Née de l’élimination et du meurtre, la République islamique d’Iran ne doit sa survie qu’à l’élimination et au meurtre. La même violence d’État qui au cours de l’été 1988 a, sans procès, envoyé à la potence des milliers de prisonnier·es politiques, de révolutionnaires et de partisan·es de la liberté, s’exerce aujourd’hui sous une autre forme, par le massacre à grande échelle des manifestant·es dans les rues.
Entre le jeudi 8 janvier et la coupure généralisée d’internet jusqu’à aujourd’hui, la République islamique a déclenché un bain de sang dans l’obscurité numérique la plus totale. Les images des victimes abandonnées dans la rue et des corps entassés dans les morgues de Kahrizak, les récits de manifestant·es et de personnels soignants, ainsi que les rapports d’organisations indépendantes de défense des droits humains, révèlent une violence brutale, systématique et massive.
Ce massacre sans précédent dans l’histoire pourtant sanglante de la répression de la rue par la République islamique a lieu à un moment charnière du soulèvement. Au bord de l’asphyxie et privé·es de la possibilité de vivre dignement, les classes populaires, les chômeur·ses, les travailleuses et les travailleurs précaires, les étudiant·es et une partie des commerçant·es des bazars ont tenu tête, dix jours durant, par des manifestations et des grèves, par des blocages et des barricades, à un régime armé jusqu’aux dents, multipliant le soulèvement dans plus d’une centaine de villes. Dans les nuits des 7 et 8 janvier, le contrôle des villes - en particulier dans les régions marginalisées - a progressivement échappé à l’État.
Ce massacre inédit expose encore davantage les peuples d’Iran au risque d’une intervention impérialiste. Les États-Unis et Israël sont à l’affût. Prétendant vouloir « aider » et « sauver » les manifestant·es, ils profitent de la cruauté de la République islamique pour faire avancer leur propre guerre impérialiste dans la région. Toute intervention militaire, même présentée comme « ciblée » et limitée aux organes de répression, ne fait en pratique que renforcer la République islamique pour réprimer davantage, intensifier le climat sécuritaire dans la société au prétexte d’un risque de guerre, et alimenter le discours paranoïaque du pouvoir. La menace de la guerre renforce également le campisme, qui consiste à qualifier les manifestant·es de « pions du Mossad » et à présenter le soulèvement actuel comme le prolongement de la « guerre des douze jours ».
Les monarchistes, qui avaient déjà soutenu de toutes leurs forces les sanctions et cette guerre menée par Israël, acclament aujourd’hui Trump, mendient une intervention militaire et affichent leur médiocrité politique à grands cris. Ils sont une insulte à la longue lutte des peuples d’Iran et ils salissent le sang versé depuis un siècle pour la liberté, l’égalité et l’autonomie.
Ce courant, par sa prétention à l’hégémonie et un discours profondément autoritaire, patriarcal, centraliste et passéiste, sème la division et le désespoir au sein du soulèvement. Ils et elles appellent « père » le fils du Shah déchu et ne tolèrent d’autre voix que celle de leur « chef ». Par l’intimidation, la menace et le recours à la violence symbolique et physique, ils cherchent à faire taire toute voix dissonante à coups d’étiquettes se voulant stigmatisante : « gauchiste », « séparatiste » ou « cinquante-septard [pandjâh-o-hafti] », terme par lequel ils essaient de disqualifier les révolutionnaires qui ont combattu le chah. Dans la continuité de la propagande paternaliste de la République islamique qui dure depuis 46 ans, ils tentent de faire croire que la force et la conscience d’un peuple en révolte ne sont rien sans un « sauveur ».
Leur stratégie d’accaparement du pouvoir rappelle dangereusement celle de Khomeiny entre 1979 et 1981 : confiscation de la révolution, élimination progressive des rivaux dans un processus sanglant allant de la répression des conseils ouvriers et paysans et des femmes à celle du Kurdistan et du journal Ayandegan, aboutissant à une mainmise totale sur le pouvoir. La grande leçon de ces années s’adresse à toutes celles et ceux qui luttent pour la libération et l’égalité : il est urgent et nécessaire de construire un front large, inclusif et conscient contre les forces réactionnaires et le despotisme.
À l’époque, si toutes les forces et courants qui, progressivement et chacun de leur côté, ont résisté à la République islamique s’étaient unis dans un front unique et large, Khomeiny n’aurait jamais pu monopoliser le pouvoir. Aujourd’hui, la solidarité avec le soulèvement populaire contre le régime meurtrier de la République islamique ne peut se construire sans la formation d’un large bloc s’opposant sans ambiguïté au monarchisme, sous peine d’exposer l’avenir à de dangereuses spéculations et tergiversations - et de répéter une catastrophe historique.
Le samedi 17 janvier, nous descendrons dans les rues de Paris pour affirmer notre solidarité avec les luttes populaires en Iran ; pour condamner sans hésitation et sans condition, le massacre des manifestant·es par la République islamique ; et pour rappeler à toutes les forces qui cherchent à délégitimer le soulèvement au nom des risques impérialistes - ou, comme les monarchistes, à le confisquer et le détourner - une évidence : le peuple décide de son destin.
Nous descendrons dans la rue contre les récupérations, les projets de mise sous tutelle et les scénarios fabriqués comme celui d’un « regime change » contrôlé et limité à la vénézuélienne.
Notre message à l’opinion publique mondiale est clair : tenez-vous aux côtés des peuples d’Iran, opposez-vous aux bombes et aux sanctions. Nous avons besoin d’une solidarité internationale pour briser le silence, pour arrêter le massacre, pour soutenir une organisation populaire et pour défendre le droit des peuples à l’autodétermination, sans tuteur ni sauveur.
Stop au massacre ! Ni mollahs ni chah ! Non à l’impérialisme ! Femme, Vie, Liberté ! Vive l’internationalisme !



