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Recel de cadavres : nouvelle récidive !

Après Guy Môquet : Aimé Césaire

par Sebastien Fontenelle
19 avril 2008

L’obscénité, certaines fois, met du temps à bien apparaître pour ce qu’elle est, dans notre sale époque. D’autres fois : non. Je me pince, quand je lis ce matin les réactions [1] du régime, après le décès d’Aimé Césaire. Les vautours volent bas et font main basse, déjà, sur la mémoire d’un nègre dont tout soudain ils s’éprennent...

Sarkozy chante « l’esprit libre » qui a « incarné, sa vie durant, le combat pour la reconnaissance de son identité ». Fillon feule qu’il « ne craignait ni la force des images, ni leur ruptures ».

Identité, rupture(s) : vois comme le défunt était sarkozyste. Vois comme ces gens-là osent tout. Vois les charognards qui, déjà, dépècent la dépouille de Césaire.

Les mêmes, rappelle-toi, qui invoquent aujourd’hui, comme le chef de l’Etat français, « le chagrin immense de toute la population (…) ultramarine » (sic).

Les mêmes, disais-je, voulaient, il y a trois ans, graver dans un marbre législatif « le rôle positif de la présence française outre-mer ».

La saine émulation de la colonisation.

Les mêmes, rappelle-toi, veulent que cesse la repentance – et que renaisse la Fierté Blanche, car aussi bien, n’est-ce pas, « le drame de l’Afrique » n’est pas que Montagnac, « un des conquérants de l’Algérie », ait fait « couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes » [2]

Aussi bien, n’est-ce pas, « le drame de l’Afrique » n’est pas que Bugeaud ait voulu faire « une grande invasion (…) qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths » [3]
.
Aussi bien, comme tu sais : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire », et « ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles ». Ainsi que l’a proclamé l’henriguainique chef de l’Etat français à Dakar [4].

Les mêmes, rappelle-toi, ne veulent plus que les Grands Héros de l’Occident continuent de sangloter (comme de tristes pédales) – et voudraient plutôt que l’ONU inscrive « le racisme anti-blanc au rang des crimes contre l’humanité ». Comme l’a réclamé naguère un essayiste médiatique – partisan, par ailleurs, de la fermeture des frontières à trop d’immigration.

Attends : j’ai pas fini. Les mêmes, rappelle-toi, passent depuis des années une main caressante au(x) fondement(s) des clercs de gros niveau qui noient le chagrin de l’Homme Blanc dans la négrophobie. Les mêmes, rappelle-toi, aiment à considérer que le crâne philosophe du sport qui a su dévoiler qu’il y avait tout de même beaucoup de Noirs dans l’équipe de France de football « fait honneur à l’intelligence française » [5]. Les mêmes, rappelle-toi, se plaisent à convier à déjeuner, en leur élyséen palais, telle historienne, décomplexée – qui a su trouver les mots justes pour fustiger la polygamie endémique des nègres de nos possessions d’outre-périphérique.

Les mêmes, rappelle-toi, ont fermé leurs gueules, qui s’ouvrent désormais pour de vibrants hommages au « chantre de la négritude » – quand un entertaineur au petit pied a déploré que la bite des Noirs (ces gens l’ont grosse et longue) fasse en Afrique tant de ravages.

Les mêmes, rappelle-toi. Persécutent au faciès tous ceux qui dans nos rues sont de la couleur de peau d’Aimé Césaire – et qu’aussi bien tu retrouves noyés dans la Marne, s’ils n’ont pas les papiers où se joue désormais leur vie.

Les mêmes, pour finir. Encouragent depuis des années – au nom de leur nécessaire décomplexion. Ne serait-ce que par leur(s) silence(s), dans le meilleur des cas. La banalisation d’un racisme dégueulasse.

Qui réagit ?

« Personne. Je veux dire : pas un écrivain patenté, pas un académicien, pas un prédicateur, pas un politicien, pas un croisé du droit et de la religion, pas un "défenseur de la personne humaine" » [6].

Et les voilà qui veulent mettre Césaire au Panthéon. Maintenant qu’il est mort, n’est-ce pas : ce foutu nègre n’est plus si dangereusement subversif, qu’on ne puisse l’honorer. Maintenant qu’il est mort, nous ferons oublier qu’il écrivit naguère :

« Une civilisation qui justifie la colonisation - donc la force - est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte ».

Au large, de grâce : ôtez de là vos pattes.

P.-S.

