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	<title>Les mots sont importants (lmsi.net)</title>
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		<title>Ce que les femmes pr&#233;f&#232;rent</title>
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		<dc:date>2026-05-06T13:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Tissot</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; C&#233;l&#233;brer la star, exposer l'actrice &#187;, telle est l'ambition que s'est donn&#233;e la Cin&#233;math&#232;que fran&#231;aise &#8211; et la commissaire de l'exposition Florence Tissot &#8211; &#224; l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Marilyn Monroe en 1926. Pour mieux comprendre la carri&#232;re de cette immense actrice, resitu&#233;e dans l'&#233;poque des ann&#233;es 1950 (l'Am&#233;rique puritaine et en m&#234;me temps obs&#233;d&#233;e par le sexe, la s&#233;gr&#233;gation raciale, l'empire des studios hollywoodiens etc), il faut aller voir (jusqu'au 26 juillet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lmsi.net/-Cinema-" rel="directory"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; C&#233;l&#233;brer la star, exposer l'actrice &#187;, telle est l'ambition que s'est donn&#233;e la Cin&#233;math&#232;que fran&#231;aise &#8211; et la commissaire de l'exposition Florence Tissot &#8211; &#224; l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Marilyn Monroe en 1926. Pour mieux comprendre la carri&#232;re de cette immense actrice, resitu&#233;e dans l'&#233;poque des ann&#233;es 1950 (l'Am&#233;rique puritaine et en m&#234;me temps obs&#233;d&#233;e par le sexe, la s&#233;gr&#233;gation raciale, l'empire des studios hollywoodiens etc), il faut aller voir (jusqu'au 26 juillet 2026) cette &lt;a href=&#034;https://www.cinematheque.fr/exposition.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exposition&lt;/a&gt;. Il faut aussi lire le magnifique catalogue, les photos in&#233;dites et les diff&#233;rents articles qui, puisant entre autres dans les analyses f&#233;ministes, les star studies, rappelant l'enjeu crucial de la race (via la question de la blanchit&#233;), jettent un &#233;clairage nouveau sur nos repr&#233;sentations, encore trop souvent caricaturales, de Marilyn Monroe. En &#233;cho &#224; ce travail, nous republions un article consacr&#233; &#224; un des plus beaux films et &#224; un des plus beaux r&#244;les de l'actrice : Lorelei qui, aux c&#244;t&#233;s de sa comp&#232;re Jane Russel dans &lt;i&gt;Les hommes pr&#233;f&#232;rent les blondes&lt;/i&gt;, nous donne &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ce que les femmes pr&#233;f&#232;rent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH690/capture_d_e_cran_2026-05-06_a_11.59_16-1a720.png?1778061792' width='500' height='690' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce film (1953) raconte l'histoire de deux femmes. La premi&#232;re, Lorelei (Marilyn Monroe), est blonde. Elle est attir&#233;e par l'argent (plus exactement par les diamants), et elle veut un mari tr&#232;s riche. La brune, Dorothy (Jane Russel), est plus sensible au corps des hommes et elle cherche un, ou plusieurs, beaux mecs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ont vu dans &lt;i&gt;Gentlemen Prefer Blondes&lt;/i&gt; un film cynique, portant un regard d&#233;senchant&#233; sur les relations amoureuses (le film &#171; le plus sombre &#187; de Howard Hawks pour Serge Daney&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Daney, La maison cin&#233;ma et le monde. Tome 1. Le temps des Cahiers. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Pour beaucoup de spectatrices au contraire, la repr&#233;sentation de deux femmes fortes, &#233;chappant aux st&#233;r&#233;otypes f&#233;minins, est plut&#244;t r&#233;jouissante, et m&#234;me, pourrait-on dire, f&#233;ministe. D'abord parce que l'autonomie, la diversit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; du d&#233;sir des femmes sont radicalement pos&#233;es, avec humour, et sans que cet humour ne se retourne contre elles. Et ce n'est pas si fr&#233;quent dans le cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les femmes pr&#233;f&#232;rent les riches : Lorelei&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_22 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L252xH167/Loreil-ed4ca.jpg?1763123127' width='252' height='167' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le film s'organise autour de deux aventures : l'histoire de Gus Edmond, fils de milliardaire raide dingue de Lorelei, qu'elle cherche &#224; &#233;pouser, et la rencontre entre Dorothy et Malone, un d&#233;tective engag&#233; par le p&#232;re de Gus, furieux, qui veut percer &#224; jour Lorelei. Les deux couples finissent par se marier (ou presque, comme nous le verrons &#224; la fin), ) &#224; l'issue de multiples p&#233;rip&#233;ties et d'une croisi&#232;re qui les emm&#232;nent en Europe, l&#224; o&#249; Lorelei et Gus ont le projet de se marier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le bateau, Lorelei rencontre un producteur de diamants d'Afrique du Sud, Francis Beekman dit &#171; Piggie &#187;. Malone parvient &#224; prendre des photos compromettantes. Lorelei, aid&#233;e de Dorothy, tente de r&#233;cup&#233;rer les photos, mais les difficult&#233;s s'accumulent quand, &#224; Paris, elle est accus&#233;e d'avoir vol&#233; une tiare de diamants appartenant &#224; la femme de Piggie. La situation ne s'arrange qu'une fois Lorelei blanchie de ces deux accusations : &#234;tre une voleuse et &#234;tre une femme v&#233;nale. Elle convainc le p&#232;re de Gus que ses intentions (la recherche de la fortune) sont non seulement sinc&#232;res mais l&#233;gitimes, et Malone renonce, par amour pour Dorothy, &#224; son job de d&#233;tective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario du film repose sur une structure classique : deux intrigues amoureuses, qui en d&#233;pit des obstacles, connaissent un heureux d&#233;nouement. Mais l'objectif des deux femmes, plus que le couple, c'est d'abord l'affirmation d'elles-m&#234;mes ; comme le r&#233;sume la chanson chant&#233;e au d&#233;but, et reprise &#224; la fin, lors de la c&#233;r&#233;monie de mariage, avec les deux derni&#232;res lignes en plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;We're just two little girls from Little Rock &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;And we lived on the wrong side of the tracks&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;But at last we won the big crusade&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Looks like we finally made the grade&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Nous sommes deux jeunes filles de Little Rock / Et nous vivions du mauvais c&#244;t&#233; de la barri&#232;re / Mais nous avons gagn&#233; la grande croisade / Car nous sommes finalement mont&#233;es en grade)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1409 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L484xH335/a_a_a_a_a_gentlemen-2cd32.jpg?1763123127' width='484' height='335' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la &#171; croisade &#187; men&#233;e par les deux chanteuses de cabaret ? Une promotion qui n'est pas seulement une r&#233;ussite sociale. Ou plut&#244;t celle-ci passe par l'affirmation des deux types de d&#233;sirs qui sont les leurs, celui de Lorelei, attir&#233;e par la fortune des hommes et l'attrait de Dorothy pour la beaut&#233; de leur corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorelei parvient &#224; &#233;pouser Gus, malgr&#233; l'hostilit&#233; de son p&#232;re, suite &#224; cette sc&#232;ne &#233;difiante, qui les r&#233;unit tous les trois &#224; Paris. En toute candeur, Lorelei en explique au p&#232;re de Gus que, bien s&#251;r, elle ne veut pas &#233;pouser Gus pour son argent... mais pour l'argent de son p&#232;re ! Et le milliardaire se voit ass&#233;n&#233; cette v&#233;rit&#233; &#224; laquelle il ne peut rien r&#233;pondre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Don't you know that a man being rich is like a girl being pretty ? You might not just marry a girl because she's pretty but, My Goodness !, doesn't it help ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vous savez, &#234;tre riche pour une homme, c'est comme &#234;tre jolie pour une femme. Vous n'&#233;pousez sans doute pas une fille parce qu'elle est jolie, mais, mon Dieu, &#231;a aide !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, elle ne joue pas la femme pure et honn&#234;te, comme le fait le personnage f&#233;minin de cet autre film du cin&#233;aste Howard Hawks &lt;a href='https://lmsi.net/[Sylvie Tissot, Rio Bravo ou la masculinit&#233; retrouv&#233;e-&gt;512'&gt;&lt;i&gt;Rio Bravo&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;, Feather, elle aussi accus&#233;e d'&#234;tre v&#233;nale. L&#224; o&#249; Lorelei vient en r&#233;alit&#233; questionner le jeu habituel des relations hommes/femmes, Feather joue l'int&#233;gration, et donne des gages. Oui, elle est bien la femme soumise et fid&#232;le qui ne r&#234;ve que d'une chose, &#233;pouser Chance (John Wayne). Alors que l'h&#233;ro&#239;ne de Rio Bravo ne cesse de r&#233;p&#233;ter que que &#171; &lt;i&gt;I'm not the girl you think I am &lt;/i&gt; &#187;, que la prendre pour une &#171; putain &#187; est une grossi&#232;re erreur, Lorelei dit simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;I am what I am, and that' perfectly normal : take it or leave it &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Je suis ce que je suis, et c'est parfaitement normal : &#224; prendre ou &#224; laisser !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tirade de Lorelei semble &#233;tablir une sym&#233;trie entre un d&#233;sir masculin tourn&#233; vers la beaut&#233; plastique, et l'attirance f&#233;minine pour l'argent. Une autre &#233;quivalence est &#233;tablie du m&#234;me coup : entre la femme jolie, objet traditionnel (et per&#231;u comme naturel) du d&#233;sir masculin, et l'homme riche recherch&#233; par les femmes. En r&#233;alit&#233; c'est une fausse sym&#233;trie mais la poser montre que les deux postures ne sont pas &#233;galement l&#233;gitimes, l'une n'&#233;tant jamais interrog&#233;e, l'autre n'&#233;tant pas dicible ou alors fortement stigmatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t du personnage et des tirades de Lorelei, c'est aussi de faire de l'attirance des femmes pour l'argent une r&#233;sistance face &#224; l'injonction &#224; la beaut&#233; et &#224; la jeunesse : c'est en tous cas ce que dit la chanson, chant&#233;e &#224; deux reprises dans le film, et notamment dans le fameux num&#233;ro de Lorelei &#171; &lt;i&gt; Diamonds are a girl's best friend &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;sente l'attirance des femmes pour l'argent comme une r&#233;sistance. Lorelei ne chante-t-elle pas que c'est parce que &#171; &lt;i&gt;men grow cold as girls grow old &lt;/i&gt; &#187; (les hommes se refroidissent quand les filles vieillissent) que les diamants sont les meilleurs amis des filles, les seuls dont la fid&#233;lit&#233; est &#171; &#233;ternelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une fausse &#034;dumb blonde&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du film, Lorelei retourne le st&#233;r&#233;otype de la &lt;i&gt;dumb blonde&lt;/i&gt;, la &#171; ravissante idiote &#187; blonde souvent associ&#233;e &#224; l'actrice Marilyn Monroe. A chaque fois que Lorelei appara&#238;t stupide, elle ajoute un mot d'esprit qui cl&#244;t l'&#233;change, en assumant sa na&#239;vet&#233; et/ou en jouant sur un comique de l'absurde. Alors que Gus lui annonce qu'il lui a pr&#233;par&#233; une lettre de cr&#233;dit pour Paris, il doit lui expliquer le sens du terme car elle pense qu'il s'agit d'une lettre personnelle. Quand elle comprend qu'il s'agit d'argent, ravie, elle lui demande de lui &#233;crire des lettres tous les jours ! Ignorante des termes ou des usages, elle ne se laisse pas d&#233;monter, et c'est toujours elle qui a le dernier mot. A femme de Piggie lui explique qu'une tiare se porte sur la t&#234;te et non autour du cou comme elle le pensait, elle r&#233;torque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; I love finding new places to wear diamonds !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(J'adore trouver de nouveaux endroits o&#249; porter des diamants !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorelei joue de l'attrait physique qu'elle exerce sur les hommes, mais on aurait tort de voir dans ce film la repr&#233;sentation d'un empowerment au rabais, niant le prix que les femmes payent au jeu de la s&#233;duction. Ce que l'on voit, c'est d'abord que Lorelei est gagnante &#224; ce jeu, et la pr&#233;sence au cin&#233;ma de femmes puissantes et rou&#233;es - et non pas faibles, vuln&#233;rables ou dangereuses - est en soi politique. Ainsi, elle parvient &#224; obtenir de l'employ&#233; du bateau charg&#233; d'organiser les plans de table qu'il mette &#224; c&#244;t&#233; de Dorothy le riche h&#233;ritier qu'elle a rep&#233;r&#233; parmi la liste des voyageurs en mena&#231;ant, s'il ne le fait pas, de d&#238;ner dans sa chambre (auquel cas il risquerait de perdre les pourboires tr&#232;s &#233;lev&#233;s qu'il obtient en pla&#231;ant les hommes &#224; ses c&#244;t&#233;s). Elle se sert de son corps, mais loin d'en &#234;tre esclave, elle ma&#238;trise pour une grande part ce jeu, et, plus que cela, se sert de son corps tout en affirmant son intelligence. Ainsi au p&#232;re de Gus, qui, interloqu&#233; par ses r&#233;parties, lui dit : &#171; &lt;i&gt;Hey, people told me you were stupid ! &lt;/i&gt; &#187; (on m'avait dit que vous &#233;tiez stupide), elle r&#233;pond :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;I can be clever, especially when it's important, and that's why I like Gus, he's always been interested in my brains&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Je peux &#234;tre intelligente, surtout quand c'est important. Et c'est pour &#231;a que j'aime Gus, il a toujours &#233;t&#233; attir&#233; par mon cerveau ! )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224; m&#234;me, elle renverse doublement le st&#233;r&#233;otype de la &lt;i&gt;dumb blonde &lt;/i&gt; qui n'est qu'un corps (sous-entendu sans intelligence), et surtout un corps pour les hommes. Lorelei, c'est l'affirmation permanente d'un d&#233;sir physique... non pas pour l'homme mais pour son argent, et plus pr&#233;cis&#233;ment pour ce qui incarne pour elle le plus l'argent, les diamants. En effet, Lorelei n'est jamais plus excit&#233;e au sens propre du terme que quand elle voit des bijoux, et surtout quand il s'agit de leur... taille : qu'il s'agisse de la bague de fian&#231;ailles que lui offre Gus (&#171; &lt;i&gt;It can never be too big&lt;/i&gt; &#187;, dit elle, quand celui-ci lui demande si la bague, pensant &#224; l'anneau, est bien &#224; sa taille, ou quand elle d&#233;couvre la tiare de Lady Beekman).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs cet amour d&#233;mesur&#233; pour les diamants qui la conduit &#224; flirter avec Piggie, et donc &#224; mettre en p&#233;ril ses plans avec Gus. De sorte que Lorelei n'est pas vraiment dans le calcul (le seul moment o&#249; elle l'est, c'est pour trouver un mari riche pour son amie Dorothy). Ce qui la motive est bel et bien de l'ordre du sentiment, elle avoue d'ailleurs &#224; son amie &#224; quel point elle aime Gus, pour sa gentillesse, sa soumission... et son argent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi si certains sont mal &#224; l'aise face &#224; ce film, c'est sans aucun doute qu'il y a un constat d&#233;senchanteur : les femmes ne sont pas toujours dans le don de soi, et subissant la situation de domination qui est la leur, leurs sentiments sont aussi li&#233;es &#224; des &lt;i&gt;int&#233;r&#234;ts&lt;/i&gt;. Comme Lorelei l'explique au p&#232;re de Gus, il n'y a pas de raison pour que les femmes ne cherchent pas ce qu'il y a de mieux. Dans les sentiments amoureux entrent aussi des logiques sociales, pour les hommes mais aussi pour les femmes. Mais ce constat est surtout d&#233;senchanteur pour les hommes (car les femmes savent ce qu'il en est).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que met &#224; mal ce film, c'est aussi le mod&#232;le de l'amour romantique ou passionnel o&#249; les seuls sentiments possibles chez les femmes rel&#232;vent de la gratuit&#233;, sous peine d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;es du c&#244;t&#233; de la prostitu&#233;e ou de la mangeuse d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L252xH167/Russel-4cb58.jpg?1763123127' width='252' height='167' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les femmes pr&#233;f&#232;rent aussi les beaux mecs : Dorothy&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir de Dorothy se construit autour d'un int&#233;r&#234;t diff&#233;rent : la beaut&#233; des hommes (au pluriel) et plus pr&#233;cis&#233;ment celle de leur corps. La sc&#232;ne de l'embarquement, d&#232;s le d&#233;but du film, est r&#233;v&#233;latrice. Une &#233;quipe de sportifs olympiques se tient devant le bateau. Lorelei et Dorothy s'approchent et son siffl&#233;es. Objets du d&#233;sir masculin ? Pas pour tr&#232;s longtemps. Lorelei les ignore et Dorothy commence &#224; fantasmer : &#171; &lt;i&gt;The olympic team ! For me ? Wasn't that thoughtful of somebody ?&lt;/i&gt; &#187; (Une &#233;quipe olympique ? Juste pour moi ? Quelle pens&#233;e d&#233;licate !). Sit&#244;t dit, sit&#244;t fait, elle organise un pot avant le d&#233;part du bateau, et s'en va &#224; la p&#234;che aux amants &#224; la piscine, en chantant : &#171; &lt;i&gt;Ain't anyone here for love ?&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Lorelei explique l'importance qu'a l'argent pour elle, Dorothy dit, dans cette fameuse sc&#232;ne de la piscine, quel est le fondement de son d&#233;sir : le physique. Dans les deux cas, la personnalit&#233; des hommes (ou leur charisme, ou leur intelligence ou leur force, bref tout ce qui, dans d'innombrables films, leur vaut l'amour des femmes) est absente de l'horizon des deux femmes. Dorothy circule autour des sportifs affair&#233;s, et multiplie les sous-entendus sexuels : raquettes de tennis &#224; la main, elle demande &#171; &lt;i&gt;Doubles, anyone ? &lt;/i&gt; &#187; (Qui veut faire un double ? ) et annonce sans d&#233;tour &#171; &lt;i&gt;Court's free !&lt;/i&gt; &#187; (Le terrain est libre !). Le r&#233;alisateur tourne en outre en d&#233;rision la virilit&#233; des hommes, en offrant une repr&#233;sentation compl&#232;tement kitsch et homo-&#233;rotis&#233;e de l'imaginaire grec du &#171; beau corps &#187;. Comme pour Lorelei, c'est &#224; partir de ce d&#233;sir que se construisent ses sentiments : d&#232;s l'embarquement, Dorothy remarque que Malone est un beau mec, dont elle tombe amoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_21 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L180xH141/gus.jgp-8caa9.jpg?1763123127' width='180' height='141' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les hommes pr&#233;f&#232;rent les blondes, mais quels hommes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ces femmes, &#233;voluent des hommes tous d&#233;pourvus des attributs traditionnels de la virilit&#233; : ils sont passifs et ridicules. Gus appara&#238;t pour la premi&#232;re fois sur l'&#233;cran &#224; la table du cabaret o&#249; les deux femmes font leur num&#233;ro, envoyant un baiser et agitant niaisement ses doigts. Il est b&#233;at d'admiration pour Lorelei qui n'a qu'&#224; esquisser un baiser (ou menacer de ne plus jamais en donner) pour lui faire tourner la t&#234;te et obtenir ce qu'elle d&#233;sire. Plus que n'importe quelle blonde, c'est lui qu'on a envie de qualifier de stupide. Il arrive &#224; peine &#224; formuler une phrase, il est engonc&#233;, emprunt&#233;, les bras ballants, la d&#233;marche h&#233;sitante et saccad&#233;e. Ses lunettes ach&#232;vent de lui donner une tournure ridicule, enfantine (que renforcent son visage poupin et l'omnipr&#233;sence de la figure paternelle dont il tente, avec peine, de se d&#233;gager : nous l'avons vu, c'est Lorelei qui finira par arracher son consentement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de lui, Piggie, dont le surnom souligne l'embonpoint et la figure porcine du riche producteur de diamants, est &#224; peine moins ridicule. Enfin, &#224; Gus, homme encore enfant, fait &#233;cho le riche h&#233;ritier, enfant d&#233;j&#224; adulte, Henry Spofford. A dix ans, il a d&#233;j&#224; incorpor&#233;, avec distance et s&#233;rieux, les r&#232;gles sociales de de la conversation galante et de la r&#233;plique machiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malone se rapproche du h&#233;ros masculin classique, s&#233;ducteur et malin. Il parvient &#224; coincer Lorelei et de fait, il joue un r&#244;le actif dans l'histoire. Jusqu'&#224; un certain point toutefois. D'abord son pouvoir de s&#233;duction n'est gu&#232;re montr&#233; autrement qu'&#224; travers le regard et les remarques de Dorothy. Son corps est &#224; peine mis en sc&#232;ne et sa virilit&#233; est d'ailleurs bafou&#233;e quand les deux femmes le d&#233;shabillent pour fouiller ses poches et lui font enfiler un peignoir rose. A la diff&#233;rence des deux femmes, il n'occupe jamais seul le cadre de l'image. En outre, s'il parvient &#224; prendre des photos de Dorothy et de Piggie, on est loin des exploits d'un Boggart. Le d&#233;tective n'a d'ailleurs gu&#232;re le loisir de se r&#233;jouir de ses faits d'armes puisqu'ils provoquent imm&#233;diatement la rupture avec Dorothy. Il finit par d&#233;missionner aupr&#232;s du p&#232;re de Gus pour ne pas la perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme lui, Dorothy est d&#233;bord&#233;e par ses sentiments, mais &#224; la diff&#233;rence de Malone, qui reste passif de part en part et finit par jeter l'&#233;ponge, son ing&#233;niosit&#233; s'en trouve redoubl&#233;e. Pour sauver son amie de la plainte d&#233;pos&#233;e pour vol, elle se d&#233;guise en Lorelei, s'arrange pour le faire comprendre &#224; Malone, et surtout parvient &#224; lui faire comprendre qu'il ne la retrouvera jamais s'il s'ent&#234;te &#224; travailler contre Lorelei pour le p&#232;re de Gus. Elle sauve ainsi en m&#234;me temps son amie et son amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La f&#233;minit&#233; en question : les performances du couple Lorelei/Dorothy &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut parler de ce film sans parler du couple que forment Lorelei et Dorothy. C'est d'abord un couple ciment&#233; par une ind&#233;fectible solidarit&#233;. Certes, tout semble s&#233;parer Lorelei et Dorothy. D&#232;s la premi&#232;re sc&#232;ne, la seconde se moque du go&#251;t immod&#233;r&#233; de son amie pour l'argent (ainsi s'exclame-t-elle, alors que Lorelei lui confie qu'elle a cru remarquer que Gus avait un cadeau pour elle, &#171; &lt;i&gt; You're the only girl in the world who can stand on the stage with a spot light in your eye and still see a diamond inside a man's pocket &lt;/i&gt; &#187; et de s'&#233;tonner quand Lorelei lui annonce leur mariage &#171; &lt;i&gt; I always figured Lorelei would end up with the Secretary of the Treasury !&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tu es la seule femme au monde qui, sur sc&#232;ne avec un projecteur braqu&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ; la premi&#232;re n'arrive pas &#224; comprendre pourquoi Dorothy pr&#233;f&#232;re les hommes beaux aux hommes riches (comme elle l'explique &#224; Gus qui s'inqui&#232;te de la mauvaise influence que pourrait exercer son amie lors de la travers&#233;e, Dorothy n'est pas m&#233;chante, seulement un peu b&#234;te, car &#171; &lt;i&gt;always falling in love with a man because he's good-looking&lt;/i&gt; &#187;). Sur cette base, Dorothy essaie de raisonner son amie pour l'emp&#234;cher de s'&#233;garer avec Piggie, tandis que Lorelei tente de lui trouver des pr&#233;tendants dignes de valeur, se r&#233;jouissant quand Malone, qui cache sa vraie identit&#233;, se pr&#233;sente comme un homme riche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Lorelei affirme &#224; plusieurs reprises que Dorothy est la meilleure amie du monde. Quant &#224; Dorothy, elle arr&#234;te imm&#233;diatement Malone quand il sous-entend que le comportement de Lorelei n'est pas tout &#224; fait irr&#233;prochable et qu'il fait remarquer &#224; quel point elles sont diff&#233;rentes : &#171; &lt;i&gt; Let's get this straight, dit Dorothy, nobody talks about Lorelei but me. She's quite a girl&lt;/i&gt; &#187; (Attention, personne ne conna&#238;t Lorele&#239; aussi bien que moi. Et je peux vous dire que c'est une fille extraordinaire). Elle n'h&#233;site pas &#224; rompre quand elle d&#233;couvre la vraie profession de celui avec qui elle a commenc&#233; &#224; flirter, Malone. Et c'est elle qui, finalement, sauve Lorelei de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'y a-t-il qu'une simple amiti&#233; ? Le r&#233;alisateur se plait &#224; brouiller les pistes, et conform&#233;ment aux r&#232;gles morales d'Hollywood, c'est par le clin d'&#339;il final du r&#233;alisateur qu'on voit - ou qu'on a envie de voir - autre chose. Car Dorothy se marie bien avec Malone, et Lorelei avec Gus. Mais lors d'une sc&#232;ne de mariage l&#233;g&#232;rement d&#233;cal&#233;e. Au lieu de la traditionnelle arriv&#233;e de la mari&#233;e guid&#233;e par son p&#232;re vers l'autel et le futur &#233;poux, on voit s'avancer c&#244;t&#233; &#224; c&#244;te les deux femmes v&#234;tues de blanc comme si leur mariage &#224; elles &#233;tait c&#233;l&#233;br&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux femmes du &#034;couple&#034; questionnent aussi les repr&#233;sentations traditionnelles de &#034;la femme&#034;. Marilyn est surf&#233;minis&#233;e dans ce film : seins en avant, yeux mi-clos ou au contraire &#233;carquill&#233;s en quasi permanence, battements de cils et haussements des sourcils &#224; r&#233;p&#233;tition, v&#234;tements tr&#232;s moulants et maquillage sophistiqu&#233;. Ce qui est donn&#233; &#224; voir, ce n'est pas la repr&#233;sentation r&#233;aliste d'un personnage, mais une performance de f&#233;minit&#233;, au sens anglais de performance, c'est-&#224;-dire de repr&#233;sentation, ou d'ex&#233;cution d'un r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le personnage de Lorelei semble au premier abord incarner un certain &#171; &#233;ternel f&#233;minin &#187;, ses attitudes &#171; f&#233;minines &#187; apparaissent en permanence &#171; jou&#233;es &#187;. La sc&#232;ne du proc&#232;s qui conduit Dorothy &#224; se d&#233;guiser en Lorelei vient d'ailleurs renforcer ce ph&#233;nom&#232;ne puisqu'&#224; cette occasion la f&#233;minit&#233; de Lorelei se trouve doublement &#171; jou&#233;e &#187;. Ce jeu de &#171; repr&#233;sentation dans la repr&#233;sentation &#187; est d'ailleurs annonc&#233; d'embl&#233;e puisque le film s'ouvre sur... une ouverture de rideau faisant appara&#238;tre les deux femmes sur sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette performance conduit, de mani&#232;re tr&#232;s efficace, &#224; de mettre &#224; jour le &#171; caract&#232;re imitatif du genre &#187;, comme le dit Judith Butler, c'est-&#224;-dire son caract&#232;re construit, non naturel. Et ce, de mani&#232;re similaire aux &lt;i&gt;drag-queens&lt;/i&gt;, ces hommes qui s'habillent en femme de fa&#231;on exag&#233;r&#233;e ou loufoque, pour jouer ou surjouer les mani&#232;res caract&#233;ristiques de la f&#233;minit&#233;, qu'&#233;voque la philosophe am&#233;ricaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le personnage de la drag-queen fait en effet appara&#238;tre les identit&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Dorothy, c'est le gar&#231;on manqu&#233; &#187;. Voix grave, grande, corps plus longiligne, elle marche &#224; grands pas, agitant ses grands bras et ses grandes jambes. Un gar&#231;ons manqu&#233;, acerbe, l&#233;g&#232;rement cynique, un brun macho puisqu'elle drague ouvertement les hommes, qui ne semblent gu&#232;re plus que de la chair fra&#238;che &#224; ses yeux. A tel point qu'elle multiplie les blagues sur le fait qu'ils doivent se coucher &#224; 9 heures du soir : un vraie raison de porter plainte aupr&#232;s du Congr&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, au lieu de r&#233;affirmer la soumission des femmes et la diff&#233;rence des sexes comme dans&lt;a href='https://lmsi.net/Rio-Bravo-ou-la-masculinite-retrouvee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Rio Bravo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Gentlemen Prefer Blondes&lt;/i&gt; donne &#224; voir deux figures fortes et solidaires, bien loin, malgr&#233; le glamour extr&#234;me impos&#233; par Hollywood, des figures traditionnelles de la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Daney, &lt;i&gt;La maison cin&#233;ma et le monde. Tome 1. Le temps des Cahiers. 1962-1981&lt;/i&gt;, Paris, POL, p 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tu es la seule femme au monde qui, sur sc&#232;ne avec un projecteur braqu&#233; en pleine figure, arrive &#224; voir un diamant dans la poche d'un homme/J'ai toujours pens&#233; que Lorelei finirait avec le ministre des Finances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le personnage de la drag-queen fait en effet appara&#238;tre les identit&#233;s sexuelles comme le r&#233;sultat d'imitations apprises et sans cesse renouvel&#233;es, mettant ainsi en &#233;vidence leur caract&#232;re construit (par des normes sociales) et donc non naturel. &#171; En imitant un genre, la drag queen r&#233;v&#232;le implicitement la structure imitative du genre en elle-m&#234;me, ainsi que sa contingence &#187;, Judith Butler, &lt;i&gt;Trouble dans le genre. Pour un f&#233;minisme de la subversion&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mots interdits</title>
		<link>https://lmsi.net/Mots-interdits</link>
