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Accueillir les migrants ?

Bien sûr, une fois qu’on aura fait la révolution.

par Olivier Cyran
18 octobre 2018

Ce serait bien qu’un de ces jours Lordon, ou Mélenchon, ou Wagenknecht, ou tout autre représentant de cette gauche teeeeeellement anticapitaliste qu’elle veut d’abord abattre la finance et « organiser la sortie de l’euro » avant de condescendre à défendre le droit des migrant.e.s à ne pas crever noyé.e.s ou fracassé.e.s aux pieds de nos forteresses – ce serait bien, donc, qu’ils nous expliquent ce qu’il convient de faire en attendant.

Puisqu’ils nous serinent que militer pour la liberté de circulation serait un truc de bobo-niaiseux-« gauche morale », qu’ils nous expliquent donc la bonne marche à suivre pour tenir leurs frontières.

Car le problème, avec les frontières, c’est qu’il faut choisir : soit on est contre, soit on est pour, il n’y a pas de juste milieu.

Et quand on est pour, on est forcément favorable aussi au système de surveillance qui va avec et qui, dans le climat que nous connaissons, ne peut être autre chose qu’un appareil de flicage de plus en plus furieux et homicide.

Au nom de l’anticapitalisme, faut-il se résoudre aux barbelés Concertina de Melilla qui tranchent les chairs jusqu’à l’os ? Aux coups de matraque et aux passages à tabac qui attendent les migrant.e.s sur la route des Balkans ?

Aux destructions de tentes par la police française, aux confiscations de duvets, aux chasses à l’homme et aux centres de rétention remplis à ras bord où se multiplient les tentatives de suicide ?

Au nom de l’anticapitalisme, faut-il s’accommoder de l’externalisation du gardiennage de nos frontières à des régimes dictatoriaux sous perfusion européenne en Libye, au Niger ou au Soudan ?

Peut-être faut-il attendre que la 6ème République soit proclamée à Tripoli pour songer à combattre la politique de sous-traitance des violences policières bien de chez nous à des camps de torture qui épouvantent jusqu’au HCR et à l’ONU ?

Au nom de l’anticapitalisme, faut-il accepter aussi la militarisation de Frontex et des nouveaux systèmes de surveillance satellitaires commandés au groupe Airbus par l’Union européenne afin de traquer les embarcations de survivants en Méditerranée ?

Peut-être est-ce aussi au nom de l’anticapitalisme qu’il faut aller parader au prochain salon du Bourget et se faire prendre en photo devant les dernières créations de notre merveilleuse industrie militaro-sécuritaire, comme Mélenchon et Kuzmanovic en ont pris l’habitude ?

Nous, on dit qu’il faut arrêter tout ça – et donc, oui, abattre les frontières (qui tuent). Mais vous, c’est quoi votre idée ? Puisque vous en êtes à inventer une façon de gauche de justifier l’hostilité aux migrant.e.s, dites-nous donc à quoi pourrait ressembler une frontière qui soit autre chose qu’un monument européen à la xénophobie la plus ordurière.

Vous voulez quoi, des barbelés un peu moins coupants, des polices aux frontières un peu moins brutales, des noyades en mer un peu moins massives ?

Je ne parle pas du jour (imminent, n’en doutons pas) où l’« oligarchie » aura été réduite en poussière par une marée d’Insoumis chantant la Marseillaise, mais ici et maintenant.

Alors, ok, on veut bien admettre que parmi les signataires de l’appel Politis-Regards-Mediapart il y a des mous-du-genou, et même quelques beaux spécimens d’hypocrites – mais le texte ne faisait qu’énoncer le minimum syndical en termes de solidarité.

Ce qui, vu le contexte, n’est déjà pas si mal.

Arguer de son anti-capitalisme sourcilleux pour crier sur tous les toits qu’on refuse de le signer, puis ériger ce refus en ligne politique conduisant à sanctionner les intrépides qui oseraient désobéir à leur direction... sûrement que ça va précipiter l’effondrement de l’"oligarchie".

Macron et Merkel tremblent déjà.

P.-S.

Ces propos, qui ne forment pas initialement un article, sont tirés du compte twitter de Olivier Cyran et nous les reproduisons avec son amicale autorisation.