Ce texte est d’abord paru sur le blog Vive le feu !. NOus le republions avec l’accord de l’auteur.

Notes

[1] Voici les réactions à la suite de la mort du poète martiniquais Aimé Césaire, jeudi 17 avril.

Nicolas Sarkozy : "J’apprends avec une très grande tristesse le décès d’Aimé Césaire. J’imagine le chagrin immense de toute la population martiniquaise, antillaise et ultramarine qui perd, aujourd’hui, l’un de ses pères spirituels. Mais, en vérité, c’est toute la nation française qui est en deuil". "Esprit libre et indépendant, il a incarné, sa vie durant, le combat pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines. Par son appel universel au respect de la dignité humaine, à l’éveil et à la responsabilité, il restera un symbole d’espoir pour tous les peuples opprimés".
"On retiendra de lui qu’il est l’initiateur, avec (le Sénégalais) Léopold Senghor, du concept de la Négritude. Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l’émancipation des peuples au XXème siècle".
Enfin, il "salue son engagement politique, sa longue carrière d’élu de la Martinique et de parlementaire de la Nation". (Communiqué, jeudi 17 avril)

Abdou Diouf, Sénégalais, secrétaire général de la Francophonie : "Je salue la mémoire d’un homme qui a consacré sa vie aux multiples combats menés sur tous les champs de bataille où se jouait le destin culturel et politique de ses frères de race, un combat noble car exempt de cette haine qu’il avait en horreur". Il a notamment salué le "poète qui a su prendre les dimensions de l’univers, tout en restant profondément attaché aux valeurs culturelles du monde noir". Mais aussi "l’homme qui a vécu sa francophonie dans l’abondance de ses oeuvres qui font chanter la langue que nous avons en partage". (Communiqué, jeudi 17 avril)

François Hollande, patron du PS : Aimé Césaire "n’était pas seulement l’auteur talentueux du ’Cahier d’un retour au pays natal’. Il avait aussi dans son ’Discours sur le colonialisme’ proposé la critique la plus aboutie d’un système qu’il combattait depuis 1934". "Aimé Césaire était un homme de gauche. Tout au long de ses mandats de maire et de député de Fort-de-France, il a agi aux côtés de ceux qui se battent pour la reconnaissance de leurs droits et de l’égalité sociale".
"François Mitterrand l’avait reconnu comme un des plus grands poètes du XXe siècle, mais ’un poète voué à la gestion des affaires humaines’", poursuit le communiqué du PS.
"Aimé Césaire, leader historique de la gauche martiniquaise d’après-guerre, a toujours été un soutien indéfectible des socialistes lors de chacune des grandes échéances électorales nationales". Il exprime sa "solidarité à l’égard de tous les Martiniquais, profondément meurtris par cette disparition, mais fiers d’avoir été représentés par un homme aussi exceptionnel qu’Aimé Césaire". (Communiqué, jeudi 17 avril)

Christian Paul, député de la Nièvre, ancien secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-Mer : "Pour cacher notre tristesse, il faut relire Césaire. L’annonce de sa mort pousse à le faire découvrir ou à replonger dans ses textes poétiques qui affrontent l’universel.
Le lumineux et libérateur Césaire, terriblement actuel et si éloigné des modes et des facilités, a tant à nous dire. Sur le courage de rompre et de révolutionner, cet homme fraternel possédait des trésors de lucidité qui fondait une liberté indomptable. Pour la vision d’un monde qui exige une perpétuelle émancipation, Césaire le poète, ne fait pas de politique sans faire une civilisation. Pour le quotidien, Césaire le maire n’avait pas déserté la Martinique, son soleil et ses souffrances.
Je le tiens pour un porte-voix majeur de la politique, contre le colonialisme et tous les totalitarismes, contre le racisme et pour des identités ouvertes sur le monde." (Communiqué, jeudi 17 avril)

Jean-Marie Le Guen, vice-président PS de l’Assemblée nationale : "Je viens d’apprendre une bien triste nouvelle, le décès de notre ancien collègue Aimé Césaire". "Je me fais l’interprète de l’Assemblée unanime et du gouvernement en exprimant notre profonde émotion devant la disparition du grand poète". Sur demande du président de l’Assemblée, Bernard Accoyer (UMP), "l’Assemblée observera une minute de silence et un hommage particulier lors d’une prochaine séance solennelle". (Déclaration à l’Assemblée, jeudi 17 avril)