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		<dc:date>2026-04-24T21:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nazli Temir Beyleryan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'importante th&#232;se de doctorat soutenu en 2016 par Nazli Temir Beyleryan, portant sur la m&#233;moire individuelle et collective des Arm&#233;niens de Turquie, vient enfin d'&#234;tre publi&#233;e sous forme de livre. Cette recherche se base sur des entretiens nombreux et approfondis men&#233;s pendant trois ans (2009, 2010, 2011) en Turquie, dans plusieurs villes d'Anatolie et surtout &#224; Istanbul, aupr&#232;s de trois g&#233;n&#233;rations d'Arm&#233;niens et d'Arm&#233;niennes. Le r&#233;sultat est aussi vivant et puissant que la rh&#233;torique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lmsi.net/-Des-livres-importants-" rel="directory"&gt;Des livres importants&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'importante th&#232;se de doctorat soutenu en 2016 par Nazli Temir Beyleryan, portant sur &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Le-silence-en-heritage&#034;&gt;la m&#233;moire individuelle et collective des Arm&#233;niens de Turquie&lt;/a&gt;, vient enfin d'&#234;tre publi&#233;e sous forme de livre. Cette recherche se base sur des entretiens nombreux et approfondis men&#233;s pendant trois ans (2009, 2010, 2011) en Turquie, dans plusieurs villes d'Anatolie et surtout &#224; Istanbul, aupr&#232;s de trois g&#233;n&#233;rations d'Arm&#233;niens et d'Arm&#233;niennes. Le r&#233;sultat est aussi vivant et puissant que &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Admettre-le-meurtre-nier-le-crime&#034;&gt;la rh&#233;torique n&#233;gationniste de l'&#201;tat turc&lt;/a&gt; est scientifiquement morte et politiquement mortif&#232;re. L'autrice retranscrit longuement et fid&#232;lement la parole de ses &#171; enqu&#234;t&#233;&#183;e&#183;s &#187;, et mobilise dans son analyse aussi bien les outils, les concepts et les analyses de la sociologie (les travaux fondateurs de Maurice Halbwachs sur le concept de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moire_collective&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; m&#233;moire collective &#187;&lt;/a&gt;, bien s&#251;r, mais aussi les analyses de Pierre Bourdieu sur la domination politique, sociale et symbolique, et son concept d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Habitus_(sociologie)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;habitus&lt;/a&gt;) que ceux de la philosophie (celle notamment de Jacques Derrida sur le &lt;a href=&#034;http://www.editions-galilee.com/f/index.php?sp=liv&amp;livre_id=2781&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; mal d'archive &#187;&lt;/a&gt;), des &#233;tudes litt&#233;raires (&lt;a href=&#034;https://raison-publique.fr/2784/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zabel Essayan&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=4L2Oe8xn5Aw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marc Nichanian&lt;/a&gt;) et de la psychanalyse (&lt;a href=&#034;https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/survivance-traduire-trauma-collectif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Janine Altounian&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.imprescriptible.fr/dossiers/piralian/gureghian&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;H&#233;l&#232;ne Piralian&lt;/a&gt;, et bien s&#251;r les analyses de Freud sur le &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-societes-2004-4-page-7.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;travail de deuil&lt;/a&gt;). Il en ressort une dissection implacable du syst&#232;me g&#233;nocidaire et de sa continuation n&#233;gationniste, de la terreur d'&#201;tat et de l'injonction &#224; l'oubli &#224; laquelle est soumise la minorit&#233; arm&#233;nienne, par mille canaux institutionnels (de l'&#201;cole aux m&#233;dias, en passant par l'ensemble des rapports sociaux), et des &#171; politiques de rappel &#187; qui assurent la perp&#233;tuation du r&#233;cit national et du silence arm&#233;nien (notamment le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Varl%C4%B1k_Vergisi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Varl&#305;k Vergisi de 1942&lt;/a&gt; et le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pogrom_d%27Istanbul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pogrom d'Istanbul&lt;/a&gt; en 1955, ou plus r&#233;cemment l'assassinat de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Hrant_Dink&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hrant Dink&lt;/a&gt;). Mais Nazli Temir Beyleryan n'en reste pas l&#224;. Tout en d&#233;voilant l'ensemble des m&#233;canismes d'intimidation et de silenciation, leur transmission et &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Les-plus-silencieuses&#034;&gt;leur incorporation&lt;/a&gt;, en somme tous les ressorts psychologiques qui poussent &#224; oublier, et d&#233;signent m&#234;me comme &lt;i&gt;impossibles&lt;/i&gt; la transmission et la comm&#233;moration, elle rappelle que l'oubli est lui-m&#234;me tout aussi impossible, voire davantage. La condition arm&#233;nienne appara&#238;t finalement comme un &#233;tat de tension invivable, et pourtant v&#233;cue, &lt;i&gt;indicible et dite pourtant&lt;/i&gt; (quand on veut bien entendre, voire solliciter cette parole, en un espace-temps d'interlocution s&#233;curis&#233;, o&#249; &#171; tout ce que vous direz &#187; ne sera pas &#171; retenu contre vous &#187;), entre &lt;i&gt;ces deux impossibilit&#233;s : se souvenir et oublier&lt;/i&gt;, en tout cas selon les modalit&#233;s ordinaires. Attentive aussi bien &#224; l'&#233;crasante puissance d'assujettissement d'un &#201;tat supr&#233;maciste et n&#233;gationniste qu'&#224; l'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Agentivit%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;agentivit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et la cr&#233;ativit&#233; des survivant&#183;e&#183;s et de leurs h&#233;ritier&#183;e&#183;s pour &#171; malgr&#233; tout &#187; se souvenir &#171; comme on peut &#187;, et retrouver aussi ces soupapes d' &#171; oubli vital &#187;, l&#224; encore &#171; comme on peut &#187;, la chercheuse parvient &#224; nous faire comprendre &#8211; et m&#234;me sentir &#8211; comment un si&#232;cle d'oppression et de r&#233;sistance, de massacre et de survivance ont fa&#231;onn&#233; des subjectivit&#233;s, institutionnalis&#233; et &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Le-silence-en-heritage&#034;&gt;routinis&#233; le silence&lt;/a&gt;, install&#233; la peur comme une seconde nature et impos&#233; la m&#233;lancolie comme ultime refuge pour la m&#233;moire et la transmission ; mais aussi comment, bien au-del&#224; de ce qui est commun&#233;ment entendu derri&#232;re des mots-valise comme &#171; r&#233;silience &#187;, les opprim&#233;&#183;e&#183;s &lt;i&gt;r&#233;sistent&lt;/i&gt; (&#224; armes plus qu'in&#233;gales) et &lt;i&gt;inventent&lt;/i&gt; (avec les moyens du bord, qui ne sont pas exorbitants) des modes de pens&#233;e et d'existence pour &lt;i&gt;vivre malgr&#233; tout&lt;/i&gt;, et devenir chaque jour qui passe autre chose que des &#171; restes de l'&#233;p&#233;e &#187; &#8211; comme continue de les appeler la &#171; majorit&#233; morale &#187; turque. De ce travail important, salutaire, nous proposons un troisi&#232;me extrait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit des pages 268 &#224; 277 de l'ouvrage.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en guise de pr&#233;sentation &#8211; et d'invitation &#224; l'acheter, l'offrir, le lire, le m&#233;diter, le faire vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L327xH504/nazli_couv-3e0f6.png?1763118541' width='327' height='504' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le traumatisme de&#769;termine non seulement la relation au pre&#769;sent mais aussi la fac&#807;on dont les Arme&#769;niens perc&#807;oivent leur passe&#769;. Il de&#769;termine de la me&#770;me manie&#768;re le langage, en ge&#769;ne&#769;rant une autocensure du langage. En effet, les interlocuteurs ne prononcent jamais le mot &#171; ge&#769;nocide &#187;, qui a une connotation puissante d'opposition a&#768; l'e&#769;gard du gouvernement turc. Dans leurs discours, le terme ge&#769;nocide est parfois remplace&#769; par &#171; massacre &#187; (en turc : &lt;i&gt;kesim&lt;/i&gt;), parfois, par &#171; les e&#769;ve&#768;nements &#187; (&lt;i&gt;olaylar&lt;/i&gt;), ou par &#171; de&#769;portation &#187; (&lt;i&gt;becayis&#807;&lt;/i&gt;, en arme&#769;nien &lt;i&gt;aksor&lt;/i&gt;), ou encore &#171; catastrophe &#187; (&lt;i&gt;felaket&lt;/i&gt;, en arme&#769;nien &lt;i&gt;yeghern&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;aghed&lt;/i&gt;). Ils utilisent le plus fre&#769;quemment le terme de &lt;i&gt;Medz Yeghern&lt;/i&gt; qui signifie litte&#769;ralement la &#171; Grande Catastrophe &#187; (ou bien le grand crime, le grand mal).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tout de&#769;but, vers 1919, le nom utilise&#769; pour qualifier l'e&#769;ve&#769;nement e&#769;tait pluto&#770;t &lt;i&gt;Yeghern&lt;/i&gt;, qui dans sa forme commune signifie plus ou moins &#171; pogrom &#187;. Par ce mot, on de&#769;signait la se&#769;rie programme&#769;e de massacres de 1895 en Anatolie orientale et ceux de 1909 dans la re&#769;gion d'Adana. &lt;i&gt;Kesim&lt;/i&gt; est le plus souvent utilise&#769; par les Arme&#769;niens turcophones anatoliens. Dans le contexte familial, par contre, le nom le plus courant est &lt;i&gt;aksor&lt;/i&gt;, qui, en tant que nom commun signifie &#171; exil &#187; ou &#171; de&#769;portation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NICHANIAN, Marc, op.cit., p. 88.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est, avec &lt;i&gt;Medz Yeghern&lt;/i&gt;, le terme qu'utilisent le plus souvent les Arme&#769;niens stambouliotes. Les villageois venus d'Anatolie, majoritairement turcophones, parlent eux, de &lt;i&gt;becayis&#807;&lt;/i&gt;, qui de&#769;signe en turc la de&#769;portation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Marc Nichanian propose le terme &lt;i&gt;Aghed&lt;/i&gt;, qui est apparu en 1931. A&#768; cette pe&#769;riode, a&#768; Chypre, vivait l'e&#769;crivain Hagop Ochagan. Ce dernier, auteur de l'&#339;uvre &lt;i&gt;Mnatsortats&lt;/i&gt; (Ce qui reste ou Les Rescape&#769;s) n'allait pas tarder a&#768; e&#770;tre perc&#807;u comme le plus grand e&#769;crivain de langue arme&#769;nienne du XXe sie&#768;cle. C'est lui qui le premier nomme l'e&#769;ve&#769;nement Aghed. Bien entendu, le mot &#171; ge&#769;nocide &#187; n'avait pas encore e&#769;te&#769; invente&#769;. Notons que, dans un texte e&#769;crit en arme&#769;nien en 1927, donc apre&#768;s le ge&#769;nocide mais avant l'invention de ce mot par Raphael Lemkin en 1949, l'auteur Mardiros Saryan (1870-1940) a utilise&#769; pour la premie&#768;re fois le mot ge&#769;nocide en arme&#769;nien &lt;i&gt;Tseghasbannoutioun&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme ge&#769;nocide a en effet pour racine grecque &lt;i&gt;genos&lt;/i&gt;, &#171; naissance &#187;, &#171; genre &#187;, &#171; espe&#768;ce &#187;, auquel est joint le suffixe &lt;i&gt;cide&lt;/i&gt; qui vient du latin &lt;i&gt;caedere&lt;/i&gt; et signifie &#171; tuer &#187;, &#171; massacrer &#187;. Or le terme &lt;i&gt;Tseghasbannoutioun&lt;/i&gt; est construit a&#768; partir de la me&#770;me racine arme&#769;nienne, &lt;i&gt;tsegh&lt;/i&gt;, qui veut dire genre ou race, et &lt;i&gt;esbannelle&lt;/i&gt;, qui veut dire tuer ou massacrer. Dans le texte que nous venons de mentionner, Mardiros Saryan se re&#769;fe&#768;re aux e&#769;ve&#769;nements de 1915 et aux pogroms de Smyrne en 1922, en les nommant donc &#171; ge&#769;nocide &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mardiros Saryan : Je voudrais ici remercier tre&#768;s vivement Monsieur Ke&#769;ram (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous n'aborderons pas les de&#769;tails de ce texte, mais il nous re&#769;ve&#768;le que les e&#769;ve&#769;nements de 1915 e&#769;taient de&#769;ja&#768; conside&#769;re&#769;s par les te&#769;moins arme&#769;niens comme un ge&#769;nocide. En France, dans la presse e&#769;crite arme&#769;nienne, cette terminologie a vu le jour en 1945, avec la parution d'un article intitule&#769; &#171; ge&#769;nocide &#187;. Chavarche Missakian, re&#769;dacteur en chef du quotidien &lt;i&gt;Haratch&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fonde&#769; en 1925, Haratch, &#1349;&#1377;&#1404;&#1377;&#1403;, e&#769;tait le premier journal quotidien en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a re&#769;dige&#769; un e&#769;ditorial annonc&#807;ant l'invention du terme par R. Lemkin. Il critiquait l'indiffe&#769;rence des juristes vis-a&#768;-vis du ge&#769;nocide des Arme&#769;niens conside&#769;re&#769; comme le premier des crimes contre l'humanite&#769;. Missakian est celui qui pour la premie&#768;re fois utilise cette terminologie au sein de la communaute&#769; arme&#769;nienne de diaspora&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#1348;&#1387;&#1405;&#1377;&#1412;&#1381;&#1377;&#1398; &#1351;&#1377;&#1410;&#1377;&#1408;&#1399;, &#171; Ge&#769;nocide &#187;, &#1349;&#1377;&#1404;&#1377;&#1403; &#1348;&#1377;&#1407;&#1381;&#1398;&#1377;&#1399;&#1377;&#1408;&#1387; &#1392;&#1408;&#1377;&#1407;&#1377;&#1408;&#1377;&#1391;&#1400;&#1410;&#1385;&#1387;&#1410;&#1398;&#1398;&#1381;&#1408;, &#1349;&#1377;&#1404;&#1377;&#1403; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous enregistrons la fre&#769;quence des mots utilise&#769;s pour le ge&#769;nocide des Arme&#769;niens, nous constatons que la plus courante est cette utilisation habituelle de &lt;i&gt;Medz Yeghern&lt;/i&gt; ou de &#171; &lt;i&gt;kesim&lt;/i&gt; &#187;. Les Arme&#769;niens e&#769;vitent de dire &#171; le ge&#769;nocide &#187; en raison des pressions faites par le gouvernement. Nous savons e&#769;galement que beaucoup d'intellectuels sont condamne&#769;s a&#768; la prison en raison de cette appellation &#171; interdite &#187;, certes pas officiellement mais de manie&#768;re tacite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Bedros, 97 ans, retraite&#769; couturier, ne&#769; a&#768; Sivas et re&#769;sidant a&#768; Istanbul :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si on parlait de l'e&#769;poque de la de&#769;portation... Elle s'appelle &#8216;becayis&#807;'. Tu sais ce que veut dire &#8216;becayis&#807;' ? Puisque les Arme&#769;niens deviennent enrage&#769;s on doit changer leur place ! C'est notre e&#769;poque de &#8216;kesim' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame Nazeli, femme au foyer de 70 ans, vivant a&#768; Istanbul :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Maintenant on dit qu'il n'y a pas eu de &#8216;kesim', mais il y en a eu. A&#768; vrai dire je n'ai me&#770;me pas vu un grand-pe&#768;re... C'e&#769;tait la &#8216;yeghern' bien e&#769;videmment, c'est le &#8216;Medz Yeghern ' &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces formulations, &lt;i&gt;Medz Yeghern&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Aghed&lt;/i&gt;, en arme&#769;nien et &lt;i&gt;becayis&#807;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;kesim&lt;/i&gt;, en turc, utilise&#769;es par la plupart des Arme&#769;niens, lie&#769;es a&#768; l'invention tardive du concept &#171; ge&#769;nocide &#187; soule&#768;vent l'usage des autres notions pour la de&#769;signer. L'inventeur du concept, Lemkin, a trouve&#769; le mot ge&#769;nocide en 1949 et l'a de&#769;clare&#769; lors d'une re&#769;union internationale des Nations Unies. Cependant comme nous l'avons de&#769;ja&#768; pre&#769;cise&#769;, la de&#769;signation politique du mot &#171; ge&#769;nocide &#187; est d'un co&#770;te&#769; d'ailleurs actuellement e&#769;vite&#769;e pour des raisons majoritairement lie&#769;es a&#768; la peur d'e&#770;tre reconnu d'une appartenance politique mais de l'autre co&#770;te&#769; le terme &lt;i&gt;Medz Yeghern&lt;/i&gt; est consciemment choisi pour de&#769;finir la de&#769;termination des Arme&#769;niens. De 1920 a&#768; nos jours, pour la destruction des Arme&#769;niens dans l'Empire ottoman, les e&#769;ditoriaux mentionnent le plus souvent le terme de &lt;i&gt;Me&#769;dz Ye&#769;ghern&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce terme constitue donc la terminologie sui generis ou le nom emble&#769;matique du ge&#769;nocide des Arme&#769;niens, comme le ge&#769;nocide des Juifs est appele&#769; &#171; Shoah &#187;. Ainsi M. Nichanian souligne la diffe&#769;rence entre le nom ge&#769;ne&#769;rique (ge&#769;nocide) et le nom emble&#769;matique (Auschwitz). Et il soutient qu'un nom ge&#769;ne&#769;rique ne peut pas faire office de nom propre. Et il dit qu'aujourd'hui, sous le coup de la politisation de l'e&#769;ve&#769;nement, le mot ge&#769;ne&#769;rique est utilise&#769; comme s'il peut de&#769;signer cet e&#769;ve&#769;nement comme un nom propre, tel que &#171; The Armenian Genocide &#187; ou &#171; the Genocide &#187;. Par contre M. Nichanian propose l'utilisation du mot Catastrophe, terme emble&#769;matique, en re&#769;fe&#769;rence a&#768; Hagop Oshagan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NICHANIAN, Marc, La Perversion historiographique, Une re&#769;flexion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la pe&#769;tition de l'appel au pardon aux Arme&#769;niens, en 2008, n'e&#769;tait-elle pas une tentative de briser ce tabou, voire une premie&#768;re e&#769;tape vers sa reconnaissance ? &lt;i&gt;Medz yeghern&lt;/i&gt;, terme emble&#769;matique employe&#769; par ses initiateurs, au-dela&#768; de sa terminologie, et au-dela&#768; des critiques suscite&#769;es a provoque&#769; un grand de&#769;bat dans la socie&#769;te&#769;. Cet e&#769;ve&#769;nement a e&#769;te&#769; perc&#807;u e&#769;galement par les Arme&#769;niens comme la preuve qu'&#171; une partie des Turcs intellectuels &#187; est pre&#770;te a&#768; s'interroger sur l'histoire des Arme&#769;niens et a&#768; entendre leurs re&#769;ponses, en reprenant, en outre, un terme qui est propre aux Arme&#769;niens, &lt;i&gt;Medz yeghern&lt;/i&gt;, comme la terminologie &#171; Shoah &#187; l'est aux Juifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons ici citer Marc Nichanian, qui souligne la diffe&#769;rence entre les termes de &#171; ge&#769;nocide &#187; et de &#171; Grande Catastrophe &#187;, cette dernie&#768;re e&#769;crite avec un &#171; C &#187; majuscule. Une catastrophe est ce qui est ve&#769;cu du point de vue de la victime, le ge&#769;nocide est le nom objectif. Le ge&#769;nocide n'est pas un nom propre et ne pourrait l'e&#770;tre en aucun cas, il est du domaine des historiens. Nichanian poursuit : &#171; Le but et la finalite&#769; de la volonte&#769; ge&#769;nocidaire sont d'e&#769;liminer le te&#769;moin. C'est pourquoi cette volonte&#769; est ve&#769;cue comme une catastrophe par la victime &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NICHANIAN, Marc, op.cit., p. 88.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette perspective, le vocabulaire utilise&#769; dans la campagne d'excuse e&#769;voque&#769;e plus haut, est ade&#769;quat a&#768; la position des victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il est vrai que le terme de &#171; ge&#769;nocide &#187; est actuellement banalise&#769; dans la socie&#769;te&#769;, gra&#770;ce a&#768; ces initiatives encourage&#769;es par des intellectuels du pays. Des historiens de&#769;finis comme &#171; critiques &#187; a&#768; l'e&#769;gard des historiens qui de&#769;fendent le discours &#171; officiel &#187; sont a&#768; la recherche d'une historiographie turque non officielle, et se tournent vers les discours des Arme&#769;niens. Nous pouvons citer ici certains pionniers importants, Ayhan Aktar, Halil Berktay, Taner Akc&#807;am, U&#776;mit Kurt, Ug&#774;ur U&#776;mit Gu&#776;ngo&#776;r, Fuat Du&#776;ndar etc. ... Ce sont des historiens qui non seulement affrontent les sujets tabous mais aussi manifestent leur engagement aux co&#770;te&#769;s de la communaute&#769; arme&#769;nienne. La peur et le silence sur ce sujet se sont ainsi e&#769;branle&#769;s depuis une quinzaine d'anne&#769;es, bien que le sujet en question conserve sa fragilite&#769;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, certains Arme&#769;niens, majoritairement dans la nouvelle ge&#769;ne&#769;ration, ont aussi prononce&#769; l'appellation &#171; ge&#769;nocide arme&#769;nien &#187; avec une dimension politique assume&#769;e. Ce noyau fondamental marque une mutation conside&#769;rable dans l'auto-discours des Arme&#769;niens autour duquel s'articulent des re&#769;flexions sur les sujets conside&#769;re&#769;s comme tabous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons entendu par ailleurs des interlocuteurs impatients, courageux, plus politiques que les autres, n'he&#769;sitant pas a&#768; utiliser le mot ge&#769;nocide et a&#768; manifester leur non-alle&#769;geance aux discours officiels. Ceux-ci de&#769;sirent s'exprimer pour nous transmettre ce qu'ils pensent de la vie sociopolitique passe&#769;e et pre&#769;sente. Ceux-ci font partie aussi du groupe qui veut oublier le passe&#769; et vivre le pre&#769;sent plus calmement, mais ils ont e&#769;galement envie d'une reconnaissance par rapport a&#768; leur passe&#769; non re&#769;solu, pour vivre dans le contemporain sans le traumatisme. C'est la raison pour laquelle ils sont impatients de nous te&#769;moigner leurs re&#769;cits parfois tre&#768;s peu transmis et parfois acquis par un auto-apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons regrouper ces impatients en trois groupes. Le premier est celui de la 1e&#768;re ge&#769;ne&#769;ration, des personnes les plus a&#770;ge&#769;es nourries des re&#769;cits transmis plus ou moins par leurs parents. Ce sont des personnes qui n'ont pas vraiment peur de les raconter ouvertement. Elles ont ne&#769;anmoins des craintes, de&#769;montre&#769;es par un silence limite&#769; dans lequel les phrases sont dites a&#768; mots couverts, choisies minutieusement, et elles e&#769;vitent de prononcer les noms propres pendant la conversation. Avant l'enregistrement des entretiens de cette ge&#769;ne&#769;ration, nous entendons ce type de &#171; pre&#769;ambules &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je vais vous expliquer tout, je vais vous raconter tout since&#768;rement, franchement. Peut-e&#770;tre qu'il peut m'arriver quelque chose mais comme je suis vieux/ vieille je m'en fiche &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les phrases comme celles-ci sont re&#769;pe&#769;te&#769;es par la plupart des interlocuteurs a&#770;ge&#769;s, afin de montrer leur de&#769;fi. Donc les gens parmi cette premie&#768;re ge&#769;ne&#769;ration ont transmis leurs te&#769;moignages tandis qu'il y avait des gens qui ne parlaient pas de ce sujet tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple monsieur Aram, 58 ans, nous raconte pour sa part comment sa grand-me&#768;re racontait cette histoire de 1915. Elle s'exprimait sur ces te&#769;moignages alors que son pe&#768;re ne les lui avait jamais raconte&#769;s. Il a donc appris son histoire par son ai&#776;eule, sa grand- me&#768;re, et non pas par son pe&#768;re. A&#768; son tour, il n'a pas transmis ce qu'il a appris de sa grand-me&#768;re, mais il de&#769;cide a&#768; pre&#769;sent qu'il est temps de partager ces re&#769;cits avec ses enfants puisqu'ils ont grandi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est le pe&#768;re de ma me&#768;re. Comme je disais, il ne reste personne du co&#770;te&#769; de mon pe&#768;re. Du co&#770;te&#769; de ma me&#768;re j'ai mes tantes, mes oncles. En 1915, pendant le ge&#769;nocide, les enfants se sont cache&#769;s dans les sacs de farine et y sont reste&#769;s longtemps. Du co&#770;te&#769; de mon grand-pe&#768;re c'est le me&#770;me re&#769;cit mais il ne reste personne aujourd'hui. Je veux dire que mon pe&#768;re ne nous a rien dit. Je me suis demande&#769; pourquoi. A&#768; droite, a&#768; gauche j'entendais des histoires pareilles mais pas de la part de mon pe&#768;re. Ma grand-me&#768;re, quand elle e&#769;tait en cole&#768;re, nous disait : &#8220;As-tu de&#769;ja&#768; vu une me&#768;re de&#769;funte allaiter un enfant ? Vous n'avez encore rien vu, rien ve&#769;cu.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma me&#768;re non plus ne disait pas grand-chose. Mais maintenant elle prend la parole d'elle-me&#770;me, elle raconte ce qui s'est passe&#769; au village. Parce qu'elle a ve&#769;cu en partie les e&#769;ve&#769;nements. Elle se rappelle et raconte. Cela veut dire qu'elle avait c&#807;a quelque part en elle et que c&#807;a ressort ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'a&#768; aujourd'hui, je n'ai rien raconte&#769; aux enfants. Maintenant qu'ils ont grandi, ils peuvent apprendre par eux-me&#770;mes, a&#768; eux de faire l'effort. On peut toujours en parler mais ni mon pe&#768;re ni moi n'avons jamais inculque&#769; la haine des Turcs. Nous leur avons toujours appris a&#768; e&#770;tre pacifistes et humanistes. Nous les avons juste force&#769;s culturellement, a&#768; apprendre la langue arme&#769;nienne &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; impatients &#187; de la troisi&#232;me ge&#769;ne&#769;ration constituent le second groupe : il s'agit des personnes entre 18 ans et 40 ans qui ont l'intention d'agir d'une manie&#768;re sociopolitique pour des fins de&#769;mocratiques, dans la socie&#769;te&#769;. Ce &#171; groupe de&#769;mocrate &#187;, sensible aux proble&#768;mes sociaux du pays a pour ligne de conduite de s'exprimer, de manifester activement dans les mouvements actuels du pays autour des groupes re&#769;cemment forme&#769;s, en particulier apre&#768;s l'assassinat de Hrant Dink, tels que le &lt;i&gt;Norzartonk&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Hadig&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Norzartonk signifie en arme&#769;nien, &#171; E&#769;veil nouveau &#187; et Hadig signifie &#171; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette nouvelle ge&#769;ne&#769;ration, moins nombreuse mais plus active et courageuse dans l'espace public, a pour but de discuter des sujets concernant les minorite&#769;s au-dela&#768; du cadre &#171; autorise&#769; &#187; en Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans la deuxi&#232;me ge&#769;ne&#769;ration de notre e&#769;chantillon, nous trouvons aussi des Arme&#769;niens enclins a&#768; exte&#769;rioriser et manifester sa fureur pour protester contre ce qui s'est passe&#769; dans l'histoire, de 1915 jusqu'a&#768; aujourd'hui. Ce sont des personnes a&#770;ge&#769;es de 41 ans a&#768; 60 ans, qui continuent a&#768; vivre au quotidien avec une me&#769;moire traumatise&#769;e, qui engendre une fureur a&#768; l'e&#769;gard de l'autrui. La plupart des interlocuteurs sont a&#768; la recherche d'une de&#769;monstration de la &#171; ve&#769;rite&#769; historique &#187;, qui suscite en eux une hyste&#769;rie et une cole&#768;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dires de Rafi, 59 ans, sont des repe&#768;res importants concernant la me&#769;moire des Arme&#769;niens, telle qu'elle existe aujourd'hui en Turquie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Apre&#768;s le ge&#769;nocide de 1915, mes deux grands-pe&#768;res ont e&#769;te&#769;... euh... enfin, voila&#768;, tue&#769;s a&#768; Gemerek (district de Kayseri). C'est un fait, c'est prouve&#769;. L'un de mes ance&#770;tres a e&#769;te&#769; tue&#769; a&#768; Kayseri, l'autre a&#768; Gemerek, mais je ne connais pas leur tombe (il soupire et continue avec he&#769;sitation). Je dis toujours : &#171; montrez-moi leur tombe et j'efface les choses de ma te&#770;te. Et je dis aux enfants n'oubliez jamais vos grands-parents mais ne nourrissez aucune haine envers cette socie&#769;te&#769;. Il ne sera jamais question de haine et de rancune dans notre famille. Mais nous n'arrivons pas a&#768; oublier, comment ils nous ont tue&#769;s, comment ils nous ont de&#769;posse&#769;de&#769;s de ce que nous avions, comment nous sommes arrive&#769;s ici... Ma grand-me&#768;re racontait cela aussi. Il y avait un chemin a&#768; Gemerek, j'y suis alle&#769; e&#769;tant petit, adolescent. Ma grand-me&#768;re ne nous laissait pas l'emprunter, ni sa s&#339;ur d'ailleurs. Elles nous disaient que c'e&#769;tait un chemin ensanglante&#769;. Elles ne voulaient me&#770;me pas qu'on le voie... &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entretiens avec la ge&#769;ne&#769;ration interme&#769;diaire nous montrent aussi que c'est l'arme&#769;nite&#769; et 1915 qui de&#769;terminent le quotidien. C'est un sujet central pour les politise&#769;s et ceux qui ont le moins peur. Le rapport entre l'opinion politique des individus et leurs relations quotidiennes avec les autres est de&#769;termine&#769; moins par leur couleur politique que par l'arme&#769;nite&#769;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers ont une vision plus optimiste de l'avenir et accroissent leur espoir de la reconnaissance du ge&#769;nocide des Arme&#769;niens. Il est tre&#768;s important pour le dernier interviewe&#769; que la ve&#769;rite&#769; fasse surface afin de trouver les tombes de ses ance&#770;tres. Seule la reconnaissance du ge&#769;nocide peut apaiser ses souffrances. Mais comme la plupart des interviewe&#769;s le soulignent, la reconnaissance en question est en premier lieu une reconnaissance identitaire au niveau de la socie&#769;te&#769;. Elle est construite en premie&#768;re e&#769;tape sur la reconnaissance et l'acceptation des Arme&#769;niens par la socie&#769;te&#769;, en second lieu sur la reconnaissance de leur histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, nous pouvons e&#769;galement avancer l'ide&#769;e que : l'Histoire ve&#769;cue de la premie&#768;re ge&#769;ne&#769;ration, des survivants devient une le&#769;gende, dans le cas de la transmission orale, pour cette ge&#769;ne&#769;ration interme&#769;diaire. Et comme le de&#769;montre la sociologue Martine Hovannessian dans sa recherche intitule&#769;e &lt;i&gt;Reconque&#770;te de l'identite&#769; par la pratique de la langue arme&#769;nienne&lt;/i&gt;, ce fait de&#769;montre une perte de la culture arme&#769;nienne parce que les vraies le&#769;gendes et les vrais mythes n'existent plus, les fe&#770;tes (pai&#776;ennes) non plus. Il s'agit d'une transmission, d'une culture base&#769;e sur l'Histoire Ve&#769;cue &#8211; qui est une histoire noire, celle du ge&#769;nocide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HOVANNESSIAN, Denieuil Martine ; PERIGAUD, Jacques ; KRIMIAN, Astrig, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc les re&#769;cits de vie ne sont pas transmis a&#768; cause de la peur, et en raison de la difficulte&#769; de transmettre cette histoire sombre. Pourtant, une fois qu'ils sont transmis a&#768; la ge&#769;ne&#769;ration suivante, le re&#769;sultat est que l'ancienne tradition arme&#769;nienne ou bien les le&#769;gendes, les fe&#770;tes et les us et coutumes, ont disparu pour les nouvelles ge&#769;ne&#769;rations, au profit du ge&#769;nocide. Donc, leur culture commence avec le ge&#769;nocide, et le combat pour sa reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le te&#769;moignage de monsieur Armas&#807;, 49 ans, nous fait part de ce qu'il connai&#770;t de 1915 puis des empreintes actuelles. Il conc&#807;oit le fait que l'arme&#769;nite&#769; de&#769;termine le pre&#769;sent mais a aussi une attente de reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon pe&#768;re et ma me&#768;re sont d'Istanbul, mais mes quatre grands- parents sont de Van. Ils ont du&#770; immigrer en 1915. Mes grands-parents sont des gens qui sont reste&#769;s en vie par hasard. Mon approche politique est &#171; arme&#769;nienne &#187; dore&#769;navant, et non de gauche ou de droite. J'ai des pense&#769;es confuses, je ne veux pas e&#770;tre pessimiste. Je cherche une sortie. C'est pour vous dire, me&#770;me la publication du quotidien Taraf est une lueur d'espoir pour moi. Alors que les Arme&#769;niens sont cyniques, peureux. Ils pourraient me&#770;me s'offenser des unes de ce journal, de l'ambiance paisible qu'il cre&#769;e. Au contraire, les articles de ce journal sont une source d'espoir pour nous. Je pense aussi que l'AKP est une chance pour nous. Compare&#769; au parti ke&#769;maliste ou au parti nationaliste, je pense que c'est le meilleur parti politique pour nous les Arme&#769;niens. Le fait qu'Abdullah Gu&#776;l&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdullah Gu&#776;l : membre du parti pour la Justice et le De&#769;veloppement (AKP), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soit le pre&#769;sident de la Re&#769;publique de Turquie, est une chose positive. Le fait qu'il soit alle&#769; en Arme&#769;nie prouve que je suis cohe&#769;rent avec son propos. Je suis optimiste quand je pense que rien ne pourra re&#769;sister face a&#768; la force du changement ou aux exigences de l'Union europe&#769;enne. Je sais que rien ne sera pareil dans les anne&#769;es a&#768; venir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-e&#770;tre que dans 25 ans la Turquie sera un pays tre&#768;s agre&#769;able, ou&#768; il fera bon vivre. Mais j'ai des doutes quant aux peines qu'il faudra endurer d'ici la&#768;. Qui en souffrira ? Voila&#768; ma pre&#769;occupation. Tant que le citoyen lambda ne changera pas, tant que le fasciste de base ne sera pas sensibilise&#769;, choses qui me paraissent impossibles dans un futur proche, ce pays ne changera pas non plus. Mais c'est un pays propice aux mauvaises surprises aussi bien qu'aux bonnes &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un co&#770;te&#769;, l'interviewe&#769; est optimiste pour la socie&#769;te&#769; et vit dans l'espoir. Me&#770;me s'il se laisse gagner par moments par le pessimisme, son moteur premier est son espoir de la re&#769;solution du proble&#768;me arme&#769;nien et d'un pays plus de&#769;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un sentiment qui est plus fort dans la ge&#769;ne&#769;ration la plus re&#769;cente, au sein de laquelle on trouve aussi bien des jeunes apolitiques que des jeunes politiquement sensibilise&#769;s et qui s'approprient l'histoire arme&#769;nienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple d'un jeune appartenant au groupe de &lt;i&gt;Norzartonk&lt;/i&gt;. En se de&#769;finissant comme e&#769;tant de gauche, il nous explique qu'il s'insurge avant tout contre la ne&#769;gation de l'histoire arme&#769;nienne. Selon lui, e&#770;tre de gauche revient a&#768; chercher les ve&#769;rite&#769;s qui sont tues. Et e&#770;tre arme&#769;nien requiert de toute fac&#807;on cette recherche. Sa lutte premie&#768;re est de faire reconnai&#770;tre son histoire et de re&#769;soudre la &#171; Question arme&#769;nienne &#187;. Toujours selon lui, ce proble&#768;me constitue &#171; la ligne rouge &#187; de la Turquie. Il insiste sur le fait que tous les Arme&#769;niens devraient participer a&#768; cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pu&#776;zant, 24 ans, jeune universitaire a&#768; Istanbul :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je pense e&#770;tre profonde&#769;ment de gauche, un humain en premier lieu. Mais e&#770;tre un Arme&#769;nien en Turquie exige une posture diffe&#769;rente. Ce n'est pas tout a&#768; fait du nationalisme, mais pluto&#770;t une position politique qui consiste a&#768; de&#769;fendre une identite&#769;. C'est une position prise contre les politiques de turquification, contre le racisme. Le ge&#769;nocide arme&#769;nien constitue &#171; la ligne rouge &#187; de l'E&#769;tat turc. Dire que vous e&#770;tes arme&#769;nien en Turquie c'est s'e&#769;riger contre la turquification. C'est donc force&#769;ment une posture de gauche. La question arme&#769;nienne est une question de gauche. Il s'agit d'une reconnaissance. Aborder la question en disant que tel peuple a massacre&#769; tel autre en me&#770;lant les Turcs, les Kurdes, les Arme&#769;niens, ne nous me&#768;nera nulle part. Il y avait une population he&#769;te&#769;roge&#768;ne avant 1915, elle est devenue homoge&#768;ne apre&#768;s 1915. Les registres du Patriarcat arme&#769;nien parlent de deux millions deux cent cinquante mille Arme&#769;niens en 1914. Nous parlons de trois cent mille Arme&#769;niens dans les premie&#768;res heures de la Re&#769;publique turque, de cinquante mille de nos jours. Ou&#768; sont ces gens ? C'est de cela qu'il faut parler &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une phase de confrontation a&#768; son passe&#769;. La culture arme&#769;nienne reste donc secondaire pour ces Arme&#769;niens &#171; courageux &#187;. Leur combat est la manifestation de leur passe&#769; qui devient comme une culture. Cette dernie&#768;re est de&#769;sormais une &#171; culture du ge&#769;nocide &#187;. Cette manifestation ou bien confrontation du passe&#769; n'est pas toujours facile. L'analyse historique du ge&#769;nocide s'est ainsi faite difficilement, me&#770;me les te&#769;moignages ne nous montrent pas cette ve&#769;rite&#769; historique, parce qu'il y a la barrie&#768;re du silence et de la peur. Bien qu'il y ait une rupture entre la deuxie&#768;me et la troisie&#768;me ge&#769;ne&#769;ration, il y a eu pendant bien longtemps un e&#769;tat me&#769;lancolique dans la communaute&#769; arme&#769;nienne, une communaute&#769; qui n'est jamais arrive&#769;e a&#768; faire son deuil, et qui est reste&#769;e me&#769;lancolique au sein de la socie&#769;te&#769;. L'absence des lieux me&#769;moriels et le tabou pesant sur l'e&#769;ve&#768;nement ont empe&#770;che&#769; le deuil. Toutefois nous savons bien que sans le travail du deuil, un peuple, un groupe n'arrivera jamais a&#768; se re&#769;concilier avec lui-me&#770;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit des pages 268 &#224; 277 de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NICHANIAN, Marc, op.cit., p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mardiros Saryan : Je voudrais ici remercier tre&#768;s vivement Monsieur Ke&#769;ram Ke&#769;vonian, qui m'a mise sur la piste de ce texte ine&#769;dit d'une grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fonde&#769; en 1925, &lt;i&gt;Haratch&lt;/i&gt;, &#1349;&#1377;&#1404;&#1377;&#1403;, e&#769;tait le premier journal quotidien en langue arme&#769;nienne d'Europe. En 2009 le journal quotidien a publie&#769; son dernier nume&#769;ro a&#768; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#1348;&#1387;&#1405;&#1377;&#1412;&#1381;&#1377;&#1398; &#1351;&#1377;&#1410;&#1377;&#1408;&#1399;, &#171; Ge&#769;nocide &#187;, &#1349;&#1377;&#1404;&#1377;&#1403; &#1348;&#1377;&#1407;&#1381;&#1398;&#1377;&#1399;&#1377;&#1408;&#1387; &#1392;&#1408;&#1377;&#1407;&#1377;&#1408;&#1377;&#1391;&#1400;&#1410;&#1385;&#1387;&#1410;&#1398;&#1398;&#1381;&#1408;, &#1349;&#1377;&#1404;&#1377;&#1403; 50, Paris, les Presses du journal Haratch, 1976, p. 183.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NICHANIAN, Marc, &lt;i&gt;La Perversion historiographique&lt;/i&gt;, Une re&#769;flexion arme&#769;nienne, Paris, E&#769;d. Lignes &amp; Manifestes, 2006, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NICHANIAN, Marc, op.cit., p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Norzartonk&lt;/i&gt; signifie en arme&#769;nien, &#171; E&#769;veil nouveau &#187; et Hadig signifie &#171; le grain &#187; : il s'agit de deux groupes re&#769;unissant des jeunes Arme&#769;niens de Turquie, apre&#768;s l'assassinat de Hrant Dink, et qui s'inte&#769;ressent aux proble&#768;mes de la communaute&#769; arme&#769;nienne, aux proble&#768;mes de la vie actuelle, aux proble&#768;mes politiques et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HOVANNESSIAN, Denieuil Martine ; PERIGAUD, Jacques ; KRIMIAN, Astrig, &lt;i&gt;Reconque&#770;te de l'identite&#769; par la pratique de la langue arme&#769;nienne&lt;/i&gt;, Centre de Recherche sur la Diaspora Arme&#769;nienne, Paris, 1985, p. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdullah Gu&#776;l : membre du parti pour la Justice et le De&#769;veloppement (AKP), a e&#769;te&#769; pre&#769;sident de la Re&#769;publique turque de 2007 a&#768; 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait du livre de Nazli Temir Beyleryan : &lt;i&gt;La m&#233;moire collective des Arm&#233;niens de Turquie. Du g&#233;nocide au m&#233;moricide&lt;/i&gt;, qui vient de para&#238;tre aux &#201;ditions L'Harmattan. Nous le reproduisons avec l'amicale autorisation de l'autrice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La me&#769;lancolie comme mode de transmission </title>
