Le 1er décembre 2025, l’Atelier d’écologie politique de Toulouse lançait un manifeste, aussitôt signé massivement par des membres de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) et de l’éducation nationale (EN) déclarant adopter une posture d’objection de conscience face au déploiement des technologies d’IA générative (IAg) dans leurs institutions. Le manifeste, que nous vous incitons à signer, justifie cette position par trois considérations majeures : le gouffre énergétique et matériel qu’implique le développement de l’IA, et dans le contexte de crise climatique, son caractère écocidaire ; les désastres sociaux, géopolitiques, économiques qu’engendre cet accélérateur des infrastructures industrielles ; enfin le futur dystopique (désinformation, dépendance, attaques contre la démocratie…) que nous promettent les mégafirmes aux commandes du développement de l’IA. Depuis le lancement de ce manifeste, l’Atecopol (Atelier d’Écologie Politique de Toulouse) s’est lancé dans un travail politique et pédagogique non seulement remarquable mais absolument indispensable. Nous n’entrevoyons qu’une minime partie des conséquences que pourrait avoir l’éclatement de la bulle financière liée à l’IA, mais les manifestations du réchauffement climatique – qu’accélèrent à une vitesse inouïe les data centers nécessaires à l’IA – sont, cet été, d’ores et déjà très concrètes. C’est ce qui nous amène à reproduire, avec son autorisation, l’argumentaire détaillé produit par l’Atecopol. Comprenant 12 réponses à des objections entendues régulièrement (au-delà de la cantine ou de la salle des profs), il constitue un outil précieux pour mener le combat contre l’adhésion à toutes sortes de mythes et de mensonges. Il contribue aussi et surtout à construire un autre imaginaire politique, à dessiner un monde différent que celui que nous promet l’IA : entreprise à laquelle le Collectif Les mots sont importants s’associe pleinement. Enchaînons avec le troisième argument, potentiellement séduisant.
Lire le contre-argumentaire précédent.
On peut comprendre le souhait de nos dirigeant·es de développer des IAg – et plus largement des infrastructures numériques – « souveraines » ou locales pour des raisons géopolitiques, puisque le contrôle des algorithmes qui influencent nos vies ou des infrastructures numériques dont nous nous sommes rendus dépendants devient un enjeu majeur. Néanmoins, comme l’illustre la trajectoire récente de Mistral AI, ni la France ni l’Europe ne disposent des capacités financières et industrielles pour développer des entreprises de l’IAg entièrement européennes. Le constat est encore plus clair si l’on parle des puces au cœur des cartes graphiques nécessaires à l’IAg, qui sont actuellement le quasi-monopole de la multinationale étatsunienne NVidia.
De plus, même en imaginant qu’un effort considérable (comme celui qui a conduit à la création d’Airbus, par exemple) conduise à l’émergence d’un géant européen de l’IAg, il est illusoire d’imaginer que ce dernier puisse échapper aux écueils des IAg en termes d’appel énergétique et matériel global.
Enfin, la disponibilité d’électricité nucléaire et renouvelable en France est un argument régulièrement employé pour promouvoir une IAg souveraine dans des datacenters « décarbonés ». Cet argument est contredit par les scénarios du rapport du Shift Project, qui prévoient une consommation des datacenters en France d’environ 33-45 TWh en 2035, soit l’équivalent de l’intégralité de la production nucléaire supplémentaire envisagée en 2035 dans les hypothèses hautes des scénarios RTE (ou de l’intégralité de la production éolienne actuelle), ce qui est incompatible avec les objectifs généraux de décarbonation de la France.