René Depestre, écrivain franco-haïtien : s’est déclaré "bouleversé" par le décès d’Aimé Césaire, "un penseur, un homme politique brillant et surtout un très grand poète". "On perd un fils illustre de la Martinique, de la France, de la francophonie". René Depestre avait 17 ans lorsqu’il fit la connaissance d’Aimé Césaire."Je n’ai pas perdu le contact depuis 64 ans"."Je me sens presque orphelin à nouveau". "C’était un homme très généreux. Toute sa vie, il m’a aidé. Sans lui je ne serais pas devenu ce que je suis". La France n’a "pas encore réalisé la stature, l’importance de Césaire dans la littérature et dans la conscience publique française". (Déclaration, jeudi 17 avril)

Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale (UMP) : salue "un immense poète" et "un homme politique de premier plan", qui détient "le record de longévité parlementaire depuis 1945".
"Par son oeuvre littéraire comme par son action politique, Aimé Césaire n’a jamais eu qu’un but : dire et servir l’identité antillaise. Il y est magistralement parvenu". "Aimé Césaire, le poète, l’homme politique, l’opposant au colonialisme, fut et restera l’une des grandes consciences du XXème siècle". (Déclaration, jeudi 17 avril)

François Fillon, Premier ministre : fait part de sa "très vive émotion".
Le poète martiniquais disparu "avait, jusqu’à son dernier jour, tourné son regard vers les combats de demain". Il "ne craignait ni la force des images, ni leurs ruptures". "Il laissait naître de sa colère des chants puissants et durs". "Il mettait ses mots au service de la lutte pour la dignité humaine, en particulier celle des peuples colonisés et humiliés". Les concitoyens domiens voyaient en lui "un porte-parole d’une autorité et d’un charisme remarquables". (Communiqué, jeudi 17 avril)

Jean-Christophe Lagarde, député-maire de Drancy (Nouveau Centre) : "Je pense qu’au regard de l’oeuvre et de la vie d’Aimé Césaire, il serait souhaitable, monsieur le président, que vous puissiez proposer, sous réserve naturellement de l’accord de sa famille et de ses proches, son entrée au Panthéon", écrit-il. (Communiqué, jeudi 17 avril)

Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outremer : "La France perd l’une de ses plus nobles consciences", "un homme de combat, en politique comme en littérature" . "La nation salue le fils d’instituteur, enfant de la République qui a su éclairer la face sombre de l’esclavage et du colonialisme", communiqué.
"La littérature pleure le fils d’une couturière qui, brodant avec ses mots, a magnifié la langue française. Dès 1938, avec sa première grande oeuvre, ’le cahier d’un retour au pays natal’, Aimé Césaire découvre ce fil qui mène de Breton à du Bellay"."La République rend hommage à l’ardent défenseur de la départementalisation de la Martinique pour qui la vraie liberté a toujours résidé dans l’affirmation d’une appartenance pleine, fière et entière à la France". "Aimé Césaire, dont l’histoire ne peut se détacher de sa ville Fort-de-France, fut, sa vie durant, un homme de combat, en politique comme en littérature. ’Je suis de la race de ceux qu’on opprime’, proclamait-il". (Communiqué, jeudi 17 avril)

Victorin Lurel, député et président (PS) de la Région Guadeloupe : salue en Aimé Césaire un "nègre total, nègre fondamental", qui "aura tutoyé l’excellence et magnifié l’identité afro-antillaise pour en faire le socle de notre culture".
"Ce phare qui nous a éclairé sa longue vie durant et jusqu’au soir même de sa vie, devient aujourd’hui une lueur dans nos coeurs". (Communiqué, jeudi 17 avril)

Christine Albanel, ministre de la Culture : Aimé Césaire "a pétri la langue française de sa liberté et de sa révolte". "Il a fait battre (la langue française) au rythme de ses incantations, de ses cris, de ses appels à vaincre l’oppression, invoquant l’âme des peuples asservis pour adjurer les vivants de relever la tête", Christine Albanel dit sa "très vive émotion" à l’annonce du décès d’Aimé Césaire, "poète radical, chantre de la négritude, bâtisseur lucide du quotidien". (Communiqué, jeudi 17 avril)