		<link>https://lmsi.net/La-me%CC%81lancolie-comme-mode-de-transmission</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lmsi.net/La-me%CC%81lancolie-comme-mode-de-transmission</guid>
		<dc:date>2026-04-24T20:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nazli Temir Beyleryan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'importante th&#232;se de doctorat soutenu en 2016 par Nazli Temir Beyleryan, portant sur la m&#233;moire individuelle et collective des Arm&#233;niens de Turquie, vient enfin d'&#234;tre publi&#233;e sous forme de livre. Cette recherche se base sur des entretiens nombreux et approfondis men&#233;s pendant trois ans (2009, 2010, 2011) en Turquie, dans plusieurs villes d'Anatolie et surtout &#224; Istanbul, aupr&#232;s de trois g&#233;n&#233;rations d'Arm&#233;niens et d'Arm&#233;niennes. Le r&#233;sultat est aussi vivant et puissant que la rh&#233;torique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://lmsi.net/-Des-livres-importants-" rel="directory"&gt;Des livres importants&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'importante th&#232;se de doctorat soutenu en 2016 par Nazli Temir Beyleryan, portant sur &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Le-silence-en-heritage&#034;&gt;la m&#233;moire individuelle et collective des Arm&#233;niens de Turquie&lt;/a&gt;, vient enfin d'&#234;tre publi&#233;e sous forme de livre. Cette recherche se base sur des entretiens nombreux et approfondis men&#233;s pendant trois ans (2009, 2010, 2011) en Turquie, dans plusieurs villes d'Anatolie et surtout &#224; Istanbul, aupr&#232;s de trois g&#233;n&#233;rations d'Arm&#233;niens et d'Arm&#233;niennes. Le r&#233;sultat est aussi vivant et puissant que &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Admettre-le-meurtre-nier-le-crime&#034;&gt;la rh&#233;torique n&#233;gationniste de l'&#201;tat turc&lt;/a&gt; est scientifiquement morte et politiquement mortif&#232;re. L'autrice retranscrit longuement et fid&#232;lement la parole de ses &#171; enqu&#234;t&#233;&#183;e&#183;s &#187;, et mobilise dans son analyse aussi bien les outils, les concepts et les analyses de la sociologie (les travaux fondateurs de Maurice Halbwachs sur le concept de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moire_collective&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; m&#233;moire collective &#187;&lt;/a&gt;, bien s&#251;r, mais aussi les analyses de Pierre Bourdieu sur la domination politique, sociale et symbolique, et son concept d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Habitus_(sociologie)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;habitus&lt;/a&gt;) que ceux de la philosophie (celle notamment de Jacques Derrida sur le &lt;a href=&#034;http://www.editions-galilee.com/f/index.php?sp=liv&amp;livre_id=2781&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; mal d'archive &#187;&lt;/a&gt;), des &#233;tudes litt&#233;raires (&lt;a href=&#034;https://raison-publique.fr/2784/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zabel Essayan&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=4L2Oe8xn5Aw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marc Nichanian&lt;/a&gt;) et de la psychanalyse (&lt;a href=&#034;https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/survivance-traduire-trauma-collectif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Janine Altounian&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.imprescriptible.fr/dossiers/piralian/gureghian&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;H&#233;l&#232;ne Piralian&lt;/a&gt;, et bien s&#251;r les analyses de Freud sur le &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-societes-2004-4-page-7.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;travail de deuil&lt;/a&gt;). Il en ressort une dissection implacable du syst&#232;me g&#233;nocidaire et de sa continuation n&#233;gationniste, de la terreur d'&#201;tat et de l'injonction &#224; l'oubli &#224; laquelle est soumise la minorit&#233; arm&#233;nienne, par mille canaux institutionnels (de l'&#201;cole aux m&#233;dias, en passant par l'ensemble des rapports sociaux), et des &#171; politiques de rappel &#187; qui assurent la perp&#233;tuation du r&#233;cit national et du silence arm&#233;nien (notamment le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Varl%C4%B1k_Vergisi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Varl&#305;k Vergisi de 1942&lt;/a&gt; et le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pogrom_d%27Istanbul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pogrom d'Istanbul&lt;/a&gt; en 1955, ou plus r&#233;cemment l'assassinat de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Hrant_Dink&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hrant Dink&lt;/a&gt;). Mais Nazli Temir Beyleryan n'en reste pas l&#224;. Tout en d&#233;voilant l'ensemble des m&#233;canismes d'intimidation et de silenciation, leur transmission et &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Les-plus-silencieuses&#034;&gt;leur incorporation&lt;/a&gt;, en somme tous les ressorts psychologiques qui poussent &#224; oublier, et d&#233;signent m&#234;me comme &lt;i&gt;impossibles&lt;/i&gt; la transmission et la comm&#233;moration, elle rappelle que l'oubli est lui-m&#234;me tout aussi impossible, voire davantage. La condition arm&#233;nienne appara&#238;t finalement comme un &#233;tat de tension invivable, et pourtant v&#233;cue, &lt;i&gt;indicible et dite pourtant&lt;/i&gt; (quand on veut bien entendre, voire solliciter cette parole, en un espace-temps d'interlocution s&#233;curis&#233;, o&#249; &#171; tout ce que vous direz &#187; ne sera pas &#171; retenu contre vous &#187;), entre &lt;i&gt;ces deux impossibilit&#233;s : se souvenir et oublier&lt;/i&gt;, en tout cas selon les modalit&#233;s ordinaires. Attentive aussi bien &#224; l'&#233;crasante puissance d'assujettissement d'un &#201;tat supr&#233;maciste et n&#233;gationniste qu'&#224; l'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Agentivit%C3%A9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;agentivit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et la cr&#233;ativit&#233; des survivant&#183;e&#183;s et de leurs h&#233;ritier&#183;e&#183;s pour &#171; malgr&#233; tout &#187; se souvenir &#171; comme on peut &#187;, et retrouver aussi ces soupapes d' &#171; oubli vital &#187;, l&#224; encore &#171; comme on peut &#187;, la chercheuse parvient &#224; nous faire comprendre &#8211; et m&#234;me sentir &#8211; comment un si&#232;cle d'oppression et de r&#233;sistance, de massacre et de survivance ont fa&#231;onn&#233; des subjectivit&#233;s, institutionnalis&#233; et &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Le-silence-en-heritage&#034;&gt;routinis&#233; le silence&lt;/a&gt;, install&#233; la peur comme une seconde nature et impos&#233; la m&#233;lancolie comme ultime refuge pour la m&#233;moire et la transmission ; mais aussi comment, bien au-del&#224; de ce qui est commun&#233;ment entendu derri&#232;re des mots-valise comme &#171; r&#233;silience &#187;, les opprim&#233;&#183;e&#183;s &lt;i&gt;r&#233;sistent&lt;/i&gt; (&#224; armes plus qu'in&#233;gales) et &lt;i&gt;inventent&lt;/i&gt; (avec les moyens du bord, qui ne sont pas exorbitants) des modes de pens&#233;e et d'existence pour &lt;i&gt;vivre malgr&#233; tout&lt;/i&gt;, et devenir chaque jour qui passe autre chose que des &#171; restes de l'&#233;p&#233;e &#187; &#8211; comme continue de les appeler la &#171; majorit&#233; morale &#187; turque. De ce travail important, salutaire, nous proposons un troisi&#232;me extrait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit des pages 277 &#224; 285 de l'ouvrage.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en guise de pr&#233;sentation &#8211; et d'invitation &#224; l'acheter, l'offrir, le lire, le m&#233;diter, le faire vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4278 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L327xH504/nazli_couv-2-8e298.png?1763218503' width='327' height='504' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le deuil est la re&#769;action a&#768; la perte d'une personne aime&#769;e ou d'une abstraction e&#769;rige&#769;e en substitut de cette personne, telle que : patrie, liberte&#769;, ide&#769;al, etc. &#187; affirme Sigmund Freud, dans son texte date&#769; de 1914 et intitule&#769; &#171; Deuil et me&#769;lancolie &#187;. Le point de de&#769;part de cette re&#769;flexion est de savoir pourquoi chez certains, nous voyons surgir a&#768; la suite des me&#770;mes circonstances, au lieu du deuil, la me&#769;lancolie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FREUD, Sigmund, Me&#769;tapsychologie, Paris, Gallimard, 1968, p. 145.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Freud e&#769;crit que &#171; le deuil parai&#770;t un phe&#769;nome&#768;ne normal, bien que douloureux &#187;, et qu'&#171; une fois le travail de deuil acheve&#769;, le moi se trouve a&#768; nouveau libre et de&#769;sinhibe&#769;. C'est par ce biais que le travail de deuil peut e&#770;tre rapproche&#769; du travail de souvenir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;RIC&#338;UR Paul, op.cit., p. 88.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La me&#769;lancolie est caract&#233;ris&#233;e par Freud comme la diminution du sentiment de soi alors que dans le deuil ce sentiment n'existe pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FREUD, Sigmund, op.cit., p. 147.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La me&#769;lancolie devient alors le synonyme d'insanite&#769;, de folie, et la peur devient l'un des sympto&#770;mes marquants de cette me&#769;lancolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de deuil c'est le chemin oblige&#769; du travail de me&#769;moire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;RIC&#338;UR Paul, op.cit., p. 94.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On est ainsi oblige&#769; a&#768; un temps de travail de deuil pour le travail de me&#769;moire. Pourtant si la me&#769;moire n'est pas capable de de&#769;passer la pe&#769;riode de deuil, elle se trouve dans une pe&#769;riode de me&#769;lancolie. Autrement dit, selon Navaro-Yashin, celui qui est conscient de sa perte est capable de faire le deuil et vivre sa douleur tandis que celui qui est moins conscient se trouve dans une phase me&#769;lancolique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;YASHIN-NAVARO Yael, &#171; Affective Spaces, melancholic objects : ruination and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est e&#769;vident que dans une collectivite&#769; ou&#768; le travail de deuil n'est pas effectue&#769;, il est difficile de faire un travail de me&#769;moire, comme&#769;morer le passe&#769;. La communaute&#769; arme&#769;nienne est reste&#769;e depuis longtemps dans une phase de me&#769;lancolie pluto&#770;t que de deuil, car nous avons constate&#769; tout d'abord qu'ils n'ont pas de conscience de leur perte, et ensuite qu'il y a un manque de sentiment de soi, une &#171; peur &#187; ou un &#171; silence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'apre&#768;s le ge&#769;nocide des Arme&#769;niens en 1915, l'extermination de la quasi-totalite&#769; de ce peuple sur ses terres natales, sa me&#769;moire a e&#769;te&#769; supprime&#769;e en Turquie. L'histoire nationale turque est structure&#769;e par l'ide&#769;e que les Arme&#769;niens n'ont jamais existe&#769;. Il s'agit donc d'une politique d'amne&#769;sie mais aussi d'une politique d'interdiction de faire son deuil. Il s'agit d'un deuil impossible, pour reprendre la formule de la psychanalyste He&#769;le&#768;ne Piralian. Les Arme&#769;niens ont en effet e&#769;te&#769; dans l'impossibilite&#769; de prendre pleinement conscience de leur perte, et les survivants ont transmis ce &#171; deuil impossible &#187; aux he&#769;ritiers : &#171; ... Les he&#769;ritiers de ces survivants seraient doublement pris dans cette impossibilite&#769; de vie propre puisqu'ils se devraient d'e&#770;tre fide&#768;les, non seulement aux disparus mais aussi a&#768; ces survivants qui les ont pre&#769;ce&#769;de&#769;s et qui furent les premiers porteurs de ce deuil impossible. Se met ainsi en marche une destruction ge&#769;nocidaire qui, si rien ne vient l'arre&#770;ter, se poursuit de ge&#769;ne&#769;ration en ge&#769;ne&#769;ration. Il s'agirait alors ici pluto&#770;t que d'une transmission, d'un transfert a&#768; la ge&#769;ne&#769;ration suivante d'une impossible transmission, ou de celle de son e&#769;chec &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PIRALIAN, He&#769;le&#768;ne, &#171; Reconnaissance du ge&#769;nocide arme&#769;nien, point de vue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rescape&#769;s du ge&#769;nocide des Arme&#769;niens ont donc traverse&#769; une longue pe&#769;riode de me&#769;lancolie sans deuil possible, et ils ont transmis la peur et le silence a&#768; la ge&#769;ne&#769;ration suivante. Il y a bien eu une transmission du passe&#769;, mais d'une fac&#807;on renferme&#769;e et silencieuse, marque&#769;e par la peur voire par la me&#769;lancolie. Ce silence, ou cette &#171; injonction de se taire &#187;, qui se transmet comme un habitus, d'une ge&#769;ne&#769;ration a&#768; l'autre, est comme un viatique pour les Arme&#769;niens de Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le silence empe&#770;che toutefois le deuil. Or, un travail de me&#769;moire, nous rappelle, Freud implique le passage par la pe&#769;riode de deuil. Comment une communaute&#769; qui n'a jamais eu une pe&#769;riode de deuil, peut-elle se souvenir de son passe&#769; ? On peut citer ici la philosophe Judith Butler : &#171; sans la possibilite&#769; du deuil, il n'y a pas de vie ou, pluto&#770;t, il y a quelque chose qui vit, qui est autre chose qu'une vie. Au lieu de cela, &#171; il y a une vie qui n'aura jamais e&#769;te&#769; ve&#769;cue &#187;, maintenue par aucun regard, aucun te&#769;moignage, et qui ne sera pas pleure&#769;e quand elle sera perdue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BUTLER, Judith, Ce qui fait une vie, Essai sur la violence, la guerre et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux dimensions qui expliquent mieux le rapport proble&#769;matique des Arme&#769;niens vis-a&#768;-vis du deuil. L'une est la dimension publique, et la dimension prive&#769;e. Apre&#768;s ses pertes pendant le ge&#769;nocide, le peuple arme&#769;nien n'a jamais effectue&#769; son deuil, ni dans l'espace public ni dans l'espace prive&#769; a&#768; l'exception, nous l'avons e&#769;voque&#769; d'une comme&#769;moration en 1919 a&#768; Constantinople. Que ce soit en Arme&#769;nie ou dans la diaspora arme&#769;nienne, loin d'e&#770;tre un tabou, le ge&#769;nocide est comme&#769;more&#769; depuis les anne&#769;es 1965, tandis qu'en Turquie ce processus n'a commence&#769; qu'il y a quelques anne&#769;es. Or, lorsqu'on ne perc&#807;oit pas consciemment ce qu'on a perdu, cela nous ame&#768;ne a&#768; produire la me&#769;lancolie. Cette me&#769;lancolie pre&#769;sente une e&#769;nigme vis-a&#768;-vis de la perte. De ce fait le chemin de travail de deuil est indispensable pour sortir du traumatisme et de cet e&#769;tat pathologique. Les Arme&#769;niens ont aujourd'hui commence&#769; a&#768; le faire dans certaines villes en Turquie, mais jusque la&#768; l'e&#769;tat me&#769;lancolique a e&#769;te&#769; transmis dans la communaute&#769;, de ge&#769;ne&#769;ration en ge&#769;ne&#769;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous observons cette transmission des souvenirs sur le mode de la me&#769;lancolie, surtout chez les plus anciens. Le propos de cet homme qui demandait a&#768; trouver &#171; les tombeaux de ses ance&#770;tres &#187; nous semble le meilleur exemple. Comme l'anthropologue Eva Domaska l'a note&#769; : &#171; S'il n'y avait pas de mort, il n'y aurait pas d'histoire. L'histoire est nourrie de mort. L'histoire commence dans les tombeaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DOMANSKA, Eva, &#171; Toward the Archaeontology of the Dead Body &#187;, in Rethinking (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'histoire des Arme&#769;niens ne commence pas avec leurs tombeaux, parce que l'existence voire l'inexistence, c'est-a&#768;-dire l'extermination, de l'&#171; autre &#187; est nie&#769;e. Le de&#769;ni du ge&#769;nocide des Arme&#769;niens par l'E&#769;tat turc ajoute&#769; a&#768; la destruction des lieux de me&#769;moire, e&#769;quivaut a&#768; un interdit du travail de deuil, et enferme les Arme&#769;niens dans une e&#769;ternelle phase me&#769;lancolique. Butler parle de &#171; vies irre&#769;elles &#187;, c'est- a&#768;-dire d'e&#770;tres humains qui ne sont pas conside&#769;re&#769;s comme humains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BUTLER, Judith, Vie Pre&#769;caire, Les pouvoirs du deuil et de la violence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et elle formule ainsi le proble&#768;me comme suit : la douleur de perdre quelqu'un me de&#769;soriente &#8211; &#171; qui suis-je devenu-e ? &#187;, ce qui veut dire : &#171; que reste-t-il de moi ? &#187;, &#171; qu'y avait-il en l'Autre que j'ai perdu ? &#187; &#8211; et pose le &#171; je &#187; sur le mode de l'inconnaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 57.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans certains cas, ceci est de&#769;crit comme le manque du sentiment de soi induit par la peur et le silence chez ces descendants. En raison du manque d'estime de soi, on e&#769;vite de transmettre les souvenirs et on demeure dans une longue pe&#769;riode de me&#769;lancolie. La deuxie&#768;me ge&#769;ne&#769;ration de nos interviewe&#769;s, nous a toutefois montre&#769; qu'il est possible de de&#769;passer cet e&#769;tat me&#769;lancolique, en essayant de reconque&#769;rir le sentiment de soi. Cette deuxie&#768;me ge&#769;ne&#769;ration, qui a re&#769;ussi tardivement a&#768; entrer dans la phase du deuil, a commence&#769; a&#768; se souvenir moins pathologiquement de son passe&#769;. En s'interrogeant sur leur passe&#769;, e&#769;touffe&#769; tant par la socie&#769;te&#769; que par leurs ascendants, ils essaient de faire apparai&#770;tre les souvenirs oublie&#769;s, et de les comme&#769;morer publiquement. C'est ainsi qu'a de&#769;bute&#769; la phase de deuil, par laquelle on commence a&#768; se rapprocher du souvenir. Comme le dit Freud, &#171; c'est par ce co&#770;te&#769; que le travail de deuil peut e&#770;tre rapproche&#769; du travail du souvenir. Et ce travail de deuil est le cou&#770;t du travail du souvenir ; mais le travail du souvenir est le be&#769;ne&#769;fice du travail du deuil &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FREUD, Sigmund, op.cit., p. 145.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premie&#768;re ge&#769;ne&#769;ration, celle des enfants de rescape&#769;s, est reste&#769;e dans une phase de me&#769;lancolie et de refoulement. Pour cette premie&#768;re ge&#769;ne&#769;ration, la peur, le silence et le refoulement sont devenus des habitus principaux de leur me&#769;moire. Ce que Pierre Bourdieu appelle un habitus semble e&#770;tre dans la communaute&#769; arme&#769;nienne le fait de se taire, de ne pas dire : ces e&#769;le&#769;ments forment le capital culturel de la ge&#769;ne&#769;ration des survivants. Comme l'a e&#769;crit Judith Butler a&#768; propos de &#171; vies irre&#769;elles &#187; : &#171; Il est impossible d'en faire le deuil, parce qu'elles sont toujours de&#769;ja&#768; perdues ou, mieux, parce qu'elles n'ont jamais &#171; existe&#769; &#187; ; et il est ne&#769;cessaire d'y mettre de&#769;finitivement un terme, puisqu'elles semblent survivre, obstine&#769;ment, dans cet e&#769;tat de mort. La violence se renouvelle devant le caracte&#768;re apparemment ine&#769;puisable de son objet. La de&#769;re&#769;alisation de l'&#171; Autre &#187; signifie qu'il n'est ni mort ni vivant mais interminablement spectral &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BUTLER, Judith, op.cit., p. 61.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous examinons le manque d'estime de soi, nous pouvons affirmer que les Arme&#769;niens ont tardivement commence&#769; a&#768; faire le deuil, dans leur espace prive&#769; comme dans l'espace public. Comme le dit le philosophe Marc Nichanian : &#171; Le deuil est la chose universelle qui donne du sens a&#768; la mort. C'est ce qui permet la re&#769;conciliation avec la mort. Le deuil est la capacite&#769; de re&#769;conciliation, de pacification &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NICHANIAN, Marc, op.cit., p. 48.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il consiste a&#768; se reme&#769;morer, se confronter au passe&#769;, et se re&#769;concilier avec lui. Par ailleurs, les rituels de deuil prennent une place importante dans la socie&#769;te&#769; traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons par exemple les rituels fune&#769;raires, qui sont tre&#768;s importants pour vivre la phase de deuil et cela dans toute socie&#769;te&#769;. Enterrer les morts est une pratique qui permet a&#768; la communaute&#769; de saisir une continuite&#769; spatiale et temporelle. Surtout dans une socie&#769;te&#769; dite traditionnelle, comme c'e&#769;tait le cas dans la socie&#769;te&#769; des Arme&#769;niens d'Anatolie, la participation a&#768; des ce&#769;re&#769;monies fune&#769;raires est ne&#769;cessaire pour soigner les blessures. Pendant ces ce&#769;re&#769;monies, le deuil, c'est-a&#768;- dire la souffrance, se partage et devient social. Ce sont des moments dans lesquels la peine sort de son espace prive&#769; et entre dans l'espace public. Plus on partage la peine, moins elle est pe&#769;nible a&#768; porter. Pour mieux illustrer ce phe&#769;nome&#768;ne nous pouvons donner l'exemple d'une e&#769;tude de cas sur les traditions fune&#769;raires a&#768; Bakou, mene&#769;e par l'anthropologue et ethnomusicologue, Estelle Amy de la Brete&#768;que, parue dans un article intitule&#769; Femmes mollah et ce&#769;re&#769;monies fe&#769;minines de deuil en Azerbai&#776;djan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BRETE&#768;QUE, Estelle Amy, &#171; Femmes mollah et ce&#769;re&#769;monies fe&#769;minines de deuil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'auteur constate que la tradition du &lt;i&gt;te&#768;ziye&#232;&lt;/i&gt; (condole&#769;ance)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce terme de te&#768;ziye&#768;, d'origine arabe, s'utilise e&#769;galement en turc comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a une valeur cathartique importante pour le travail de deuil. E.A. Brete&#768;que de&#769;crit d'ailleurs des femmes appele&#769;es des &lt;i&gt;molla&#770;s&lt;/i&gt; qui sont toujours pre&#769;sentes dans ces ce&#769;re&#769;monies de deuil et elle de&#769;crit ces ce&#769;re&#769;monies qui sont tre&#768;s semblables a&#768; celles de la Turquie, surtout pour les peuples d'Anatolie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans le te&#768;ziye&#768;, les femmes disent qu'elles sont soulage&#769;es par les pleurs, elles se sentent mieux apre&#768;s avoir pleure&#769;. Dans le cadre des te&#768;ziye&#768;, la douleur a besoin de s'exte&#769;rioriser face a&#768; la mort. Les lamentations et les chants sont des de&#769;versoirs de la douleur. La mollah est l'acteur rituel de&#769;clencheur des pleurs. L'expression de la douleur, a&#768; travers toutes ces manifestations socialement codifie&#769;es, facilite le travail de deuil. La ritualisation et le jeu psychodramatique donnent aux actrices de la sce&#768;ne le sentiment d'avoir joue&#769; leur ro&#770;le et de s'e&#770;tre acquitte&#769;es de leurs devoirs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BRETE&#768;QUE, Estelle Amy, op.cit., p. 59.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons observer des rituels similaires de condole&#769;ances chez les Arme&#769;niens, bien qu'ils n'aient pu honorer leurs devoirs de condole&#769;ances. Ils n'ont pas pu faire le deuil, pleurer apre&#768;s leurs pertes en 1915, ni en prive&#769; ni en public. Le devoir de condole&#769;ances n'est pas uniquement un devoir de me&#769;moire : il sert aussi au travail de deuil, et a&#768; projeter ce dernier de la sphe&#768;re prive&#769;e vers la sphe&#768;re publique. Les rituels communs mutualisent la douleur et le deuil. N'est-ce pas un aspect important du travail de me&#769;moire ? Comme l'e&#769;crit Judith Butler :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Une vie qui ne peut e&#770;tre pleure&#769;e, elle n'est pas tout a&#768; fait une vie ; elle n'a pas valeur de vie et ne me&#769;rite pas qu'on la remarque. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BUTLER, Judith, op.cit., p. 62.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuil et l'estime de soi ne sont possibles qu'a&#768; cette condition. Dans le cas contraire, on entre dans une phase de me&#769;lancolie et d'angoisse. A&#768; ce stade il faut reprendre Estelle Amy Brete&#768;que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'angoisse ne&#769;e de la crainte de la mort, terrible au plan individuel, est mieux ve&#769;cue par les femmes si elle est prise en compte par l'ensemble du corps social. Nous avons effectivement vu que les te&#768;ziye&#768; ont une valeur cathartique importante ; les femmes e&#769;vitent la douleur solitaire dans ces ce&#769;re&#769;monies. Elles sont prises en main par d'autres femmes, les mollah, qui disent choisir de servir ces traditions dans un but the&#769;rapeutique personnel : gue&#769;rir un deuil inacheve&#769;. L'accompagnement des endeuille&#769;s par tout le groupe social n'est pas sans rappeler que la maison du mort n'est pas laisse&#769;e a&#768; ses seuls occupants re&#769;guliers pendant la pe&#769;riode de deuil : des membres de la famille viennent habiter dans la maison, avec les endeuille&#769;s. Le vide, au niveau physique, se ressent moins, la maison est pleine. Dans les te&#768;ziye&#768;, chacun agit selon son statut, par rapport au de&#769;funt aussi bien que par rapport a&#768; tous les autres pre&#769;sents. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BRETE&#768;QUE, Estelle Amy, op.cit., p. 64&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la population aze&#769;rie, analyse&#769;e par Brete&#768;que et comportant des similitudes avec la population de Turquie, les rituels ont un ro&#770;le de soupape pour le travail de deuil. Les endeuille&#769;s exte&#769;riorisent et se de&#769;font de leurs souffrances par le biais de ces rituels. Quelle est de&#768;s lors la situation des Arme&#769;niens, qui cherchent aujourd'hui encore les tombes de leurs morts, qui n'ont pas pu les enterrer et exe&#769;cuter les rituels du deuil ? Par exemple, le fait d'appeler les enfants de la ge&#769;ne&#769;ration d'apre&#768;s 1915 par les pre&#769;noms des enfants qui sont morts en 1915 n'est-il pas une forme de deuil ? Ou cela contribue-t-il au contraire a&#768; perpe&#769;tuer un e&#769;tat me&#769;lancolique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons ci-dessous ce que raconte madame Bercuhi, l'une des dernie&#768;res repre&#769;sentantes de la plus ancienne ge&#769;ne&#769;ration encore vivante. Dans son re&#769;cit, il est possible d'entrevoir &#171; le deuil impossible &#187; : il s'agit des enfants disparus de son pe&#768;re, qui sont issus du premier mariage de celui-ci. Comme nous l'avons de&#769;ja&#768; indique&#769;, une grande partie des survivants de 1915 ont du&#770; se marier de nouveau : pour ceux qui avaient perdu leur compagnon, un mariage de raison e&#769;tait la seule sortie. Or, chez la plupart de ceux qui ont effectue&#769; leur deuxie&#768;me mariage on rencontre souvent le re&#769;flexe de redonner les pre&#769;noms de leurs enfants disparus a&#768; la nouvelle ge&#769;ne&#769;ration. Il est ainsi possible de te&#769;moigner la re&#769;incarnation de la fratrie disparue a&#768; travers la pratique de nommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bercuhi, femme au foyer de 86 ans, ne&#769;e a&#768; Sivas et vivant actuellement a&#768; Istanbul :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon pe&#768;re e&#769;tait menuisier, il manufacturait des roues pour des charrettes a&#768; b&#339;uf et des batteuses. Ils de&#769;porte&#768;rent d'abord mon pe&#768;re, tire&#768;rent sur les jeunes mais ils l'ont e&#769;pargne&#769;... Il dit qu'ils les ont tous mis sur une ligne... Est-ce que je vais raconter tout cela ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous la prions de continuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon pe&#768;re disait : Ils nous ont attache&#769;s, l'un a&#768; l'autre, par les bras, on e&#769;tait attache&#769;s l'un a&#768; l'autre comme une maille. Ils nous ont fait descendre vers une rivie&#768;re. Tout d'un coup, il vit un gendarme a&#768; cheval arriver. Lui, il pria pour qu'on tire sur lui en premier, pour ne pas voir l'exe&#769;cution des autres jeunes. Ils ont se&#769;pare&#769; les vieux, moi, mon g&#305;nkahayr (parrain), les autres. Apre&#768;s que nous nous soyons conside&#769;rablement e&#769;loigne&#769;s, nous avons entendu le bruit des armes, ils ont tire&#769; sur eux, et ils ont accroche&#769; leurs chaussures, leurs ve&#770;tements neufs sur une perche, ils les ont utilise&#769;s. Et ils ne croient toujours pas a&#768; ce qui s'est passe&#769;. Voila&#768;, mon pe&#768;re arrive et de&#769;couvre que sa femme et ses deux enfants... Il avait eu deux enfants, un garc&#807;on et une fille : mon pre&#769;nom Bercuhi vient de celui de sa fille, et mon fre&#768;re portait le me&#770;me pre&#769;nom que le fils disparu &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette e&#769;tape du deuil nous parai&#770;t tre&#768;s importante : c'est la re&#769;incarnation ou la re&#769;-individualisation des disparus. La phase de deuil ou de me&#769;lancolie s'est incorpore&#769;e dans les pre&#769;noms des enfants des rescape&#769;s. Dans chaque famille, jusqu'a&#768; la nouvelle ge&#769;ne&#769;ration, on nomme les enfants avec les anciens pre&#769;noms des victimes du ge&#769;nocide. C'est une fac&#807;on d'essayer de rester dans une phase de deuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme a&#770;ge&#769; de 64 ans, monsieur Aram, de&#769;clare pour sa part :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai des fre&#768;res et des s&#339;urs, tous les noms sont des anciens noms de mes oncles qui sont morts pendant le ge&#769;nocide &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre extrait d'un homme a&#770;ge&#769; de 68 ans et originaire de Diyarbak&#305;r, raconte les souvenirs tragiques a&#768; propos du ge&#769;nocide, transmis par sa me&#768;re, et il ajoute l'histoire de son pre&#769;nom qui vient de son oncle assassine&#769; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ma maman a&#768; deux s&#339;urs et un fre&#768;re, qui est mort en 1915, et mon pre&#769;nom est le pre&#769;nom de cet oncle &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il raconte alors l'histoire tragique de cet oncle, puis nous dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est pour c&#807;a que ma maman m'a appele&#769; avec le pre&#769;nom de mon oncle, Sarkis &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il conclut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Elle me disait : j'aime tous mes enfants mais toi, je t'aime le plus parce que ton pre&#769;nom c'est le pre&#769;nom de mon fre&#768;re. Toi, t'es comme lui. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pratique est une sorte de reme&#769;moration des rescape&#769;s, qui pourrait e&#770;tre assimil&#233;e &#224; un un deuil, mais il nous semble pluto&#770;t qu'il s'agit d'une me&#769;lancolie au sens freudien, transmise de ge&#769;ne&#769;ration en ge&#769;ne&#769;ration. Si nous revenons a&#768; cette notion de deuil, on constate que pendant la premie&#768;re ge&#769;ne&#769;ration on est reste&#769; dans la peur et le silence : on ne parlait pas l'arme&#769;nien dans l'espace public, ni me&#770;me dans le foyer. Les gardiens de silence, (la ge&#769;ne&#769;ration la plus ancienne), n'ont pas d'espace et de temps pour faire le deuil de ses disparus, et c'est la raison pour laquelle ils donnent les pre&#769;noms de ceux qu'ils avaient perdus a&#768; leurs enfants issus d'un deuxie&#768;me mariage. Cette premie&#768;re ge&#769;ne&#769;ration a ainsi transmis la peur et le silence, voire cette me&#769;lancolie, a&#768; la suivante. On peut citer a&#768; nouveau Butler :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La violence perpe&#769;tre&#769;e a&#768; l'encontre de ceux qui de&#769;ja&#768; ne vivaient pas tout a&#768; fait, mais e&#769;taient suspendus entre la vie et la mort, laisse une trace qui n'en est pas une. Comme le dit Cre&#769;on dans Antigone, il n'y aura pas de deuil public. Le seul &#171; discours &#187; qui peut e&#770;tre tenu est fait de silence et de me&#769;lancolie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BUTLER, Judith, op.cit., p. 63.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir sortir de l'e&#769;tat me&#769;lancolique, les Arme&#769;niens avaient besoin d'une reconnaissance identitaire dans un premier temps, et de leur histoire dans un second temps. A&#768; cette pe&#769;riode, la plupart des Arme&#769;niens cachaient leur identite&#769; arme&#769;nienne dans l'espace public, ils avaient peur de l'autre et du pouvoir, et ils n'ont jamais comme&#769;more&#769; leur histoire, ni en public ni en prive&#769;. L'absence de deuil et de comme&#769;moration les a pousse&#769;s dans un e&#769;tat d'a&#770;me pathologique nomme&#769;e me&#769;lancolie, et ils ont cherche&#769; des e&#769;chappatoires dans l'oubli de leur passe&#769;. Oublier le passe&#769; repre&#769;sentait la solution la plus ade&#769;quate afin de pouvoir vivre le pre&#769;sent. L'impossibilite&#769; du travail de deuil e&#769;tait la cause de l'oubli. Mais nous allons voir que l'oubli, lui non plus n'e&#769;tait pas une chose facile a&#768; re&#769;aliser. De fait, alors qu'ils essayaient d'e&#769;chapper a&#768; la me&#769;lancolie, par l'oubli, les Arme&#769;niens se sont retrouve&#769;s dans une autre me&#769;lancolie. L'ide&#769;al pour e&#769;chapper a&#768; cette me&#769;lancolie par l'oubli du passe&#769;, dans un contexte ou&#768; ce me&#770;me passe&#769; e&#769;tait enterre&#769; et la comme&#769;moration e&#769;tait rendue impossible et interdite : mais cet oubli e&#769;tait-il une solution viable ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit des pages 277 &#224; 285 de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FREUD, Sigmund, &lt;i&gt;Me&#769;tapsychologie&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1968, p. 145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;RIC&#338;UR Paul, op.cit., p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FREUD, Sigmund, op.cit., p. 147.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;RIC&#338;UR Paul, op.cit., p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;YASHIN-NAVARO Yael, &#171; Affective Spaces, melancholic objects : ruination and the production of anthropological knowledge &#187;, in &lt;i&gt;Journal of the Royal Anthropological Institute,&lt;/i&gt; 15, 2009, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PIRALIAN, He&#769;le&#768;ne, &#171; Reconnaissance du ge&#769;nocide arme&#769;nien, point de vue d'une psychanalyste He&#769;le&#768;ne Piralian &#187;, in &lt;i&gt;Repair&lt;/i&gt;, 2015. &lt;a href=&#034;http://repairfuture.net/index.php/fr/genocide-armenien-reconnaissance-et-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://repairfuture.net/index.php/fr/genocide-armenien-reconnaissance-et-&lt;/a&gt; reparations-point-de-vue-de-la-diaspora-armenienne/reconnaissance-du-genocide- armenien-point-de-vue-d-une-psychanalyste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BUTLER, Judith, &lt;i&gt;Ce qui fait une vie, Essai sur la violence, la guerre et le deuil,&lt;/i&gt; Paris, Zone, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DOMANSKA, Eva, &#171; Toward the Archaeontology of the Dead Body &#187;, in &lt;i&gt;Rethinking History&lt;/i&gt;, 2005, p. 398.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BUTLER, Judith, &lt;i&gt;Vie Pre&#769;caire, Les pouvoirs du deuil et de la violence apre&#768;s le 11 septembre 2001&lt;/i&gt;, Paris, E&#769;d. Amsterdam, 2005, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FREUD, Sigmund, op.cit., p. 145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BUTLER, Judith, op.cit., p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NICHANIAN, Marc, op.cit., p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BRETE&#768;QUE, Estelle Amy, &#171; Femmes mollah et ce&#769;re&#769;monies fe&#769;minines de deuil en Azerbai&#776;djan &#187;, in &lt;i&gt;Cahier de musique traditionnelle&lt;/i&gt;, n&#176; 18, 2005, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce terme de &lt;i&gt;te&#768;ziye&#768;&lt;/i&gt;, d'origine arabe, s'utilise e&#769;galement en turc comme &lt;i&gt;taziye&lt;/i&gt; dans le me&#770;me sens, c'est-a&#768;-dire la condole&#769;ance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BRETE&#768;QUE, Estelle Amy, op.cit., p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BUTLER, Judith, op.cit., p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BRETE&#768;QUE, Estelle Amy, op.cit., p. 64&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BUTLER, Judith, op.cit., p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait du livre de Nazli Temir Beyleryan : &lt;i&gt;La m&#233;moire collective des Arm&#233;niens de Turquie. Du g&#233;nocide au m&#233;moricide&lt;/i&gt;, qui vient de para&#238;tre aux &#201;ditions L'Harmattan. Nous le reproduisons avec l'amicale autorisation de l'autrice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Justesse pour le peuple arm&#233;nien</title>
