est pas en soi une raison décisive pour former nos étudiant·es à ladite pratique. Notre mission est d’être des éducateur·ices au service de valeurs démocratiques et humanistes [1], c’est-à-dire promouvant l’intégrité, la déontologie, l’ouverture, la tolérance, le civisme, etc.
Cela étant posé, nous constatons que l’IAg constitue un risque important pour notre société ; ce constat nous oblige, effectivement, en tant qu’éducateur·ices, à aborder l’IAg sous l’angle des risques. A cet effet, le modèle de la prévention [2] peut être une source d’inspiration, et comporte des approches pédagogiques très diverses. En ce qui concerne l’IAg, il s’agit a minima d’éviter la banalisation de ces technologies en commençant par l’explicitation de l’ensemble des problèmes environnementaux et sociaux qu’elle soulève. Plus généralement, c’est notre rôle de formateur·ices que de prendre un peu de recul par rapport à des injonctions court-termistes du marché, et d’anticiper ce qui serait utile pour des jeunes qui verront la fin de ce siècle.
Enfin, il est assez courant que, dans les établissements éducatifs, le sujet de l’IAg arrive comme un lot impliquant tout un ensemble de projets qui sont pourtant de nature assez disparate : des formations, des incitations à l’expérimentation pédagogique, la mise en place de nouveaux outils de gestion, etc. Dans la perspective d’une approche centrée sur les risques, rien ne justifie pourtant de devoir se former à l’IAg, ni de former à son utilisation et encore moins de l’intégrer à nos pratiques professionnelles (pour faire nos diaporamas, nos cours, nos sujets d’évaluations, les comptes rendus de réunion, etc.) ou dans les administrations.