Jacques Chirac, ancien président de la République : "La France et le monde perdent un immense poète et un homme de lumière".
"Avec sa disparition, c’est aussi un sage qui s’en va, un homme qui, par son rayonnement, aura su faire progresser les consciences, car à travers son engagement pour la négritude, c’est un message universel pour la dignité humaine, le respect et le dialogue des cultures qu’il a su porter au plus haut", poursuit l’ex-chef de l’Etat.
Jacques Chirac, qui entretenait, selon son entourage, des relations soutenues avec l’écrivain et homme politique défunt, adresse ses condoléances "à sa famille, ses proches, à tous nos concitoyens de Martinique et d’Outre-mer".
(Communiqué, jeudi 17 avril)

Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais : Aimé Césaire "était un homme d’une dimension mondiale. Un Noir qui a acquis une stature mondiale du fait de la prise de conscience par l’Homme noir de sa condition et aussi de la prise de conscience par le reste du monde de la condition de l’Homme noir".
"C’est l’homme qui a éveillé à cette conscience de l’identité noire non seulement les Noirs de la diaspora mais, nous, les Noirs d’Afrique", a souligné Cheikh Hamidou Kane, auteur d’un des monuments de la littérature africaine "L’aventure ambiguë".
"Il a été aussi éveilleur de conscience en ce qui concerne le débat sur le colonialisme", a-t-il précisé.
"Il était vraiment très Sénégalais, très Africain. C’était admirable car au moment où il a vécu les Antillais que les Africains connaissaient étaient considérés un peu comme des auxiliaires du colonisateur, comme des Français à peau noire", a-t-il rappelé.
"Cahier d’un retour au pays natal, était un peu notre livre de chevet lorsque nous étions lycéens. Nous avions lu ce livre avec délectation, l’avons récité de mémoire, moi-même et ceux de ma génération. Il a été un homme considérable dans notre vie".
Mais "je regrette qu’il n’ait pas été honoré, consacré, salué comme il le méritait au plan international", notamment avec "un prix Nobel, de la paix ou de la littérature".
"Je regrette qu’il n’ait pas été honoré, comme l’a été Léopold Sedar Senghor, par l’Académie française. Il méritait aussi d’être membre de cette académie", a-t-il affirmé.
(Déclaration à l’AFP, jeudi 17 avril, à Dakar)

Lilian Thuram, défenseur de Barcelone et de l’équipe de France : "je l’ai rencontré plusieurs fois, a indiqué le recordman de sélections chez les Bleus (138). Au moment de France-Costa Rica (match amical en Martinique en novembre 2005) j’avais pris la décision d’organiser une rencontre entre les joueurs de l’équipe de France et lui, parce que c’était important que les joueurs sachent qui c’est."
"C’est quelqu’un qui a compté énormément, dans ma vie, on a tous besoin d’un guide, c’était un peu mon guide, a poursuivi le joueur guadeloupéen. Il a laissé une oeuvre pour les générations à venir."
"Il n’a pas eu assez de consécration en France, a estimé Thuram. Il est étudié en université aux USA et en Afrique. En France, très peu d’étudiants le connaissent, parce que Césaire évoque des choses que l’on ne veut pas entendre."
"Léopold Sedar Senghor était à l’académie française, Césaire non, parce qu’il avait un discours critique sur le rôle de la France dans la colonisation, a ajouté le défenseur du Barça. Il dérange car il dit la vérité, c’est un homme droit. Il aurait pu avoir les honneurs mais il aurait dû pour ça courber l’échine et ne pas dire certaines choses."
"Ce que je retiens, c’est le discours sur le colonialisme et sa poésie, même si elle est difficile, a encore confié le footballeur, connu pour ses engagements en dehors du terrain. C’est quelqu’un qui m’inspire avec Mandela ou Luther King. La tentation serait de les enfermer dans un discours d’émancipation des noirs, mais il s’agit avec eux de l’émancipation de l’homme tout court."
(Déclaration à l’AFP, jeudi 17 avril)

François Bayrou, le président du Mouvement démocrate (MoDem) : a salué en Aimé Césaire, le "sage que l’on visitait et qui, de ses yeux devenus fragiles, voyait souvent au-delà de l’horizon".
"Je pense au poète et à cette langue si rare, maîtrisée, animant le pamphlet comme la poésie", a poursuivi François Bayrou, se souvenant l’avoir "longuement rencontré en 2006".
Rappelant qu’Aimé Césaire avait retrouvé Léopold Sédar Senghor au lycée Louis-le-Grand dans les années 30, M. Bayrou a estimé "qu’en se croisant, ces deux destins ont changé la société française et une partie du monde".
"Ils ont donné aux Africains, aux Antillais et à beaucoup d’autres la fierté de la peau noire et relevé ainsi des générations jusque-là courbées", a souligné le président du MoDem.
François Bayrou retient aussi "le jeune professeur, de retour en Martinique, qui commence à forger pour les siens une identité politique différente, capable de se rebeller contre le colonialisme aveugle et de dire non à un certain stalinisme".
"Je pense ensuite à l’élu, maire de Fort-de-France pendant plus de cinquante ans, et au combat pour la départementalisation dont il fut le rapporteur de la loi à l’Assemblée nationale", a-t-il ajouté.
(Déclaration à l’AFP, jeudi 17 avril)