		<link>https://lmsi.net/Justesse-pour-le-peuple-armenien</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lmsi.net/Justesse-pour-le-peuple-armenien</guid>
		<dc:date>2026-04-24T15:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anouche Kunth</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Les empreintes rendent sensible ce qui tient t&#234;te &#187;. Ainsi s'ach&#232;ve l'un des trente courts chapitres du singulier et fascinant ouvrage d'Anouche Kunth : Au bord de l'effacement. Sur les pas d'exil&#233;s arm&#233;niens dans l'entre-deux-guerres, qui parait cette semaine aux &#201;ditions La D&#233;couverte, alors que l'histoire sans fin de l'effacement des Arm&#233;niens conna&#238;t de nouveaux &#233;pisodes plus que pr&#233;occupants. &#192; partir de quelques cartons contenant des certificats administratifs, recueillant des &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lmsi.net/-Des-livres-importants-" rel="directory"&gt;Des livres importants&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Les empreintes rendent sensible ce qui tient t&#234;te &#187;. Ainsi s'ach&#232;ve l'un des trente courts chapitres du singulier et fascinant ouvrage d'Anouche Kunth : &lt;i&gt;Au bord de l'effacement. Sur les pas d'exil&#233;s arm&#233;niens dans l'entre-deux-guerres&lt;/i&gt;, qui parait cette semaine aux &#201;ditions La D&#233;couverte, alors que l'histoire sans fin de l'&lt;i&gt;effacement&lt;/i&gt; des Arm&#233;niens conna&#238;t &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/monde/lettre-de-simon-abkarian-aux-amis-de-l-azerbaidjan-qui-affame-les-armeniens-du-haut-karabakh-20230830&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de nouveaux &#233;pisodes plus que pr&#233;occupants&lt;/a&gt;. &#192; partir de quelques cartons contenant des certificats administratifs, recueillant des &#171; donn&#233;es &#187; basiques comme le nom, la date de naissance, l'adresse, le pays d'origine ou la profession et de sommaires et lacunaires &#171; informations annexes &#187;, ainsi que des photographies, l'autrice nous fait partager, de mani&#232;re pour ainsi dire intime, tous les mouvements de sa pens&#233;e &#8211; aussi bien son travail d'historienne que l'&lt;i&gt;empreinte&lt;/i&gt; affective, pr&#233;cis&#233;ment, que ladite archive produit sur sa subjectivit&#233;. Singulier, le livre n'en est pas moins exemplaire, sur la mani&#232;re dont une archive qui pourrait paraitre pauvre &#8211; et l'est pour de bon, &#224; maints &#233;gards &#8211; peut receler tout de m&#234;me, d&#232;s qu'on prend le temps de s'y confronter, de s'en impr&#233;gner, de se laisser hanter par elle, quantit&#233; de traces, d'indices, d' &#171; empreintes &#187; sur la destin&#233;e des &lt;a href=&#034;http://1libertaire.free.fr/MFoucault355.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; inf&#226;mes &#187;&lt;/a&gt; parmi les &#171; inf&#226;mes &#187;, ceux qu'en Turquie l'on appela &#8211; et l'on appelle &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/watch/?v=2557119324538294&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;toujours&lt;/a&gt; &#8211; les &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/sur-les-docks-14-15/nous-sommes-tous-des-armeniens-a-la-recherche-des-armeniens-de-l-ombre-les-restes-de-l-epee-2534839&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; restes de l'&#233;p&#233;e &#187;&lt;/a&gt; : les Arm&#233;niens rescap&#233;s du g&#233;nocide de 1915 ou des pogroms qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi, et d&#233;barqu&#233;s &#224; Marseille au d&#233;but du si&#232;cle dernier. C'est autant un style d'&#233;criture qu'un style de pens&#233;e et de travail sur l'archive qui rend ce livre si fort : une &#233;criture simple et fluide mais d'une implacable pr&#233;cision, qui conjugue la rigueur et la beaut&#233; de l'&#233;criture historienne, arch&#233;ologique, &#233;pist&#233;mologique, sociologique, psychanalytique, litt&#233;raire. Une &#233;criture qui r&#233;sonne, disons, avec celles de Vernant, Canguilhem, Foucault, mais aussi &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2001-3-page-893.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Altounian&lt;/a&gt; mais encore Perec, Walser, et qui parvient &#224; faire entendre, avec une justesse confondante, ce qui peut l'&#234;tre pour rompre le silence de mort voulu par les bourreaux. Une voix en somme qui r&#233;ussit &#224; &#171; nous parler &#187;, au sens le plus fort du terme, qu'on adopte les attendus du po&#232;me en prose ou ceux du &#171; papier &#187; de science historique. De cet &#233;crit important, nous proposerons &#224; partir d'aujourd'hui une s&#233;rie de cinq brefs extraits, accompagn&#233;s d'un dernier mot. Un mot d&#233;j&#224; prononc&#233; mais qui m&#233;rite d'&#234;tre redit, car il r&#233;sume cette intersection de l'excellence &#233;pist&#233;mique exig&#233;e par les pairs et de l'exigence &#233;thique face aux p&#232;res, aux m&#232;res et &#224; leurs ascendants. Le mot &lt;i&gt;justesse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4287 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L459xH292/capture_d_e_cran_2023-09-01_a_16.45_25-c0273.png?1763218003' width='459' height='292' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reprenons les libell&#233;s dont nous avons d&#233;tach&#233;, en parlant des couples bient&#244;t mari&#233;s, une partie des informations relatives au d&#233;funt. Compl&#233;t&#233;es, elles feront mieux entendre la discr&#232;te antienne des unions bris&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... veuve en premi&#232;res de M. Hampartzoum Erzian, tu&#233; &#224; Ada-Pazar au cours des &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s en Orient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... veuve en premi&#232;res de Haroutioune Markarian, d&#233;c&#233;d&#233; pendant les d&#233;portations arm&#233;niennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... veuve de Agop Tchakermanian, d&#233;c&#233;d&#233; pendant les d&#233;portations arm&#233;niennes de 1915&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... veuve en premi&#232;res de M. David Mathiguian, d&#233;c&#233;d&#233; pendant les d&#233;portations arm&#233;niennes de 1915&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... veuve en premi&#232;res d'Av&#233;dis Vartanian, d&#233;c&#233;d&#233; pendant les d&#233;portations arm&#233;niennes de 1915, tel qu'il ressort d'ailleurs d'un certificat &#233;tabli par la Pr&#233;lature Arm&#233;nienne de Marseille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... veuve en premi&#232;res de M. Krikor Kharpoutian, d&#233;c&#233;d&#233; pendant les d&#233;portations arm&#233;niennes de 1915&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... veuve de Artine Chimichiran, d&#233;c&#233;d&#233; pendant les d&#233;portations arm&#233;niennes de 1915&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'histoire en sept mots&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet intertitre est, dans le livre d'Anouche Kunth, le titre du chapitre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nomm&#233;e, la mort individuelle est extirp&#233;e du non-lieu que les g&#233;nocidaires ont voulu pour elle. Or cet acte d'&#233;criture ne fait pleinement sens que si, dans le m&#234;me mouvement, la masse des victimes est signifi&#233;e ; masse informe devenant, sur le certificat, fait singulier, &#233;v&#233;nement pris dans le cours de la guerre, intriqu&#233; &#224; elle sans s'y confondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nonc&#233; est lapidaire. &#171; Sept mots ajout&#233;s &#187;, peut-on lire &#224; propos d'un p&#232;re dont la disparition a &#233;t&#233; omise sur le document du fils et pour laquelle il faut pr&#233;voir un &lt;i&gt;addendum&lt;/i&gt; (&#171; d&#233;c&#233;d&#233; pendant les d&#233;portations arm&#233;niennes en 1916 &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des notes, indiquant les r&#233;f&#233;rences pr&#233;cises du corpus d'archive, figurent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces mentions d'histoire ont la bri&#232;vet&#233; de ce que nul ne saurait mettre en doute &#8211; &#224; l'&#233;poque, les faits sont encore assez r&#233;cents pour que leurs contemporains s'en souviennent, sous cette forme du moins : une date, des gens que l'on a d&#233;port&#233;s et qui en sont morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des variantes, mais elles sont infimes, s'introduisent dans cette litanie administrative. Pour appuyer une demande de naturalisation fran&#231;aise, les &#171; traitements subis par les Arm&#233;niens &#187; sont invoqu&#233;s en vis-&#224;-vis d'un probl&#232;me de papiers militaires, d'&#233;tats de service impossibles &#224; obtenir de la Turquie. Ailleurs, les &#171; terribles &#233;v&#233;nements d'Orient (en 1915) &#187; sont rappel&#233;s, les &#171; &#233;v&#233;nements de Smyrne &#187;, les &#171; massacres et incendie de Smyrne &#187; ; ou encore, &#171; les circonstances extraordinaires qui ont oblig&#233; [les Arm&#233;niens] &#224; se r&#233;fugier en France &#187;, les &#171; &#233;v&#233;nements tragiques qui ont motiv&#233; l'exode des Arm&#233;niens &#187; et auxquels est imput&#233;e une erreur d'&#233;tat civil. Comme nous le pressentions face &#224; cette documentation, la plus grande chose est contenue dans la plus petite &#8211; jusque dans des parenth&#232;ses, qui s'ouvrent et se ferment autour de ces notations historiques qu'elles rendent paradoxalement plus visibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet intertitre est, dans le livre d'Anouche Kunth, le titre du chapitre reproduit ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des notes, indiquant les r&#233;f&#233;rences pr&#233;cises du &lt;i&gt;corpus&lt;/i&gt; d'archive, figurent dans le livre, mais n'ont pas &#233;t&#233; reproduites ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait du livre d'Anouche Kunth : &lt;i&gt;Au bord de l'effacement. Sur les pas d'exil&#233;s arm&#233;niens dans l'entre-deux-guerres&lt;/i&gt;, dont il constitue le dix-neuvi&#232;me chapitre, intitul&#233; &#171; L'histoire en sept mots &#187;. Nous le reproduisons, avec l'amicale autorisation de l'autrice et des &#201;ditions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trop de m&#233;moire ou trop peu ?</title>
		<link>https://lmsi.net/Trop-de-memoire-ou-trop-peu</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lmsi.net/Trop-de-memoire-ou-trop-peu</guid>
		<dc:date>2026-04-23T22:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Tevanian</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour ce 24 avril, nous republions quelques r&#233;flexions parues ici-m&#234;me il y a six ans, inspir&#233;es par un questionnement de Y&#233;rich&#233; Gorizian, du mouvement Charjoum &#8211; dans des termes crus, qui ont pu sembler excessifs &#224; certains mais me paraissent justes sur le fond, et demeurent h&#233;las, plus que jamais, appropri&#233;s &#224; la situation actuelle des Arm&#233;niens, en Artsakh notamment, mais pas seulement. Ce questionnement, le voici : &#171; Comment pouvons-nous comm&#233;morer une politique d'extermination qui a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lmsi.net/-Politiques-de-la-memoire-" rel="directory"&gt;Politiques de la m&#233;moire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour ce 24 avril, nous republions quelques r&#233;flexions parues ici-m&#234;me il y a six ans, inspir&#233;es par un questionnement de Y&#233;rich&#233; Gorizian, du mouvement Charjoum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un post, publi&#233; sur sur Facebook.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; dans des termes crus, qui ont pu sembler excessifs &#224; certains mais me paraissent justes sur le fond, et demeurent h&#233;las, plus que jamais, appropri&#233;s &#224; la situation actuelle des Arm&#233;niens, en &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Pour-la-reconnaissance-du-Haut-Karabakh&#034;&gt;Artsakh&lt;/a&gt; notamment, mais pas seulement. Ce questionnement, le voici : &lt;i&gt;&#171; Comment pouvons-nous comm&#233;morer une politique d'extermination qui a toujours cours ? &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3923 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lmsi.net/IMG/jpg/parade.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH333/parade-63dcd.jpg?1763129947' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;https://www.lorientlejour.com/article/1238182/hamit-bozarslan-le-discours-tenu-par-la-turquie-est-un-discours-de-genocide-.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; guerre d'Artsakh &#187;&lt;/a&gt;, en effet, l'a r&#233;v&#233;l&#233; cruellement, en octobre dernier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La mise &#224; mort du peuple arm&#233;nien et la n&#233;gation de la dignit&#233; humaine de ses membres est un processus qui se d&#233;roule devant nos yeux. On ne comm&#233;more que le pass&#233;, pas le pr&#233;sent. &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Y&#233;rich&#233; Gorizian, toujours.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive d'octobre 2020 n'est qu'un d&#233;but : tel &#233;tait le message explicite du pr&#233;sident-autocrate Aliyev et de son alli&#233; (et chef d'&#201;tat-major &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;) Erdogan, lors de la c&#233;r&#233;monie de victoire &#224; Bakou, en d&#233;cembre dernier. Le premier annon&#231;ait m&#234;me une n&#233;cessaire reconqu&#234;te allant jusqu'&#224; Erevan, en Arm&#233;nie, le second inscrivant explicitement cette guerre dans le sillage d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ismail_Enver&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Enver Pacha&lt;/a&gt;, organisateur du &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Admettre-le-meurtre-nier-le-crime&#034;&gt;g&#233;nocide de 1915&lt;/a&gt; &#8211; honor&#233; dans le discours du pr&#233;sident turc, aux c&#244;t&#233;s de plusieurs autres responsables actifs de ce g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y eut ce timbre immonde, &#233;dit&#233; par Bakou au lendemain du massacre, qui revendiquait, au-del&#224; de toutes les caricatures possibles, une politique de &lt;i&gt;nettoyage ethnique&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3924 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lmsi.net/IMG/jpg/timbre.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH294/timbre-e9d42.jpg?1763129947' width='500' height='294' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis il y eut, le 12 avril 2021, l'inauguration par le pr&#233;sident Aliyev du &#171; Parc des troph&#233;es militaires &#187;, c'est-&#224;-dire des tanks, armes et autres casques pris au c&#244;t&#233; arm&#233;nien &#8211; je cite le reportage de &lt;a href=&#034;https://www.rfi.fr/fr/europe/20210418-haut-karabakh-l-azerba%C3%AFdjan-inaugure-un-parc-des-troph%C3%A9es-militaires?fbclid=IwAR3cKhHZOx7heHAJOY2T3ZN-QgWYZPsRCKBzCTu7ajMKPQZgPe3ISQ3Xweg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;RFI&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Des mannequins en cire repr&#233;sentent les soldats arm&#233;niens : des hommes hirsutes, avec de gros nez crochus, des visages apeur&#233;s et souvent encha&#238;n&#233;s, comme des chiens. Une comparaison r&#233;p&#233;t&#233;e plusieurs fois par le pr&#233;sident Ilham Aliyev a pendant le conflit du Haut-Karabakh, parlant de &#8220;chasser comme des chiens&#8221; les soldats arm&#233;niens de la province s&#233;cessionniste. Terrifiante aussi cette esp&#232;ce de couloir o&#249; sont suspendus des dizaines de casques de soldats ennemis. Elle fait immanquablement penser &#224; ces tas de cr&#226;nes que l'on entassait apr&#232;s une guerre dans des temps tr&#232;s recul&#233;s. Pour le reste, ce parc de cinq hectares, situ&#233; dans la capitale Bakou, et que le pr&#233;sident Aliyev a inaugur&#233; en treillis militaire, montre des tanks arm&#233;niens d&#233;truits, des restes de missiles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lmsi.net/IMG/jpg/mannequins.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH333/mannequins-b04c7.jpg?1763129947' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH372/mannequin-9521b.png?1763129947' width='500' height='372' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, pour reprendre &#224; nouveaux les termes de Y&#233;rich&#233; Gorizian :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les &#034;je me souviens&#034;, &#034;je n'oublie pas&#034; ou autre &#034;il y a 106 ans&#034; sont compl&#232;tement d&#233;connect&#233;s de la r&#233;alit&#233; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, et bien dit, il me parait utile d'ajouter une pr&#233;cision : contrairement &#224; ce qu'on pourrait conclure de mani&#232;re exp&#233;ditive, cette &#171; prison m&#233;morielle &#187; est moins la manifestation d'un &#171; trop de m&#233;moire &#187; que d'un &#171; pas assez &#187;. Ce qui nous y enferme, ce n'est pas la m&#233;moire en elle-m&#234;me, ni m&#234;me une m&#233;moire trop encombrante, mais plut&#244;t un &lt;i&gt;confinement&lt;/i&gt; de la m&#233;moire &#171; arm&#233;nienne de France &#187; dans trois ou quatre clich&#233;s d'une accablante pauvret&#233;, &#224; commencer par cette expression d&#233;sormais proverbiale, cens&#233;e nous &#171; honorer &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; le premier g&#233;nocide du vingti&#232;me si&#232;cle &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; et qui, en v&#233;rit&#233;, nous d&#233;shonore, en niant, &lt;i&gt;en notre nom&lt;/i&gt;, le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_des_H%C3%A9r%C3%A9ros_et_des_Namas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;g&#233;nocide des Hereros de Namibie, en 1904&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand allons-nous cesser de les r&#233;p&#233;ter, ces mots inf&#226;mes, ou d'accepter, &#224; la tribune de la Place du Canada, &#224; Paris, chaque 24 avril, que des ministres, des &#233;lus ou des responsables communautaires continuent de les prononcer ? Comment peut-on reprocher &#224; l'&#201;tat d'Isra&#235;l son &lt;a href=&#034;https://www.academicstudiespress.com/theholocaust/israels-failed-response-to-the-armenian-genocide&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;ni de reconnaissance&lt;/a&gt;, comment peut-on critiquer les usages odieux de la th&#233;matique de &#171; l'unicit&#233; de la Shoah &#187;, tout en reproduisant le m&#234;me &lt;i&gt;chauvinisme m&#233;moriel&lt;/i&gt; et le m&#234;me n&#233;gationnisme ? Comment peut-on accepter que soit &#233;nonc&#233;es, dans une m&#234;me phrase, &lt;i&gt;l'existence de &#171; notre g&#233;nocide &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'inexistence de &#171; celui des autres &#187;&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ouvre sur d'autres questions : pourquoi, plut&#244;t que ce malvenu &#171; premier g&#233;nocide du vingti&#232;me si&#232;cle &#187;, ne prendrions-nous pas l'habitude collective de rappeler plus syst&#233;matiquement : &#171; g&#233;nocides des Arm&#233;niens, des &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_assyrien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Assyro-Chald&#233;ens&lt;/a&gt; et des &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_grec_pontique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grecs Pontiques&lt;/a&gt; &#187; ? Et que vaut la m&#233;moire d'un processus g&#233;nocidaire si elle n'aide pas &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; &#224; r&#233;agir plus et mieux aux processus similaires qui se produisent aujourd'hui, notamment contre les &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2020/01/23/la-cour-internationale-de-justice-ordonne-a-la-birmanie-de-prendre-des-mesures-pour-prevenir-un-genocide-contre-les-rohingyas_6026969_3210.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rohingyas&lt;/a&gt; ou contre les &lt;a href=&#034;https://www.la-croix.com/Monde/Human-Rights-Watch-accuse-Chine-crime-contre-lhumanite-Xinjiang-2021-04-22-1201152139&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ou&#239;ghours&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#171; barreau &#187; de cette &#171; prison m&#233;morielle &#187; est le motif de &#171; l'Arm&#233;nien, mod&#232;le de bonne int&#233;gration &#187;, v&#233;ritable &lt;i&gt;m&#233;daille en chocolat narcissique&lt;/i&gt; destin&#233;e &#224; faire passer les pilules les plus abjectes, &#224; commencer par &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Haut-Karabakh-pourquoi-ce-silence-de-la-gauche-occidentale&#034;&gt;l'abandon du Haut Karabagh&lt;/a&gt; &#8211; ainsi, bien entendu, qu'une bonne dose de n&#233;grophobie, d'arabophobie et d'islamophobie. Cette vieille rengaine pourrie, il serait temps aussi que les autorit&#233;s fran&#231;aises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense aux gouvernants, bien entendu, qui entonnent volontiers ce refrain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et les &#171; repr&#233;sentants communautaires &#187; cessent de l'entonner &#8211; et qu'elle cesse d'&#234;tre applaudie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un simple sursaut de dignit&#233; devrait y suffire, ainsi qu'un point d'honneur : ne pas jouer ce sc&#233;nario &#171; de merde &#187;, ce r&#244;le du &#171; premier de la classe &#187; (pour reprendre &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/Charjoum/videos/780883872615375&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les mots si justes de Simon Abkarian&lt;/a&gt;), qu'on ne distingue que pour taper sur d'autres. Ne pas cautionner une mascarade raciste, pr&#233;cis&#233;ment parce que le peuple arm&#233;nien devrait &#234;tre vaccin&#233; contre ce type de mascarade, qu'il a pay&#233; tellement cher : le supr&#233;macisme, la gestion paternaliste des minorit&#233;s, avec ses savantes classifications, ses palmar&#232;s &#171; raciaux &#187; , &#171; ethniques &#187; ou &#171; culturels &#187;, et pour finir &lt;a href=&#034;https://www.telerama.fr/livre/mikael-nichanian-historien-sur-le-genocide-armenien-la-turquie-est-figee-dans-le-deni,125428.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ces proc&#232;s en &#171; mauvaise int&#233;gration &#187; qui peuvent finir dans le sang&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus de m&#233;moire, donc, serait la bienvenue, sur ce que fut la condition minoritaire dans l'Empire ottoman, mais aussi sur l'exil, l'immigration, et &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/La-memoire-selective-de-Valerie-Boyer&#034;&gt;l'&#171; orientalisme malveillant &#187; qui se d&#233;cha&#238;na en France contre les premi&#232;res g&#233;n&#233;rations d'Arm&#233;niens&lt;/a&gt;, leurs m&#339;urs arri&#233;r&#233;es, leur hygi&#232;ne douteuse, &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/La-caricature-pour-dire-quoi&#034;&gt;leur mentalit&#233; fourbe, duplice, &#171; juive &#187;&lt;/a&gt;, et leur l&#233;gendaire &#171; s&#233;paratisme &#187;&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire par exemple : Sandrine Bertaux, &#171; Les Arm&#233;niens dans l'approche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le jour o&#249; ce travail d'anamn&#232;se sera fait, les m&#233;dailles en chocolat n'auront plus la m&#234;me saveur, ni le m&#234;me pouvoir s&#233;datif, et peut-&#234;tre pourra-t-on s'autoriser quelques &lt;i&gt;exigences&lt;/i&gt; et quelques &lt;i&gt;revendications&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me &#171; barreau &#187; qui me vient &#224; l'esprit est l'ann&#233;e 1915. En disant cela, je ne veux &#233;videmment pas dire ce que tant de ma&#238;tres penseurs aimeraient qu'on dise : qu'il faut arr&#234;ter de &#171; se complaire &#187; et de &#171; s'enfermer &#187; dans le pass&#233;, qu'il faut &#171; d&#233;passer &#187; la &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/A-quoi-sert-la-victimisation&#034;&gt;&#171; victimisation &#187;&lt;/a&gt; et le &#171; ressentiment &#187;, bref rentrer dans le rang du &lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/idees/20210315.OBS41425/napoleon-et-le-retablissement-de-l-esclavage-les-euphemismes-siderants-de-gabriel-attal.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;grand r&#233;cit national colberto-napol&#233;onien&lt;/a&gt; et cesser de demander des comptes. Ce que je veux dire est l'exact oppos&#233; : il n'y a pas trop de m&#233;moire dans l'identit&#233; arm&#233;nienne, ni trop de g&#233;nocide dans cette m&#233;moire, mais au contraire il manque de la m&#233;moire, et le g&#233;nocide prend trop peu de place dans cette m&#233;moire. Il manque une m&#233;moire collective &#8211; arm&#233;nienne, et au-del&#224;, fran&#231;aise et internationale &#8211; du processus g&#233;nocidaire tel qu'il s'est mis en place &lt;i&gt;avant 1915&lt;/i&gt; (la tutelle ottomane et les massacres hamidiens de 1894-1897, pr&#232;s de 400000 morts, puis ceux de 1905-1907 et ceux de 1909), et poursuivi &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; (la prolongation du processus g&#233;nocidaire de 1915 &#224; 1923, le &#171; relais &#187; azerba&#239;djanais de 1918 &#224; 1920, la construction de la &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Le-silence-en-heritage&#034;&gt;Turquie n&#233;gationniste&lt;/a&gt; par Kemal Atat&#252;rk, les &#171; politiques de rappel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Nazli Temir Beyleryan, La m&#233;moire collective &#224; l'&#233;preuve de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sous les r&#233;gimes k&#233;malistes, la reprise des pogroms de 1988 &#224; 1992 dans le Karabagh, jusqu'&#224; l'offensive de 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le manque de production et de diffusion d'une m&#233;moire collective sur ce long &lt;i&gt;processus g&#233;nocidaire&lt;/i&gt; qui autorise aujourd'hui l'ignare Emmanuel Macron &#224; jouer les &#233;rudits, &lt;i&gt;au calme&lt;/i&gt;, sans qu'aucun opposant fran&#231;ais ni aucun &#171; repr&#233;sentant &#187; de la diaspora arm&#233;nienne ne le reprenne, en &#233;rigeant un &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Ataturk-ce-heros&#034;&gt;Kemal Atat&#252;rk en &#171; h&#233;ros &#187;&lt;/a&gt; (sic) et en mod&#232;le de &#171; la&#239;cit&#233; &#187; et de &#171; tol&#233;rance &#187; (re-sic). C'est elle aussi qui permet &#224; &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Haut-Karabakh-pourquoi-ce-silence-de-la-gauche-occidentale&#034;&gt;la majeure partie de la gauche fran&#231;aise&lt;/a&gt; et des mouvances anti-imp&#233;rialistes de m&#233;conna&#238;tre la dimension imp&#233;riale, supr&#233;maciste et g&#233;nocidaire de l'offensive azerba&#239;djanaise d'octobre dernier, d'oser des terribles renvois dos-&#224;-dos entre &#171; deux nationalismes &#187;, et de pointer aux abonn&#233;s absents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin un dernier manque, bien entendu, qui concerne l'histoire des luttes arm&#233;niennes &#8211; et je parle en premier lieu pour moi m&#234;me, qui ne la connais que tr&#232;s sommairement, par bribes. De &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soghomon_Tehlirian&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tehlirian&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Archavir_Chiragian&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chiragian&lt;/a&gt; et tout le collectif de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_N%C3%A9m%C3%A9sis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Op&#233;ration Nemesis&lt;/a&gt; aux combattant&#183;e&#183;s d'&lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Pour-la-reconnaissance-du-Haut-Karabakh&#034;&gt;Artsakh&lt;/a&gt;, il y a mille exp&#233;riences militantes, en Orient, en France, aux &#201;tats-Unis et dans toutes les diasporas, qui pourraient bien fournir, &#224; tous et toutes, non seulement des motifs de fiert&#233; autrement plus consistants que les premiers prix d'assimilation d&#233;cern&#233;s par une R&#233;publique bourgeoise et x&#233;nophobe, mais aussi et surtout des mod&#232;les, une inspiration, un &#233;lan, de la force pour le pr&#233;sent et le futur. Car il en faudra.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3926 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lmsi.net/IMG/jpg/178172285_1272858656441563_5562182086748683350_n.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH375/178172285_1272858656441563_5562182086748683350_n-eca78.jpg?1763129947' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un post, publi&#233; sur sur Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Y&#233;rich&#233; Gorizian, toujours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense aux gouvernants, bien entendu, qui entonnent volontiers ce refrain, mais aussi &#224; des &#233;ditocrates, philosophes m&#233;diatiques et autres entrepreneurs de morale islamophobe, &#224; commencer par le plus cynique, malhonn&#234;te et fascisant d'entre eux : &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Stop-aux-manipulations&#034;&gt;Michel Onfray&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire par exemple : Sandrine Bertaux, &#171; Les Arm&#233;niens dans l'approche d&#233;mographique &#187;, &lt;i&gt;Revue du monde arm&#233;nien moderne et contemporain&lt;/i&gt;, n&#176;5, 1999-2000 ; Anouche Kunth, &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-archives-juives1-2015-1-page-72.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Dans les rets de la x&#233;nophobie et de l'antis&#233;mitisme : les r&#233;fugi&#233;s arm&#233;niens en France, des ann&#233;es 1920 &#224; 1945 &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Archives Juives&lt;/i&gt;, 2015)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Nazli Temir Beyleryan, &lt;i&gt;La m&#233;moire collective &#224; l'&#233;preuve de la politique de l'oubli. Le cas des Arm&#233;niens de Turquie &#224; travers trois g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat soutenue le 9 juin 2016 &#224; l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Admettre le meurtre, nier le crime </title>
		<link>https://lmsi.net/Admettre-le-meurtre-nier-le-crime</link>
