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Delicatessen

Brève méditation sur le mouton, la dinde et ce qu’on nous en dit

par Chafik Allal
19 décembre 2007

Pour l’observateur extérieur, il peut paraître incongru d’égorger un mouton pour un sacrifice rituel prescrit par une religion. Mais il y a bien plus incongru : se comporter en voyeur obscène face à ces pratiques...

Depuis une dizaine d’années, des journalistes de télévisions, de radios et de médias de la presse écrite, nous expliquent, jusqu’à la nausée, en quoi consistent les pratiques rituelles de ce qu’ils ont appelé « la fête du mouton ». Dans un élan de bons sentiments et de condescendance, ils nous expliquent le « sens » de cette fête et nous le répètent à l’envi.

Par souci de cohérence, ces journalistes devraient présenter des reportages sur Noël – qu’ils pourraient appeler « la fête de la dinde » pour la circonstance – dans lesquels ils ne parleraient que des dindes gavées. Ils pourraient aussi se rendre dans les campagnes et nous parler des cochons égorgés dans les fermes – il paraît même que plus ça saigne, meilleur sera le boudin.

Et ces actes sont commis par des Européens bon teint, probablement baptisés (ou pas) et probablement persuadés que la religion chrétienne est une religion de paix, et la musulmane moins. Ces personnes seront peut-être même les premières à s’offusquer du funeste sort réservé aux moutons le jour de la fête de l’Adha (appellation d’origine contrôlée pour « la fête du mouton »). Mais, visiblement, les actes commis par des Européens bon teint ne choquent pas grand monde parmi les journalistes et ne choqueraient personne, pas même Brigitte Bardot.

Pourquoi n’en parle-t-on pas dans les médias ? Souvent, des journalistes bien pensants nous assènent l’indiscutable argument : « ça n’intéresse pas grand monde » pour de nombreux sujets d’information qu’ils ne veulent pas traiter. Ma question est :

Et les moutons égorgés, ça intéresse qui ?