Lionel Jospin, l’ancien Premier ministre socialiste : a rendu hommage à Aimé Césaire disparu jeudi, "un alliage rare", "un être fier de sa singularité d’homme noir et un humaniste attaché à l’universel", un "homme de gauche et un ennemi du sectarisme".
"Aimé Césaire était fait d’un alliage rage. C’était un magnifique écrivain et un vrai politique. Un maître de notre langue et un poète de sa terre. Un être fier de sa singularité d’homme noir et un humaniste attaché à l’universel. Un combattant de l’anticolonialisme et un fidèle de la République", affirme Lionel Jospin.
Il était "un leader profondément antillais et pleinement français. Un porteur de rêves et bâtisseur de projets. Un homme de gauche et un ennemi du sectarisme", a-t-il ajouté.
"C’est pourquoi, il était aimé, admiré et respecté. Je suis fier de l’avoir connu. Je suis triste, avec les Martiniquais, les Antillais et les Français, de le perdre".
(Communiqué, le 17 avril)

Alain Juppé, maire de Bordeaux et ancien Premier ministre : a déclaré que la disparition d’Aimé Césaire, marque la perte d’un "grand poète amoureux de la langue française, un défenseur acharné de la francophonie".
"J’ai eu le plaisir de le rencontrer à plusieurs reprises et j’ai pu apprécier sa faculté à concilier intransigeance et élévation d’esprit. Il avait une conception très généreuse de l’humanisme", a affirmé Alain Juppé.
L’ancien premier ministre a également souligné son combat "pour la reconnaissance, la défense de ses racines". Il a "porté haut l’identité antillaise", selon lui.
"Sa disparition est une grande perte pour ses chères Antilles mais aussi pour toute la communauté nationale et francophone".
(Communiqué, jeudi 17 avril)

Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer : estime qu’il était "normal que la France rende hommage à un homme de la dimension d’Aimé Césaire". Il a également insisté sur la nécessité d’un hommage "à la hauteur de ce que fut la vie d’Aimé Césaire", évoquant "la dimension immense et planétaire de l’homme".
(Point presse, jeudi 17 avril)

Abdoulaye Wade, président sénégalais : "Ce qu’on retiendra, c’est le chant de la négritude et la lutte contre le colonialisme", à propos d’Aimé Césaire, concédant se sentir plus proche du poète antillais que de l’autre "père" de la négritude, Léopold Sedar Senghor.
"Cet homme a consacré sa vie à la lutte pour le peuple noir, à la lutte pour l’indépendance de l’Afrique, à la promotion des valeurs de la négritude", a-t-il indiqué, rappelant avoir rencontré la première fois Aimé Césaire à la Sorbonne à Paris en 1956.
Abdoulaye Wade était "contre la conception de la négritude senghorienne. Les deux ne disaient pas la même chose. Pour Césaire, c’était une sublimation de la valeur noire".
"Tous les deux avaient réagi car ils étaient isolés dans un monde blanc. On comprend parfaitement leur volonté d’affirmer l’existence d’une civilisation qui n’était pas celle de l’environnement dans lequel ils étaient".
Il ajoute que Césaire et Senghor "sont les premiers qui dans un contexte blanc ont pris conscience de la nécessité de faire comprendre qu’ils étaient différents. Ce refus d’être assimilé, ce refus de l’assimilation est une attitude très positive, d’affirmation de personnalités".
(Communiqué à l’AFP, jeudi 17 avril)

[2] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1950.

[3] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1950.

[4] Cf. Achille Mbembe, « L’afrique de Monsieur Sarkozy

[5] On aura reconnu, ici, l’hommage que Nicolas Sarkozy avait rendu, en décembre 2005, à Alain Finkielkraut, alors sur la sellette médiatique pour des blagues négrophobes. Cf. « Finkielkraut n’est qu’un symptôme »

[6] Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine, 1950.