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		<dc:date>2026-04-23T22:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Duygu Tasalp</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui cent-onze ans, le 24 avril 1915, le ministre de l'int&#233;rieur ottoman Tal&#226;t Pacha ordonne l'arrestation des intellectuels ou notables arm&#233;niens &#224; Constantinople : eccl&#233;siastiques, m&#233;decins, &#233;diteurs, journalistes, avocats, enseignants, hommes politiques, ce sont plus de 2000 personnes qui sont arr&#234;t&#233;es en quelques jours, avant d'&#234;tre d&#233;port&#233;es puis massacr&#233;es. Ces journ&#233;es marquent le d&#233;clenchement officiel d'un g&#233;nocide planifi&#233; et initi&#233; plusieurs semaines plus t&#244;t par le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lmsi.net/-Politiques-de-la-memoire-" rel="directory"&gt;Politiques de la m&#233;moire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui cent-onze ans, le 24 avril 1915, le ministre de l'int&#233;rieur ottoman Tal&#226;t Pacha ordonne l'arrestation des intellectuels ou notables arm&#233;niens &#224; Constantinople : eccl&#233;siastiques, m&#233;decins, &#233;diteurs, journalistes, avocats, enseignants, hommes politiques, ce sont plus de 2000 personnes qui sont arr&#234;t&#233;es en quelques jours, avant d'&#234;tre d&#233;port&#233;es puis massacr&#233;es. Ces journ&#233;es marquent le d&#233;clenchement officiel d'un g&#233;nocide planifi&#233; et initi&#233; plusieurs semaines plus t&#244;t par le parti au pouvoir &#224; l'&#233;poque, le Comit&#233; Union et Progr&#232;s, qui co&#251;tera la vie &#224; plus d'un million de personnes, soit pr&#232;s des deux tiers de la population arm&#233;nienne. Dans son Carnet personnel publi&#233; en 2005 et surnomm&#233; le &#171; Carnet noir &#187;, le ministre Tal&#226;t Pacha lui-m&#234;me revendiquera un bilan de plus d'1,2 million de morts, soit 77% de la population arm&#233;nienne. &#192; l'occasion de l'anniversaire d'un g&#233;nocide toujours pas reconnu par les autorit&#233;s turques, nous avons choisi de revenir sur ce mouvement des &#171; Jeunes-turcs unionistes &#187;, sur son id&#233;ologie et sur son h&#233;ritage m&#233;moriel dans la Turquie contemporaine, auxquels s'est consacr&#233;e Duygu Tasalp, dans le cadre d'une th&#232;se de doctorat &#224; l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales. Les lignes qui suivent sont plus pr&#233;cis&#233;ment consacr&#233;es aux nombreux recueils de &#171; m&#233;moires &#187; publi&#233;s par des Jeunes Turcs dans l'apr&#232;s-coup du g&#233;nocide : un &lt;i&gt;corpus&lt;/i&gt; qui constitue, selon la sociologue et historienne &lt;a href=&#034;http://www.imprescriptible.fr/dossiers/gocek/aztag&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fatma Muge Go&#231;ek&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;&#171; le premier mat&#233;riau de l'historiographie n&#233;gationniste turque &#187;&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2783 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L323xH480/talapacha-7dc09.jpg?1763134402' width='323' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier tome du journal de Goebbels a &#233;t&#233; vendu en France &#224; 25000 exemplaires (45000 en tout pour les quatre tomes). La curiosit&#233;, le d&#233;sir secret de voir un &#171; bourreau &#187;, un &#171; monstre &#187; dans son intimit&#233;, ont certainement contribu&#233; &#224; ce succ&#232;s &#233;ditorial. En Turquie, les m&#233;moires et autres &#233;crits &#171; priv&#233;s &#187; des Jeunes-Turcs unionistes sont &#233;galement des publications &#224; succ&#232;s. Ainsi, le &#171; carnet noir &#187; de Tal&#226;t Pacha &#8211; chef du Comit&#233; Union et Progr&#232;s, ministre de l'Int&#233;rieur (1913-1917) de l'Empire ottoman, puis grand vizir (1917-1918) et l'un des principaux responsables des crimes commis contre les populations non-musulmanes de l'Empire durant la Premi&#232;re Guerre Mondiale &#8211; carnet publi&#233; en 2009 en Turquie par le journaliste Murat Bardak&#231;i, a &#233;t&#233; un &lt;i&gt;best-seller&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore cela s'explique par l'id&#233;e de voir &lt;i&gt;de plus pr&#232;s&lt;/i&gt;, non pas des bourreaux, puisqu'il ne sont pas per&#231;us comme tels en Turquie, mais des grands hommes, des h&#233;ros de la nation, des p&#232;res-fondateurs ainsi qu'ils sont c&#233;l&#233;br&#233;s par la majorit&#233; de la classe politique turque, au-del&#224; de tous clivages partisans. Chez l'historien des g&#233;nocides, l'int&#233;r&#234;t port&#233; &#224; ces documents &#233;crits &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt;, cacherait l'espoir inavou&#233; de voir l'expression d'une confession, d'un aveu associ&#233; &#224; un certain regret, un remords. Ou encore, cet int&#233;r&#234;t serait motiv&#233; par la volont&#233; d'&#233;valuer la distance entre &#171; eux &#187; et &#171; nous &#187;, autrement dit, d'&#233;valuer leur &lt;i&gt;humanit&#233;&lt;/i&gt;&#8230; Il va sans dire qu'une recherche bas&#233;e sur un tel point de d&#233;part, t&#233;l&#233;ologique et orient&#233;, serait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, pour les m&#233;moires des Jeunes-Turcs unionistes, il faut d'embl&#233;e abandonner les d&#233;signations d' &#171; &#233;crits priv&#233;s &#187; ou &#171; &#233;crits intimes &#187;. En effet, malgr&#233; leurs titres qui sugg&#232;rent un discours priv&#233; (&lt;i&gt;Mes souvenirs, Ma vie&lt;/i&gt;&#8230;), il s'agit bien de discours publics puisque publi&#233;s &#8211; et destin&#233;s depuis le d&#233;but &#224; l'&#234;tre &#8211; et surtout de discours &lt;i&gt;politiques&lt;/i&gt;. La question se pose alors de la pertinence de leur typologisation comme &#171; &#233;crits autobiographiques &#187;. Nous faisons le choix de garder la d&#233;signation de &#171; m&#233;moires &#187;, mais moins au sens premier d' &#171; &#233;crit qui rappelle la vie, les &#233;v&#233;nements auxquels est associ&#233;e une personne &#187;, qu'&#224; celui d' &#171; expos&#233; qui attire l'attention de quelqu'un sur une question pr&#233;cise &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;finition tir&#233;e du Tr&#233;sor de la Langue Fran&#231;aise Informatis&#233; (TLFi) : &#201;crit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, nous le verrons plus bas, c'est bien cette d&#233;finition qui semble le mieux appropri&#233;e aux &#233;crits des Jeunes-Turcs d'apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre Mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours sur le plan m&#233;thodologique, la question pourrait se poser d'une grille sp&#233;cifique d'interrogation, diff&#233;rente de celle servant &#224; l'interpr&#233;tation des r&#233;cits des victimes, puisqu'il s'agirait l&#224; de d&#233;jouer les logiques de travestissement propres aux r&#233;cits de criminels. Cependant, nous refusons de nous engouffrer dans ce pi&#232;ge : car si les Jeunes-Turcs unionistes mentent dans leurs m&#233;moires (comme tous les m&#233;morialistes d'ailleurs, l'&#233;criture du moi &#233;tant in&#233;vitablement mensong&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LEJEUNE Philippe, Le Pacte autobiographique, Paris, Seuil, 1975&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ils ne mentent pas toujours. Il ne revient pas &#224; l'historien de dire s'ils mentent ou pas, mais d'expliquer leurs mensonges comme leurs v&#233;rit&#233;s, la v&#233;rit&#233; de leur groupe et ses rapports complexes avec la r&#233;alit&#233;. En d'autres termes, il ne s'agit pas de consid&#233;rer les m&#233;moires des Unionistes comme r&#233;cit &#171; vrai &#187; ou &#171; faux &#187;, mais comme des textes litt&#233;raires, des textes &#233;crits, &#233;crits par des hommes et dans des contextes particuliers. Il s'agit donc, en contextualisant ces documents, de rep&#233;rer les raisons sociales et politiques, les &#171; besoins historiques &#187; &#224; l'origine de leur &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les traces d'un &lt;i&gt;univers mental&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle fut jusqu'&#224; pr&#233;sent la place des m&#233;moires des Jeunes-Turcs unionistes dans l'historiographie ? En Turquie m&#234;me, ces documents apparaissent dans un premier temps comme ce qu'ils pr&#233;tendent &#234;tre : des livres d'histoire, sur le Comit&#233; Union et Progr&#232;s, sur la guerre, sur la lutte de lib&#233;ration nationale, etc. Ils sont &#233;galement utilis&#233;s par des historiens turcs, mais avec une lecture exclusivement &#171; documentaliste &#187; qui consid&#232;re les m&#233;moires comme des &#171; r&#233;cits vrais &#187; ne n&#233;cessitant pas d'&#234;tre interrog&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un historien non-turc, Erik-Jan Z&#252;rcher, qui le premier &#233;voque cette n&#233;cessit&#233;. Dans un article &#233;crit en 1986 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E.J. Z&#220;RCHER, &#8220;The Young Turks Memoirs as a historical source : K&#226;zim (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'historien explique ce choix m&#233;thodologique : selon lui, si dans la hi&#233;rarchisation commun&#233;ment admise des sources historiques, l'archive en tant que &#171; source primaire &#187; tient la premi&#232;re place, cela suppose le probl&#232;me de l'acc&#232;s qui, dans un pays comme la Turquie, par exemple, est limit&#233;. D'o&#249;, selon lui, la n&#233;cessit&#233; de s'int&#233;resser aux &#171; sources alternatives &#187; : c'est-&#224;-dire les archives &#171; &#233;trang&#232;res &#187;, les collections documentaires publi&#233;es, la presse, et enfin les m&#233;moires et autobiographies des protagonistes de l'&#233;poque. Mais avant de s'int&#233;resser au contenu de ces &#233;crits, explique Z&#252;rcher, il faut les soumettre &#224; un questionnement pr&#233;alable : qui est l'auteur, quelles sont ses motivations, que dit-il et que cache-t-il, mais surtout pourquoi, et pourquoi le livre est-il &#233;crit et publi&#233; &#224; tel et tel moment et pas &#224; un autre, etc. Ainsi dans &lt;i&gt;The Unioniste Factor&lt;/i&gt;, Z&#252;rcher, comme S&#252;kr&#252; Hanioglu ensuite &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HANIOGLU S&#252;kr&#252;, Preparation for a Revolution, New York, Oxford University (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soumet les m&#233;moires des Unionistes &#224; l'&#233;preuve les uns des autres, et &#224; l'&#233;preuve d'autres sources comme la presse, et les archives disponibles et accessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'historiographie du g&#233;nocide arm&#233;nien, en revanche, les m&#233;moires des Jeunes-Turcs unionistes sont quasiment absents, en d&#233;pit &#8211; ou en raison m&#234;me ? &#8211; du fait qu'ils constituent, selon Fatma M&#252;ge G&#246;&#231;ek, &lt;i&gt;&#171; le premier mat&#233;riau de l'historiographie n&#233;gationniste turque &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#220;GE G&#214;CEK Fatma, BLOXHAM Donald, &#171; The Armenian Genocide&#8221; in : STONE Dan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'historienne consid&#232;re en effet l'&#233;criture de ces m&#233;moires comme la premi&#232;re construction d'un r&#233;cit sur les &#233;v&#233;nements de 1915. Dans un effort de contextualisation, elle situe ces &#233;crits comme pr&#233;c&#233;dant et divergeant du fameux &lt;i&gt;Discours&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Nutuk&lt;/i&gt;) de Mustafa Kemal &#8211; un discours qui lui-m&#234;me prend la forme de &#171; m&#233;moires &#187;, et qui constitue la trame centrale de l'historiographie officielle actuelle. La faible exploitation des m&#233;moires des responsables unionistes dans l'historiographie occidentale peut s'expliquer justement par le fait qu'ils sont &#233;crits par les &#171; bourreaux &#187; et qu'&lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, ceux-ci sont cens&#233;s nier leur crime, c'est-&#224;-dire ce que l'historiographie occidentale tentait dans un premier temps de prouver. Cette &lt;i&gt;focalisation sur la preuve&lt;/i&gt; a eu de plus pour cons&#233;quence que les historiens non-turcs ont privil&#233;gi&#233; les archives, en tant que documents &#171; objectifs &#187; et donc irr&#233;futables.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2784 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L342xH500/talat2-22e91.jpg?1763134402' width='342' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or il est absolument n&#233;cessaire de se lib&#233;rer de cette &lt;i&gt;&#171; f&#233;tichisation &#187;&lt;/i&gt;, pour reprendre le mot de H&#252;lya Adak, du document d'archive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ADAK H&#252;lya, &#171; Identifying the &#8220;internal tumors&#8221; of World War I : Tal&#226;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui r&#233;sulte en fait de la manipulation n&#233;gationniste. Dans quelle mesure l'archive serait-elle plus objective qu'un autre document, quand on sait qu'elle est, autant que le t&#233;moignage, par exemple, l'oeuvre de l'homme, et m&#234;me de l'autorit&#233; &#233;tatique, qu'elle est produite, enregistr&#233;e, s&#233;lectionn&#233;e, d&#233;truite ou &#233;pargn&#233;e par cette autorit&#233; ? La subjectivit&#233; de la source doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e, non pas comme un indice de fiabilit&#233;, mais comme un objet historique en tant que tel. Ainsi, les m&#233;moires des responsables unionistes, &lt;i&gt;en raison m&#234;me de leur caract&#232;re subjectif,&lt;/i&gt; pr&#233;sentent un int&#233;r&#234;t consid&#233;rable pour l'historiographie du g&#233;nocide arm&#233;nien : en tant que trace laiss&#233;e par les g&#233;nocidaires sur la mani&#232;re dont ils concevaient, se rem&#233;moraient et exprimaient le g&#233;nocide. Ces documents sont importants moins pour les faits qu'ils rapportent que pour la mani&#232;re dont ces faits sont per&#231;us et rapport&#233;s, et ce que cela nous apprend des id&#233;es, de l'id&#233;ologie, de &#171; l'univers mental &#187; des g&#233;nocidaires. Le g&#233;nocide qui est lui m&#234;me avant tout un &#171; processus mental &#187; selon Jacques S&#233;melin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#201;MELIN Jacques, Purifier et D&#233;truire : usages politiques des massacres et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, y est exprim&#233; en mots par ceux qui l'ont commis. Nous pourrions aller plus loin, en sugg&#233;rant que l'&#233;criture des m&#233;moires constitue une &#233;tape &#224; part enti&#232;re &#8211; l'ultime &#233;tape &#8211; du g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; mission historique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les responsables unionistes, s'ils en ont eu le temps, ont &#233;crit leurs m&#233;moires. M&#234;me ceux qui n'&#233;taient pas des intellectuels ou des &#233;crivains. Pourquoi ? Il faut d'abord &#233;voquer la probabilit&#233; d'un processus communicatif &#8211; &lt;i&gt;&#171; j'&#233;cris parce que les autres ont &#233;crit &#187;&lt;/i&gt; &#8211; associ&#233; &#224; un aspect &lt;i&gt;&#233;pique&lt;/i&gt; : il s'agit pour chacun de se tailler &lt;i&gt;une place dans l'histoire&lt;/i&gt;. On ressent souvent &#224; la lecture de leurs r&#233;cits leur propre sentiment de l'historicit&#233; de leurs actes. Il s'agit pour eux, avant tout peut-&#234;tre, d'une grande aventure historique. Ils ont la conviction d'avoir r&#233;pondu &#224; &#171; l'appel de l'Histoire &#187;, d'avoir accompli une &#171; grande oeuvre &#187; m&#233;morable &#8211; et c'est pourquoi ils &lt;i&gt;ne nient pas&lt;/i&gt; cette &#171; oeuvre &#187;. Talat Pacha fait m&#234;me dire &#224; des officiers russes, &#224; propos des Arm&#233;niens : &lt;i&gt;&#171; il aurait fallu qu'il n'en reste plus un seul &#187;&lt;/i&gt; &#8211; et il ajoute, en son nom : &lt;i&gt;&#171; ils sont sem&#233; le vent, et r&#233;colt&#233; la temp&#234;te &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, aussi surprenant que cela puisse para&#238;tre, aucun de ces &#233;crits ne remet en question l'occurrence des &#171; massacres &#187; arm&#233;niens, ni leur ampleur, ni leur signification r&#233;elle. Ils se focalisent plut&#244;t sur les raisons de leurs d&#233;cisions et de leur application, et surtout sur leur cons&#233;quence &#171; b&#233;n&#233;fique &#187; : ils ont &#171; sauv&#233; &#187; la Turquie de la partition et de la disparition. Les auteurs des m&#233;moires voient les crimes qu'ils ont commis comme un devoir dans le service de la patrie turque. Les m&#233;moires des Unionistes sont bien le lieu d'expression du triomphe d'une vision &#233;tatique &lt;i&gt;&#171; proto-nationale &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#220;GE G&#214;CEK Fatma, BLOXHAM Donald, &#171; The Armenian Genocide&#8221; in : STONE Dan (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui per&#231;oit la structure de l'empire ottoman comme inad&#233;quate, et la position des sujets arm&#233;niens au sein de cet empire comme probl&#233;matique. Cette conception de la pr&#233;sence &#8211; physique, mat&#233;rielle et sociale &#8211; des Arm&#233;niens comme un probl&#232;me qui &lt;i&gt;&#233;tait &#224; r&#233;soudre&lt;/i&gt;, et qui surtout &lt;i&gt;a &#233;t&#233; r&#233;solu&lt;/i&gt;, est clairement exprim&#233;e dans les m&#233;moires. La solution choisie a donn&#233; la priorit&#233; &#224; la pr&#233;servation de l'Etat et des musulmans, avant tout, et les auteurs justifient leurs actions en fonction de cette priorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, s'ils &#233;crivent tous, il est remarquable &#233;galement qu'ils &#233;crivent tous quasiment la m&#234;me chose. Il s'agit bien du r&#233;cit d'une exp&#233;rience collective, traduisant une subjectivit&#233; collective et un sentiment partag&#233; d'appartenir &#224; un m&#234;me comit&#233;, et &#224; une m&#234;me g&#233;n&#233;ration. La similitude frappante de leurs r&#233;cits peut aussi s'expliquer par une certaine solidarit&#233;, dans un contexte de pers&#233;cution de leur groupe (les proc&#232;s de l'apr&#232;s-guerre men&#233;s par les cours martiales d'Istanbul). Sur le plan m&#233;thodologique, cela implique pour l'historien d'adopter une lecture lente, afin de faire appara&#238;tre les singularit&#233;s, aussi importantes que les similitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la dimension de plaidoirie, il faut aussi mentionner, parmi les raisons d'&#234;tre de l'&#233;criture des m&#233;moires, la difficult&#233; de sortir d'un &#171; temps historique &#187;. C'est cette difficult&#233;, voire cette impossibilit&#233;, qui a conduit certains responsables unionistes &#224; se suicider apr&#232;s la guerre, comme le Dr Mehmed Reshit, ardent unioniste gouverneur de Diyarbekir pendant le g&#233;nocide, plus que la peur de la reddition et de la condamnation. De m&#234;me que, comme l'explique Nicolas Jallot, l'&#233;criture de m&#233;moires de guerre par les soldats fran&#231;ais apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre Mondiale permettait de &#171; retrouver la guerre &#187;, moment majeur, moment &lt;i&gt;historique&lt;/i&gt; dans la vie d'une personne ordinaire, de m&#234;me les Jeunes-Turcs unionistes, en &#233;crivant leurs m&#233;moires, retrouvaient pour quelques instants &lt;i&gt;leur&lt;/i&gt; moment. Il s'agissait pour eux, sinon de &#171; retrouver la guerre &#187;, de la &#171; refaire &#187;, c'est-&#224;-dire de la &lt;i&gt;re-pr&#233;senter&lt;/i&gt;, sous un nouveau jour, notamment pour se d&#233;responsabiliser d'un conflit exceptionnellement meurtrier et d'une d&#233;faite catastrophique sur le plan g&#233;opolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans leurs m&#233;moires, la question de l'entr&#233;e dans la guerre et de la responsabilit&#233; de la d&#233;faite est presque aussi centrale que celle de la destruction des Arm&#233;niens &#8211; comme si la guerre, la d&#233;faite et l'effondrement de l'Empire &#233;taient &#171; le crime &#187; le plus important dont ils &#233;taient accus&#233;s. Et si aucun regret n'est exprim&#233; pour les massacres de populations, ni m&#234;me pour les soldats morts, les seuls regrets que l'on trouve exprim&#233;s dans les m&#233;moires des Jeunes-Turcs concernent l'entr&#233;e en guerre aux c&#244;t&#233;s de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2782 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L170xH243/_Anilarim_1913-1922_-_Cemal_Pasa-jpg-aspx-f95a3.jpg?1763134402' width='170' height='243' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;moires des Jeunes-Turcs unionistes comportent par ailleurs une dimension de r&#233;ponse : ils sont &#233;crits en r&#233;ponse aux r&#233;cits des survivants arm&#233;niens, et aux t&#233;moignages d'observateurs &#233;trangers publi&#233;s apr&#232;s la guerre. D'ailleurs, Tal&#226;t Pacha et Cemal Pacha, dans leurs m&#233;moires, s'adressent parfois directement aux anciens ambassadeurs am&#233;ricain et russe dans l'Empire Ottoman, Henry Morgenthau et Andr&#233; Mandelstam, qui ont tous deux publi&#233; au lendemain du conflit des livres comportant des t&#233;moignages accablants sur les d&#233;portations des Arm&#233;niens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MANDELSTAM Andr&#233;, Le sort de l'Empire Ottoman, Payot, 1917 ; MORGENTHAU (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette logique de d&#233;fense et de justification, les responsables unionistes &#233;voquent avec force d&#233;tails les massacres de populations turques commis par des bandes d'Arm&#233;niens, apr&#232;s les d&#233;portations et les massacres de 1915, mais aussi des atrocit&#233;s commises par d'autres, non pas des Arm&#233;niens, mais des Chr&#233;tiens, dans les Balkans durant les guerres balkaniques&#8230; On est l&#224; dans un discours complotiste et vengeur compl&#232;tement anhistorique et anachronique, dans lequel les Turcs et les Musulmans en g&#233;n&#233;ral sont pr&#233;sent&#233;s comme les victimes &#233;ternelles d'injustices de la part des Occidentaux-Chr&#233;tiens. A titre d'exemple, on peut lire dans les m&#233;moires de Tal&#226;t Pacha :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les Arm&#233;niens se sont toujours appropri&#233; le r&#244;le de ceux qui se font &#233;craser et ont r&#233;ussi, gr&#226;ce &#224; leur haut degr&#233; de connaissance et &#224; leur religion, &#224; faire croire au monde entier qu'ils avaient &#233;t&#233; les victimes des actes les plus graves &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TALAT Pasa, Tal&#226;t Pasa'nin anilari (haz : A. Kabacali, Istanbul, T&#252;rkiye Is (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; C'&#233;tait soit eux, soit nous &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, pass&#233; le moment oblig&#233; d'un appel au pardon qui semble &#234;tre de pure forme, et pour une faute qui semble &#234;tre davantage l'entr&#233;e en guerre que l'extermination de tout un peuple, les Jeunes Turcs se posent comme innocents voire vertueux : les &#171; intentions &#187; &#233;taient bonnes, et seule peut &#234;tre d&#233;plor&#233;e la candeur et &#171; l'id&#233;alisme &#187; de la &#171; jeunesse &#187;. Les auteurs de ces m&#233;moires se posent m&#234;me comme les v&#233;ritables victimes : ils sont les h&#233;ros et martyrs de la Patrie, les &#171; combattants de la libert&#233; &#187; qui se sont &#171; sacrifi&#233;s &#187; pour sauver une Turquie tromp&#233;e par les puissance imp&#233;rialistes, trahie par les Arabes, menac&#233;e enfin par les Arm&#233;niens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs parviennent ainsi &#224; priver les victimes r&#233;elles de leur statut de victime. Sous leur plume, l'Arm&#233;nien ment, l'Arm&#233;nien se compla&#238;t dans son r&#244;le de victime. L'Arm&#233;nien est per&#231;u dans une vision social-darwiniste comme une entit&#233; dont l'existence menace celle du Turc, autre entit&#233;. Cette vision social-darwiniste se manifeste de mani&#232;re particuli&#232;rement explicite dans un extrait des m&#233;moires de Mithat S&#252;kr&#252; Bleda, qui fut Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral du Comit&#233; Union et Progr&#232;s de 1911 &#224; 1917&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seul membre permanent du Comit&#233; Central, Mithat S&#252;kr&#252; Bleda avait eu en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, rapportant un dialogue qu'il aurait eu avec le gouverneur de la Province de Diyarbakir, le docteur Mehmed Resit Bey :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il fit savoir qu'il voulait s'entretenir avec moi. J'acceptai imm&#233;diatement. Quand il s'assit dans le fauteuil en face de moi, il &#233;tait &#233;vident que nous &#233;tions tous deux nerveux. Je lui demandai sur un ton tr&#232;s s&#233;rieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Vous &#234;tes m&#233;decin&#8230; Votre mission est de sauver des vies. Comment avez-vous pu fermer les yeux sur le fait que tant de personnes aient &#233;t&#233; jet&#233;es dans les bras de la mort ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dr Resit Bey regarda mon visage, puis apr&#232;s un long silence, il me r&#233;pondit sur un ton au moins aussi dur que le mien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le fait d'&#234;tre m&#233;decin ne pouvait me faire oublier ma nationalit&#233;. Resit est un m&#233;decin, bien s&#251;r, et il devait adapter ses comportements dans le cadre de sa profession. Mais Dr Resit &#233;tait avant tout venu au monde en tant que Turc. Ma nationalit&#233; passe avant tout. Lorsque j'&#233;tais &#224; Diyarbakir, j'ai vu les aides que recevaient les Arm&#233;niens de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, j'ai vu la prosp&#233;rit&#233; dans laquelle ils vivaient gr&#226;ce &#224; ces aides, et j'ai vu comment, nourris de sentiments effrayants, ils ont attent&#233; &#224; la vie de notre patrie. Si vous aviez eu la possibilit&#233; et l'occasion de voir tout cela de pr&#232;s, comme moi, vous ne me calomnieriez pas comme &#231;a aujourd'hui. Les Arm&#233;niens &#224; l'Est sont tellement mont&#233;s contre nous, que si nous les avions laiss&#233;s &#224; leur place, il aurait &#233;t&#233; impossible de trouver, ne serait-ce qu'un seul Turc vivant, de voir un seul Musulman en vie (&#8230;). Si nous avions laiss&#233; en libert&#233; cette organisation qui s'&#233;tendait jusqu'aux quatre coins de l'Anatolie, en peu de temps, il nous aurait fallu chercher les Turcs en Anatolie avec une bougie. C'est-&#224;-dire que c'&#233;tait soit eux, soit nous&#8230; [Yani ya onlar bizi, ya bis onlari]. Ils s'&#233;taient convaincus et avaient d&#233;cid&#233; de nous an&#233;antir. Si tel n'avait pas &#233;t&#233; le cas, &#233;videmment, cela ne nous aurait pas travers&#233; l'esprit de nous en prendre &#224; des innocents. Mais il &#233;tait &#233;vident qu'ils se pr&#233;paraient &#224; nous faire dispara&#238;tre. Aussi, comprenez qu'ils nous avaient conduit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense. Dans cette situation je pris ma t&#234;te entre mes deux mains et je r&#233;fl&#233;chis : Eh Dr Resit, me suis-je dit, il y a deux possibilit&#233;s : soit les Arm&#233;niens vont nettoyer les Turcs, et vont prendre possession de ce pays, soit ils vont &#234;tre nettoy&#233;s par les Turcs. Entre ces deux options, je ne pouvais pas h&#233;siter. J'&#233;tais forc&#233; de choisir, et je fis mon choix. Ma turcit&#233; l'a emport&#233; sur mon m&#233;tier de m&#233;decin, il ne pouvait en &#234;tre autrement, et finalement je me suis dit : plut&#244;t qu'ils nous fassent dispara&#238;tre, nous devons les faire dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Docteur, n'avez-vous pas mauvaise conscience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Je n'ai pas fait cela pour la gloire personnelle ou pour me remplir les poches. J'ai vu que la patrie nous &#233;chappait, au nom de ma nation, j'ai ferm&#233; les yeux et me suis lanc&#233; en avant avec hardiesse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Et la responsabilit&#233; historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Si l'histoire me tient responsable, qu'il en soit ainsi. Je ne me soucie pas de ce que les autres nations &#233;crivent ou &#233;criront sur moi&#8230;&#034; &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BLEDA Mithat S&#252;kr&#252;, Imparatorlugun &#231;&#246;k&#252;s&#252;, Istanbul, Remzi, 1979, p.56-59. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2785 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L231xH346/halide-4abd2.jpg?1763134402' width='231' height='346' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cynisme est pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me, si bien que l'existence m&#234;me de l'Arm&#233;nien est ni&#233;e. Ainsi, dans ses m&#233;moires, la romanci&#232;re Halide Edip Adivar refuse de reconna&#238;tre que la petite orpheline Jal&#233;, rencontr&#233;e &#224; l'orphelinat d'A&#239;ntoura, &#233;tait arm&#233;nienne, alors qu'en 1919,la commission internationale pour la s&#233;paration des enfants la d&#233;clara arm&#233;nienne &lt;i&gt;&#171; avec un certain nombre d'autres enfants turcs &#187;&lt;/i&gt; comme elle le pr&#233;cise elle-m&#234;me dans l'&#233;pilogue. &lt;i&gt;&#171; Demandez &#224; M&#232;re Halide &#187;&lt;/i&gt;, aurait r&#233;pondu Jal&#233; &#224; la commission, &lt;i&gt;&#171; elle vous dira que je ne suis pas arm&#233;nienne &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ADIVAR Halide Edip, House with wisteria. Memoirs of Turkey Old and New (with (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Arm&#233;nien ne peut plus exister qu'en tant qu'ennemi et terroriste. Une petite orpheline innocente ne peut donc pas &#234;tre arm&#233;nienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un parach&#232;vement du g&#233;nocide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1919, au moment o&#249; Jal&#233; prononce ces mots, les Unionistes ne sont plus au pouvoir, mais ils le contr&#244;lent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - le nouveau cabinet form&#233; apr&#232;s la guerre compte parmi ses membres des hommes choisis par Tal&#226;t Pacha lui-m&#234;me ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - le Parlement est toujours compos&#233; d'une large majorit&#233; unioniste, la bureaucratie et notamment la police et l'arm&#233;e sont largement tenues par des Unionistes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - le Comit&#233; Union et Progr&#232;s est toujours la force politique dominante dans les provinces &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception d'un hiatus entre la chute du r&#233;gime unioniste &#224; l'automne 1918 et la r&#233;surrection nationaliste turque &#224; partir de 1919 &#8211; un des traits standards de l'histoire k&#233;maliste officielle &#8211; a &#233;t&#233; consid&#233;rablement remise en question par Erik-Jan Z&#252;rcher. La guerre est perdue, mais la lutte continue, et elle est men&#233;e par les m&#234;mes hommes. Quant au g&#233;nocide, on en est alors au stade des &#171; finitions &#187; : les Arm&#233;niens ne sont plus l&#224;, il s'agit maintenant de convaincre l'Entente que les territoires o&#249; les Arm&#233;niens ne se trouvent plus, &#233;taient &#171; authentiquement &#187; turcs et devaient par cons&#233;quent &#234;tre sous administration turque, conform&#233;ment au principe d'auto-d&#233;termination. C'est l'objectif des &#171; Soci&#233;t&#233;s pour la d&#233;fense des droits nationaux &#187; qui essaiment partout&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi l'objectif des m&#233;moires &#233;crits et publi&#233;s par les Unionistes. Ainsi Tal&#226;t Pacha explique dans ses m&#233;moires que si les violences commises contre les Arm&#233;niens relevaient de la l&#233;gitime d&#233;fense, les revendications des Arm&#233;niens elles, &#233;taient &#171; ill&#233;gitimes &#187; car, selon Tal&#226;t Pacha se r&#233;f&#233;rant au &lt;i&gt;&#171; principe wilsonien du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, la l&#233;gitimit&#233; vient de la majorit&#233;, c'est-&#224;-dire du plus grand nombre &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TALAT Pasa, Tal&#226;t Pasa'nin anilari (haz : A. Kabacali, Istanbul, T&#252;rkiye Is (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, nous pr&#233;cise Tal&#226;t ensuite, les Arm&#233;niens ne sont plus l&#224;, comment pourraient-ils revendiquer un tel droit&#8230; Dans la m&#234;me logique, et comme en guise de bilan, Cemal Pacha &#233;crit dans ses m&#233;moires que &lt;i&gt;&#171; l'Anatolie appartient aux peuples purs des Turcs et des Kurdes &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CEMAL Pasa (haz. : Alpay KABACALI), Ittihat ve Terakki, I. D&#252;nya savasi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens que les m&#233;moires des responsables unionistes peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme faisant partie int&#233;grante du processus g&#233;nocidaire. Ils participent de la phase ultime du g&#233;nocide, et t&#233;moignent en m&#234;me temps de sa finalit&#233; : les Arm&#233;niens n'existent plus. Ces discours, s'ils ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans un contexte particulier, &#233;taient en fait surtout destin&#233;s &#224; la post&#233;rit&#233;. Les Jeunes-Turcs &#233;crivent pour les g&#233;n&#233;rations futures. Et la continuit&#233; remarquable entre leurs discours et le discours officiel de l'Etat turc actuel montre qu'ils ont atteint leur but. Depuis une quinzaine d'ann&#233;es surtout, leurs m&#233;moires sont abondamment publi&#233;s en Turquie. Cette diffusion n&#233;anmoins ne s'accompagne pas d'un int&#233;r&#234;t de la part des historiens et, en fin de compte, alimente surtout un n&#233;gationnisme qui, depuis cent ans, emprunte la rh&#233;torique, l'argumentaire, les mots des g&#233;nocidaires et leur logique. Une logique qui consiste &#224; &lt;i&gt;admettre le meurtre, mais nier le crime.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;finition tir&#233;e du Tr&#233;sor de la Langue Fran&#231;aise Informatis&#233; (TLFi) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;crit sommaire qui vise &#224; informer. &lt;i&gt;Mon p&#232;re a remis &#224; l'empereur le m&#233;moire adress&#233; par toi. Le r&#233;cit de tes attentats avait irrit&#233; sa justice &lt;/i&gt; (LA MARTELI&#200;RE, &lt;i&gt;Robert&lt;/i&gt;, 1793, V, 9, p.71). &lt;i&gt;Le mar&#233;chal de Belle-Isle, voyant que M. de Choiseul prenait trop d'ascendant, fit faire contre lui un m&#233;moire pour le roi, par le j&#233;suite Neuville &lt;/i&gt; (CHAMFORT, &lt;i&gt;Caract. et anecd.&lt;/i&gt;, 1794, p.135). &lt;i&gt;M&#233;moire justificatif. Madame de Longueville (...) lui transmit, quelques jours apr&#232;s, un m&#233;moire justificatif, dress&#233; par M. Arnauld. Ce m&#233;moire, en forme d'argumentation, &#233;tait raide et peu adroit &lt;/i&gt; (SAINTE-BEUVE, &lt;i&gt;Port-Royal,&lt;/i&gt; t.4, 1859, p.79).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DR. &#201;crit o&#249; sont consign&#233;s les motifs d'un plaideur. &lt;i&gt;Si Greslou &#233;tait condamn&#233;, il d&#233;poserait le m&#233;moire entre les mains du pr&#233;sident, sur l'heure m&#234;me &lt;/i&gt; (BOURGET, &lt;i&gt;Disciple&lt;/i&gt;, 1889, p.223)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lien URL : &lt;a href=&#034;http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?13;s=2790896205;r=1;nat=;sol=2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/visusel.exe?13;s=2790896205;r=1;nat=;sol=2&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LEJEUNE Philippe, &lt;i&gt;Le Pacte autobiographique,&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E.J. Z&#220;RCHER, &#8220;The Young Turks Memoirs as a historical source : K&#226;zim Karabekir's Istiklal Harbimiz&#8221;, in : &lt;i&gt;Middle Eastern Studies&lt;/i&gt;, Vol. 22, No. 4 (Oct., 1986), pp. 562-570 [Published by : Taylor &amp; Francis, Ltd. Stable URL : &lt;a href=&#034;http://www.jstor.org/stable/4283142&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jstor.org/stable/4283142&lt;/a&gt; Accessed : 23/01/2014].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HANIOGLU S&#252;kr&#252;, &lt;i&gt;Preparation for a Revolution&lt;/i&gt;, New York, Oxford University Press, 2001 ; &lt;i&gt;The Young Turks in opposition,&lt;/i&gt; New York , Oxford University Press, 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#220;GE G&#214;CEK Fatma, BLOXHAM Donald, &#171; The Armenian Genocide&#8221; in : STONE Dan (&#233;d.), &lt;i&gt;The Historiography of Genocide&lt;/i&gt;, Palgrave Macmillan, New York, 2008, p.345-372&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ADAK H&#252;lya, &#171; Identifying the &#8220;internal tumors&#8221; of World War I : Tal&#226;t Pasa'nin Hatiralari (Talat Pasa's Memoirs) or the travels of a unionist apologia into &#8220;History&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#201;MELIN Jacques, &lt;i&gt;Purifier et D&#233;truire : usages politiques des massacres et g&#233;nocides&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#220;GE G&#214;CEK Fatma, BLOXHAM Donald, &#171; The Armenian Genocide&#8221; in : STONE Dan (&#233;d.), &lt;i&gt;The Historiography of Genocide&lt;/i&gt;, Palgrave Macmillan, New York, 2008, p.345-372&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MANDELSTAM Andr&#233;, &lt;i&gt;Le sort de l'Empire Ottoman,&lt;/i&gt; Payot, 1917 ; MORGENTHAU Henry, &lt;i&gt;M&#233;moires de l'ambassadeur Morgenthau : vingt-six mois en Turquie&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 1919&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TALAT Pasa, &lt;i&gt;Tal&#226;t Pasa'nin anilari&lt;/i&gt; (haz : A. Kabacali, Istanbul, T&#252;rkiye Is Bankasi K&#252;lt&#252;r Yayinlari, 2011 (6&#232;me &#233;dition), p.75&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Seul membre permanent du Comit&#233; Central, Mithat S&#252;kr&#252; Bleda avait eu en charge les relations entre le Comit&#233; et l'Organisation Sp&#233;ciale, qui organisa le g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BLEDA Mithat S&#252;kr&#252;, &lt;i&gt;Imparatorlugun &#231;&#246;k&#252;s&#252;&lt;/i&gt;, Istanbul, Remzi, 1979, p.56-59. Traduction : Duygu Tasalp.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ADIVAR Halide Edip, &lt;i&gt;House with wisteria. Memoirs of Turkey Old and New (with an introduction by Sibel Erol),&lt;/i&gt; New Brunswick and London, Transaction Publishers, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TALAT Pasa, &lt;i&gt;Tal&#226;t Pasa'nin anilari&lt;/i&gt; (haz : A. Kabacali, Istanbul, T&#252;rkiye Is Bankasi K&#252;lt&#252;r Yayinlari, 2011 (6&#232;me &#233;dition) p.156&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CEMAL Pasa (haz. : Alpay KABACALI), &lt;i&gt;Ittihat ve Terakki, I. D&#252;nya savasi Hatiralari&lt;/i&gt;, Istanbul, T&#252;rkiye Is Bankasi K&#252;lt&#252;r Yayinlari, 2010 (5&#232;me &#233;dition)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le silence en h&#233;ritage ?</title>
