Le 9 juin 2026, pour la PREMIÈRE fois, je fais un « POST » Facebook.
Je n’ai jamais utilisé Facebook. Je n’ai commencé à utiliser un réseau social qu’à partir de 2012, et ça a été Twitter. C’était l’article de Mona Chollet dans Le Monde diplomatique, « Twitter jusqu’au vertige » qui m’y avait entraînée ! Je me suis créé un compte, bien sûr anonyme, puis au bout de quelques temps où je maîtrisais bien l’outil, je m’en étais notamment servi pour créer un compte pour l’UJFP [2].
Quelques temps plus tard, en 2015 – avant l’effroi des visages du 13 novembre, postés en boucle sur le réseau durant deux jours, lorsque les proches des victimes du Bataclan imploraient des nouvelles des disparu.es jusqu’au moment où les hôpitaux venaient annoncer les deuils à venir –, en mars 2015 donc, Twitter m’avait fait traverser une expérience inoubliable de communauté virtuelle. Dix ans après la mort de Zyed et Bouna dans un transformateur électrique alors qu’ils étaient pris en chasse par la police, et les révoltes urbaines de novembre 2005, le procès pour « non-assistance à personne en danger » impliquant deux policiers (l’un des patrouilleurs du 27 octobre 2005 ayant pris part à la course-poursuite dans les rues de Clichy-sous-Bois, et l’autre qui assurait le standard du commissariat) avait lieu, mais volontairement dépaysé de Bobigny à Rennes.
La pratique des « live-tweets » avait déjà commencé depuis un moment, et ce sont plusieurs personnes assistant au procès de Rennes qui ont permis, sur le réseau, de faire vivre, en direct, à toute une communauté (dont beaucoup de très jeunes) pour qui ce procès était majeur autant que l’avait été la mort de Zyed et Bouna, les cinq jours d’un procès à caractère historique. Cela a permis qu’à cinq jours du verdict du 18 mai, chacune des cinq vidéos du film #ZyedetBouna, le procès 2.0 soient diffusées en ligne. La trace de ce que la justice française a fait de la mort de ces jeunes et de la responsabilité de la police y est ainsi consignée. Le 27 juin 2023, Nahel Merzouk est tué à bout portant, et malgré l’évidence que « Cette fois, tout le monde a vu », pouvons-nous imaginer un verdict différent [3] ?
Puis, il a fallu quitter Twitter, lorsque le rachat par Elon Musk en 2022 augurait d’emblée, via les nouveaux algorithmes qui s’y déploieraient, la prolifération de l’extrême-droite avec son cortège de haine raciste, misogyne, masculiniste, homophobe, transphobe, et de désinformation de masse… J’ai refait un compte anonyme sur Bluesky, et c’était tout.
Jusqu’en janvier 2025 où j’ai décidé de me faire un compte Facebook – non anonyme – pour poster (« uniquement » m’étais-je dit !) sur le féminisme... vu que mon article sur Caubère était en passe d’être publié. Bon, évidemment, je ne m’y suis pas tenue : à partir du moment où j’ai commencé à consulter Facebook, en plein génocide, j’ai commencé à REposter sur Gaza, et puis... finalement sur tout ce qui fait de moi une personne engagée politiquement.
J’ai commencé à « suivre » quelques comptes, de manière assez parcimonieuse. Je suis absolument nulle comme utilisatrice de l’outil, je ne sais rien paramétrer, plein de trucs que je n’arrive pas à faire bref, boomer totale (FB étant déjà en soi un truc de boomer… « LOL »).
J’ai REposté donc, beaucoup, mais n’ai quasiment pas fait une seule publication moi-même. De très rares fois pour commenter un article, ou poster le mien.
