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Et cetera, et cetera

Quand Zemmour s’attaque aux roms

par Raphaël Roudaire
15 juillet 2009

Une fois de plus, monsieur Zemmour a asséné à nos misérables cerveaux ses grandioses analyses, mi-décadentes mi-puritaines, à l’occasion de sa prestation hebdomadaire sur France 2, le samedi 6 juin 2009...

Alors que le comédien-musicien Yvan le Bolloch présentait son dernier disque, largement inspirée par la musique gitane, le champion de la contradiction permanente s’empresse de nous offrir son point de vue sur « les problèmes » liés aux gens du voyage :

« Evidement je ne dis pas qu’ils sont tous voleurs et cetera… mais… il y a de vrais problèmes autour des gitans et cetera (…) la moindre des choses c’est pour les autorités de contrôler cette population (…) dans leur environnement les gens se plaignent qu’il y a des vols, qu’il y tout ça, et cetera ».

Pour commencer, il est évident que nous retrouvons dans cette intervention un racisme latent envers une population qui ne correspond pas aux critères que Zemmour voudrait voir adoptés par les gens « normaux », c’est-à-dire les sédentaires, « victorieux du nomadisme il y a 3000 ans… » Fort de ces considérations historico-démagogiques, il nous assène sa vision de la sédentarisation comme une réalité et une vérité qui permettrait d’affirmer et d’afficher son degré de civilisation. Et même s’il compâtit avec délicatesse aux touchantes attentions de l’artiste pour le monde de « Oui-Oui dans sa roulotte » – dixit Zemmour lui-même – il n’échappe pas au jugement de valeur.

Imaginons le même type de jugements sur des Noirs, des Arabes ou des Juifs : il est fort probable que les réponses et réactions se seraient multipliées et que la certitude qu’il s’agit bien là de propos racistes n’aurait fait aucun doute. Zemmour ne s’avance certes pas jusqu’à dire qu’ils sont tous voleurs, mais la suite des ses propos annihile purement et simplement ses précautions initiales. Le recours plus qu’appuyé aux sous entendus – avec ces redoutables « et cetera » revenant à chaque phrase – expriment à la fois de soupçonneux non-dits et l’affirmation à peine cachée d’une connaissance sur le sujet qui ne dépasse guère les préjugés communs.

Quelle serait donc l’étape suivante de monsieur Zemmour ? Puisque apparemment les surveillances et les contrôles des « Carnets de Circulation » par les autorités [1] ne suffisent pas, puisque « les problèmes » perdurent en dépit de leur mise au ban de la société, faut-il envisager d’autres mesures pour ne plus supporter les méfaits des ces nomades ? Il ne faut pas oublier que ces populations françaises restent les plus surveillées. Ils sont plus que jamais pris au piège des contradictions des politiques économiques et sociales. Il y a en effet si l’on se penche un peu sur le sujet, bien plus nomade que les nomades eux-mêmes, c’est l’administration : d’un côté elle prétend reconnaître leur mode de vie, de l’autre elle ne cesse de leur imposer des contraintes. Un exemple ? La caravane n’est toujours pas reconnue comme logement. En revanche, elle est taxée comme telle…

Mais revenons à notre chroniqueur. Sous l’image de l’éditorialiste-intellectuel ayant réponse à tout, Eric Zemmour nous montre par l’exemple à quel point il est facile de se laisser aller à des instincts primaires de rejet de l’autre. De là à faire de ce penchant une vérité révélée, doctement assénée à heure de grande audience, il y a de longues distances, des choses a revoir et sans doute quelques problèmes à régler avec soi même, et cetera, et cetera…

Notes

[1] Le carnet de circulation est le document d’identité des gens du voyage ; il doit être visé tous les trois mois par les gendarmes. Si jamais la date est dépassée de deux jours, c’est un avertissement. Au bout de trois, c’est une amende.