		<link>https://lmsi.net/Le-silence-en-heritage</link>
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		<dc:date>2026-04-23T22:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nazli Temir Beyleryan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il y a cent-onze ans, le 24 avril 1915, le ministre de l'int&#233;rieur ottoman Tal&#226;t Pacha ordonnait l'arrestation des intellectuels ou notables arm&#233;niens &#224; Constantinople : eccl&#233;siastiques, m&#233;decins, &#233;diteurs, journalistes, avocats, enseignants, hommes politiques, ce sont plus de 2000 personnes qui furent alors arr&#234;t&#233;es en quelques jours, avant d'&#234;tre d&#233;port&#233;es puis massacr&#233;es. Ces journ&#233;es marquent le d&#233;clenchement officiel d'un g&#233;nocide planifi&#233; et initi&#233; plusieurs semaines plus t&#244;t, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lmsi.net/-Politiques-de-la-memoire-" rel="directory"&gt;Politiques de la m&#233;moire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a cent-onze ans, le 24 avril 1915, le ministre de l'int&#233;rieur ottoman Tal&#226;t Pacha ordonnait l'arrestation des intellectuels ou notables arm&#233;niens &#224; Constantinople : eccl&#233;siastiques, m&#233;decins, &#233;diteurs, journalistes, avocats, enseignants, hommes politiques, ce sont plus de 2000 personnes qui furent alors arr&#234;t&#233;es en quelques jours, avant d'&#234;tre d&#233;port&#233;es puis massacr&#233;es. Ces journ&#233;es marquent le d&#233;clenchement officiel d'un g&#233;nocide planifi&#233; et initi&#233; plusieurs semaines plus t&#244;t, qui co&#251;tera la vie &#224; plus d'un million de personnes, soit pr&#232;s des deux tiers de la population arm&#233;nienne. Nous proposons, dans les lignes qui suivent, quelques aper&#231;us sur un important travail de th&#232;se soutenu le 9 juin 2016 et portant sur la m&#233;moire individuelle et collective des Arm&#233;niens aux prises avec le d&#233;ni &#233;tatique turc. Cette recherche se base sur des entretiens men&#233;s pendant trois ans (2009, 2010, 2011) en Turquie, dans plusieurs villes d'Anatolie et surtout &#224; Istanbul, aupr&#232;s de trois g&#233;n&#233;rations d'Arm&#233;niens. N.B. Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; au d&#233;but de l'ann&#233;e 2015, avant la radicalisation et la fascisation du r&#233;gime turc, qui s'est bien entendu traduite par une radicalisation du discours n&#233;gationniste et anti-arm&#233;nien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH339/23246-1a0c9.jpg?1763116500' width='500' height='339' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de Turquie (&lt;i&gt;T&#252;rkiye toplumu&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est important, avant tout, de comprendre la terminologie se r&#233;f&#233;rant &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est travers&#233;e par plusieurs m&#233;moires, correspondant aux diverses minorit&#233;s qui la composent, entre autres les Arm&#233;niens, les Kurdes, les Al&#233;vis, etc. Elles se trouvent toutes confront&#233;es &#224; une &lt;i&gt;m&#233;moire nationale turque&lt;/i&gt;, homog&#233;n&#233;is&#233;e, globalisante. La R&#233;publique Turque, volontairement, a tout mis en &#339;uvre, depuis sa cr&#233;ation en 1920, pour effacer cette m&#233;moire plurielle : une v&#233;ritable &lt;i&gt;politique de l'oubli&lt;/i&gt; organise toutes les institutions de l'Etat, et produit ses effets jusque dans la mentalit&#233; des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Arm&#233;niens, qui font partie de ces citoyens, sont donc eux aussi affect&#233;s et conditionn&#233;s par cette politique de l'oubli. La question se pose donc de savoir si les politiques d'oubli ont atteint leur but, et impos&#233; une &lt;i&gt;m&#233;moire unique&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; une narration nationale, par des r&#233;cits, des symboles, des discours officiels, par toutes ses institutions et finalement par tous ses citoyens. Les Arm&#233;niens ont-il &#233;t&#233; les pures victimes de cette politique d'amn&#233;sie, ont-ils compl&#232;tement oubli&#233; leur propre pass&#233;, ou bien ont-ils r&#233;sist&#233; &#224; cette h&#233;g&#233;monie officielle et conserv&#233; &lt;i&gt;tout ou partie&lt;/i&gt; de leur m&#233;moire ? La communaut&#233; arm&#233;nienne, qui cohabite avec les Turcs depuis des si&#232;cles, est-elle pr&#233;sente au sein de l'espace public, avec sa propre m&#233;moire, ou reste-t-elle silencieuse, marginalis&#233;e et renferm&#233;e sur elle-m&#234;me &#224; cause d'&#233;v&#233;nements pass&#233;s &#8211; &#224; commencer par le g&#233;nocide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des Arm&#233;niens a toujours &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;cart de la sph&#232;re publique, tant dans les discours officiels que dans la vie politique et que dans les domaines de la culture, de l'&#233;ducation ou de la recherche. Un silence total a r&#233;gn&#233; sur cette question jusqu'aux ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les attentats perp&#233;tr&#233;s par l'&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Arm&#233;e_secr&#232;te_arm&#233;nienne_de_lib&#233;ration_de_l'Arm&#233;nie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ASALA&lt;/a&gt; (Arm&#233;e s&#233;cr&#232;te de lib&#233;ration de l'Arm&#233;nie) au cours des ann&#233;es 1980, qui ciblaient principalement les diplomates turcs et qui ont provoqu&#233; plusieurs morts en Europe et &#224; Istanbul, on a commenc&#233; &#224; parler de &#171; ce qui s'est pass&#233; &#187; en 1915. Parall&#232;lement, un certain nombre d'ouvrages de propagande turcs et &#233;trangers ont &#233;t&#233; publi&#233;s avec l'intention de d&#233;fendre l'id&#233;ologie officielle du gouvernement turc. Les Arm&#233;niens se sont vus cit&#233;s dans l'historiographie turque, notamment dans l'ouvrage de &lt;i&gt;Le Dossier Arm&#233;nien&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction fran&#231;aise de cet ouvrage : GURUN, K&#226;muran, Le Dossier Arm&#233;nien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, texte de propagande, d&#233;veloppant l'argumentaire n&#233;gationniste encore tenu par l'Etat turc aujourd'hui. Ce livre, comme les attentats de l'ASALA, a contribu&#233; &#224; briser en Turquie le mutisme officiel sur le g&#233;nocide des Arm&#233;niens. La Question arm&#233;nienne est apparue brusquement dans le discours &#233;tatique, ce qui lui a donn&#233; une visibilit&#233; publique. Cependant, l'image n&#233;gative renvoy&#233;e par les attentats de l'ASALA ont entrain&#233; une nouvelle stigmatisation des Arm&#233;niens de Turquie, ces derniers &#233;tant de nouveau qualifi&#233;s de &#171; tra&#238;tres &#187; et d'&#171; assassins &#187; par la presse, mais &#233;galement par une partie des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 2000, nous assistons en Turquie &#224; l'&#233;mergence prometteuse d'historiens, de sociologues, de chercheurs, d'intellectuels qui s'attaquent au tabou de 1915 et &#224; l'historiographie officielle du pays. Cette soci&#233;t&#233; civile a jou&#233; un r&#244;le essentiel pour le travail de m&#233;moire des Arm&#233;niens. Plusieurs conf&#233;rences ont &#233;t&#233; organis&#233;es, de multiples livres ont &#233;t&#233; &#233;crits et &#233;dit&#233;s, divers d&#233;bats ont permis de remettre en cause l'histoire officielle. De plus, avec l'hebdomadaire bilingue turco- arm&#233;nien &lt;i&gt;Agos&lt;/i&gt;, fond&#233; en 1996 par Hrant Dink, figure importante de la communaut&#233; arm&#233;nienne et de la Turquie, les questions les plus sensibles de la m&#233;moire arm&#233;nienne ont &#233;t&#233; abord&#233;es dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, l'assassinat de Hrant Dink a suscit&#233; chez de nombreux citoyens, turcs, kurdes, al&#233;vis, etc., une volont&#233; de briser les tabous tout en permettant un dialogue entre tous les citoyens. Cet &#233;v&#233;nement constitue une rupture au sein de l'amn&#233;sie politique. Depuis lors, une partie des citoyens du pays m&#232;ne un combat commun contre cette politique d'oubli, induisant un changement profond au sein de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce combat n'est toutefois pas facile pour les Arm&#233;niens. Ils ont une lutte &#224; mener contre l'oubli, en r&#233;sistant aux oppressions et aux amn&#233;sies politiques, tout en essayant d'effacer les souvenirs douloureux, traumatiques, de leur m&#233;moire. Ce &lt;i&gt;besoin d'oubli&lt;/i&gt; de leur pass&#233; tragique nous para&#238;t, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, logique. En effet, cohabiter avec la nostalgie douloureuse du pass&#233; rend difficile le pr&#233;sent. Le propos de l'ethnologue Marc Aug&#233; : &lt;i&gt;&#171; l'oubli est n&#233;cessaire &#224; la soci&#233;t&#233; comme &#224; l'individu. Il faut savoir oublier pour go&#251;ter la saveur du pr&#233;sent, de l'instant et de l'attente &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AUGE, Marc, Les formes D'oubli, Paris, Payot, 1998, p.7&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, illustre bien le comportement des Arm&#233;niens, qui veulent effacer certains souvenirs pour vivre le pr&#233;sent, c'est-&#224;-dire s'inscrire dans la contemporan&#233;it&#233;. N'est-il pas parfois l&#233;gitime d'oublier certains souvenirs profond&#233;ment traumatisants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant nous enregistrons aussi, &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;, la grande &lt;i&gt;difficult&#233;&lt;/i&gt; d'un tel effacement des stigmates du pass&#233;. Malgr&#233; une forte volont&#233; d'oubli, l'effacement du stigmate du pass&#233; est demeur&#233; inachev&#233; car &lt;i&gt;un oubli profond,&lt;/i&gt; terme employ&#233; par Paul Ric&#339;ur, n'est jamais possible. Autrement dit : les traces psychiques des &#233;v&#233;nements marquants ne s'effacent jamais des m&#233;moires et restent inoubliables. Un &#233;v&#233;nement qui nous a frapp&#233;, affect&#233;, demeure en notre esprit &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;RICOEUR, Paul, La m&#233;moire, l'histoire, l'oubli, Paris, Seuil, 2000, p.541 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qui pourrait en effet oublier les r&#233;cits du g&#233;nocide des Arm&#233;niens ? Qui pourrait effacer les traces de l'assassinat de Hrant Dink ? M&#234;me si les Arm&#233;niens gardent parfois le silence sur ces &#233;v&#233;nements, ils n'ont constituent pas moins un fait traumatique. Si bien que &lt;i&gt;ces r&#233;cits ne sont pas oubli&#233;s mais ne sont pas transmis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 avril 1915 (date du d&#233;clenchement du g&#233;nocide) et le 19 janvier 2007 (date de l'assassinat de Hrant Dink) sont deux dates de r&#233;f&#233;rence qui marquent des ruptures importantes pour les anciens comme pour les jeunes Arm&#233;niens. Ces dates pourraient &#234;tre inscrites dans l'ensemble des &#171; lieux de m&#233;moire &#187; r&#233;pertori&#233;s par la communaut&#233;. Quand nous parlons de lieux, ceux-ci contiennent non seulement des espaces physiques mais aussi des espaces symboliques. Pierre Nora parle d'un &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; au sens plus large, &lt;i&gt;du plus mat&#233;riel et concret&lt;/i&gt; (comme par exemple &lt;i&gt;&#171; les monuments aux morts, les mus&#233;es, les archives, les embl&#232;mes, les symboles &#187;&lt;/i&gt;) &lt;i&gt;au plus abstrait&lt;/i&gt; et intellectuellement construit (comme la notion de lignage, de g&#233;n&#233;ration, de r&#233;gion et d' &lt;i&gt;&#171; homme-m&#233;moire &#187;&lt;/i&gt;) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NORA, Pierre, (dir.), Les lieux de m&#233;moire, vol. I, Paris, Quarto - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon mes entretiens avec divers interlocuteurs et interlocutrices sur trois g&#233;n&#233;rations, ces deux dates se juxtaposent entre &#171; oubli &#187; et &#171; souvenir &#187;. La m&#233;moire est en effet un champ dans lequel le souvenir et l'oubli se c&#244;toient. Aujourd'hui en Turquie, au &lt;i&gt;travail d'oubli&lt;/i&gt; s'oppose un &lt;i&gt;travail de m&#233;moire&lt;/i&gt;. Certains souvenirs oubli&#233;s ont une visibilit&#233; publique croissante, gr&#226;ce aux lieux de m&#233;moire qui ont &#233;merg&#233; et gr&#226;ce au travail de m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes interlocuteurs sont issus de trois g&#233;n&#233;rations : la premi&#232;re, correspond aux descendants du g&#233;nocide de 1915, la seconde est celle de leurs enfants, et la troisi&#232;me et derni&#232;re est constitu&#233;e par les petits enfants. Pour la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, le g&#233;nocide est &lt;i&gt;l'&#233;v&#232;nement in&#233;narrable&lt;/i&gt; de leur r&#233;cit de vie, mais qui constitue pourtant leur colonne vert&#233;brale. Pour la deuxi&#232;me et la troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration, j'ai constat&#233; &lt;i&gt;un d&#233;sir d'effacer certains souvenirs&lt;/i&gt;, afin de vivre un pr&#233;sent sans stigmates du pass&#233;. Entre la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration qui ne peut raconter ce que ses a&#239;euls ont v&#233;cu mais qui a &lt;i&gt;port&#233; ce drame&lt;/i&gt;, et la seconde et la troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration, qui l'ont &lt;i&gt;ressenti&lt;/i&gt;, j'ai relev&#233;, dans les propos recueillis, une auto confrontation pour ces derniers par rapport &#224; ce pass&#233; non transmis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un silence devenu tradition, une peur &lt;i&gt;faite corps&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'ai interrog&#233; les personnes de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, elles ont souvent gard&#233; longtemps le silence. Je me suis demand&#233; pourquoi elles n'ont pas voulu transmettre leurs souvenirs qui les habitent : la &lt;i&gt;peur&lt;/i&gt; est la raison principale. Leur pass&#233; marqu&#233; par l'humiliation ne leur a jamais permis d'&#234;tre pleinement des sujets. Il les a r&#233;duits au statut d'objets, ou du moins de sujets focalis&#233;s sur la simple survie. Leur vie a toujours &#233;t&#233; un combat pour l'existence. Sur la place publique, se taire a &#233;t&#233; une contrainte forte. Selon les termes du philosophe Marc Nichanian, la perte essentielle du survivant est &lt;i&gt;la perte de sa capacit&#233; de parler &#224; propos de sa perte&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NICHANIAN, Marc, Edebiyat ve Felaket, Iletisim, Istanbul, 2011, p. 88&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autrement dit : pour survivre, il faut refuser de parler de ce pass&#233;. On pourrait dire en somme que, pour les personnes de cette g&#233;n&#233;ration, &lt;i&gt;la peur et le silence constituent la m&#233;moire collective&lt;/i&gt;, ou encore que &#171; se taire &#187;, &#171; ne pas dire &#187;, est devenu un &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; &#8211; que c'est en quelque sorte &lt;i&gt;le capital culturel de ces Arm&#233;niens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Etyen Mah&#231;upyan, qui fut r&#233;dacteur en chef du journal &lt;i&gt;Agos&lt;/i&gt; pendant les ann&#233;es 2007- 2010, et qui est depuis octobre 2014 le conseiller du premier ministre Ahmet Davuto&#287;lu, explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le silence est pass&#233; comme une cha&#238;ne, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Le peuple non-musulman a appris &#224; &#234;tre silencieux. Les Arm&#233;niens notamment. Les enfants apprennent de leurs parents que certains sujets sont tabous. Pendant des ann&#233;es les Arm&#233;niens n'ont pas parl&#233; de politique, mais cela ne les a pas emp&#234;ch&#233; de former la communaut&#233; Arm&#233;nienne &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci appara&#238;t clairement dans la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration. C'est gr&#226;ce aux descendants de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration que nous acqu&#233;rons des donn&#233;es. Voici par exemple le t&#233;moignage de Natali, 45 ans, &#224; propos de sa grand-m&#232;re qui a v&#233;cu en 1915 et qui a eu beaucoup de difficult&#233; &#224; s'exprimer sur les &#233;v&#233;nements tragiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Selon moi, derri&#232;re les longs silences de ma grand-m&#232;re, les errements dans le regard, il se cachait un besoin d'accalmie. Elle n'avait pas d'autre choix que de se taire face &#224; son fort int&#233;rieur et ses temp&#234;tes. Quand on la faisait parler du pass&#233;, elle nous reprenait parfois en disant : ne me faites pas raconter &#231;a ! &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple pour la troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration, illustre la &lt;i&gt;tradition du silence&lt;/i&gt; qui est pass&#233;e de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration &#224; celle-ci, mais qui a &#233;t&#233; rompu par un membre de la famille qui a pu t&#233;moigner, sous le sceau de secret. Arm&#233;nouhi, 26 ans, m'a racont&#233;, les yeux pleins de larmes, l'histoire de son arri&#232;re-grand-m&#232;re qui a v&#233;cu les &#233;v&#233;nements de 1915, un tabou m&#234;me au sein de sa propre famille : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je vais vous raconter ma propre confrontation avec 1915. J'ai appris sur le tard ce qui &#233;tait arriv&#233; aux Arm&#233;niens, c'est-&#224;-dire mon histoire. J'avais sans doute seize ans. Une chose en emmenant une autre, ma grand-m&#232;re m'a dit un jour : je vais te confier un secret, il faudra le garder pour toi ! Et elle a commenc&#233; &#224; me raconter cette terrible histoire : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re &#224; moi, a &#233;t&#233; enlev&#233;e par les turcs en 1915, ils l'ont de plus mise enceinte. Ma m&#232;re a &#233;touff&#233; son enfant le jour de sa naissance et l'a jet&#233; &#224; la rivi&#232;re disant qu'elle ne voulait pas mettre au monde l'enfant d'un Turc. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire de mon arri&#232;re-grand-m&#232;re, elle s'est sauv&#233;e d'une fa&#231;on ou d'une autre par la suite. Mais regardez comme cette histoire est pesante. Je n'ai pas r&#233;ussi &#224; partager cette histoire durant de longues ann&#233;es, tout comme ma grand-m&#232;re. Elle m'avait demand&#233; de ne rien en dire, et comme si la honte m'en revenait, j'ai gard&#233; cette histoire pour moi, tel un secret. Toute ma famille connaissait sans doute cette histoire mais personne n'en parlait. Je ne sais pas, j'ai eu peut-&#234;tre peur qu'on me rejette. Comment raconter une histoire aussi dure ? Alors que maintenant, je me dis qu'il faut la raconter haut et fort. Ce n'est pas &#224; nous d'avoir honte, c'est &#224; ceux qui l'ont fait, non ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire nous montre que le tabou est &#224; la fois social et intra- communautaire. La difficult&#233; de transmission de l'histoire v&#233;cue venait d'un double ressenti : le sentiment de honte et le r&#233;cit du g&#233;nocide v&#233;cu comme un tabou au sein m&#234;me de la famille. C'est une violence &#224; la fois physique et symbolique (au sens de Pierre Bourdieu), v&#233;cue par le rescap&#233; du g&#233;nocide, car elle a d&#233;truit le lien dans la m&#234;me famille et reste dans le non-dit. Cet &#233;v&#233;nement traumatique d&#233;termine le lien avec &#171; l'autre &#187; mais aussi les relations &lt;i&gt;au sein d'une m&#234;me famille&lt;/i&gt;. Comme a pu l'&#233;crire la psychanalyste Janine Altounian :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Comme les violences meurtri&#232;res d&#233;truisent bien au-del&#224; des &#234;tres humains et de l'espace-temps de leur vie individuelle, elles risquent en effet d'attaquer et endommager avant tout les liens que les survivants entretiennent eux- m&#234;mes &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ALTOUNIAN, Janine, De la culture &#224; l'&#233;criture, l'&#233;laboration d'un h&#233;ritage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ces t&#233;moignages constituent non seulement de simples r&#233;cits mais aussi des moments dans lesquels l'individu r&#233;fl&#233;chit sur soi et sur son pass&#233; familial gr&#226;ce aux entretiens. Comme dit Michael Pollak &#224; propos de l'exp&#233;rience concentrationnaire : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tout t&#233;moignage, sur cette exp&#233;rience met en jeu non seulement la m&#233;moire, mais aussi une r&#233;flexion sur soi. Voil&#224; pourquoi les t&#233;moignages doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme v&#233;ritable instrument de reconstruction de l'identit&#233;, et pas seulement des r&#233;cits factuels, limit&#233;s &#224; une fonction informative &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;POLLAK Michael, Exp&#233;rience concentrationnaire : Essai sur le maintien de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je constate aussi que la peur habite encore cette deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration. Ainsi, monsieur Boghos, 65 ans, souligne qu'on ne peut pas parler de tout en Turquie, surtout des &#233;v&#233;nements historiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous n'avons rien su jusqu'&#224; aujourd'hui. On nous a racont&#233; une histoire inexacte. Nous n'avions acc&#232;s &#224; l'histoire que lorsque nous surprenions la discussion des grands. Nous entendions mais nous ne pouvions transmettre &#224; notre tour. Nous n'avons d'ailleurs rien dit. C'est la faute de l'&#201;tat. Par exemple, nous disons qu'il existe des livres sur les massacres d'Adana, que nous voulons les amener mais nous ne pouvons pas. Nous nous demandons si quelque chose peut nous arriver &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre entretien, Isdepan, 39 ans, instituteur, nous dit que la peur domine sa g&#233;n&#233;ration, et c'est pourquoi sa famille ne lui a rien racont&#233;. Isdepan ayant &#233;tudi&#233; &#224; l'&#233;tranger au coll&#232;ge, nous dit qu'il a commenc&#233; &#224; apprendre l&#224;-bas et a interrog&#233; sa famille &#224; son retour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon p&#232;re a l'habitude de dire que la famille est d'Istanbul, ma m&#232;re de Yozgat. Mon p&#232;re a 85 ans aujourd'hui et ne m'a jamais r&#233;pondu quand je l'interrogeais sur le pass&#233;. Nous savons que son p&#232;re et sa m&#232;re sont d'Istanbul, que la g&#233;n&#233;ration d'avant est de Kayseri mais il n'a rien de concret pour le v&#233;rifier. Ni mon p&#232;re ni ma m&#232;re ne m'ont jamais parl&#233; de d&#233;portation. De plus il y a la peur, comment voulez-vous qu'ils nous disent ? C'est un sujet difficile &#224; aborder, m&#234;me en famille. Puis je suis all&#233; &#224; l'&#233;tranger o&#249; j'ai beaucoup entendu, appris, de la part des Arm&#233;niens originaires du Liban, de l'Iran. Il y avait aussi un cours d'histoire arm&#233;nienne l&#224; bas. &#192; mon retour j'ai questionn&#233; ceux de la maison qui ont commenc&#233; &#224; se livrer petit &#224; petit, &#224; raconter ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#224; Yozgat etc. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas s'&#233;tonner de cette faible transmission dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le n&#233;gationnisme prime, o&#249; le sujet du g&#233;nocide est un tabou. La premi&#232;re g&#233;n&#233;ration a v&#233;cu dans le non-dit, ce qui a engendr&#233; une g&#233;n&#233;ration soumise &#224; la peur et au silence &#233;galement. Une premi&#232;re g&#233;n&#233;ration &lt;i&gt;transmet la peur et le silence&lt;/i&gt; &#224; la suivante et ainsi de suite. Il s'agit l&#224; de la limite entre le possible et le dicible : oublier ce qui s'est pass&#233; &#233;tait la condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; pour vivre l'instant pr&#233;sent. C'est pourquoi toutes les g&#233;n&#233;rations ont &#233;t&#233; tent&#233;es par l'oubli et la solution de survie &#233;tait le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre le possible et le dicible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir de prot&#233;ger les enfants joue &#233;galement un r&#244;le dans les raisons de ce silence. Il est &#233;vident que les ascendants n'ont pas voulu transmettre ce pass&#233; traumatique afin de ne pas transmettre &#224; leurs enfants une image n&#233;gative et stigmatis&#233;e. C'est la raison pour laquelle, concernant la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, il s'agit d'un processus d'&lt;i&gt;auto-confrontation&lt;/i&gt; &#224; son propre pass&#233;. Les individus interrogent leur propre pass&#233; pour rompre ce silence apr&#232;s qu'ils aient lu un livre ou entendu un r&#233;cit concernant le g&#233;nocide. A partir de l&#224; ils essaient de reconstituer leur histoire. Il s'op&#232;re ainsi un processus d'auto-apprentissage tardif au sein de la famille. La g&#233;n&#233;ration interm&#233;diaire se plaint de ne pas avoir re&#231;u les enseignements du pass&#233;, mais se garde de les transmettre &#224; son tour &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante. La derni&#232;re g&#233;n&#233;ration, constitu&#233;e des plus jeunes, s'arrangera seule pour avoir acc&#232;s au pass&#233;. L'autocensure de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration a pour cons&#233;quence l'auto-apprentissage de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration. Ceux ci doivent produire leur histoire &#224; titre individuel, c'est-&#224;-dire effectuer un travail de r&#233;&#233;criture mentale de leur histoire &#233;touff&#233;e. Dans un premier temps ils ont assimil&#233; la peur et le silence, puis ont voulu s'en d&#233;faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous demandons &#224; Natali, 45 ans, si dans sa famille les faits historiques n'&#233;taient jamais &#233;voqu&#233;s. Elle nous parle d'une absence de transmission due &#224; la peur, mais le fait que nous en parlions aujourd'hui montre qu'il n'y a plus de tabou pour elle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous &#233;vitions d'en parler aux enfants de peur qu'ils aillent le r&#233;p&#233;ter dehors et qu'il leur arrive quelque chose. Maintenant le sujet est facilement abord&#233;, m&#234;me les journaux les plus conservateurs l'abordent. Cette &#233;volution a commenc&#233; il y a quinze ans, les non-dits ont &#233;t&#233; abord&#233;s. Nous pouvons parler et d&#233;battre de tout plus facilement. Ce n'est certes pas assez mais il y a une &#233;volution ind&#233;niable. De mon temps, je savais que j'&#233;tais diff&#233;rente mais on ne nous disait rien sur ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Si nous savons des choses, c'est &#224; notre initiative, notre famille avait peur ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ration interm&#233;diaire, qui a tout appris de sa propre initiative, et qui se plaint d'avoir eu &#224; demander des explications, a cependant reproduit le m&#234;me sch&#233;ma avec la g&#233;n&#233;ration suivante. Il y a toutefois un changement de leur comportement face &#224; l'histoire et sa retransmission. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ration la plus jeune veut de fa&#231;on imp&#233;rative conna&#238;tre son pass&#233; et avoir le droit de vivre en ayant affront&#233; la v&#233;rit&#233;. En somme, chaque g&#233;n&#233;ration conna&#238;t un processus d'auto-apprentissage ou d'auto-compr&#233;hension. Eliz, jeune fille de la troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration, nous explique ainsi son auto-apprentissage et les raisons du manque de transmission :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne connaissais rien jusqu'&#224; ce que je rentre &#224; l'universit&#233;. Ni l'&#233;cole (arm&#233;nienne), ni la famille ne nous ont rien appris. Comment voulez-vous que la famille nous apprenne quelque chose ? Maintenant que je sais, je les comprends, ils avaient peur. De toute fa&#231;on, c'est tellement difficile de se confronter &#224; ce pass&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui ai demand&#233; : selon toi, de quoi avaient-ils peur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je pense qu'avant tout, ils ne voulaient pas que je sache, de peur que je sois affect&#233;e. Il y a aussi la peur que des Turcs, je m'en fasse des ennemis, que je me politise et que je me mette &#224; en parler. Ils se sont tus pour que personne ne le sache finalement. Ils savent que j'aurais adapt&#233; mon comportement en connaissance de cause. Tu sais que c'est un sujet tabou en Turquie, ce n'est pas facile de transmettre une chose pareille. J'ai tout appris moi-m&#234;me et je les comprends mieux maintenant &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des entretiens nous confirme cette ignorance du pass&#233;, pour les m&#234;mes raisons que la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente. La raison essentielle est le souci de prot&#233;ger la g&#233;n&#233;ration suivante, comme on l'observe d'ailleurs dans d'autres cas de g&#233;nocide. Il est toujours difficile pour les rescap&#233;s de transmettre l'exp&#233;rience g&#233;nocidaire &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante. Les t&#233;moins confirment &#233;galement, dans le cas du g&#233;nocide des Juifs, que ce silence a pour but de d&#233;fendre les enfants. La sociologue et anthropologue Nicole Lapierre donne l'exemple des Juifs ashk&#233;nazes qui se taisent au sujet de leur exp&#233;rience g&#233;nocidaire : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans l'espace priv&#233;, au sein des familles ashk&#233;nazes, r&#233;gnait une autre forme de silence. Les parents avaient de multiples raisons de se taire. Ils voulaient d'abord &#233;pargner &#224; leurs enfants le fardeau du pass&#233; pour que, ainsi d&#233;lest&#233;s, ceux-ci puissent sans entraves se projeter dans l'avenir. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle ajoute :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En effet, leurs enfants devenus adultes n'ont pas pu, pas su ou pas os&#233; pendant longtemps sonder ce d&#233;sespoir secret qui enveloppait tout le pass&#233; collectif et familial &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LAPIERRE, Nicole, &#171; Le cadre r&#233;f&#233;rentiel de la Shoah &#187;, in Ethnologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuil et anamn&#232;se en terrain hostile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces r&#233;cits &#224; la fois singuliers et semblables expriment un fort d&#233;sir de silence, d&#251; au caract&#232;re traumatique du pass&#233;, si bien que nous pourrions qualifier ces interview&#233;s de &#171; gardiens de silence &#187;. Ce silence commence toutefois &#224; se briser, et une forte envie de d&#233;chiffrer le pass&#233; ignor&#233; appara&#238;t aujourd'hui. Chaque g&#233;n&#233;ration est partag&#233;e entre l'oubli et la m&#233;moire : vivre le pr&#233;sent est difficile avec le poids des souvenirs, mais les jeunes g&#233;n&#233;rations ont os&#233; les affronter &#8211; en cela, les membres de la derni&#232;re g&#233;n&#233;ration se diff&#233;rencient des pr&#233;c&#233;dentes. Sant par exemple, 23 ans, &#233;tudiant, est n&#233; &#224; &#304;stanbul, o&#249; il r&#233;side toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon p&#232;re ne m'expliquait pas ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Je ne demandais pas non plus qu'il m'explique tout, mais quand j'ai cherch&#233; &#224; avoir des r&#233;ponses il ne m'en parlait pas trop puisqu'il ne connaissait pas l'histoire. Mon p&#232;re aussi a appris tardivement son histoire. Mais aujourd'hui je veux approfondir le sujet. Par exemple j'ai vu par hasard sur internet le m&#234;me nom de famille que celui de jeune fille de ma maman et j'ai l'impression que cette personne peut &#234;tre un de nos parents perdus... J'ai envie de la rechercher maintenant &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette jeune g&#233;n&#233;ration commence petit &#224; petit &#224; se souvenir et &#224; vivre avec le pass&#233; en l'int&#233;grant au pr&#233;sent. Des indices r&#233;v&#233;lateurs les aident &#224; conna&#238;tre les histoires v&#233;cues. Les jeunes nous affirment que l'histoire des Arm&#233;niens ne leur a pas &#233;t&#233; racont&#233;e par leurs familles. Puzant, 24 ans, me dit par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mes parents ne m'ont jamais racont&#233; l'histoire des Arm&#233;niens. Mais j'&#233;tais curieuse, je voulais savoir ce qui s'&#233;tait pass&#233; dans l'histoire, parce que j'entendais divers r&#233;cits sur les Arm&#233;niens. Donc quand j'&#233;tais au lyc&#233;e, aux cours d'histoire j'avais compris qu'il y avait eu des guerres ou des luttes entre les Arm&#233;niens et les Turcs. Ou par exemple par le biais des m&#233;dias, j'ai bien vu qu'il y avait eu un g&#233;nocide arm&#233;nien, qu'on appelait &#8220;le soi disant g&#233;nocide&#8221; (s&#246;zde soyk&#305;r&#305;m). &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alex, jeune universitaire de 25 ans, nous le confirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Non, on ne m'a pas transmis trop d'anecdotes parce que les anc&#234;tres ont v&#233;cu des &#233;v&#233;nements graves et il me semble que c'est la raison pour laquelle on ne nous a rien racont&#233;, d&#233;lib&#233;r&#233;ment, afin de nous d&#233;fendre et aussi de pouvoir oublier le pass&#233;. Pourtant, quand je reviens sur mon enfance, je me souviens tr&#232;s bien qu'on jouait avec les amis un jeu avec des fourmis, on les s&#233;parait en deux groupes : les fourmis rouges nomm&#233;es arm&#233;niennes et les noires turques. Cela veut dire qu'il y a une distinction sur ces terres. Je suis s&#251;r que les autres enfants aussi jouaient de la m&#234;me fa&#231;on &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David, 25 ans, n&#233; &#224; Istanbul, o&#249; il r&#233;side toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon grand-p&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233; quand il avait 90 ans et il ne nous a absolument jamais racont&#233; ces histoires. Pourtant il a transmis cette histoire &#224; mon p&#232;re et pas &#224; moi. Mon p&#232;re a toujours cach&#233; ce qu'il savait. J'ai aujourd'hui du regret puisque je n'ai jamais demand&#233; &#224; mon grand p&#232;re qu'il nous raconte tout cela. D'un autre cot&#233; je ne suis pas s&#251;r que mon grand-p&#232;re nous l'aurait racont&#233; parce qu'il &#233;tait un homme tr&#232;s prudent, voire m&#233;fiant. Je me souviens tr&#232;s bien qu'il me disait : ne dis pas ton pr&#233;nom &#224; haute voix, ne te m&#234;le pas trop des histoires &#224; l'universit&#233;, n'oublie pas que ton identit&#233; est diff&#233;rente des autres. J'ai toujours entendu ce genre de conseils &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la plupart des Arm&#233;niens que j'ai interview&#233;s utilisent leurs pr&#233;noms arm&#233;niens dans la sph&#232;re familiale et l'entourage proche, mais d&#232;s qu'ils sont confront&#233;s &#224; des Turcs dans la vie quotidienne, ils se d&#233;signent par un pr&#233;nom turc. De m&#234;me, la non-utilisation de certains termes comme le mot &#171; g&#233;nocide &#187; d&#233;coule &#224; la fois de cette peur et de la pression sociale. En revanche, d&#232;s lors que nous &#233;tablissions une relation de confiance, les interview&#233;s nous emm&#232;nent sur les traces du g&#233;nocide de 1915 &#8211; ce qui nous montre que le silence se brise petit &#224; petit, m&#234;me si l'envie d'oubli demeure tr&#232;s pr&#233;sente. Les interview&#233;s se trouvent en fait pris dans un profond dilemme : ils veulent conna&#238;tre leur pass&#233;, mais en m&#234;me temps cette connaissance va conditionner leur relation &#224; &#171; l'autre &#187; &#8211; c'est &#224; dire le Turc. Nubar, 27 ans, commer&#231;ant exprime ce d&#233;sarroi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si j'apprends quelque chose de plus sur mon pass&#233;, je ne pourrais pas vivre aujourd'hui, le pr&#233;sent sera plus difficile. Ce n'est pas bon pour moi. J'ai plus int&#233;r&#234;t &#224; ignorer qu'&#224; savoir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui demande : quel obstacle y a-t-il &#224; conna&#238;tre votre histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne veux pas faire na&#238;tre un ennemi devant moi, parce que je sais que si je connais mon pass&#233; par ses d&#233;tails, je pourrais avoir de la haine, d'autres sentiments mauvais envers mon copain, mon ami, mon conjoint. C'est pourquoi le mieux est de ne pas savoir tout, sinon je ne peux pas vivre aujourd'hui, je ne peux respirer le pr&#233;sent, comme je faisais avant &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette ann&#233;e 2015 sera comm&#233;mor&#233; le centenaire du g&#233;nocide des Arm&#233;niens. Dans le monde entier, les diasporas, les gouvernements et les politiques vont tout au long de l'ann&#233;e, et plus pr&#233;cis&#233;ment le 24 avril, mettre en &#339;uvre des actions de sensibilisation, de communication et de mobilisation autours de l'&#233;v&#233;nement. Les Arm&#233;niens de Turquie, face &#224; ce coup de projecteur, vont se trouver sur le devant de la sc&#232;ne. Leur position va &#234;tre difficile car leur double besoin d'oubli et d'anamn&#232;se va se jouer dans un environnement hostile, avec toutefois le soutien d'une partie de la population civile, tous citoyens confondus. Une question para&#238;t essentielle : la comm&#233;moration de 2015 va-t-elle permettre aux Arm&#233;niens de commencer &#224; faire leur deuil ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est important, avant tout, de comprendre la terminologie se r&#233;f&#233;rant &#224; la soci&#233;t&#233; &#233;tudi&#233;e. Dans ce travail nous utiliserons ce terme, &#171; la soci&#233;t&#233; de Turquie &#187; (&lt;i&gt;T&#252;rkiye toplumu&lt;/i&gt;), car elle refl&#232;te la pluralit&#233; ethnique et culturelle du pays alors que les termes &#171; la soci&#233;t&#233; turque &#187; renvoient davantage &#224; la &lt;i&gt;turcit&#233;&lt;/i&gt; d'une des composantes de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction fran&#231;aise de cet ouvrage : GURUN, K&#226;muran, &lt;i&gt;Le Dossier Arm&#233;nien&lt;/i&gt;, Soci&#233;t&#233; Turque d'Histoire, Gen&#232;ve, ed. Triangle, 1983&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AUGE, Marc, &lt;i&gt;Les formes D'oubli,&lt;/i&gt; Paris, Payot, 1998, p.7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;RICOEUR, Paul, &lt;i&gt;La m&#233;moire, l'histoire, l'oubli,&lt;/i&gt; Paris, Seuil, 2000, p.541 et p. 554&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NORA, Pierre, (dir.), &lt;i&gt;Les lieux de m&#233;moire&lt;/i&gt;, vol. I, Paris, Quarto - Gallimard, 1997, p.15&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NICHANIAN, Marc, &lt;i&gt;Edebiyat ve Felaket,&lt;/i&gt; Iletisim, Istanbul, 2011, p. 88&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ALTOUNIAN, Janine, &lt;i&gt;De la culture &#224; l'&#233;criture, l'&#233;laboration d'un h&#233;ritage traumatique&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 2012, p.31&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;POLLAK Michael, &lt;i&gt;Exp&#233;rience concentrationnaire : Essai sur le maintien de l'identit&#233; sociale&lt;/i&gt;, Paris, M&#233;taili&#233;, 1990, p.15&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;LAPIERRE, Nicole, &#171; Le cadre r&#233;f&#233;rentiel de la Shoah &#187;, in Ethnologie fran&#231;aise, 2007/3 Vol. 37, p. 475-482. p.476&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nazli Temir Beyleryan est docteure en sciences sociales. Sa th&#232;se, &lt;i&gt;La m&#233;moire collective &#224; l'&#233;preuve de la politique de l'oubli. Le cas des Arm&#233;niens de Turquie &#224; travers trois g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; soutenue le 9 juin 2016 &#224; l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales sous la direction de Nil&#252;fer G&#246;le.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos de la question arm&#233;nienne : pour un mouvement de solidarit&#233; international &#224; gauche</title>
		<link>https://lmsi.net/A-propos-de-la-question-armenienne-pour-un-mouvement-de-solidarite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lmsi.net/A-propos-de-la-question-armenienne-pour-un-mouvement-de-solidarite</guid>
		<dc:date>2026-04-23T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;lodie Gavrilof-Dernigorossian , Marie Sonnette-Manouguian</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parues en septembre 2023 sur Mediapart et dans la foul&#233;e sur Contretemps et ici-m&#234;me, alors que les signes d'une agression azerba&#239;djanaise contre l'Arm&#233;nie se multipliaient, et que se produisaient de nouveaux &#171; incidents de fronti&#232;re &#187; meurtriers, les lignes qui suivent font oeuvre de p&#233;dagogie. Elles apportent un &#233;clairage historique et g&#233;opolitique dont l'absence s'est fait cruellement ressentir ces derni&#232;res ann&#233;es au sein du mouvement anti-imp&#233;rialiste, du mouvement social et de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://lmsi.net/-Appels-et-manifestes-" rel="directory"&gt;Appels, actions, manifestes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parues en septembre 2023 sur &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; et dans la foul&#233;e sur &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; et ici-m&#234;me, alors que &lt;a href=&#034;https://www.armenews.com/spip.php?page=article&amp;id_article=112466&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les signes d'une agression azerba&#239;djanaise contre l'Arm&#233;nie se multipliaient&lt;/a&gt;, et que se produisaient de nouveaux &lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/europe/armenie/armenie-deux-soldats-armeniens-tues-par-des-tirs-azerbaidjanais-selon-erevan-d868bc08-4c59-4c27-aecf-eddaaece3bf7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; incidents de fronti&#232;re &#187; meurtriers&lt;/a&gt;, les lignes qui suivent font oeuvre de p&#233;dagogie. Elles apportent un &#233;clairage historique et g&#233;opolitique dont l'absence s'est fait cruellement ressentir ces derni&#232;res ann&#233;es au sein du mouvement anti-imp&#233;rialiste, du mouvement social et de la gauche fran&#231;aise &#8211; et plus largement dans toute la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise : celui de la question arm&#233;nienne, et du processus g&#233;nocidaire qui a d&#233;ferl&#233; &#224; nouveau sur le Haut-Karabagh depuis 2020 &#8211; et p&#232;se d&#233;sormais sur l'Arm&#233;nie. Mais ce texte a aussi valeur d'interpellation et de rappel : &#201;lodie Gavrilof-Dernigorossian et Marie Sonnette-Manouguian nous rappellent que le combat actuel des Arm&#233;niens, fond&#233; sur le droit &#224; l'existence et &#224; l'autod&#233;terminations, devrait &#234;tre, bien plus qu'il ne l'est (&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/politique/041023/pourquoi-la-gauche-ne-parvient-plus-faire-echo-la-lutte-des-armeniens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;si peu&lt;/a&gt;), une question port&#233;e par la gauche &#8211; dans l'int&#233;r&#234;t des Arm&#233;niens, qui n'ont pas grand chose de solide &#224; gagner dans le soutien bruyant mais instrumental qui se manifeste sur leur droite, mais aussi dans l'int&#233;r&#234;t de la gauche, qui risque autrement de perdre son &#226;me &#8211; et sans doutes des &#233;lecteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH286/capture_d_e_cran_2024-02-14_a_18.49_37-62a93.png?1763122567' width='500' height='286' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma femme et moi, nous avons nettoy&#233; notre maison, mis de la vodka sur la table, des concombres et des tomates de notre jardin, vers&#233; du caf&#233;, ferm&#233; la porte &#224; cl&#233; et nous sommes partis. Je l'ai laiss&#233;e &#224; celui qui viendra vivre dans notre maison, qu'il soit ennemi ou non. C'est un &#234;tre humain. Un &#234;tre humain ordinaire ne veut pas la guerre. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un r&#233;fugi&#233; d'Artsakh, arriv&#233; en Arm&#233;nie, le 29/09/23, pour &lt;a href=&#034;https://www.brut.media/fr/international/haut-karabagh-et-maintenant--e4d3231f-9d11-41ea-a9a7-84276a1adb1c&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Brut&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre dernier, les Arm&#233;niens de la R&#233;publique d'Artsakh&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Artsakh est le nom de l'&#233;tat &#233;tabli par les Arm&#233;niens, le Karabakh est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Haut-Karabakh) ont &#233;t&#233; victimes du parach&#232;vement des politiques d'&#233;puration ethnique men&#233;es par l'Azerba&#239;djan et son dictateur Aliyev. Alors que la guerre de 2020 avait abouti &#224; un cessez-le-feu, que l'Azerba&#239;djan avait d&#233;j&#224; repris une partie des territoires, et qu'une force de maintien de la paix russe devait assurer la s&#233;curit&#233; des Arm&#233;niens pendant cinq ans, le gouvernement azerba&#239;djanais a lanc&#233; une guerre-&#233;clair sur la petite enclave d&#233;j&#224; bien affaiblie par un blocus de dix mois. Emp&#234;chant les approvisionnements de nourriture ou de m&#233;dicaments de l'Arm&#233;nie vers l'Artsakh, le r&#233;gime azerba&#239;djanais a affam&#233; la population sur place. Puis, c'est en attaquant militairement le 19 septembre 2023, et en tuant plus de 200 civils, que l'Azerba&#239;djan vient de s'assurer le contr&#244;le de la capitale de l'Artsakh, Stepanakert ainsi que de ses provinces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique d'Artsakh, capitulant, avait m&#234;me annonc&#233; qu'elle proc&#233;derait &#224; sa propre dissolution le 1er janvier 2024&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour finalement revenir sur ses d&#233;clarations : .&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais dans les faits le projet d'&#233;puration d'Aliyev a &#233;t&#233; couronn&#233; de succ&#232;s d&#232;s la fin de ce mois de septembre lorsque la quasi-totalit&#233; des 120 000 Arm&#233;nien.nes d'Artsakh&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La population avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;duite de 30 000 personnes apr&#232;s la guerre des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a pris la route, par le corridor de Latchine, d&#233;butant un exode de plusieurs jours pour parcourir la centaine de kilom&#232;tres les s&#233;parant de la fronti&#232;re arm&#233;nienne. Fermant leur maison pour un d&#233;part qu'ils savent sans retour, empaquetant un morceau de vie dans un ou deux sacs, ils ont fui une mort certaine, des promesses de massacre, des crimes de guerre, et l'absence de protection internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Artsakh n'est plus et ce nouvel &#233;pisode de pers&#233;cution des Arm&#233;niens est &#224; la fois la continuit&#233; du &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/031023/au-haut-karabagh-une-entreprise-de-destruction-humaine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; processus g&#233;nocidaire &#187;&lt;/a&gt; (Vincent Duclert, 2023&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) dont le point culminant fut &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Admettre-le-meurtre-nier-le-crime&#034;&gt;le g&#233;nocide du d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle&lt;/a&gt; et le d&#233;but d'une guerre contre les fronti&#232;res souveraines de l'Arm&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lignes qui suivent, nous souhaitons revenir sur les bases historiques des &#233;v&#233;nements de 2023, en partant du projet panturc d'extermination des populations arm&#233;niennes et d'annexion de leur territoire ainsi que sur les raisons d'existence de la R&#233;publique ind&#233;pendante et auto-proclam&#233;e d'Artsakh, qui n'&#233;tait pourtant reconnue par aucune force internationale. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Surtout, nous souhaitons expliquer pourquoi la d&#233;fense des Arm&#233;niens et de leur droit &#224; lutter pour leur existence et leur autod&#233;termination doit &#234;tre une question port&#233;e par la gauche. Alors qu'ils comptent pour l'instant parmi les grands oubli&#233;s des mouvements de solidarit&#233; internationale, les Arm&#233;niens sont victimes d'[une r&#233;cup&#233;ration de la part de &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Invitations&#034;&gt;la droite&lt;/a&gt; et de &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Contre-Eric-Zemmour-en-France-comme-en-Armenie&#034;&gt;l'extr&#234;me-droite&lt;/a&gt;, instrumentalisant la question arm&#233;nienne pour en faire un exemple du pr&#233;tendu &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Stop-aux-manipulations&#034;&gt;&#171; choc des civilisations &#187;&lt;/a&gt; &#8211; pourtant d&#233;mystifi&#233; par les sciences sociales depuis deux d&#233;cennies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ouvrage de Samuel Huntington du m&#234;me nom a &#233;t&#233; tr&#232;s critiqu&#233; d&#232;s sa sortie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous rappellerons que l'&#233;mancipation des peuples face aux politiques imp&#233;rialistes est un des fondamentaux de la gauche et que celle-ci a tout &#224; gagner &#224; retrouver une boussole qui fonctionne sur la sc&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Arm&#233;niens aux confins des empires depuis la fin du Moyen-&#194;ge&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'Empire ottoman, les Arm&#233;niens ont le statut de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Dhimmi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;dhimmi&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, c'est-&#224;-dire qu'ils paient un imp&#244;t sp&#233;cifique en &#233;change de la &#171; protection &#187; du sultan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, voir notamment la bibliographie de Claire Mouradian, &#350;ukru (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, le sultan proclame r&#233;guli&#232;rement l'&#233;galit&#233; entre tous les citoyens de l'Empire, mais il n'en est rien. Si l'administration organis&#233;e en &lt;i&gt;millet&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communaut&#233; religieuse reconnue par l'administration imp&#233;riale&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; permet aux Arm&#233;niens une certaine autonomie dans leurs affaires communautaires, d'une part, le patriarche doit en r&#233;alit&#233; &#234;tre approuv&#233; par La Porte (nom donn&#233; &#224; la capitale Constantinople) ; d'autre part, en cas de conflit avec des musulmans, c'est le droit islamique qui pr&#233;vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Arm&#233;niens sont donc, d&#232;s l'&#233;poque moderne, des sujets de seconde zone, et la question des minorit&#233;s prend une ampleur nouvelle &#224; l'aune de la guerre d'ind&#233;pendance de la Gr&#232;ce &#224; partir de 1821. L'Empire ottoman se sent en danger. &#192; partir du dix-huiti&#232;me si&#232;cle et dans la lign&#233;e des transferts culturels entre l'Europe et les diff&#233;rentes communaut&#233;s des Empires russe, perse et ottoman, naissent des mouvements autonomistes qui deviennent &#224; la fin du dix-neuvi&#232;me et au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle des mouvements ind&#233;pendantistes. C'est le cas des mouvements arm&#233;niens critiques du r&#233;gime politique ottoman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Arm&#233;niens, peuple sans &#201;tat, vivent alors &#224; la fois &#224; Constantinople, qui demeure leur capitale &#233;conomique et culturelle, et dans les six &lt;i&gt;vilayets&lt;/i&gt; de l'est de l'Anatolie (voir la carte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;).png&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), dans le Caucase et dans le nord de l'Iran actuels. Ils n'y sont pas seuls et c&#244;toient de nombreuses autres communaut&#233;s (kurdes, turques, arabes, az&#233;ries, etc.), ce qui est le propre, &#224; la fois des empires, mais aussi des espaces transfrontaliers. Il y a n&#233;anmoins des espaces au sein desquels ils sont une tr&#232;s large majorit&#233; : c'est le cas du Haut-Karabakh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haine des Arm&#233;niens, dans l'Empire ottoman, s'incarne &#224; partir de la fin du XIXe si&#232;cle dans les &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacres_hamidiens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;massacres hamidiens&lt;/a&gt; (1894-1896), lors desquels sont massacr&#233;es entre 100 000 et 300 000 personnes, puis les &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacres_d%27Adana&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;massacres d'Adana&lt;/a&gt; (avril 1909), lors desquels sont tu&#233;s entre 20 000 et 30 000 Arm&#233;niens et 1 300 Assyriens, et dans le &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-fabrique-de-l-histoire/grand-entretien-avec-raymond-h-kevorkian-4132728&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;g&#233;nocide des Arm&#233;niens, des Grecs pontiques et des Assyriens&lt;/a&gt; perp&#233;tr&#233; par le r&#233;gime des Jeunes Turcs, que les historiens font traditionnellement commencer avec les arrestations de centaines d'officiels et intellectuels arm&#233;niens ottomans le 24 avril 1915. Au Caucase, les massacres continuent en 1920, avec notamment le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacres_de_Chouchi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;massacre de Shoushi&lt;/a&gt; perp&#233;tr&#233; par les Azerba&#239;djanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, les officiels turcs et azerba&#239;djanais ont l'habitude de parler de l'Azerba&#239;djan et de la Turquie en utilisant l'expression &#171; une nation, deux &#201;tats &#187;. Effectivement, les Azerba&#239;djanais sont un peuple turco-persan, dont la langue est tr&#232;s similaire au turc, et pour lequel l'inter-compr&#233;hension est possible ; et la Turquie est souvent vue comme &#171; un grand fr&#232;re &#187;. Si du point de vue id&#233;ologique, les deux chefs d'&#201;tats divergent sur certains aspects, notamment sur la place de la religion dans l'espace public et les pratiques discursives, leurs politiques &#233;trang&#232;res convergent en un point : la haine des Arm&#233;niens, car l'Arm&#233;nie repr&#233;sente un obstacle physique &#224; un projet imp&#233;rialiste panturc visant &#224; &#233;tablir une continuit&#233; territoriale d'Istanbul &#224; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les guerres entre les Arm&#233;niens et l'Azerba&#239;djan : cent ans d'histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir des Empires, et alors que l'Arm&#233;nie et l'Azerba&#239;djan connaissent une br&#232;ve p&#233;riode d'ind&#233;pendance entre 1918 et 1920, la question du Karabakh se pose d&#233;j&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, voir notamment les documents publi&#233;s par Houshamadyan :&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Face &#224; la d&#233;b&#226;cle russe en Transcaucasie, la G&#233;orgie d&#233;clare son ind&#233;pendance le 26 mai 1918, suivie le 28 mai par l'Arm&#233;nie et l'Azerba&#239;djan. Ces &#201;tats fragiles ne parviennent pas &#224; faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes bolch&#233;viques, et entrent dans l'Union &#224; la fin de l'ann&#233;e 1920. Des discussions s'engagent alors entre les Arm&#233;niens et les Bolch&#233;viques d'une part, et entre les Azerba&#239;djanais et les Bolch&#233;viques d'autre part. Lorsque les Bolch&#233;viques construisent leurs fronti&#232;res int&#233;rieures au d&#233;but des ann&#233;es 1920, ils d&#233;cident d'octroyer la r&#233;gion du Haut-Karabakh &#224; la R&#233;publique Socialiste Sovi&#233;tique d'Azerba&#239;djan, bien qu'elle soit peupl&#233;e en tr&#232;s large majorit&#233; d'Arm&#233;niens. Celle-ci devient un oblast autonome dans l'esprit d'une politique de &lt;i&gt;confettisation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On parle r&#233;guli&#232;rement de confettis pour qualifier les restes des anciens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la r&#233;gion qui doit permettre une plus grande mainmise des Russes sur le Caucase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que le 24 avril 1965 qu'ont lieu les premi&#232;res comm&#233;morations du g&#233;nocide &#224; Yerevan. 100 000 personnes ont d&#233;fil&#233; afin de demander r&#233;paration, et le m&#233;morial de Tsitsernakaberd a &#233;t&#233; inaugur&#233; deux ans plus tard. Pendant ce temps, &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Mots-interdits&#034;&gt;l'&#201;tat turc s'est construit sur le n&#233;gationnisme&lt;/a&gt; et d&#232;s les ann&#233;es 1920, par exemple, les Arm&#233;niens disparaissent des livres d'histoire ancienne et m&#233;di&#233;vale de la r&#233;gion dans le pays. La Turquie n'a jamais reconnu sa responsabilit&#233;, laissant la place &#224; toutes les formes de n&#233;gationnisme qu'on conna&#238;t aujourd'hui, et construisant un r&#233;visionnisme d'&#201;tat aujourd'hui par des livres d'histoire aussi en Azerba&#239;djan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le pouvoir sovi&#233;tique est peu &#224; peu d&#233;centralis&#233; &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir de Mikha&#239;l Gorbatchev et en raison d'un sentiment anti-arm&#233;nien d&#233;j&#224; tr&#232;s fort en Azerba&#239;djan, les Arm&#233;niens du Haut-Karabakh demandent leur rattachement &#224; la RSS d'Arm&#233;nie. Une grande manifestation a lieu &#224; Stepanakert le 13 f&#233;vrier 1988&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est suivie de manifestations plus massives encore &#224; Yerevan. Les tensions s'accroissent entre Arm&#233;niens et Azerba&#239;djanais, notamment &#224; Askeran. En r&#233;ponse, le 27 f&#233;vrier 1988, les Azerba&#239;djanais massacrent des Arm&#233;niens qui r&#233;sident en banlieue de Bakou : c'est le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pogrom_de_Soumga%C3%AFt&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pogrom de Soumga&#239;t&lt;/a&gt;. Vingt-six personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es selon les statistiques sovi&#233;tiques, mais celles-ci ont &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement remises en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de Soumga&#239;t, le mouvement s'intensifie. Un grand nombre d'Arm&#233;niens d&#233;cide de partir, de peur de subir le m&#234;me sort. Le Haut-Karabakh d&#233;clare son ind&#233;pendance sous son nom arm&#233;nien, la R&#233;publique d'Artsakh, dans le respect du droit sovi&#233;tique de l'&#233;poque, le 2 septembre 1991. L'Azerba&#239;djan quant &#224; lui d&#233;clare son ind&#233;pendance le 18 octobre. Dans ce cadre, &lt;i&gt;le Haut-Karabakh n'a, dans les faits, jamais fait partie de la R&#233;publique d'Azerba&#239;djan depuis la fin de l'Union sovi&#233;tique&lt;/i&gt;. Une premi&#232;re guerre commence, avec d'un c&#244;t&#233; la R&#233;publique d'Arm&#233;nie et la R&#233;publique d'Artsakh, et de l'autre la R&#233;publique d'Azerba&#239;djan. Elle est remport&#233;e par les Arm&#233;niens, au prix de nombreux morts et de nombreux crimes de guerre commis des deux c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Arm&#233;niens d'Artsakh d&#233;cident alors de garder les territoires qu'ils ont conquis sur l'Azerba&#239;djan, au-del&#224; du Karabakh, et expulsent &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; les populations locales en 1993 et 1994, afin de mettre en place un &#171; cordon sanitaire &#187; entre eux et leurs voisins apr&#232;s un si&#232;cle de massacres. Celui-ci avait au d&#233;part vocation &#224; servir de levier dans le cadre de n&#233;gociations &#224; la fin du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces n&#233;gociations n'ont jamais eu lieu, du fait de l'abandon de la question par les autorit&#233;s arm&#233;niennes &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1990&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, voir notamment les travaux de Taline Papazian, notamment : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et de l'&#233;chec de la communaut&#233; internationale et de son &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_de_Minsk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; groupe de Minsk &#187;&lt;/a&gt; de l'OSCE. De leur c&#244;t&#233;, les Azerba&#239;djanais, malgr&#233; la richesse de leur manne p&#233;troli&#232;re, d&#233;cident de garder ces r&#233;fugi&#233;s int&#233;rieurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ils sont qualifi&#233;s par l'ONU de Internal Displaced Persons.&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au sein de baraquements, afin de renforcer le caract&#232;re provisoire de la situation, et de construire un &#201;tat fond&#233; sur la haine de l'Arm&#233;nien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;gion devient rapidement l'un des espaces les plus min&#233;s de la plan&#232;te. La situation est alors gel&#233;e. Les gouvernements arm&#233;niens successifs ne voient pas non plus l'int&#233;r&#234;t de r&#233;soudre le conflit, la menace permanente permettant d'&#233;luder les questions de politiques int&#233;rieures, et notamment leur propre corruption. Ils ne reconnaissent d'ailleurs pas la R&#233;publique du Haut-Karabakh, qui selon eux avait pour vocation &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; d'&#234;tre rattach&#233; &#224; la R&#233;publique d'Arm&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gaz russe au c&#339;ur des enjeux pour une (non)-protection internationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est tendue en permanence depuis les ann&#233;es 1990. Parfois, des tirs sont &#233;chang&#233;s &#224; la fronti&#232;re, rendant la route entre Yerevan et Tbilissi impraticable, et obligeant les &lt;i&gt;marshutkas&lt;/i&gt;, des taxis collectifs tr&#232;s utilis&#233;s en ex-URSS, &#224; faire un d&#233;tour. En avril 2016, la guerre de quatre jours ne change pas fondamentalement l'&#233;quilibre des puissances dans la r&#233;gion. C'est le 27 septembre 2020, alors que le monde est confin&#233; et occup&#233; &#224; lutter contre la pand&#233;mie mondiale de Covid-19, que l'Azerba&#239;djan entre en &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_guerre_du_Haut-Karabagh#/media/Fichier:Nagorno-Karabakh_war_map_(2020).svg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;guerre contre la R&#233;publique d'Artsakh&lt;/a&gt;. Aid&#233; militairement par la Turquie qui fournit un &#233;quipement dernier cri (notamment les drones bayraktar) ainsi que par Isra&#235;l, ils &#233;crasent les Arm&#233;niens qui r&#233;sistent quarante-quatre jours malgr&#233; l'inf&#233;riorit&#233; num&#233;rique, tactique et surtout logistique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;).svg&#034; id=&#034;nh6-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Russes, charg&#233;s depuis la premi&#232;re guerre de maintenir l'&#233;quilibre dans la r&#233;gion en tant qu'ancienne puissance dominante et membre du groupe de Minsk, interviennent tardivement, et un cessez-le-feu est sign&#233; entre Arm&#233;niens et Azerba&#239;djanais. Ils installent une force de maintien de la paix et s'engagent &#224; assurer le passage en toute s&#233;curit&#233; des Arm&#233;niens d'Artsakh vers l'Arm&#233;nie via le corridor de Lachine, qui est d&#233;sormais la seule route reliant l'Arm&#233;nie au Haut-Karabakh. L'invasion de l'Ukraine vient d&#233;t&#233;riorer une situation d&#233;j&#224; bien fragile pour les Arm&#233;niens. Juste avant de lancer son offensive, Poutine a rencontr&#233; Aliyev afin de savoir si celui-ci pouvait augmenter ses exportations de gaz vers l'Europe, en pr&#233;vision des sanctions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ilham Aliyev a alors obtenu une position inesp&#233;r&#233;e face aux Russes mais aussi face aux Europ&#233;ens : sans lui, le gaz ne passe pas. Pour les Russes, des relations apais&#233;es avec l'Azerba&#239;djan sont une promesse de maintenir &#224; flot une &#233;conomie fragilis&#233;e, et pour les Europ&#233;ens, Ilham Aliyev devient le moyen de garder la t&#234;te haute sur la sc&#232;ne internationale, en faisant croire qu'ils n'importent plus de gaz russe, qui est cependant en partie &#171; blanchi &#187; par l'interm&#233;diaire de l'Azerba&#239;djan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'Arm&#233;nie est plus isol&#233;e que jamais. La Russie qui dispose de bases militaires sur le territoire arm&#233;nien, rest&#233;es en place depuis la fin de l'Union Sovi&#233;tique, ne joue pas de r&#244;le protecteur. Les mains tendues de Pachinyan vers Kiev en 2023 ne changent finalement pas grand-chose : Poutine n'a de toute fa&#231;on aucun int&#233;r&#234;t &#224; se mettre la Turquie ou l'Azerba&#239;djan &#224; dos dans le contexte guerrier actuel. L'Union Europ&#233;enne, quant &#224; elle, compte sur le gaz d'Aliyev pour passer l'hiver et Ursula Von der Layen s'est m&#234;me rendue &#224; Bakou pour signer un &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/07/29/en-choisissant-l-azerbaidjan-comme-fournisseur-de-gaz-ursula-von-der-leyen-affaiblit-l-union-europeenne_6136544_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;protocole d'accord&lt;/a&gt; dans le domaine de l'&#233;nergie en juillet 2022. Enfin, &lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/monde/20231006.OBS79156/comment-israel-est-devenu-le-principal-allie-de-l-azerbaidjan.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Isra&#235;l livre des armes &#224; l'Azerba&#239;djan&lt;/a&gt;, esp&#233;rant profiter d'une base alli&#233;e pour garder un regard sur l'Iran, pays ennemi voisin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Azerba&#239;djan a donc soumis le Haut-Karabakh &#224; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Blocus_du_Haut-Karabagh#:~:text=Le%20blocus%20du%20Haut%2DKarabagh,Azerba%C3%AFdjan%20qui%20lui%20est%20hostile.