Et LÀ, l’autre soir (le 09/06/26), à la faveur d’une bronchite très stressante, je scrolle, je ne peux absolument pas dormir, et je ressens, comme nous avons été très nombreuses à le ressentir, qu’il « se passe quelque chose ». Les mobilisations appelées devant le ministère de la Justice à Paris et devant les tribunaux de nombreuses villes suite au meurtre de Lyhanna laissent voir quelque chose qui déborde [4]. À Paris, les personnes qui se sont déplacées sont choquées de l’interdiction du rassemblement devant le ministère, la Préfecture ne l’ayant autorisé qu’un peu plus loin (bon... pour qui milite sur de nombreux sujets depuis des décennies, on pourrait s’amuser un peu de leur surprise, si « ce qu’il se passe » n’était pas si fondamental). D’ailleurs, un barrage policier est débordé par l’afflux de la foule. Lio, Anna Mouglalis, Flavie Flament sont interviewées, Suzanne entame son morceaux, devenu hymne, en pleine manif. La démission de Darmanin est demandée ici et là.
Et, pour la première fois, précisément sur la parole féministe, je décide de faire un post, une publication Facebook. Qui sera vue, je ne me fais aucune illusion, par genre trois personnes.
Une amie like, j’ai fait mon boulot, je suis déjà dans ma visibilité maximale.
Et... quelque chose d’incroyable se produit : le réseau social toxique (par nature, ils le sont tous évidemment) fait son boulot de réseau social toxique. Une personne, que, étonnamment, j’avais décidé il y a quelques jours d’arrêter de « suivre », je ne me rappelle plus exactement pourquoi : je voyais ses publications trop fréquemment et je n’y trouvais pas du tout d’intérêt ? Voire elles me paraissaient systématiquement dire des choses vaseuses, inutiles, ou carrément « limites » ? Bref, cette personne que j’ai connue il y a 25 ans et avec laquelle je n’avais AUCUNE interaction m’écrit en commentaire, EN M’INTERPELLANT par mon prénom :
Wow.
Première réaction, je vérifie et regarde de quoi il s’agit quant aux « Les faits [qui] ont été jugés ». Je n’avais bien sûr aucun souvenir des suites judiciaires qui avaient permis à Macron de tenir sa promesse de République exemplaire, ainsi que celle de l’égalité femmes/hommes comme grande cause du quinquennat, et d’ainsi placer plusieurs fois aux plus hautes fonctions de l’État ce qui n’est autre qu’un : innocent.
Je trouve cet article de juillet 2020 qui dit parfaitement l’essentiel – sachant qu’en 2020, Le Consentement [5] vient seulement de sortir (en janvier, l’article date de juillet) et que la notion qui a été au centre des dernières avancées en matière de VSS ne serait sans doute plus évoquée aujourd’hui dans les mêmes termes par la juriste : « Indépendamment du point de savoir si la relation a bien été consentie, la matérialité des faits, non contestée par le ministre lui-même [c’est moi qui souligne], marque déjà l’exploitation d’une position de pouvoir dans le champ des relations intimes. »
Sur le plan « juridique », donc, et au regard de ce qui était, précisément, en jeu dans ces rassemblements d’hier soir, on notera qu’il y a eu en tout quatre classements sans suite et deux non-lieux dans les affaires mettant en cause Darmanin pour des VSS. Au passage, lire sa fiche Wikipédia nous rappelle fort à propos – en sus de ses déclarations homophobes et pro-Manif pour tous (et de tout le reste)… mais on choisit de qui on veut se faire l’avocat.e – qu’il avait adressé des intimidations à l’encontre de la LDH. Mais, bon, la LDH n’étant plus aujourd’hui qu’un repère pour wokistes islamogauchistes féminazies, calmez-vous, tout va continuer à bien se passer.
Après mûre réflexion, suite à cette étonnante interpellation en commentaire de mon post, je me suis dit qu’il n’était finalement peut-être pas si étonnant qu’à l’époque des violences dont j’ai été victime au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique [6], cette même personne qui s’adresse à moi en me nommant par mon prénom y était chargée de communication.