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un blocus terrible&lt;/a&gt; &#224; partir de d&#233;cembre 2022, sans que personne ne s'en &#233;meuve. Plus rien n'est entr&#233; ni sorti. Rapidement, le manque de nourriture et de m&#233;dicaments s'est fait sentir. Les habitants n&#233;cessitant des soins d'urgence ont, au d&#233;but, pu &#234;tre escort&#233;s par le Comit&#233; International de la Croix Rouge vers Yerevan, jusqu'&#224; ce que le 29 juillet, et alors m&#234;me que l'Azerba&#239;djan avait autoris&#233; son passage, les autorit&#233;s arr&#234;tent Vagif Khachatryan qui se rendait en Arm&#233;nie pour une chirurgie cardiaque, pour r&#233;pondre de &#171; crimes de guerre &#187;. Les autorit&#233;s font r&#233;f&#233;rence au village de Meshali le 22 d&#233;cembre 1991, o&#249; les soldats arm&#233;niens ont tu&#233; vingt-deux villageois azerba&#239;djanais. Seulement, les investigations men&#233;es notamment par le d&#233;fenseur des droits arm&#233;niens ont d&#233;montr&#233; que celui qui a particip&#233; &#224; ces crimes &#233;tait un homonyme, car l'homme arr&#234;t&#233; n'a &#233;t&#233; enr&#244;l&#233; dans l'arm&#233;e que l'ann&#233;e suivante. Cette arrestation est une pierre suppl&#233;mentaire pour la criminalisation des Arm&#233;niens et la justification des politiques de pers&#233;cution men&#233;es par l'Azerba&#239;djan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 septembre 2023, l'Azerba&#239;djan bombarde un Haut-Karabakh exsangue et affam&#233;. Pourtant, en un jour, les Arm&#233;niens font subir autant de pertes militaires aux Azerba&#239;djanais qu'ils n'en essuient. Ils capitulent, toutefois, sachant bien ce qui leur est promis. Les crimes de guerre continuent, et les Arm&#233;niens sont contraints de fuir en masse. En une semaine, ce sont plus de 100 000 r&#233;fugi&#233;s qui quittent la r&#233;gion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour rejoindre l'Arm&#233;nie sans espoir de retour. C'est alors la fin d'une pr&#233;sence arm&#233;nienne continue dans la r&#233;gion depuis l'Antiquit&#233;. Symboliquement, la peine est plus intense encore, car m&#234;me lorsque les Arm&#233;niens perdent tout &#201;tat &#224; la fin du XIVe si&#232;cle, c'est au Karabakh que leur autonomie est demeur&#233;e la plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;faite des Arm&#233;niens et le parach&#232;vement de l'&#233;puration ethnique du Haut-Karabakh r&#233;activent le projet imp&#233;rialiste &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Panturquisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;panturquiste&lt;/a&gt; de raccordement des deux &#201;tats, turc et arzerba&#239;djanais. Alors qu'en Turquie, les minorit&#233;s ethniques (Kurdes et Arm&#233;niens en t&#234;te) et les opposants (dont notre coll&#232;gue Pinar Selek) subissent des pers&#233;cutions incessantes, voire croissantes depuis le d&#233;but de l'&#232;re d'Erdogan, tout laisse &#224; penser que l'alliance panturquiste nous pr&#233;pare au pire. En outre, l'incapacit&#233; occidentale &#224; condamner fermement les massacres et l'exode g&#233;n&#233;r&#233;s par Aliyev, en refusant notamment la signature de contrats d'&#233;nergie, sonne comme un blanc-seing pour les futurs projets guerriers. Il est maintenant question de rogner sur les terres souveraines de la R&#233;publique d'Arm&#233;nie avec un projet non dissimul&#233; d'annexion de la r&#233;gion longtemps convoit&#233;e du sud du pays : le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Syunik&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Syunik&lt;/a&gt;. La colonisation de ce territoire arm&#233;nien permettrait &#224; l'Azerba&#239;djan d'avoir une liaison directe avec la R&#233;publique autonome du Nakhitchevan, peupl&#233;e principalement d'Az&#233;ris et enclav&#233;e entre l'Arm&#233;nie et l'Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, l'Arm&#233;nie est ce petit pays de moins de 30 000 km2 et de 2.8 millions d'habitants, pris dans un &#233;tau g&#233;opolitique, encercl&#233; de puissance qui s'accommoderaient volontiers de sa disparition. Comme en 1915, le silence autour du sort des Arm&#233;niens est assourdissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour un mouvement de solidarit&#233; international de gauche, avec les luttes pour l'auto-d&#233;termination du peuple arm&#233;nien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'immigration arm&#233;nienne en France a pu s'illustrer dans l'histoire de la r&#233;sistance au fascisme &#8211; ce fut le cas des &lt;a href=&#034;&#034;&gt;FTP-MOI&lt;/a&gt; emmen&#233;s &#224; Paris par [Missak Manouchian contre le nazisme &#8211; une partie de l'immigration diasporique organis&#233;e a accept&#233;, ces derni&#232;res d&#233;cennies, un ancrage &#224; droite. Dans une logique de distinction avec des groupes issus d'une immigration post&#233;rieure &#224; la Seconde Guerre mondiale, souvent musulmans, des Arm&#233;niens bien &#233;tablis en France ont cru bon de d&#233;velopper des solidarit&#233;s de classe avec des responsables politiques de droite voire d'extr&#234;me-droite. Divis&#233;e sur ces soutiens, la diaspora arm&#233;nienne organis&#233;e n'a pas su trouver de strat&#233;gie pour perdurer dans l'espace politique en France. Longtemps r&#233;unie autour de la lutte pour la reconnaissance du g&#233;nocide des Arm&#233;niens, la victoire de l'adoption de la loi de 2001 l'a laiss&#233;e orpheline de sa revendication principale, peinant &#224; trouver des relais pour porter la question arm&#233;nienne sur la sc&#232;ne m&#233;diatique. Enfin, la transposition naturelle des conflits politiques arm&#233;niens au sein des organisations de la diaspora, notamment au cours de la r&#233;volution de velours de 2018, n'a laiss&#233; que peu d'espoir quant &#224; de possibles unions associatives et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, des personnalit&#233;s de droite et d'extr&#234;me-droite ont trouv&#233; dans le soutien aux Arm&#233;niens une mani&#232;re de s'attirer les faveurs d'un &#233;lectorat attentif &#224; ces prises de position, notamment au sein de territoires o&#249; la diaspora est install&#233;e (&#224; Marseille par exemple). Cependant, c'est surtout une instrumentalisation de la cause arm&#233;nienne qui est en jeu : il s'agit d'utiliser ind&#233;cemment l'atermoiement face &#224; la m&#233;moire du g&#233;nocide pour contribuer &#224; mettre &#224; l'agenda politique fran&#231;ais les th&#233;matiques islamophobes. Ce fut le cas pour &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Zemmour-a-Erevan-qui-est-il-et-que-vient-il-faire&#034;&gt;&#201;ric Zemmour&lt;/a&gt; qui s'est rendu en Arm&#233;nie, en mettant en sc&#232;ne la rh&#233;torique d'extr&#234;me-droite du &#171; choc des civilisations &#187;, des guerres de religion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou encore de la d&#233;fense des chr&#233;tiens d'Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le logiciel politique de l'extr&#234;me-droite repris par un large spectre politique conduit &#224; des erreurs fondamentales dans la perception du conflit qui touche les Arm&#233;niens. Alors que le traitement m&#233;diatique de l'&#233;puration ethnique de l'Artsakh a &#233;t&#233; violemment t&#233;lescop&#233; par les massacres du 7 octobre commis par le Hamas puis l'entreprise de destruction g&#233;nocidaire du territoire et de la population de Gaza par Isra&#235;l, nombre de personnalit&#233;s de droite s'empressent de faire un lien fallacieux entre les deux conflits : celui de l'islamisme s'attaquant aux &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; (&lt;a href=&#034;https://twitter.com/valerieboyer13/status/1711688775049375858?s=20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Val&#233;rie Boyer&lt;/a&gt; ou Bruno Retailleau-&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/i/broadcasts/1mrxmyqalydxy&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://twitter.com/i/broadcasts/1mrxmyqalydxy&lt;/a&gt;] par exemple). Pourtant ces conflits ne sont pas des guerres de religion, mais bien des guerres d'expansions coloniales et de nettoyage ethnique, d&#233;cimant et expulsant les populations civiles, men&#233;es par les imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, alors que la gauche peine &#224; retrouver une boussole commune pour la d&#233;fense des peuples victimes des politiques coloniales, la cause arm&#233;nienne doit faire l'objet, au m&#234;me titre que la cause palestinienne, d'une prise en charge au sein des mobilisations internationalistes. Le d&#233;veloppement de revendications pour la justice et pour le droit &#224; la r&#233;sistance, &#224; l'oppos&#233; de celles de la droite et de l'extr&#234;me-droite, doit &#234;tre une pr&#233;occupation collective, afin de ne pas c&#233;der un pouce de terrain face &#224; ces marchands de haine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche doit &#234;tre capable de tenir des raisonnements politiques exigeants : combattre l'islamophobie ne signifie pas &#234;tre en incapacit&#233; de d&#233;noncer des crimes de guerre conduits sous une banni&#232;re musulmane. La r&#233;ciproque est vraie &#233;galement : le refus du supr&#233;macisme islamo-nationaliste turc ou az&#233;ri n'emp&#234;che pas de combattre la domination islamophobe telle qu'elle s'exerce en France, bien au contraire. Il s'agit de d&#233;fendre les droits d'un peuple &#224; lutter pour son autonomie politique et le respect des terres qu'il occupe. Il s'agit aussi de prendre position contre des politiques expansionnistes de dictatures qui emprisonnent et pers&#233;cutent leurs oppositions politiques, associatives ou universitaires au sein m&#234;me de leurs fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quelles revendications porter pour une mobilisation en solidarit&#233; avec les Arm&#233;niens ? Tout d'abord, il est important de rencontrer, lire et discuter avec les organisations de gauche arm&#233;niennes comme Charjoum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charjoum est une Association fran&#231;aise qui, par diverses mobilisations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la gauche fran&#231;aise devrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lire et apprendre de l'histoire du Haut-Karabakh afin de sortir d'une position de &#171; ni, ni &#187; sym&#233;trisant agresseurs et agress&#233;s, reprenant souvent les terminologies dominantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme dans cet article de R&#233;volution Permanente.&#034; id=&#034;nh6-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mobiliser et porter des revendications en France de boycott du gaz Azerba&#239;djanais (et d'autres produits identifi&#233;s), levier puissant de sanctions, afin d'exiger un cessez-le-feu imm&#233;diat, p&#233;renne et un droit au retour s&#233;curis&#233; pour les Arm&#233;niens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Exiger une aide financi&#232;re et humanitaire internationale pour l'aide &#224; l'installation des 120 000 r&#233;fugi&#233;s d'Artsakh en Arm&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient urgent de ne pas laisser un espace de plus de nos luttes se faire gangrener par la logorrh&#233;e de la droite et de l'extr&#234;me-droite. Il revient &#224; la gauche de d&#233;construire pied &#224; pied le logiciel politique occidentaliste et islamophobe en ancrant &#224; nouveau la d&#233;fense des peuples contre l'imp&#233;rialisme dans l'horizon des luttes internationalistes et anticoloniales. Les projections de l'extr&#234;me droite ne d&#233;bouchent sur aucune strat&#233;gie de lutte concr&#232;te pour une d&#233;fense de l'Arm&#233;nie et des Arm&#233;niens, mais plut&#244;t sur des conclusions franco-fran&#231;aises, l'Arm&#233;nie ne servant que de figuration dans sa rh&#233;torique islamophobe du &#171; choc des civilisations &#187; et de la fermeture des fronti&#232;res. A contrario, une gauche qui sortirait de sa coupable indiff&#233;rence serait un relais bien plus consistant en termes d'outils th&#233;oriques comme en termes de mobilisations politiques. En ce sens, l'Arm&#233;nie doit trouver sa place au sein de nos revendications et mobilisations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Artsakh est le nom de l'&#233;tat &#233;tabli par les Arm&#233;niens, le Karabakh est le nom de la r&#233;gion et de l'Oblast sovi&#233;tique. L'&#201;tat cr&#233;&#233; par les Arm&#233;niens correspond &#224; l'oblast sovi&#233;tique ainsi que les territoires conquis sur l'Azerba&#239;djan&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour finalement revenir sur ses d&#233;clarations : &lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-haut-karabakh-armenien-requiem-pour-une-republique-fantome&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-haut-karabakh-armenien-requiem-pour-une-republique-fantome&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La population avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;duite de 30 000 personnes apr&#232;s la guerre des quarante jours de 2020. Actuellement, il ne reste que tr&#232;s peu d'Arm&#233;niens au Haut-Karabakh et les quelques-uns qui sont rest&#233;s doivent d&#233;sormais &#234;tre assist&#233;s de membres du Comit&#233; international de la Croix Rouge.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251454962/armenie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251454962/armenie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ouvrage de Samuel Huntington du m&#234;me nom a &#233;t&#233; tr&#232;s critiqu&#233; d&#232;s sa sortie en 1996, notamment pour le flou qu'il fait peser autour de la notion de civilisation pourtant au centre de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, voir notamment la bibliographie de Claire Mouradian, &#350;ukru Hanio&#287;lu, ou Hamit Bozarslan par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Communaut&#233; religieuse reconnue par l'administration imp&#233;riale&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Six_vilayets#/media/Fichier:Six_Vilayets,_Ottoman_Empire_(1900&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Six_vilayets#/media/Fichier:Six_Vilayets,_Ottoman_Empire_(1900&lt;/a&gt;).png&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, voir notamment les documents publi&#233;s par Houshamadyan : &lt;a href=&#034;https://www.houshamadyan.org/mapottomanempire.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.houshamadyan.org/mapottomanempire.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On parle r&#233;guli&#232;rement de confettis pour qualifier les restes des anciens empires (Abkhazie par exemple)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/mfankr/status/1227871995435638785&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://twitter.com/mfankr/status/1227871995435638785&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, voir notamment les travaux de Taline Papazian, notamment : &lt;i&gt;L'Arm&#233;nie &#224; l'&#233;preuve du feu. Forger l'&#201;tat &#224; travers la guerre&lt;/i&gt;, Karthala, 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ils sont qualifi&#233;s par l'ONU de &lt;i&gt;Internal Displaced Persons&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_guerre_du_Haut-Karabagh#/media/Fichier:Nagorno-Karabakh_war_map_(2020&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_guerre_du_Haut-Karabagh#/media/Fichier:Nagorno-Karabakh_war_map_(2020&lt;/a&gt;).svg&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://tass.com/politics/1407131?utm_source=google.com&amp;utm_medium=organic&amp;utm_campaign=google.com&amp;utm_referrer=google.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://tass.com/politics/1407131?utm_source=google.com&amp;utm_medium=organic&amp;utm_campaign=google.com&amp;utm_referrer=google.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/monde/20231006.OBS79156/comment-israel-est-devenu-le-principal-allie-de-l-azerbaidjan.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nouvelobs.com/monde/20231006.OBS79156/comment-israel-est-devenu-le-principal-allie-de-l-azerbaidjan.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/international/haut-karabagh-les-images-impressionnantes-de-l-exode-des-armeniens-apres-la-victoire-de-l-azerbaidjan_AD-202309290815.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bfmtv.com/international/haut-karabagh-les-images-impressionnantes-de-l-exode-des-armeniens-apres-la-victoire-de-l-azerbaidjan_AD-202309290815.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Non-a-la-recuperation-de-la-cause-armenienne&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://lmsi.net/Non-a-la-recuperation-de-la-cause-armenienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charjoum est une Association fran&#231;aise qui, par diverses mobilisations men&#233;es en France et sur le terrain en Arm&#233;nie, lutte contre le discours n&#233;gationniste et panturquiste, et initie ou prend part &#224; des projets humanitaires et sociaux, et au soutien enfin des combattants arm&#233;niens (en Artsak, et d&#233;sormais en Arm&#233;nie). &lt;a href=&#034;https://www.charjoum.org/le-manifeste-de-charjoum/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.charjoum.org/le-manifeste-de-charjoum/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme dans &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Haut-Karabakh-quels-sont-les-enjeux-de-l-offensive-de-l-Azerbaidjan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet article de &lt;i&gt;R&#233;volution Permanente&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>B comme Beauvoir</title>
		<link>https://lmsi.net/B-comme-Beauvoir</link>
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		<dc:date>2026-04-12T23:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christine Delphy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le 14 avril 1986, Simone de Beauvoir d&#233;c&#233;dait. Pour c&#233;l&#233;brer, 40 ans plus tard et de fa&#231;on un peu d&#233;cal&#233;e, cette immense &#233;crivaine et philosophe f&#233;ministe, nous republions la lettre B comme Beauvoir, qui figure dans l'Ab&#233;c&#233;daire de Christine Delphy. Cette vid&#233;o, que vous retrouverez dans le coffret DVD, a &#233;t&#233; mise en ligne une premi&#232;re fois le 14 juillet 2018. &lt;br class='autobr' /&gt; Voir la lettre A. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une &#233;mission enregistr&#233;e en 1985, Christine Delphy, n&#233;e pendant la seconde guerre mondiale, est invit&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lmsi.net/-Je-ne-suis-pas-feministe-mais,201-" rel="directory"&gt;&#171; Je ne suis pas f&#233;ministe, mais... &#187;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 14 avril 1986, Simone de Beauvoir d&#233;c&#233;dait. Pour c&#233;l&#233;brer, 40 ans plus tard et de fa&#231;on un peu d&#233;cal&#233;e, cette immense &#233;crivaine et philosophe f&#233;ministe, nous republions la lettre B comme Beauvoir, qui figure dans l'Ab&#233;c&#233;daire de Christine Delphy. Cette vid&#233;o, que vous retrouverez dans le &lt;a href=&#034;http://www.dorianefilms.com/search.php?sep=and&amp;search_query=je%20ne%20suis%20pas%20feministe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;coffret DVD&lt;/a&gt;, a &#233;t&#233; mise en ligne une premi&#232;re fois le 14 juillet 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voir la &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/A-comme-Amitie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lettre A&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;mission enregistr&#233;e en 1985, Christine Delphy, n&#233;e pendant la seconde guerre mondiale, est invit&#233;e avec Simone de Beauvoir, auteure du Deuxi&#232;me sexe publi&#233; en 1949, pour discuter de leur engagement f&#233;ministe : on retrouve un extrait de cette incroyable &#233;mission, &#224; laquelle participe &#233;galement Delphine Seyrig, dans le film &lt;a href=&#034;https://jenesuispasfeministemais.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Je ne suis pas f&#233;ministe, mais...&lt;/a&gt;. Dans l'extrait de l'Ab&#233;c&#233;daire propos&#233; ici, Christine Delphy revient sur cette rencontre et sur le soutien crucial de Beauvoir aux militantes du MLF. Comment s'est fait ce croisement de g&#233;n&#233;rations, ce passage de relais, et quelle forme exactement a pris ce soutien ?&lt;/p&gt;
&lt;iframe src=&#034;https://player.vimeo.com/video/191829142&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; frameborder=&#034;0&#034; webkitallowfullscreen mozallowfullscreen allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/191829142&#034;&gt;B comme Simone de Beauvoir&lt;/a&gt; from &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/user35965637&#034;&gt;Les mots sont importants&lt;/a&gt; on &lt;a href=&#034;https://vimeo.com&#034;&gt;Vimeo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ab&#233;c&#233;daire, long entretien film&#233; de Christine Delphy avec Sylvie Tissot, explore en 26 lettres les concepts clefs de la th&#233;orie f&#233;ministe (Genre, Travail domestique&#8230;) tout en revenant sur les &#233;pisodes de la vie de Delphy, ses rencontres et les &#233;v&#233;nements historiques auxquels elle a particip&#233;. Il figure, avec le film Je ne suis pas f&#233;ministe mais&#8230;, dans un &lt;a href=&#034;http://www.dorianefilms.com/search.php?sep=and&amp;search_query=je%20ne%20suis%20pas%20feministe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;coffret DVD&lt;/a&gt;. Nous souhaitons aujourd'hui le rendre accessible en int&#233;gralit&#233; au plus grand nombre. Le voici, de A comme Amiti&#233; &#224; Z comme Zizi, qui rythmera, en feuilleton, le cours de votre &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir la &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/C-comme-Communautarisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lettre C&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Retrouvez la totalit&#233; de L'Ab&#233;c&#233;daire de Christine Delphy dans le &lt;a href=&#034;http://www.dorianefilms.com/search.php?sep=and&amp;search_query=je%20ne%20suis%20pas%20feministe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;coffret DVD&lt;/a&gt; r&#233;alis&#233; par &lt;a href=&#034;http://atelieryoupi.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'Atelier Youpi&lt;/a&gt;, avec le film &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/120523495&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Je ne suis pas f&#233;ministe, mais&#8230;.&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'informations sur le &lt;a href=&#034;https://jenesuispasfeministemais.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog du film&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Gayfriendly</title>
		<link>https://lmsi.net/Gayfriendly</link>
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		<dc:date>2026-04-11T18:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Tissot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;A l'occasion de la r&#233;&#233;dition de Gayfriendly (nouvelle &#233;dition, nouvelle couverture !), nous republions l'introduction, inchang&#233;e, du livre. Cette r&#233;&#233;dition nous donne l'occasion de rendre hommage &#224; Elizabeth Norman, habitante de Brooklyn, dont la g&#233;n&#233;rosit&#233; a rendu possible l'enqu&#234;te men&#233;e &#224; New York, et qui nous a quitt&#233;-es, le mois dernier, beaucoup trop t&#244;t. Cette r&#233;&#233;dition lui est d&#233;di&#233;e, &#224; elle ainsi qu'&#224; sa femme Jane McAndrew. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que veut dire &#234;tre gayfriendly ? Avoir des amis gais ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lmsi.net/-Des-livres-importants-" rel="directory"&gt;Des livres importants&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'occasion de la r&#233;&#233;dition de &lt;i&gt;Gayfriendly&lt;/i&gt; (nouvelle &#233;dition, nouvelle couverture !), nous republions l'introduction, inchang&#233;e, du &lt;a href=&#034;https://www.raisonsdagir-editions.org/catalogue/gayfriendly/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre&lt;/a&gt;. Cette r&#233;&#233;dition nous donne l'occasion de rendre hommage &#224; Elizabeth Norman, habitante de Brooklyn, dont la g&#233;n&#233;rosit&#233; a rendu possible l'enqu&#234;te men&#233;e &#224; New York, et qui nous a quitt&#233;-es, le mois dernier, beaucoup trop t&#244;t. Cette r&#233;&#233;dition lui est d&#233;di&#233;e, &#224; elle ainsi qu'&#224; sa femme Jane McAndrew.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que veut dire &#234;tre gayfriendly ? Avoir des amis gais ? Soutenir le &#171; mariage pour tous &#187; ? Envisager sans effroi que sa fille devienne lesbienne ? Sortir dans des bars gais et m&#234;me renouveler ses propres pratiques sexuelles ? Il n'y a pas de &#171; bonne &#187; gayfriendliness, mais des attitudes diff&#233;rentes, en France et aux &#201;tats-Unis, variables selon les &#226;ges, le sexe et les parcours de vie. L'acceptation de l'homosexualit&#233;, qui progresse ind&#233;niablement, n'est pas non plus r&#233;serv&#233;e aux plus riches : ces derniers l'ont plut&#244;t int&#233;gr&#233;e au sein d'une morale de classe qui leur permet de se distinguer des pauvres, des habitants des banlieues ou encore des populations racis&#233;es. Interviewer des h&#233;t&#233;rosexuels de milieu ais&#233; montre que, dans des espaces de tol&#233;rance et de mixit&#233; comme le Marais &#224; Paris et Park Slope &#224; Brooklyn, le contr&#244;le n'a pas disparu : la sympathie s'exprime avant tout en direction de gays et de lesbiennes de m&#234;me statut socio&#233;conomique, qui manifestent leur envie de couple et de famille, et mettent en sourdine tout autre revendication. La gayfriendliness a donc fait reculer la violence et les discriminations ; elle accompagne aussi l'invention, par les femmes surtout, de modes de vie moins conventionnels. Pourtant, si elle a mis fin &#224; certains pr&#233;jug&#233;s, elle ne s'est pas encore compl&#232;tement affranchie de ce qui reste un &#233;l&#233;ment structurant de nos soci&#233;t&#233;s : la domination h&#233;t&#233;rosexuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4564 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L500xH382/capture_d_e_cran_2026-04-11_a_11.59_57-1d133.png?1775902150' width='500' height='382' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte sombre du d&#233;but du XXIe si&#232;cle, une cause semble avoir progress&#233; : celle des gays et des lesbiennes. L'ouverture du mariage aux couples de m&#234;me sexe n'est-elle pas d'ailleurs une des rares promesses de campagne tenue par Fran&#231;ois Hollande, le pr&#233;sident socialiste &#233;lu en 2012 ? Bien avant la France et le vote de la loi Taubira en 2013, de nombreux autres pays dans le monde avaient act&#233; la reconnaissance de l'homosexualit&#233; que marque l'acc&#232;s au mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat des lieux n'est pourtant pas ais&#233; &#224; &#233;tablir. Car &#224; c&#244;t&#233; de ces progr&#232;s dans la conqu&#234;te de droits, la r&#233;pression n'a pas cess&#233;. Elle s'abat m&#234;me de plus en plus ouvertement dans des pays o&#249; l'homosexualit&#233;, parfois passible de peine de mort, est lourdement p&#233;nalis&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Selon notre d&#233;compte, 84 &#201;tats (ou parties d'&#201;tats) font de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un Occident plus progressiste contre des r&#233;gions du monde &#171; en retard &#187; ? Cette vision est r&#233;pandue, qui oppose grossi&#232;rement les zones du progressisme sexuel et celles de l'obscurantisme, notamment religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'homophobie n'a pas disparu &#171; chez nous &#187;, en t&#233;moigne la vigueur du mouvement &#171; Manif pour tous &#187;, n&#233; en 2012 en opposition &#224; la loi Taubira&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi les violences homophobes persistantes (Herek 2009, voir la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour tenter de mieux &#233;valuer les progr&#232;s de l'acceptation et ses limites, des enqu&#234;tes sur l'homophobie, ses ressorts et les lieux o&#249; elle s&#233;vit sont plus que jamais n&#233;cessaires. Ce n'est pourtant pas la voie que j'ai suivie puisque ce livre est consacr&#233; &#224; des espaces dont les habitants cultivent la tol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains quartiers comme ceux o&#249; j'ai men&#233; mon enqu&#234;te, &#224; Paris et &#224; New York, la haine des gays et des lesbiennes semble &#234;tre une attitude proscrite, relevant d'une histoire ancienne. De nombreux h&#233;t&#233;rosexuels et h&#233;t&#233;rosexuelles habitent le Marais, &#171; quartier gai &#187; de Paris, et Park Slope &#224; Brooklyn, connu pour les lesbiennes qui y vivent depuis plusieurs d&#233;cennies maintenant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce livre, le terme &#171; gai &#187; est utilis&#233; pour les adjectifs, &#171; gay &#187; pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;sence de gays et de lesbiennes parmi leurs amis, coll&#232;gues et voisins s'est banalis&#233;e, et le soutien au mariage des couples de m&#234;me sexe est souvent &#233;vident, voire enthousiaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref : ces h&#233;t&#233;ros sont gayfriendly, vocable form&#233; &#224; partir des mots anglais &lt;i&gt;gay&lt;/i&gt;, homosexuel, et &lt;i&gt;friend&lt;/i&gt;, ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En utilisant ce mot, il ne s'agit pas seulement de se r&#233;approprier celui qui est employ&#233;, aux &#201;tats-Unis et de plus en plus en France, par les personnes concern&#233;es, mais aussi de prendre pour objet une attitude particuli&#232;re, positive, et plus encore faite de &#171; sympathie &#187;. Pourquoi lui consacrer un livre plut&#244;t que tout simplement prendre acte des progr&#232;s accomplis ? Parce que la &lt;i&gt;gayfriendliness&lt;/i&gt;, le fait d'&#234;tre &lt;i&gt;gayfriendly&lt;/i&gt;, ne marque pas une &#233;tape ais&#233;ment rep&#233;rable dans la progression suppos&#233;e in&#233;luctable des droits et de l'&#233;galit&#233;. Elle d&#233;signe une mani&#232;re d'envisager l'homosexualit&#233; qui nous en dit autant sur la place des gays et des lesbiennes dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui que sur le groupe qui s'en fait le d&#233;fenseur : des h&#233;t&#233;rosexuels richement dot&#233;s en capital culturel et &#233;conomique, habitant des quartiers aujourd'hui gentrifi&#233;s o&#249; s'est regroup&#233;e, &#224; partir des ann&#233;es 1980, une importante population gaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propri&#233;t&#233;s sociales d&#233;terminent la mani&#232;re dont ils regardent les gays et les lesbiennes, s&#233;lectionnent ceux et celles qu'ils veulent fr&#233;quenter, et comment ils interagissent avec eux. Elles expliquent aussi que leurs vues se sont impos&#233;es dans l'espace public, au d&#233;triment des formes d'acceptation qui existent chez d'autres groupes sociaux et qui restent largement invisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, j'ai estim&#233; que la &lt;i&gt;gayfriendliness&lt;/i&gt; m&#233;ritait une &#233;tude en soi, tant elle prend des formes ambivalentes et plurielles, construites &#224; partir de prises de position plus ou moins positives vis-&#224;-vis de l'homosexualit&#233; et d'une proximit&#233; variable avec des gays et des lesbiennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wilfried Rault distingue ainsi, en fonction de ces deux crit&#232;res, six (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre n'est pas une charge contre des h&#233;t&#233;ros &#171; hypocrites &#187;, chez qui il s'agirait de d&#233;busquer une homophobie cach&#233;e. Il examine une norme sociale construite par et pour des dominants qui a, n&#233;anmoins, profond&#233;ment red&#233;fini la place des gays et des lesbiennes dans la soci&#233;t&#233;. Elle a fait reculer l'homophobie en en faisant un stigmate ; mais, reposant sur certains pr&#233;suppos&#233;s et certaines exigences, elle n'y a pas mis fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://lmsi.net/Gayfriendly-Acceptation-et&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Suite de l'introduction&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lmsi.net/local/cache-vignettes/L414xH586/capture_d_e_cran_2026-04-11_a_12.07_42-c3c5d.png?1775902150' width='414' height='586' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Selon notre d&#233;compte, 84 &#201;tats (ou parties d'&#201;tats) font de l'homosexualit&#233; un crime ou un d&#233;lit. Certains de ces pays condamnent l'homosexualit&#233;, tandis que d'autres condamnent uniquement l'homosexualit&#233; masculine ou encore uniquement la sodomie, quel que soit le sexe &#187;, in &#171; L'homosexualit&#233;, un crime dans de nombreux pays d'Afrique et du Moyen-Orient &#187;,&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt;, 13 novembre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir aussi les violences homophobes persistantes (Herek 2009, voir la bibliographie en fin d'ouvrage) et le taux de suicide chez les adolescents gais (Beck et al. 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans ce livre, le terme &#171; gai &#187; est utilis&#233; pour les adjectifs, &#171; gay &#187; pour les substantifs. Le caract&#232;re inclusif de l'&#233;criture se marque, notamment, par les expressions &#171; gays et lesbiennes &#187; et, de fa&#231;on non syst&#233;matique, &#171; h&#233;t&#233;rosexuels et h&#233;t&#233;rosexuelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wilfried Rault distingue ainsi, en fonction de ces deux crit&#232;res, six attitudes diff&#233;rentes dont plusieurs, selon qu'elles engagent une acceptation, de principe ou pratique, de l'homosexualit&#233;, et/ou une proximit&#233; relationnelle avec des gays et des lesbiennes, peuvent indiquer une gayfriendliness (Rault 2016)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'ouvrage &lt;i&gt;Gayfriendly&lt;/i&gt; est publi&#233; par les &#233;ditions &lt;a href=&#034;http://www.raisonsdagir-editions.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Raisons d'agir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences cit&#233;es :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Beck, Fran&#231;ois, Jean-Marie Firdion, St&#233;phane Legleye et Marie-Ange Schiltz. 2010. Les minorit&#233;s sexuelles face au risque suicidaire. Acquis des sciences sociales et perspectives, Saint-Denis : Inpes. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Herek, Gregory M. 2009. &#171; Hate crimes and stigma-related experiences among sexual minority adults in the United States : Prevalence estimates from a national probability sample. &#187; Journal of Interpersonal Violence 24 : 54-74. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rault, Wilfried. 2016. &#171; Les attitudes &#171; gayfriendly &#187; en France : entre appartenances sociales, trajectoires familiales et biographies sexuelles. &#187; Actes de la recherche en sciences sociales (213) : 38-65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre 1. Devenir gayfriendly&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ticences, reconnaissance, indiff&#233;rence : trois g&#233;n&#233;rations&lt;br class='autobr' /&gt;
Apprentissages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre 2. Homosexualit&#233; acceptable, homosexualit&#233; familiale&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;galit&#233;, libert&#233;, conjugalit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une cause de gentrifieurs&lt;br class='autobr' /&gt;
La question des enfants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre 3. Les h&#233;t&#233;rosexuelles, ces alli&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
Compassion f&#233;minine	&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; fille &#224; p&#233;d&#233; &#187; et son &#171; meilleur ami gai &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dissidentes de la conjugalit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre 4. Les fronti&#232;res de la gayfriendliness&lt;br class='autobr' /&gt;
Une norme de classe et de race&lt;br class='autobr' /&gt;
Visibilit&#233;s et invisibilit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;pilogue. Bons amis, grands amis ou faux amis : qu'est-ce que la gayfriendliness pour les gays et les lesbiennes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://lmsi.net/Banal-quasi-normal-mais-pas-encore-e&#769;gal' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Conclusion. Banal, quasi normal, mais pas encore &#233;gal&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



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